Nicolas39 - Pêche à la mouche

La pêche à la mouche sur le blog de Nicolas Germain, un Jurassien amoureux de sa rivière, la Haute Rivière d'Ain.
Centre de pêche en Bosnie.

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Mot-clé - Ombre commun

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jeudi 25 juin 2026

Nouveau numéro en kiosque.

Le numéro 969 de La Pêche et Les Poissons est en kiosque depuis quelques jours. L'occasion de voir publier un nouvel article écrit par mes soins. Pour en savoir plus, je vous laisse découvrir ci-dessous l'édito de Bill François, rédacteur en chef :

Saviez-vous que dans les eaux françaises se cachent non pas une mais cinq espèces de vairons ? Et qu’ils ont, au moment de se reproduire, des couleurs dignes d’un poisson corallien ? La beauté est partout dans nos eaux douces et il suffit de mettre une paire de lunettes polarisantes pour s’en rendre compte.

Avec les beaux jours, c’est le moment de profiter de poissons actifs et d’observer des spectacles de la nature, alors profitons-en ! Dans ce numéro, nos auteurs vous donnent des conseils pour se mettre des couleurs plein les yeux. Thierry Bruand vous expliquera comment pêcher les ombles, magnifiques poissons des lacs de montagne. Avis aux amateurs de randonnée. Nicolas Germain, lui, vous livrera ses astuces pour pêcher les ombres (ne pas confondre !), qui sont sans doute les plus beaux poissons de nos eaux douces, et sont très accessibles aux débutants.

En parlant de débutants, pourquoi ne pas vous mettre à une nouvelle technique, comme la mouche ? Vous hésitez ? En quatre pages, laissez-nous vous convaincre de tenter le coup ! Ou si vous êtes plutôt pêche posée, Olivier Wimmer vous présentera une technique simple de feeder en bordure qui vous réservera de belles sensations.

Les inconditionnels du carnassier ne seront pas en reste avec les habituels conseils brochet d’Arnaud Brière, cette fois autour du spinnerbait. Mais aussi le retour de David Gauduchon, un auteur halieutique incontournable que nous sommes ravi d’accueillir dans nos lignes. Il vous expliquera comment pêcher au mieux les bordures.

Ce numéro vous réservera bien d’autres surprises, toujours dans un esprit estival. Des pêches fun, à découvrir avec légereté. Car c’est avant tout ça qu’on aime à la pêche, retrouver cet élan du gamin qui arpente les sentiers en bicyclette et fait des bêtises en pataugeant dans les ruisseaux, une canne et un seau à la main… une évasion gratuite et simple, une joie accessible, une liberté et une plénitude toutes naturelles, mais devenues si rares et nécessaires aujourd’hui.

Bonne lecture

lundi 15 juin 2026

En balade chez les voisins.

Petit retour par écrit et en images sur ce dernier week-end passé chez nos voisins suisses. J'ai effectivement accepté avec plaisir l'invitation de Mathieu, président du Club neuchâtelois des pêcheurs à la mouche.

Nous avions programmé la soirée du vendredi avec les membres du club. Avant cela, nous avions la journée pour découvrir un parcours où l'ombre est bien présent. Mauro, un membre du club, nous accompagnait pour la journée.

Mathieu ne m'avait pas menti, les ombres étaient bien là. Moi qui suis sevré de ce poisson dans le Jura, j'étais aux anges. Car si beaucoup pêchent les quelques rares ombres sur nos parcours, il est bon de rappeler que l'arrêté préfectoral jurassien interdit sa pêche. De mon côté, je n'avais pas pêché ce poisson depuis mon dernier séjour en Bosnie. J'avais les crocs !

Après un démarrage poussif avec notamment un gros déchet sur les ferrages, j'ai commencé à prendre un ou deux poissons. Quel plaisir de faire des dérives propres en déclenchant ces flèches bleutées le plus souvent à l'animation. Des poissons bien en forme avec un combat parfois déroutant. Mais toujours avec ces couleurs du gris au bleu en passant par l'argent. Quelle merveille de la nature ce poisson.

Le vendredi soir, après la pêche, nous avons vécu un vrai bon moment autour d'un somptueux repas avec les membres du club. J'ai pu ainsi faire la connaissance de pêcheurs passionnés et impliqués dans la gestion de leur parcours. Des personnes avec des valeurs qui me touchent. Loin de la pêche de consommation. Bravo messieurs.

Après une soirée tardive le réveil a été malgré tout facile pour retourner à la pêche. Le samedi et le dimanche se sont déroulés magnifiquement. Quelques poissons capturés mais surtout de vrais bons moments de convivialité avec une équipe de passionnés. Des gens aussi gentils que généreux. Mathieu nous a régalé tout le week-end dans son petit chalet au bord de l'eau. Le réveil du dimanche a été tout simplement magique.

Merci à toute l'équipe pour l'accueil avec une mention particulière pour Mathieu.

Si vous souhaitez adopter un jurassien un week-end de temps en temps, c'est avec plaisir que je reviendrai.

Notre camp de base pour le week-end. Le rêve !

Quelques ombres et images de rivière.

Les ombres aiment la cuivre également !

samedi 7 mars 2026

Les derniers ombres jurassiens

Je suis allé faire un tour hier sur le linéaire de notre AAPPMA. Au départ c'était avant tout dans l'idée d'être présent pour faire fuir les oiseaux piscivores pouvant être en pêche. J'ai eu le nez fin puisque j'ai fait partir un couple de harles bièvres qui pêchaient sur l'amont de notre parcours. Une fois encore, harles et cormorans pêchent eux tous les jours. Il est donc primordiale d'être présent au bord de l'eau. Et ce comme eux, le plus souvent possible.

Lors de ma ronde, j'ai pu aussi observer le frai des ombres. Oui, c'est d'époque. Le truc, c'est que sur la frayère principale de notre parcours, il y avait un seul et unique poisson en place. J'ai fait cette petite vidéo => https://youtube.com/shorts/h2ru6qLtKCc?si=wCXi01LEYZtX-dkc C'est d'un triste. Un seul poisson. Quelle catastrophe.

Pour répondre à d'éventuelles interrogations, je vous rappelle que les ombres, sur la rivière d'Ain jurassienne (comme sur la Bienne d'ailleurs), étaient plus nombreux en 1999 lors de la mise en place de l'arrêté préfectoral interdisant leur pêche. Arrêté préfectoral initié par notre directeur technique de l'époque Norbert Morillas, autant vous dire que cela date.

Malgré donc plus de 26 ans à ne pas être pêchés / prélevés par les pêcheurs, leur population continue de baisser. 26 ans ! Rien de mieux, c'est même pire !

Quoi qu'on en dise, à lui seul, l'ombre commun révèle au grand jour un terrible et incontestable constat d'échec de la part de tous les acteurs liés de près ou de loin à la gestion de nos rivières jurassiennes.

mardi 6 janvier 2026

Catastrophe en cours.

Depuis Noël, les températures sont négatives. Ces mêmes températures ont encore baissé depuis le 1er janvier. Nous avons régulièrement le matin des valeurs inférieures à -15°C. Hier matin nous avons même frôlé les -18°C par exemple. La conséquence est terrible pour nos rivières et plus encore pour leurs habitants ou ce qu'il en reste.

Effectivement, toutes les eaux closes ou inertes sont prises par les glaces sur une grande partie de la région. Du coup, les oiseaux piscivores, cormorans et harles bièvres, se regroupent pour pêcher sur les seuls linéaires libérés des glaces avec encore quelques truites et ombres dans l'eau. La rivière d'Ain et la Bienne sont en première ligne. Ces deux rivières voient tous les jours des vols compacts d'oiseaux arriver de Coiselet, Vouglans et des autres retenues. C'est le défilé tous les matins dans notre ciel.

Je ne parle pas d'un ou deux oiseaux ici et là. Non, c'est des dizaines d'oiseaux qui se partagent la haute rivière d'Ain. De Châtillon à Sirod c'est un carnage journalier. Cela dure depuis bientôt deux semaines avec une intensité peu commune. Autant dire que si vous avez eu la chance de croiser l'an passé des juvéniles comme sur les deux photos ci-dessous, mettez-vous bien dans la tête qu'ils sont sans doute déjà transformés en fientes ! Vu le carnage journalier, il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre la baisse des effectifs de poissons comme des pêcheurs prenant leur carte !

Ces jeunes poissons véhiculaient l'espoir. Ils sont en réalité des casse-croûtes à cormorans !

samedi 8 novembre 2025

Article de Didier Pruneau sur la prédation du grand Cormoran.

Je publie aujourd'hui un article rédigé par l'ami Didier Pruneau qu'il m'a fait parvenir afin de le partager ici. Les articles de Didier sont toujours d'une grande précision. Bonne lecture.

Impact du Cormoran sur les populations piscicoles en Europe Cas d'une rivière emblématique: La Seine en Côte d'Or.

Didier Pruneau - Novembre 2025

Résumé :

  • Le Grand Cormoran, Phalacrocorax carbo, est un oiseau piscivore dont la population a explosé en Europe passant de 70 000 à 2 millions d'individus en 50 ans. Le Grand Cormoran fréquente les eaux dormantes et courantes, et consomme en moyenne 500 g de poisson par jour.
  • Des études scientifiques récentes menées au Danemark et en Autriche, et extrapolables à la Seine en Côte d'Or, montrent clairement un impact majeur du Grand Cormoran sur les populations de truites fario et d'ombres commun.
  • Ces études menées dans le cadre du projet européen Protect-Fish démontrent sans ambiguïté que le Grand Cormoran réduit en deux ans les populations de truites fario sauvages d'environ 30% et celles d'ombres communs de plus de 70%. La prédation hivernale seule (5 mois environ) par le Grand Cormoran réduit de 33 à 40% les effectifs d'ombres communs.
  • Rappelons que l'ombre commun est classé comme espèce vulnérable en Europe et que ses populations s'effondrent.
  • A cela s'ajoutent les blessures souvent sévères occasionnées par le Grand Cormoran pouvant conduire au dépérissement des poissons et/ou au développement de maladies telles que la Saprolégniose.
  • Au-delà de la prédation directe, le stress exercé par cet oiseau sur les truites et ombres, notamment en période de fraie, est considérable et ne peut qu'affecter leur reproduction. Des études seraient nécessaires pour quantifier cet impact.
  • La Seine en Côte d'Or est une rivière de première catégorie et les observations qui y sont faites par les pêcheurs sont en parfaite cohérence avec les données scientifiques.
  • Sur ce parcours, l'ombre commun dont le prélèvement est interdit sur plusieurs secteurs par arrêté préfectoral voit sa population stagner à des niveaux très faibles (en particulier dans les tailles moyennes de 25 à 40 cm) du fait de la prédation par les cormorans.

Photo Alain Gaudiau - Cormoran avec une truite sur la Dordogne.

Introduction

Le Grand Cormoran est un oiseau piscivore de grande taille. En Europe, on distingue deux sous-espèces, Phalacrocorax carbo carbo, la maritime, et Phalacrocorax carbo sinensis, la continentale. En dehors des nicheurs, la France accueille aussi des migrateurs et des hivernants venant de Grande-Bretagne ou du nord de l’Europe. Le Grand cormoran est un redoutable prédateur constituant une des plus grandes menaces pour nos populations de poissons d'eaux douces courantes et dormantes. Il faut observer que cet oiseau n'a pas de prédateur hormis le pygargue à queue blanches dont la population est malheureusement anecdotique en France. En nous appuyant sur des études scientifiques solides, nous démontrerons dans cet article l'ampleur de la prédation du Grand Cormoran sur les populations piscicoles d'eau douce et nous évoquerons les conséquences écologiques et économiques qui en découlent. Plus particulièrement, nous nous intéresserons à la prédation massive par le Cormoran des truites fario et ombres communs, sachant que ces deux espèces indigènes et emblématiques des rivières de première catégorie sont en situation précaire du fait notamment de la dégradation des milieux.

Une situation préoccupante en Europe.

La population de Grand Cormoran en Europe a augmenté passant de 50 000 dans les années 1970 à plus de deux millions aujourd'hui (1). Cet accroissement des populations s'est accompagné de la conquête et du développement de l'espèce dans les eaux douces. Le coût pour l'aquaculture et la pisciculture de la prédation par le Grand Cormoran en Europe est évalué à 350 millions € en 2023 et 2024 (1). De plus, la perte pour la pêche récréative est de l'ordre de 100 millions € si l'on se base uniquement sur la prédation de poissons d'élevage lâchés en milieu naturel (1). Le problème est tel qu'un plan visant à réguler les populations de Cormoran au niveau européen a été récemment élaboré. Ce plan ayant l'appui de United Nations Fisheries, European Inland Fisheries et de Aquaculture Advisory Commission (EIFAAC) a été établi par Angling Trust et European Angler Alliance (EAA). Ainsi, une première conférence sous l'égide de la Présidence Polonaise de l'Europe s'est tenue en juin dernier à Bruxelles lors de laquelle les premiers résultats du projet Protect-Fish (https://protectfish.eu) ont été présentés. Le projet Protect-Fish soutenu par l'Union Européenne à hauteur de 4 millions € a pour objectif d'étudier l'impact de la prédation du Grand Cormoran sur les poissons d'eau douce, avec un focus particulier sur l'ombre commun. Ce projet, sous la direction du Danois NT Jepsen implique le Danemark, la Suède, l'Allemagne, l'Autriche, la Tchéquie, la Pologne et l'Italie (liste non exhaustive). Si la France ne participe pas, hélas, à ce projet, les résultats concernant, notamment l'ombre commun, sont et seront extrapolables. Rappelons que l'ombre commun (Thymallus thymallus) est en Europe classé espèce vulnérable (classification IUCN) et que les populations sont en déclin marqué depuis une vingtaine d'années (3).

Des études scientifiques européennes récentes démontrent que la prédation par le cormoran entraîne une réduction importante des populations de truites et ombres communs.

Si les acteurs du monde halieutique et piscicole, constatent depuis des années une intense prédation par le cormoran, conduisant à l'anéantissement du cheptel piscicole déjà considérablement amoindri par la pollution chronique des rivières, ces observations ont été contestées, ici ou là, du fait de leur caractère empirique. Deux études récentes viennent balayer cet argument. Tout d'abord, Jepsen et coll. (4) ont réalisé une étude dans deux rivières Danoises dont la biomasse est largement constituée de truites fario et ombres communs. Ces deux rivières ont un profil de rivière de plaine et la pression de pêche amateur ainsi que le prélèvement sont minimes. Dans les zones étudiées, il n'y a pas de lâcher de poissons d'élevage. La méthode utilisée consistait en l'introduction d'un marquage PIT («Passive Integrated Transponder») dans la cavité ventrale des poissons capturés par pêche électrique, méthode semblable à la pose de «microchips» chez les chiens et les chats. 2625 truites et 128 ombres ont été marqués. De plus, 25 ombres était équipés et suivis par une autre méthode, la télémétrie. Les marqueurs des poissons consommés par les cormorans étaient recherchés au pied des nichoirs dans un rayon de 21 km. Il faut remarquer que la prédation par d'autres espèces (hérons cendrés, loutres et visons) a également été estimée. Des caméras placées en bord de rivière ont permis d'estimer le nombre de cormorans. Les principaux résultats de cette étude montrent qu'en trois années (2013 à 2016), 29,5% des truites fario et 72,3% des ombres de la rivière Norrea ont été consommés par les cormorans. Il faut observer qu'un maximum de dix cormorans a été observé pendant les périodes de grand froid, un seul oiseau étant observé en général. En cinq mois seulement sur la rivière Kongea, c'est 33% des ombres qui ont été éliminés par les cormorans.

Une autre étude a été récemment conduite par Kurt Pinter et Michael Grohmann (BOKU University, Vienne, Autriche) (5). Dans cette étude, seule la prédation hivernale (2020-2021 et 2021-2022) a été déterminée sur des tronçons des rivières Ager (3km), Alm (7 km) et Traun (28 km). 25 espèces de poissons sauvages ont été marqués par la méthode PIT (décrite précédemment) pour un total de 4867 individus dont 593 truites fario et 415 ombres. Les marqueurs ont été récupérés sous les nichoirs. Les résultats indiquent que 18% des truites et 40% des ombres ont été éliminés par les cormorans dans les seuls mois d'hiver. A noter que ce sont les poissons de 30 à 35 cm qui sont les plus touchés. Il faut également remarquer que 28 et 24% des perches et des brochets étaient également prédatés par les cormorans.

En résumé,

  • Les deux études scientifiques exemplifiées précédemment montrent clairement que la prédation des truites fario et plus encore des ombres communs par le cormoran est très élevée.
  • La méthodologie utilisée basée sur le marquage électronique des poissons (dite méthode par «PIT-tagging») est robuste.
  • Les résultats des deux études conduites dans deux pays européens différents sont parfaitement cohérents.
  • En un hiver, 18% des truites et 33 à 40% des ombres sont la proie des cormorans.
  • En deux années, 28% des truites et 72% des ombres sont éliminés par les cormorans.
  • Les poissons consommés vont de 12 à 45 cm avec une préférence claire pour les tailles allant de 25 à 35 cm.
  • Selon K Pinter, la pression de prédation sur les ombres est telle qu'un recouvrement des populations, dans l'état actuel des choses, peut être exclu.

Cas de la Seine entre Châtillon sur Seine et Gomméville (Côte d'Or)

La Seine en Côte d'Or est une rivière de première catégorie qui jouit de l'apport de résurgences froides en aval de Châtillon sur Seine. Elle est essentiellement peuplée de truites fario et d'ombres communs. Cette section de la Seine entre St Colombe s/Seine et son arrivée dans l'Aube est, ou du moins était, considérée comme un des plus beaux parcours de France, attirant de nombreux pêcheurs et amoureux de cette rivière n'hésitant pas à parcourir des centaines de kilomètres pour lui rendre visite. Evidemment, ceci avait un impact économique positif, quoique difficilement chiffrable. En dépit d'un état écologique relativement stable et d'une réglementation halieutique restrictive (par exemple, interdiction de prélèvement de l'ombre commun sur une grande partie du parcours), nous assistons à une baisse des populations de truites et ombres, notamment dans les classes moyennes (25 à 40 cm), comme en attestent les résultats de pêche électrique. La présence permanente de cormorans, aisément constatable par toute personne fréquentant la rivière, ne laisse que peu de doute sur les causes d'une érosion des populations de salmonidés. Rappelons que le Grand Cormoran consomme en moyenne 500 g de poisson par jour, chiffre qui peut s'élever à 1,1 kg voire 1,9 kg/jour lors de l'élevage des poussins (6). Les dernières données de pêche électrique montrent des densités de truites et ombres au mieux de 60 kg/ha. Ainsi, on peut estimer qu'une dizaine de cormorans, comme cela est fréquemment observé en hiver, anéantit environ 600 m de la Seine en 10 j. De plus, le cormoran est une espèce «invasive» dans nos régions dans le sens où il est apparu il y a une trentaine d'années et s'est considérablement développé depuis. Ainsi, les truites et encore plus les ombres n'ont pas de stratégie de défense face à ce redoutable prédateur. La prédation par le Cormoran dans les rivières de première catégorie en Côte d'Or n'est pas une préoccupation récente. En effet, en 2000 une étude conduite précisément sur la Seine (7) a permis de montrer que cet oiseau consommait essentiellement truites et ombres et blessait un nombre non négligeable de poissons. Hélas, les moyens techniques utilisés ne permettaient pas de quantifier précisément la prédation. Ce sont donc les données scientifiques obtenues au Danemark et en Allemagne et présentées ci-dessus qui permettent de mesurer l'ampleur du phénomène. Il convient d'observer que ces données sont transposables à la Seine et aux cours d'eau de première catégorie en Côte d'Or. Ainsi, il y a une similitude dans les profils de rivière (population piscicole mixte, rivière à régime peu rapide, fond sableux et herbiers) et la présence de nichoirs de cormorans dans un rayon de 20 km. Sont également régulièrement observés des poissons portant des blessures, souvent importantes, correspondant à l'emprise du bec crochu du Grand Cormoran. Ces blessures peuvent conduire au dépérissement des poissons ou au développement de maladies telles que la Saprolégniose. Enfin, il faut ajouter un élément difficilement quantifiable qui est le stress provoqué par les cormorans sur les poissons. En période de fraie notamment, truites et ombres se rassemblent dans des zones courantes peu profondes, ces rassemblements attirant inévitablement les cormorans ce qui, au-delà de la prédation directe, perturbe considérablement la fraie.

Photo Alain Gaudiau - Cormoran avec une truite sur la Dordogne.

Discussion

Si pendant longtemps l'appréciation de l'impact du Grand Cormoran sur les populations de salmonidés et thymallidés est restée non chiffrée et relativement empirique, les études scientifiques récentes et en cours permettent de quantifier les prélèvements par cet oiseau piscivore. Ainsi observe-t-on que les truites sont fortement touchées, et que les ombres peuvent voir leur population, en quelques années seulement, s'effondrer. La truite fario sauvage, quoique n'ayant pas de statut particulier, est une espèce dont le nombre est en forte réduction en Bourgogne-Franche-Comté. L'ombre commun, classé espèce vulnérable en Europe, subsiste à de faibles niveaux en Côte d'Or, et a quasiment disparu de certaines rivières emblématiques de Franche-Comté telles que la Loue et l'Ain. Ainsi, il nous semble indispensable de procéder à une régulation des populations de Grand Cormoran si l'on souhaite préserver la biodiversité des rivières de première catégorie.

Références

  1. 1- Much needed new European Management Plan for Cormorants moves a step closer. Angling Trust, 13 June 2025.
  2. 2- Shocking true cost of Cormorant predation in European waters revealed. Hawkswell A., Angling International, 10 June 2025.
  3. 3- Freyhof J. et al. Rote Liste und Gesamtartenliste der sich im Süßwasser reproduzierenden Fische und Neunaugen (Pisces et Cyclostomata) Deutschlands. Naturschutz und Biologische Vielfalt, 170(6), 63 S, 2023.
  4. 4- Jepsen N., Ravn H.D. and S. Pedersen. Change of foraging behavior of cormorants and the effect on river fish. Hydrobiologia, 820, 189-199, 2018.
  5. 5- Pinter K. Cormorant predation in a grayling stream in the Austrian foothills – Insights from PIT-tagging. Protect-Fish Project, EAA Assembly, 2025.
  6. 6- Platteeuw M., Koffijberg K. and W. Dubbeldam. Growth of Cormorant Phalacrocorax carbo sinensi chicks in relation to brood size, age ranking and parental fishing effort. AEDEA, 83 ; 235-245, 1995.
  7. 7- Commegrain C. Impacts du Grand Cormoran sur les rivières de première catégorie Côte d'Oriennes. Diplôme Universitaire de Recherche, Année 1999-2000.

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