Nicolas39 - Pêche à la mouche

La pêche à la mouche sur le blog de Nicolas Germain, un Jurassien amoureux de sa rivière, la Haute Rivière d'Ain.
Centre de pêche en Bosnie.

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Interview

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mercredi 11 juin 2025

Antoine Greiller, nouveau boss de Field and Fish.

Field and Fish, marque française bien connue dans le domaine des vêtements techniques pour la pêche à la mouche, change de « Boss ». Quinze ans après la création de cette enseigne par Frédéric Leroy, c’est aujourd’hui Antoine Greiller qui reprend les commandes. Merci à Antoine de répondre à mes questions.

Nicolas : J’imagine qu’on ne peut pas reprendre une telle marque sans être pêcheur ! Peux-tu s’il te plait nous faire une petite présentation.

Antoine : Bonjour Nico, et merci pour ta démarche et de me proposer la parole, c’est très agréable. En effet, je suis tombé dans chaudron de la pêche tout petit. Mon Papa était à l’époque bien occupé par son activité professionnelle. Mon grand-père, chasseur et pêcheur, m’a initié au bord de la mare familiale qu’il avait creusé sur un tout petit terrain privé au-dessus de Frangy en Haute-Savoie. Il était un amoureux de la terre, de nature, et donc de chasse et de pêche. Il s’était créé un jardin « botanique » avec deux mares dans lesquelles carpes et gardons étaient présents. J’ai donc commencé à taquiner au coup. Il m’a ensuite emmené au Rhône à Seyssel, puis sur les bords du Fier. Et plus je grandissais, plus j’ai pu arpenter les rives escarpées des ruisseaux pour aller chercher dame Fario. Mon Papa, vétérinaire rural, a repris la pêche pour moi. Je partais avec lui les mercredis lors de sa tournée, il me déposait au bord de la Dranse d’Abondance, et me récupérait quelques heures plus tard. Adolescent, je partais à vélo depuis la maison avec des copains, ça nous a coûté quelques crevaisons et retours sous les orages mais ce sont de grands souvenirs. J’ai ensuite débarqué au Lycée Agricole de Poisy où j’ai rencontré pas mal de mordus avec entre autres, Jérôme Servonnat (Fly Casting Lab) et Grégoire Juglaret, qu’on ne présente plus. Là, la mouche est devenue une évidence, l’art du lancer, le montage, la connaissance des milieux, la philosophie de cette pêche, c’était un ensemble auquel je ne pouvais plus échapper. J’ai fait ensuite quelques années en compétition chez les jeunes puis en sénior, cela m’a porté jusqu’en D1 rivière… un passage rapide et furtif, il faut bien l’avouer. Je suis passé par le club de Cran-Gevrier, le GPS Lyon Centre et enfin Le CMVT, que je n’ai plus quitté, lien affectif même si le temps me manque pour rejoindre plus souvent l’Alsace et surtout les amis qui y sont. Côté professionnel, j’ai eu une carrière dans la protection de l’environnement en intégrant d’abord l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage puis l’Office Français de la Biodiversité. Je me suis donné corps et âme à ce métier passion. Pour diverses raisons, j’avais besoin de rebondir et la reprise de Field and Fish était une belle opportunité, et un sacré challenge.

Nicolas : La passion de la pêche ne suffit pas pour ce genre de défi. Quelles ont été tes autres motivations pour te lancer dans cette aventure ?

Antoine : De ce côté-là, ce défi est un peu fou. Lâcher un boulot stable avec un statut pareil, pour un boulot où gagner sa vie n’est pas chose évidente, c’est parfois assez compliqué à gérer dans ma tête mais je suis déterminé à faire perdurer et développer Field and Fish. Après avoir connu la fonction publique, j’avais envie de travailler pour moi, de m’investir autant que ce que je faisais mais avec des objectifs et des motivations plus personnels. En fait, j’ai toujours été passionné par le « bon matériel », trouver ce qui est le plus adapté à ma pratique, à un bon rapport qualité/prix. En tant que pratiquant, je ne suis pas du genre à flamber, je pointe mes besoins et je cherche ce qui est le plus adapté. La reprise de Field and Fish est en partie motivée par cette envie de créer des vêtements et des bagages de pêche pour les différentes pratiques et pour répondre au plus juste aux besoins des pêcheurs. La marque a toujours écouté les retours clients et su faire évoluer ses produits. Je vais vraiment axer mon travail sur ce principe, qui est pour moi, primordial.

Nicolas : La base de produits est solide, la philosophie est claire. Tu vas t’appuyer dessus ou tu souhaites faire un peu différemment ?

Antoine : Je ne vais pas révolutionner les choses. Effectivement, la base est solide, les choix des matières utilisées sont déjà réfléchis, je vais continuer en ce sens. Ayant travaillé dans la protection de l’environnement, il est clair que je mettrai toute mon énergie à élaborer des produits respectueux de l’environnement, sans matières ou produits controversés, en utilisant une production propre, minimisant les impacts environnementaux. Je ne souhaite pas produire à tout prix, et j’ai besoin de savoir que les cours d’eau à l’arrière des ateliers qui produiront les effets de la marque soient en bonne santé et ne subissent d’agressions de la part de cette activité. Il y a du boulot et ça va prendre du temps mais j’y tiens. J’espère aussi que la clientèle comprendra cette démarche et que cela a aussi un coût. Un waders confectionné avec un tissu labellisé, sans PFOA et de qualité ne peut pas être au même prix qu’un waders avec un tissu bas de gamme, dont on ne connaît pas grand-chose du process de fabrication. Je ne souhaite pas me limiter au monde de la mouche et je souhaite rajeunir un peu l’image de la marque. Je souhaite également proposer des solutions pour faire durer les produits le plus longtemps possible. Nous ne pouvons plus nous permettre d’avoir un quotidien fait de consommables de courte durée. Pour cela, la qualité des produits est forcément le premier point à travailler, rien n’est jamais acquis. Le second point consiste à trouver des solutions pour entretenir et réparer l’existant. Cette offre est peu développée dans le monde de la pêche. Les grandes marques d’outdoor ont déjà amorcées le virage. Il est possible aujourd’hui de refaire les coutures d’un waders, remplacer une portion de tissu endommagée ou changer un chausson. Je travaille depuis quelques semaines avec un atelier local, basé à Annecy. Il est équipé de toutes les machines d’usine. Le personnel est capable d’intervenir sur tous les vêtements techniques. A titre d’exemple, j’ai pu proposer à un client une réparation sur l’un de nos waders. Ce dernier avait plus de 8 ans ! J’avoue que j’étais sceptique, la membrane s’était déchirée au-dessus de l’entrejambe. J’ai déposé le waders à l’atelier, le lendemain 14 h, le waders était prêt à repartir à l’eau avec un empiècement tout neuf, recousu, et avec une nouvelle étanchéité. Nous allons poursuivre les essais, et nous pourrons rapidement communiquer sur ces possibilités.

Nicolas : Cette marque a toujours eu un engagement éthique avec par exemple le 1% pour la planète. C’est quelque chose d’important pour toi ?

Antoine : Tout à fait, cela va avec ma philosophie et mon attachement à notre environnement comme bon nombre de pêcheurs passionnés. Au travers de cette fondation, il est possible de soutenir des projets et des associations locales. Il ne s’agit pas seulement de faire un chèque, et de se laver les mains, ou de faire une belle communication sur le sujet. L’idée est aussi d’être acteur du terrain et des engagements associatifs. Un partenariat existait déjà avec Rivières Sauvages, je suis en discussion pour continuer le chemin, et en particulier soutenir les actions réalisées sur une rivière proche de la société, le Chéran. Je réfléchis également à soutenir d’autres projets environnementaux, mais chaque chose en son temps. J’espère également pouvoir appuyer une ou des fédérations notamment pour ce qui concerne l’éducation en soutenant pourquoi pas une ou des écoles de pêche, toujours dans la mesure du possible. Il y a pas mal de projets en fait…

Nicolas : Ton activité est principalement liée à un site de e-commerce mais tu es aussi présent sur certains salons. Quel est ton programme ?

Antoine : Oui, l’activité de la marque passe par son site effectivement. Une partie des clients a quand même besoin de voir et de toucher les produits avant de se décider et c’est en cela que les salons sont une belle occasion de faire découvrir les produits. Initialement, mon prédécesseur se déplaçait sur les principaux salons spécialisés pour la pêche à la mouche. Je vais continuer à être présent au SANAMA, à Muret, à Charleroi, chez nos voisins belges mais aussi à Carhaix. Tout récemment, je me suis déplacé à Nantes. Je compte développer des produits adaptés à d’autres pêches et donc me positionner sur des salons toutes pêches. Je ferai en sorte d’être présent par exemple à Strasbourg, ou à Châlon, et pourquoi pas à l’étranger comme en Suisse et en Allemagne, si je trouve des accompagnateurs pour parler allemand, j’avoue ne pas être à l’aise de ce côté-là.

Nicolas : Quels sont tes objectifs à court terme ?

Antoine : Ma principale difficulté va être de reconstituer des stocks dignes de ce nom. Être une marque a un prix, chaque produit est un investissement, les ateliers de fabrications ne font pas de cadeaux aux petits entreprises. Je ne pourrai donc pas tout faire, et il faudra établir des priorités. J’espère que les clients le comprendront et seront à terme satisfait de mon travail.

Merci Antoine pour tes réponses claires. Je te souhaite pleine réussite pour cette reprise. Longue vie à ton entreprise !

jeudi 5 juin 2025

Benoit Ledoyen

Mise à jour du 05-06-2025 : Je remets en ligne cet article daté de 2015 suite au décès aussi brutal que tragique de notre ami Benoit. Je présente ici mes plus sincères condoléances à toute sa famille et ses amis.

Me voilà de retour aux affaires avec les interviews. Je sais que c'est une de vos catégories préférées sur ce blog. Mais il faut savoir que c'est également beaucoup de travail, je peux vous l'assurer. Après les plaintes, passons au plaisir. Au plaisir de recevoir un personnage de la pêche à la mouche. Vous l'avez déjà surement lu ou du moins, vous avez déjà admiré ses photos, c'est certain. Je reçois aujourd'hui Benoit Ledoyen, pêcheur à la mouche aux multiples qualités et comme on dit, une vraie belle personne, régalez-vous.

Nicolas : Salut Benoit ou plutôt Ben. Peux-tu nous faire une petite présentation s’il te plait pour commencer cette interview.

Ben : Salut Nicolas. Que dire, je viens d’avoir 34 ans, pêcheur depuis l’âge de 12 ans, je vis dans un petit coin de campagne à 45 minutes de Paris. Cependant, j’ai la chance d’avoir un petit pied à terre à coté de Beaulieu sur Dordogne où dès que je peux, j’y file pour assouvir ma passion !

Mon invité !

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Nicolas : Racontes-nous un peu tes premiers pas à la pêche.  Qu’est ce qui a fait qu’un jour, tu te sois passionné de pêche.

Ben : Je pense que la passion au début n’était pas forcément le mot, c’était plus un moyen de passer le temps. A la campagne, les activités sont un peu restreintes, les parties de pêche avec le papy furent mes premiers pas au bord de l’eau…Vairons, goujons, pleins de petits cours d’eau qui aujourd’hui n’existent presque plus. Par la suite, j’ai commencé à fréquenter mon cousin qui par chance habitait à la jonction Cère / Dordogne…Et la commença l’aventure.
Au début j’ai touché un peu à tout, pêche des barbeaux à l’anglaise, du toc, un peu de cuiller, et un jour on me mis un fouet dans les mains ! Et là, je n’ai plus jamais touché autre chose, comme pris d’une addiction.
Ensuite, j’ai eu la chance tout au long de mon parcours de pêcheur de tomber sur les bonnes personnes, Eric Leboucher qui m’a mis le pied à l’étrier, et mon amiral avec qui je partage énormément maintenant, mais je reviendrai sur lui plus tard.

Nicolas : Si je ne me trompe pas, ta rivière de cœur est la Dordogne. Ca tombe bien, parce que je ne la connais pas du tout. Qu’évoque cette rivière pour toi ? Parles-nous d’elle s’il te plait.

Ben : Par où commencer ! Comme tout endroit où on a grandit, il y a déjà une attache sentimentale, depuis le nombre d’années que je la parcoure, je n’ai pas encore réussi à la visiter entièrement. Au début, je prospectais à vélo plutôt coté Lotois, puis en scooter, et maintenant en voiture. Cela fait que j’ai agrandi mes secteurs au fil du temps, pour maintenant  pêcher la Dordogne sur plus de 35km.
Elle a un profil assez différent sur sa partie lotoise, que sur sa partie corrézienne, mais elle inspire toujours la même sensation de grandeur. C’est une rivière relativement difficile à pêcher, aucun jour ne se ressemble et c’est pour cette raison que je l’apprécie, elle remet en question à chaque partie de pêche. Quand je suis au bord de cette rivière, cela est égoïste de dire ça, mais j’ai l’impression que la vie s’arrête, que le temps est figé, plus de femme, plus d’enfant, plus de problèmes…Juste du plaisir ! Et tant que j’aurai ce sentiment, je sais où aller pour me ressourcer !

La belle !

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Nicolas : On reviendra à la pêche plus tard. De mon côté, je t’ai connu à travers tes photographies. Tes photos de pêche sont un délice, pourtant, tu as débuté la photo dans un tout autre domaine non ? 

Ben : Tout à fait. Après être sortie d’une école photo, j’ai été embauché dans une agence de presse sportive. J’ai pu faire ce métier pendant sept ans avant de devoir le quitter pour des raisons médicales. J’en garde un super souvenir, parcourir la France, tous les terrains de foot, rugby, les omnisports, enfin tout ce qui est sport à haut niveau. Ce fut une chance et un privilège de pouvoir le faire, de belles années. Mais la pêche était largement mis de coté, je ne pêchais que trois semaines par an. Aujourd’hui cela serait impossible. Faire de la photo pro et avoir ce rythme de vie. Beaucoup de gens l’ignore, mais je ne vois plus de l’œil droit, ce qui m’a imposé de changer de voix professionnelle.

Rhooo, merci Ben pour cette photo, l'Aigle des Açores ! J'étais un grand fan !

- PSGParisSaintGermain/Lyon OL- 28.10.2007

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Nicolas : Aujourd’hui, tu continues à faire de la photo pour le magazine Pêche Mouche en autre non ? Tu travailles avec eux également dans le descriptif de fiches de montage de mouches ?  

Ben : Oui, tout à fait. Si je ne me trompe pas, je rentre dans la 5ème année avec l’équipe de Pêche mouche, déjà ! Ca passe vite ! J’espère encore les suivre quelques années et continuer à partager le montage de mouches et pourquoi pas un peu plus par la suite.

Un grand professionel.

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Nicolas : En parlant de montage de mouches, tu fais parti des quelques extra-terrestres du pays. Tes montages sont à la fois pêchants, propres et d’un esthétique incroyable. Tu es passionné de montage depuis tes premiers pas avec une canne à mouche ?  

Ben : Tout d’abord merci, c’est gentil. Effectivement, j’ai commencé le montage la même année où j’ai débuté la pêche à la mouche. Pour moi, les deux sont indissociables, ou alors il manque une roue au carrosse. Mon cousin et moi-même avons commencé à monter des mouches pour un petit magasin vers chez nous quand on avait 13/14 ans. L’approche des matériaux, la facilité de les trouver ont fait que l’on prenait cela comme un jeu et surtout comme un petit plus pour mettre de l’essence dans le scooter. Cependant, j’ai monté pour pêcher à la base, la passion du montage est venue bien plus tard.

Je vous laisse en prendre plein les yeux !

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Nicolas : Vu la qualité de tes imitations, j’imagine que tu vas au bout des choses en matière de matériaux. Je crois même qu’avec un ami tu commercialises des plumes ? 

Ben : J’aime la qualité car je pars du principe que l’on ne fera pas une jolie mouche avec des matériaux de M….. Par contre, on peut prendre du poisson avec une mouche de M…..Ca, j’en suis persuadé. Mes mouches de pêche ne sont pas le reflet de ce que je peux faire en fly art, peut-être jolies pour certain, mais ce n’est pas ce que je leur demande. J’aime surtout me donner des objectifs, des contraintes de montage, des trucs qui ne servent à rien dans le fond, mais qui apportent de la minutie et une approche différente des montages traditionnels.
Effectivement, depuis un ou deux ans, j’ai décidé de mettre en valeur les plumes de ma région. Après de longues années de recherche, je suis tombé sur Laurent qui pour moi est « Le gardien du temple » de la race limousine en France. Sa gentillesse et notre implication ont fait qu’on a voulu ouvrir cette opportunité grâce à internet et aux pêcheurs désireux de connaitre la rolls rolls des plumes (avec le Pardo). Aujourd’hui, nous travaillons sur des génétiques afin d’améliorer la finesse des hackles, la longueur en amenant d’autres gènes et en appliquant une sélection très stricte.

De la plume de très haute qualité, le must !

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Nicolas : Pour mon plaisir et celui des lecteurs de ce blog, tu peux nous mettre une ou deux photos d’un montage avec sa fiche « made in Ben » stp, merci. 

Ben : Alors oui pas de soucis, je peux te donner une copie de ce que les lecteurs peuvent trouver dans le magazine Pêche Mouche, par contre par déontologie avec le magazine, je n’en produit pas ou plus sur d’autres supports. Ils ont l’exclusivité.

Cliquez sur les photos pour mieux en profiter de ces deux fiches détaillées.

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Nicolas : Le montage de cannes devient lui aussi une passion envahissante chez toi. Que recherches-tu à travers cela ?  

Ben : Je ne dirais pas une passion, plutôt une curiosité, une envie de découvrir autre chose. Je ne pense pas avoir fait le tour du montage de mouches, mais j’avais depuis plusieurs années envie de tester. Mon but n’est pas de monter des cannes à outrance, loin de là, plutôt essayer de confectionner une canne qui répond à la façon dont on pêche en collaboration avec Christophe. Pour le moment je me fais la main, chaque chose en son temps, mais le but est là.

Il sait tout faire ce Ben !

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Nicolas : Pour mieux connaître l’homme, parles-nous de tes autres passions que sont la coutellerie et les champignons ?

Ben : Alors merci papy encore une fois. Les champignons, c’est le plaisir de me retrouver dans la nature, de plus, je peux y emmener mon fils maintenant et c’est un moyen de passer du bon temps avec lui. Les couteaux, car tout bon campagnard qui se respecte en a toujours un dans la poche, je ne saurais expliquer, l’amour des lames. Mais j’aime globalement tout ce qui est du travail artisanal, tout ce qui tourne autour du bois.
Je rajoute aussi celle de filmer, nous avons créé il y a quelques temps Caddis production, où on essaye avec modestie, de nous faire plaisir à l’image.

Magnifique.

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Nicolas : Revenons à la pêche. La Dordogne est connue comme une rivière à ombres. Mais toi, tu es plutôt du genre « truiteux », je me trompe ? 

Ben : Non tu ne te trompe pas ! Comme dit ma femme, le jour où je la tromperai, cela sera avec une fille à point rouge et noir ^^. J’admire ce poisson, sa robe, son esthétisme. Pour moi, sa pêche est complètement différente de celle de l’ombre. J’aime aussi les groins, mais on va dire que sur une rivière comme la Dordogne, la possibilité de les pêcher en fin d’année du faite quelle soit une seconde, fait que je les laisse tranquilles pendant la saison de la truite. Je privilégie alors celle-ci. Cependant, je passe quelques bonnes journées à  pêcher les ombres à vue sur d’autre cours d’eau.

Ces gros points noirs, rhooo !

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Nicolas : C’est une rivière qui est difficilement pêchable à vue. Ta pêche de prédilection sur ce cours d’eau est la pêche au fil, mais pratiquée d’une façon bien particulière. Je crois que c’est la rencontre d’un homme de la Sioule qui en est à l’origine, racontes-nous.

Ben : Cet homme est à l’origine de ce que je suis aujourd’hui en tant que pêcheur. Son nom : Christophe Masset , alias « l’amiral » pour nous. Il y a des rencontres dans une vie qui nous changent. Ce fut le cas pour moi. Quand je l’ai rencontré il y a maintenant presque dix ans, j’étais avec des copains à attendre que ça gobe, tout simplement. 
Il est arrivé, nous a demandé s’il pouvait pêcher et là spectacle ! Une nymphe ! Kesako ! J’ai su ce jour là que si je voulais évoluer dans ma pêche, j’avais besoin de connaitre et rencontrer quelqu’un comme lui. De plus, notre rencontre s’est faite sur un spot qui est celui où j’ai tout appris, comme par hasard, c’était un signe ! Sûrement ! 
Au début nous avons fait connaissance, la distance ne nous aidait pas à nous recroiser. Et une année, il m’a prit sous son aile, des mois intensifs, autant dire l’armée pour moi. Il m’a apprit sa technique qu’il a mis au point pour la Dorgogne même s’il l’applique avec grande classe aussi sur sa rivière, la Sioule. De là est née une relation particulière. Si je travaille à Pêche Mouche , c’est aussi grâce à lui. Il a su me faire prendre conscience de ma technique de pêche et de montage, de l’exploiter et surtout d’y avoir confiance…Sans lui, je ne te parlerais même pas aujourd’hui, je ne pense pas que j’aurai raccrocher les cannes, mais je ne serai pas aussi impliqué et passionné. Maintenant, je le compte comme les gens de ma famille, c’est plus qu’un professeur à mes yeux. Et s’il me lit : Mon amiral, MERCI ! On a encore, je l’espère, beaucoup de choses à vivre :-)

On a tous un "mentor"

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Nicolas : Malgré cela, la pêche à vue ne te laisse pas indifférent n’est-ce-pas ?

Ben : Non, j’adore ça ! Je ne sais pas si c’est la traque ou la pêche que je préfère, mais c’est un coté de la pêche que j’essaye d’affiner…Le chemin est encore long car les rivières que je fréquente ont difficilement cet avantage.  Mais la pêche à vue m’a aidé aussi dans ma technique de nymphe au fil à connaitre mes densités, mes animations, tout est plus facile à corriger quand on voit son erreur que lorsque l’on pêche à 30 mètres. Pour moi, je l’ai abordé au début comme complément et maintenant j’en fait une pêche à part. L’adrénaline est relativement plus forte, je crois que c’est ça qui me botte.

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Nicolas : Mise à part la Dordogne, quelles sont les rivières qui ont marqué ton parcours de pêcheurs à la mouche et pourquoi ?

Ben : LA SIOULE ! Car putain j’en ai « chié au début ». Rivière école par excellence ! C’est là où j’ai appris avec Christophe et là où j’ai découvert une seconde famille ! (ils se reconnaitront).
         La BIENNE ! Car j’ai passé peut-être un de mes meilleurs trips de pêche, en compagnie de Francois.
         Le DESSOUBRE / LA VALSERINE  pour les rencontres et les gens avec qui je suis parti…L’équipe JMC dans sa totalité et bien d’autres…
         Après je suis un peu comme toi Nico, j’ai du mal à bouger mes fesses autre part que sur la Dordogne (pour toi la HRA)…Je n’en ressens pas l’envie, j’aime découvrir de temps à autre, mais je ne suis pas à la recherche du poisson de ma vie, mais plutôt d’une ambiance, de pots,  j’aime être là où je me sens le mieux.

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Nicolas : Comme je me suis bien renseigné, il parait que tu as un surnom qui rappelle un certain coyote !  Pourquoi tes potes ont-ils choisi ce surnom de Bip Bip ;-) ?

Ben : Alors ce n’est pas tout le monde, seulement quelques uns qui me surnomme comme cela, ils ont été gentil avec toi car j’en ai plusieurs :-) Certains font plus référence à ma touffe de cheveux ;-), mais ils m’ont donné ce surnom car je marche beaucoup, trop même ! Mais j’ai besoin de me défouler, et apparemment ils ont du mal à suivre ! 

Nicolas : Tu es tout jeune papa également. J’imagine qu’un peu comme moi tu es comme un dingue de pouvoir emmener ton fils à la pêche ? 

Ben : Arfff je vais déjà préférer l’emmener au foot ;-). Et oui, cela serait plus lucratif pour moi. La pêche, on y gagne pas grand chose, le foot par contre…Comme ça, il pourra payer des voyages de pêche à son père plus tard. Non, blague à part, c’est indescriptible de partager une passion avec son fils. Je n’ai pas eu la chance d’en partager avec mon père, forcément c’est quelque chose qui me tient à cœur. Il fera comme il en a envie, mais il est évident que je serai son premier supporter dans n’importe lequel de ses choix !! Je rêve et attend avec impatience le premier jour ou il me ramènera une truite.

Le rêve de tout papa pêcheur.

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Nicolas : Pour terminer cette interview, racontes-nous un de tes plus beau souvenir de pêche. 

Ben : Pfff j’en ai plein ! Cela fait des années que j’en partage tous les étés avec mes amis Nassim, Tony, Francois, et les sioulistes. Nous ne sommes pas beaucoup dans notre groupe mais on essaye toujours d’aller à la pêche ensemble.
Mais si je dois en donner un, assurément celui de cet été avec l’amiral. Il a sorti l’un de ses plus beaux poisson sur la Dordogne et cerise sur le gâteau, je lui épuise son poisson après avoir pris deux fois le bain. Un engagement et une satisfaction comme si on avait été deux à le pêcher.

Un thon, bravo !

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Nicolas : Merci Ben pour d’avoir accepté mon invitation. J’espère que nos chemins se croiseront de nouveau. 

Ben : Merci à toi Nico, évidement qu’ils vont se recroiser ! On va faire en sorte que se soit le cas en tout cas ;-)

Bon, on va reprendre certaines bonnes habitudes. Je ne vais pas te lâcher comme ça super Ben ! J'ai demandé à un de tes amis de nous parler de toi, pour avoir un autre angle sur ton personnage. C'est François qui s'y colle, et c'est plutôt excellent ! Je lui laisse la parole.

François Goursaud : Ma première rencontre avec Ben remonte au printemps 2013 sur les bords de la Sioule. Moi, je ne le connaissais que sur internet et il nous arrivait parfois d’échanger des mails. La veille, j’étais chez mon ami Tony dans l’Allier, Ben nous avait proposé de le rejoindre le lendemain sur un secteur long d’une dizaine de kilomètres, « Je serai avec Christophe, on aura un camion blanc » m’avait-il dit...Nous prîmes la route le lendemain matin, guettant le long de la rivière un hypothétique camion blanc quand on voyait le bord de la rivière. On aurait pu ne jamais tomber dessus, mais la chance ou les dieux de la pêche avaient du s’en mêler, et je me retrouve aujourd’hui à écrire ces quelques lignes.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, j’ai l’impression de le connaître depuis bien plus longtemps, en moins de trois ans une vraie amitié est née, avec ses bons et ses moins bons moments, mais il est devenu l’un de mes meilleurs camarades de pêche.
Ce qui est dingue chez lui, c’est sa polyvalence, sèche, nymphe à vue et bien évidemment la nymphe au fil, avec un très très long bas de ligne mis au point par son ami et mentor Christophe Masset.
Mais revenons en à notre rencontre, à ce moment je ne pêchais qu’en sèche, regardant comme beaucoup d’entre nous la nymphe avec un profond dégout, et encore plus la nymphe au fil… Mais voilà, force fut de constater après une saison de pêche à observer Ben et Christophe que ça fonctionnait très bien, trop bien même. Quel contraste saisissant entre moi, planté au milieu de la rivière comme un bâton, les bras croisés à attendre d’hypothétiques gobages, et eux, prenant du poissons à chaque sortie. 
Comme seul les idiots ne changent pas d’avis, je suis donc moi aussi passer du côté obscur des « nympheux au fil », il m’aura fallu bien deux ans pour commencer à comprendre cette technique et surtout ce lancer si spécifique né de la réflexion de Christophe, même si comme me dit Ben : « t’auras toujours un train de retard sur moi, et moi un train de retard sur Christophe ». C’est ce qui me fascine le plus dans la pêche à la mouche, la marge de progression et de perfectionnisme n’a pas de limite, on s’améliore jusqu’au bout. 
Sans ma rencontre avec Ben, je serai encore là à attendre que les poissons viennent embrasser la surface, ce qu’ils font malheureusement de moins en moins dans notre pays…Mais ça, c’est une autre histoire.

Ben dans une rivière, ça vaut le coup d’œil,  et encore plus dans celle de son cœur là où il fit ses premières armes, la Belle (la Dordogne pour les non initiés). Si vous le croisez, vous le reconnaîtrez avec ses « dreads Locks », ses longs lancers mélangeant souvent les coup droits et les revers pour poser à la perfection ce si long bas de ligne qui n’en finit pas. 
Une autre de ses caractéristiques, due probablement à son bon mètre quatre-vingt, c’est qu’il aime avoir de l’eau jusque sous les aisselles, mais il garde la tête sur les épaules, et ne se mettra jamais en danger pour aller tenter un coup juger trop dangereux sur cette grande et si belle rivière.
Je ne voudrais surtout pas le cantonner à la nymphe au fil. J’ai en mémoire ce jour de printemps où, sur la désormais trop célèbre Bienne, nous tombâmes sur un poisson qui gobait sur la berge opposée dans une veine dix fois plus lente que l’énorme veine principale qui nous séparait de lui. Je jugeai le coup trop difficile et le cédai volontiers à Ben. Un premier lancer pour ajuster la longueur et comprendre les courants, un second parfait, gobage, raté. Calme, et plaisantant, il noua une autre mouche, « pépère » comme il dit souvent. Au lancer suivant, la zebrée finit dans l’épuisette après avoir joué avec le fameux courant. 
Depuis quelques temps, il s’est motivé à progresser en nymphe à vue et là aussi il s’en sort. C’est ça Benoit Ledoyen, quelqu’un qui ne renonce pas, il ne se bloque jamais sur un échec et à soif d’apprendre. Il est toujours là pour tirer ses camarades de pêche vers le haut, y compris les débutants.
La saison est terminée depuis 2 mois, Il ne nous reste plus qu’à patienter jusqu’au printemps prochain pour retrouver notre terrain de jeu.
Merci à Nico de m’avoir proposé d’écrire ce petit texte.

Ben et François.

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Merci à tous les deux. J'ai passé un super moment à vous lire et je suis certain que les lecteurs de ce blog auront le même sentiment. Bonne continuation et tous mes voeux de réussite à tous les deux dans vos projets futurs.

dimanche 14 mai 2023

Interview d'un maître de stage : André Terrier.

Merci à Daniel pour m'avoir transmis ces documents issus d'un Hors Série de Pêche Magazine de 1993. À la lecture de ces pages, je me suis remis en mémoire cette époque où André encadrait des dizaines de pêcheurs durant tout l'été. Il m'emmenait d'ailleurs régulièrement avec ses stagiaires pour donner la main. Que de bons moments passés sur la rivière tout comme à la table de l'Hubert à l'Hôtel du Cerf. Nous rentrions parfois très tard après le coup de coup du soir avec nos truites et nos ombres à cuisiner. Ha les ombres en meurette d'Hubert, c'était quelque chose !

Je vous laisse découvrir ou redécouvrir pour les plus anciens cette interview donnée pour ce hors série.

Souvenir de cette époque lors de ses derniers stages organisés à Pont-du-Navoy.

jeudi 9 février 2023

Éric de l'Ephémère de Bourgogne.

Voilà un homme qui mérite d'être mis en lumière de par sa personnalité et son dévouement dans le domaine de la pêche à la mouche. Il se démène comme un fou pour faire vivre ses plans d'eau à travers notre passion commune. Bonne lecture.

Nicolas : Salut Éric, très heureux de te recevoir sur mon Blog. Peux-tu nous faire une petite présentation s’il te plait pour commencer cette interview.

Éric : Je suis gérant de L’Ephémère de Bourgogne depuis 2014, passionné de pêche depuis mon plus jeune âge et pêcheur à la mouche depuis 1990. J’ai 56 ans, marié et j’ai deux enfants. De formation bâtiment, j’ai ensuite réalisé l’ensemble de ma carrière professionnelle dans le monde de la protection incendie. A la tête d’une société dans ce domaine depuis 2001, j’ai décidé en octobre 2022 de céder cette activité afin de me consacrer uniquement à ma passion, la pêche à la mouche en particulier et l’amour de la nature en général.

Mon invité !

Nicolas : Tu es propriétaire d’un domaine de pêche en eaux closes type réservoir. Où est situé ce domaine ?

Éric : Les réservoirs sont situés près de Saulieu, au cœur du parc régional du Morvan en Côte d’Or sur la commune de Champeau en Morvan

Nicolas : Il y a plusieurs plans d’eau. Peux-tu nous parler de ce que tu proposes aux pêcheurs ?

Éric : Au total nous avons 4 plans d’eau sur un peu plus de 5 hectares. Tous ces plans d’eau sont peuplés de truites fario, arc en ciel, gold, tigre ainsi que des saumons de fontaine. Deux des plans d’eau accueillent une bonne population de black bass et un des étangs est spécifique à la pêche du brochet à la mouche. La pratique du No Kill intégral est une véritable institution à l'Ephémère de Bourgogne. L'accent est mis sur la qualité de l'accueil, de la convivialité du site et de la gastronomie et non sur le prélèvement.

Nicolas : Je crois savoir que tu proposes toutes sortes d’autres services en particulier côté logement. Peux-tu nous détailler tout ça, merci.

Éric : Deux gîtes au bord des plans d’eau permettent d’accueillir les pêcheurs de façon optimum tout en préservant l’aspect sauvage du site. Le chalet de 5 couchages qui est idéal pour un petit groupe ou un couple de pêcheurs qui souhaitent une immersion totale en pleine nature. Puis le cottage avec ses 250m2 et ses 13 couchages qui fait le bonheur des clubs de pêche.

Nous proposons également aux clients qui le souhaitent de les emmener découvrir les rivières du Morvan, dans ce cas nous les véhiculons et les emmenons directement sur les meilleurs postes. Ile est également possible d’aller traquer le carnassier en float tube sur les lacs du Morvan, nous prêtons alors tout le matériel nécessaire, jusqu’au Float tube.

Une nouveauté pour 2023 avec la possibilité d’aller pêcher L’Ombre sur la Haute Seine avec un guide local.

Nous avons également en Fly-shop DEVAUX sur place

Nous proposons aussi des activités annexes pour les épouses qui souhaiteraient accompagner leur mari et découvrir les richesses du Morvan.

Nicolas : Je suppose qu’il faut être avant tout passionné pour se lancer dans ce genre d’aventure. Comment es-tu arrivé à gérer un tel domaine ?

Éric : Enfant, mes parents tenaient un commerce le long du canal du centre, donc, depuis tout petit ma vie a été rythmée par la pêche et les vieilles mains locales m’ont transmises leurs passions. J’avais donc un rêve, celui d’avoir un jour un plan d’eau. Puis la passion de la pêche à la mouche m’a attrapé vers les 20 ans et ne m’a jamais quittée. Ayant beaucoup voyagé pour assouvir ma passion, l’idée d’avoir un parcours privé de pêche à la mouche a fait son chemin en moi.

Comme souvent, c’est accident de la vie qui m’a fait réfléchir au sens de ma vie. Devais-je continuer à m’user la santé au travail, à courir après ce que je n’avais pas besoin, ou allais-je vivre ma vie comme je l’entendais. J’ai donc pris la décision d’ouvrir un réservoir de pêche à la mouche pour proposer aux clients ce que j’allais chercher si loin de nos frontières. Tout ne fut pas facile et il m’aura fallu 8 ans de doubles activités pour enfin pouvoir me consacrer uniquement à ma passion.

Nicolas : Tu te démènes également pour avoir un maximum d’animations sur tes plans d’eau. C’est quelque chose qui te tient à cœur ?

Éric : Oui en tant que chef d’entreprise j’ai toujours été conscient du rôle sociétal que j’avais à jouer. En tant que propriétaire d’un réservoir de pêche à la mouche, je me dois de faire vivre ma passion, d’attirer de nouveaux pratiquants, d’éveiller de nouvelles vocations, de sensibiliser à la protection de notre environnement.  Je ne me considère pas comme un commerçant de la pêche, mais comme un passionné qui essaye de proposer des moyens pour que vive notre passion et qu’elle se développe. Comme toi, j’ai constaté la raréfaction des pêcheurs à la mouche, la détérioration de notre terrain de jeu, je ne veux pas être un observateur mais un acteur, alors je fais tout mon possible.

Nicolas : Donne-nous des exemples d’animations que tu organises à l’éphémère ?

Éric : J’organise des journées découvertes, des journées spéciales jeunes, des week-ends dédiés aux féminines, j’organise le RISE, festival international de film sur la pêche à la mouche à Chalon et Saulieu, je mets en place des journées de perfectionnement avec la présence de champions, des journées à thèmes avec des écrivains halieutiques, des artistes, des fabricants de matériel.

Afin de permettre à mes clients de voyager, j’organise chaque année des concours et challenges ou des voyages à l’étranger et des séjours en France sont à gagner, en 2023, 8 voyages à l’étranger et 4 séjours en France sont à gagner

Il ne faut pas rester inactif pour se faire connaître et fidéliser les pêcheurs.

Nicolas : Et toi Éric, as-tu encore le temps de pêcher ?

Éric : Mon premier voyage à l’étranger a été en Irlande et le guide Français chez qui je suis allé m’avait dit, si tu veux vivre de ta passion, tu n’auras plus le temps de la pratiquer. C’est en partie vrai, mais on dispose du temps que l’on se donne, c’est pourquoi j’ai décidé de céder ma deuxième activité afin de reprendre la pêche comme je l’entends. Il me reste une vingtaine de bonnes années de pêche, je vais en profiter.

Nicolas : Profites du passage sur ce blog pour donner les renseignements utiles dont on n’aurait pas encore parlé pour mieux connaitre ton réservoir.

Éric : Je pense que nous avons fait le tour de la question, par ces quelques lignes j’espère avoir expliqué mes motivations et inciter d’autres acteurs de la pêche à mettre en place des actions permettant de promouvoir notre si beau loisir. Il faut savoir donner pour recevoir.

Nicolas : Merci d’avoir accepté mon invitation et je te dis à très bientôt chez toi ou ailleurs.

Éric : Merci à toi et bravo pour tout ce que tu fais également pour la pêche à la mouche.

dimanche 24 juillet 2022

Nikola Mandic, président de la Fédération de Pêche du 01

De retour sur ce blog avec une interview, cela faisait longtemps ! J'ai souhaité donner la parole à un jeune président de fédération départementale. Etre encore actif et être motivé comme rarement je l'ai vu c'est assez remarquable pour le signaler. Nikola était d'ailleurs présent à notre journée de mercredi en tant que voisin, merci !

Je vous laisse donc en compagnie du président de la Fédération de Pêche du département de l'Ain (01).

Nicolas : Bonjour Nikola, très heureux de te recevoir sur mon Blog. Tu viens d’être élu président de la fédération de pêche du département de l’Ain. Après nous avoir fait une petite présentation, peux-tu nous parler de ces élections et de l’équipe qui a été élue autour de toi.

Nikola : Merci à toi pour l’accueil !

La présentation va être assez simple, Niko, pêcheur chevronné ayant pratiqué à peu près toutes les techniques depuis sa plus tendre enfance. Habitant de l'Ain depuis bientôt 15 ans, et bénévole dans deux AAPPMA du département (administrateur et tireur de cormorans, chose dont je suis TRÈS fier), vice-président de la FD01 pendant 6 ans, président par intérim depuis janvier (démission de mon prédécesseur) et réélu fin mars à l’unanimité par notre nouveau conseil d'administration.

Concernant cette élection, nos AAPPMA de l'Ain ont plébiscité 15 administrateurs de terrain, fervents défenseurs de notre loisir et de ses intérêts : il n’y a personne qui fait ça pour passer le temps, mais bien pour faire avancer la pêche et défendre les poissons avant tout ! On a du jeune, de l'ancien, du retraité, de l'actif, des pêcheurs de salmonidés, de carnassiers, des carpistes, des champions de pêche à la mouche, aux leurres et même au coup, et puis pas mal de simples petits pêcheurs pas très doués comme moi : on ne peut pas faire plus représentatif de notre loisir et de nos pêcheurs !

Mon invité !

Nicolas : Je connais la gestion d’une AAPPMA, bien que modeste en ce qui nous concerne. Mais une fédération, j’imagine que c’est un autre monde. Peux-tu nous expliquer dans les grandes lignes le fonctionnement que tu souhaiterais mettre en place sur la durée de ton mandat.

Nikola : Une fédération, c’est une sorte de mix entre une association et une entreprise, avec un conseil d’administration (le fameux "CA") composé de 15 élus issus des AAPPMA qui définissent une politique, et des salariés qui essayent de la mettre en place, tout en étant aussi (et avant tout !) force de proposition pour les élus : il y a donc deux parties : un côté politique (les élus) et un côté exécutif/conseil(les salariés).

Il faut donc élire de bons élus, mais aussi embaucher(et essayer de garder!) des salariés intéressés par le développement et la défense de notre loisir, pas "juste" travailler dans l'environnement sans se soucier de la pêche. Et quand tu as de bons salariés(comme les nôtres dans l’Ain), tu essayes de les mettre dans les meilleures dispositions possibles. J'ai entendu plusieurs fois des "diviser pour mieux régner", et bien moi, je crois tout le contraire : le président doit déléguer au maximum, écouter son CA mais aussi ses salariés, et être « simplement » le représentant officiel d'une véritable équipe bénévoles/salariés. Plutôt que diviser pour mieux régner, il faut savoir unir pour conquérir !

Concernant le fonctionnement que notre CA souhaiterait mettre en place pour les 5 prochaines années : développer la pêche et défendre les poissons avant tout ! Certains vont me dire "ben c'est évident", sauf qu'en réalité, pas mal de FD (mais de moins en moins quand même) se sont éloignées de leur rôle premier : s'occuper des pêcheurs à la ligne, avec une vraie défense de leurs intérêts, et défendre coûte que coûte les poissons avant tout le reste, et je dis bien avant tout le reste :

Il y a bien assez de structures et autres associations qui s'occupent de tout ce qui nage et vit dans une rivière, alors que le poisson est clairement le parent pauvre de la biodiversité aquatique : loutres, castors, amphibiens, invertébrés, si tu savais le nombre d'études et suivis qu'il y a sur les autres habitants de nos milieux aquatiques (et c'est très bien d’ailleurs !) et tellement peu sur nos poissons dans mon département. A nous de nous occuper d’eux et de ne pas nous disperser.

Niko devant le siège de "sa" fédération avec les jurassiens !

Nicolas : Pour toi, quels sont les dossiers prioritaires à traiter dans ton département et pourquoi ?

Nikola :Oula, nous avons beaucoup de pain sur la planche… On passera tout le volet purement « entrepreneurial »( qui ne va pas énormément intéresser tes lecteurs), et parler uniquement pêche et poissons.

D’un point de vue halieutique, nous allons devoir bosser sur la réglementation (pêche de nuit, test de nouvelles réglementations, dates d'ouvertures/fermetures cohérentes notamment sur les cours d'eau limitrophes, en finir avec certaines "particularités" dont l'absence d'intérêt a été démontrée, etc.), développer les parcours halieutiques, aussi bien à prélèvement(type Aveyron ou Ardèche) par exemple tout en mettant en place des parcours plus "sport" en no-kill, comme le contre canal de Briord.

Je crois personnellement que le meilleur modèle halieutique est de maintenir un prélèvement raisonnable et intelligent sur les milieux productifs en carnassiers et salmonidés(quasiment toutes nos gravières/Lac de l'Ain pour les carnassiers, et l'Albarine ou la haute Valserine pour les salmonidés et surtout les rivières où le harle n’a pas encore tout bouffé), avoir des parcours faciles avec lâchers réguliers pour prélèvement, tout en ayant des tronçons en no-kill qui permettent, quoi qu'en disent nos bloggeurs scientifiques de canapé, d'avoir un peu plus de gros poissons visibles au fort attrait touristique(allez faire un tour sur l'Albarine pour comprendre)...Bref, penser à tout le monde, ne pas être extrémiste ni dans un sens (tout-kill) ni dans l'autre(no-kill).

D’un point de vue environnemental : protéger au mieux les derniers poissons sauvages de notre département, et ce coûte que coûte. Et ce coût passera sûrement par des luttes et conflits avec d’autres « usagers » des cours d'eau. On ne peut pas être copain avec tout le monde tout en protégeant les poissons, celui qui croit au "dialogue" ou à la "concertation" permanente n'a aucune expérience des luttes écologiques ou est un grand naïf : Les conflits sont parfois inévitables et il faut être prêt à aller au casse-pipe pour nos poissons, quitte à passer pour le « méchant » de service.

Lors de pollution, il faut accompagner au mieux nos AAPPMA dans leurs dépôts de plainte, et ne jamais dire "ça ne sert à rien de porter plainte". Notre pôle garderie travaille activement à la mise en place d'une véritable procédure d'accompagnement pour nos AAPPMA. Concernant cette garderie, organe qui est pour moi aussi important que le pôle technique ou l’animation dans une FD, nous nous sommes engagés à revenir à un nombre de gardes plus important d'ici la fin du mandat : un département comme le notre ne peut pas avoir que deux gardes fédéraux, c’est une aberration à corriger.

Restez aussi très vigilent à l’encontre des hydro-électriciens qui font n’importe quoi (ils ne sont pas tous mauvais, la bonne gestion sur l'Albarine ou par la CNR sur le haut Rhône en est la preuve). D'ailleurs, grâce à certains nouveaux élus dans notre CA, on découvre que les problématiques d'éclusées ont lieu même en plaine, comme sur la Veyle avec de la petite hydro-électricité, chose que je ne savais pas.

Ensuite, il y a L'ÉNORME problématique des invasions biologiques qui, et il est toujours bon de le rappeler, sont l’une des 4 causes identifiées et certaines de baisse de la biodiversité (avec la pollution, destruction d’habitat et changement climatique) : Notre fédération continuera son combat pour la reconnaissance du statut d’espèce allochtone qu’est le Harle Bièvre, et fera tout pour maintenir, pérenniser voire développer la régulation des cormorans : des rivières ou lacs riches en poissons, ce sont des rivières et lacs pauvres en oiseaux piscivores allochtones, ce n'est pas une vue de l'esprit, mais une réalité ! Les loutres, oui, les hérons, oui, les martins pêcheurs, oui, les VRAIS oiseaux migrateurs piscivores (grèbes castagneux, grèbe huppé) oui, bref tout ce qui est présent depuis toujours, oui, mais les cormorans et harles, ces espèces apparues il y a moins de 30 ans, il ne faut ni s'y habituer, ni les accepter ! Le drame que nous vivons actuellement avec les harles est tout aussi grave que les autres problèmes de nos cours d’eau.

Nikola avec son vice-président.

Nicolas : Tu évoques les oiseaux piscivores à juste titre de mon point de vue. J’ai le sentiment que le fait d’agir au plus vite sur les populations de harles notamment n’est pas partagé par tous et ce même dans nos propres rangs. Comment réagis-tu à cela ?

Nikola : Je ne partage pas vraiment ton avis : il y a quelques brebis galeuses dans nos rangs mais ils sont ultra minoritaires, encore plus quand il s'agit du Harle : beaucoup de gens(les naïfs, ceux qui veulent être copains avec tout le monde) se moquaient de moi il y a 7-8 ans, puis une fois leur rivière colonisée où il ne reste que 3 grosses truites et 4 alevins, ils commencent à comprendre notre combat contre cet oiseau.

Mais il reste une petite frange de pêcheur/rêveur qui nie toujours l’évidence et ne veulent pas se fâcher avec leurs copains naturalistes et continuent de noyer le poisson (ou plutôt le canard), et sortent souvent l'argument le plus bidon au monde : « oh mais il y a la pollution d’abord ». Cette phrase est vraiment la synthèse de leur absence totale d’arguments : NON, il y a la pollution ET les oiseaux allochtones, et il y a aussi les modifications d'habitat et le réchauffement climatique, les quatre sujets sont différents mais les quatre ont un impact avéré et doivent être combattus. Et ce n’est pas à moi, qui ait ramassé des cadavres de poissons pendant 10 ans sur la BRA et ait lutté corps et âmes contre toutes les agressions dont est victime cette rivière(je vous invite juste à visionner les nombreuses vidéos qu’on a publié depuis 2012 sur la page de mon AAPPMA PPVA…) qu’on va expliquer que je ne m’occupe pas des autres problèmes : les problèmes, on essaye de TOUS les traiter, on ne se cache pas derrière des arguments aussi bidons pour fuir ses responsabilités(parce qu’on a peur de se fâcher avec les copains de promo de la LPO ou de je ne sais quelle réserve naturelle qui n’a de naturel que le nom), et on essaye déjà de commencer par les plus simples : il est plus facile de faire sauter un statut d’espèce protégée d'un oiseau allochtone plutôt que de changer le modèle agricole français ou de faire tomber la pluie en été...D'ailleurs, notre réseau ne fait tellement peur à personne que ce genre de victoire (faire déclasser le Harle et maintenir la pression pour la régulation du cormoran) pourrait nous rendre un peu plus crédible face aux pollueurs pour lesquels nous ne sommes souvent que du menu fretin.

Les harles en action sur la basse rivière d'Ain.

Nicolas : D’après toi, quelles sont les alternatives pour limiter voire stopper la prédation de ces oiseaux allochtones ?

Nikola : Dans un réseau pêche où la fédération nationale serait au service des poissons, un véritable lobbying aurait dû être mené depuis longtemps auprès du ministère de l'environnement. Dans notre réalité où la FNPF ne sert politiquement pas à grand-chose, nous devrons faire sans et nous organiser à l'échelle locale entre fédérations motivées. On n’est pas encore en ordre de marche, donc je ne peux pas t'en dire plus, mais nous serons une des fédérations moteurs dans ce dossier...

Nicolas : Changeons de sujet. En tant que président d’AAPPMA, je suis très attaché aux retours de terrain. Je remarque depuis quelques années un éloignement entre le monde scientifique/technique et ces pêcheurs qui vivent le long des berges à longueurs d’année. Quel est ton point de vue sur ce sujet ?

Nikola : La science, c’est bien, utile et indispensable. Mais ce n’est qu’un outil technique, rien de plus. Il ne faut pas s'en priver, mais il ne faut pas non plus que cela devienne le paravent de l'inaction du type (et je l'ai déjà entendu de la part des pollueurs) : "cherchons encore quelques années pour être sûr de telle ou telle chose, et puis dans quelques années on recommencera les études à zéro car les premières ont déjà quelques années !", et puis au final, RIEN n’a été fait de concret sur le sujet traité…

Dans notre contexte de fédération de pêche, OUI à une science au service de la pêche et des poissons (suivis piscicoles, étude en complément de tests sur la réglementation, études sur des sujets concrets et utiles pour la pêche, etc). La science pour faire de la recherche pure et dure, pour arriver à des conclusions sur des sujets où, de toute façon, nos fédérations ne pourront rien faire (la recherche de la PKD par exemple) ou encore travailler sur des sujets qui n'ont plus rien à voir avec les poissons et la pêche, NON. Laissons ça aux autres, aux universitaires et autres vrais chercheurs, ils le font d'ailleurs souvent très bien(IRSTEA par exemple).

D'ailleurs, on a un excellent modèle pas loin de chez nous, la fédération de pêche du Rhône: elle assure ses missions les plus utiles(suivis et études piscicoles réguliers sur tous ses cours d'eau et lacs, appréciés de tous les partenaires de la FD!) tout en menant en parallèle pléthore d'études à visée halieutique afin de faire évoluer sa réglementation ou défendre cette dernière face aux attaques. Leur travail est complètement axé vers l'acquisition de données pour en faire des choses concrètes et utiles. Il faut qu'une étude serve à quelque chose à la fin: Voilà le seul moyen de réconcilier pêcheurs et science!

Nicolas : J’aimerais aussi connaitre ta vision des choses sur le fait que les autres utilisateurs de nos rivières sont de plus en plus nombreux. Canoés, baigneurs et tous les autres « loisirs » aquatiques comme le ruisseling et autre canyoning. L’argument des pêcheurs, à juste titre ou pas est souvent de dire qu’ils sont les seuls à payer à travers leur taxe sur les cartes de pêche. Il est vrai que sur une année chaude, des portions de rivière peuvent être envahies sur plusieurs mois et donc plus de pêche si ce n’est dans les heures extrêmes de la journée. Qu’en penses-tu ?

Nikola : quel vaste sujet ! Des pratiques comme le ruisseling, et plus généralement le piétinement des petits cours d'eau, devraient être tout simplement strictement interdites. Par contre, et je vais en étonner quelques-uns, mais certaines activités, bien encadrées, doivent être tolérées : le Canoé par exemple n'est pas un problème si la fréquentation reste modérée, la plage horaire faible, et que le loueur sensibilise sa clientèle. Sur la BRA, c’est encore le cas, mais l’installation de loueurs supplémentaires ne respectant pas ces règles se précise…à nous d’être vigilants !

Par contre, il est évident que, comme nous, une journée de canoë devrait être soumise à la CPMA à 3.9 euros, comme pour une carte de pêche journalière. Ça, c'est clairement inadmissible et il faudra un jour qu'ils s'acquittent de cette taxe.

Concernant les baigneurs, le sujet est très complexe : je comprends hélas le besoin des gens, qui pour bon nombre ne peuvent pas partir en vacances, de rechercher un peu de fraîcheur l'été, mais je suis le premier emmerdé par leur comportement : Il sont, selon moi, beaucoup plus problématiques que les canoës, déjà parce qu'ils sont beaucoup plus nombreux, qu'ils restent plus tard le soir et surtout parce que leurs comportements sont souvent inadmissibles : le porc, on ne le retrouve pas que dans le jambon, il vient aussi patauger au bord des rivières l'été pour y laisser ses merdes... Si déjà ils ne laissaient pas de déchets, la pilule passerait mieux auprès des pêcheurs, qui ont naturellement appris à ne pêcher que le matin et le soir afin d'éviter les foules. Mais quand tu arrives sur ton spot rempli d'emballages vides, tu as de quoi détester les baigneurs... Hélas, il n’y a que les forces de l’ordre pour sensibiliser et surtout verbaliser(les gardes pêche n’ont pas cette compétence juridique). On aimerait d’ailleurs que notre gouvernement, ô combien attaché à l’environnement, arrête de réduire les effectifs de l'OFB(police de l'environnement), seul organisme réellement compétent pour verbaliser les actes de pollution.

Nicolas : Un autre sujet qui va devenir, si ce n’est déjà le cas, assez complexe : Le bien-être animal. Il y a de nombreuses associations qui sont prêtes à bondir sur les pêcheurs comme on peut le voir à Paris. Certes, ces personnes sont peu nombreuses, mais elles ont des moyens et sont présentes d’un point de vue médiatique. Quelle doit être notre position face à ce phénomène si tu considères que s’en est un.

Nikola : Oui, il y a une véritable menace, et notre position doit être claire : D'abord, au sein de nos propres rangs, faire passer le message et comprendre une bonne fois pour toute qu'il faut ABSOLUMENT défendre la pêche aux appâts naturels, et plus généralement TOUTES les techniques, que vous les appréciez ou pas. Les animalistes s'en prennent au vif, mais ce n'est bien évidemment qu'une étape. Ensuite ce sera le tour des vers de terre à cause de leur système nerveux, puis des appâts végétaux où l'un de ces tarés découvrira qu'un pois chiche est un être sensible, pour finir, une fois tous les appâts naturels interdits, par demander l'interdiction pure et simple de la pêche à cause des plastiques contenus dans les leurres: ne laissons pas un millimètre de victoires à ces zélés d'animalistes, car les prédateurs, ce sont eux, trop content de se repaitre de nos faiblesses et de la perte de nos libertés, eux dont les vies sont si tristes et insipides, contrairement à celles des pêcheurs !

Là, j’ai défendu la pêche au vif et aux appâts naturels, comme je défendrai toujours le prélèvement raisonné, qu’il faut défendre. Et bien j’ai aussi un message pour les anti no-kill : vous faites aussi le travail des animalistes, qui sont en train de s’en prendre à cette pratique : comme il faut défendre le prélèvement ou les appâts naturels, il faut aussi défendre le no-kill pour la simple et bonne raison que son interdiction envisagée par certaines communes(Grenoble, Paris) n’est que le début de l’interdiction PURE et SIMPLE de la pêche. Que le no-kill vous plaise ou non, et comme pour les appâts naturels, évitez d’aborder des postures idéologiques reprises par nos ennemis, et défendez TOUTES les pêches et TOUTES les techniques, ne nous tirons pas des balles dans le pied nous-même…

Ensuite, un petit conseil aux gestionnaires : j'ai été un grand naïf et fan des réserves de pêche et autres interdictions de pêcher pendant des années, mais j'ai évolué au fil du temps face à deux réalités : la première scientifique : grâce à certaines fédérations, fers de lance des études utiles au service de la pêche, il a été démontré que de nombreuses interdictions ne servaient pas à grand-chose. La seconde réalité est politique : nos interdictions de pêcher que nous nous imposons nous même sont utilisées par les anti-pêche. L’exemple le plus parlant étant les réserves de pêche : une petite musique est en train de monter chez ces anti-pêches qui dit " regardez, les pêcheurs eux même interdisent la pêche sur plusieurs kilomètres pour que les poissons soient tranquilles, c'est bien que la pêche est néfaste ! ". On a même un syndicat de rivière qui vient d'écrire au préfet de l’Ain pour ne pas que l'on supprime une réserve qui ne sert strictement à rien sur le haut-Rhône, sous prétexte que les pêcheurs à la ligne font du mal aux populations piscicoles et que ce secteur serait un « havre de paix, alors que cette réserve est envahie de harles et de cormorans qui eux, c’est bien connu, font des câlins aux poissons.

Méfiez-vous donc des réserves de pêche à outrance, et essayez d'en mettre sur un minimum de linéaire, et uniquement pour des raisons de sécurité (moulin, barrage, lignes électriques) ou de voisinage (cœur de petit village sur quelques dizaines/centaines de mètres max comme à Cerdon).

Déjà, AUCUNE pratique de pêche à la ligne n'a JAMAIS menacé une espèce piscicole, et je dis bien AUCUNE, les réserves ne permettent donc pas de préserver une ou des espèces piscicoles sur la durée. Quand elles sont respectées, elles permettent au mieux d'avoir quelques poissons plus gros, c'est tout. Il faut donc absolument limiter les réserves de pêche à des raisons "techniques", et pas de "tranquillité des poissons". De plus, quand comme moi tu habites au bord d'une réserve un peu "sauvage", tu te rends compte que la seule espèce tranquille dedans, c'est le braco, qui se régale de ces poissons peu éduqués et faciles à prendre, et au final tu n'as pas grand-chose de plus si ce n’est la masse de pêcheurs honnêtes qui elle ne peut pas pêcher sur ce secteur.

Pour résumer mon propos sur les anti-pêche, soyons cohérents : défendons la pêche et toutes ses techniques coûte que coûte. Pas de discrimination entre nous, et un minimum d'interdiction de pêcher, afin de ne pas donner de grain à moudre aux anti-pêche.

Nicolas : Un dernier point et je te libère. Du côté des effectifs de pêcheurs. Est-ce que cela doit être une priorité ? On compare toujours les chiffres, hausses, baisses, etc… Doit-on recruter à tout va ? Si oui comment le faire ?

Nikola : oui, on doit recruter à tout va ! Pour cela, on n’a pas 36 solutions mais seulement 3 : avoir des parcours poissonneux, ne pas dégoûter les pêcheurs (pour ne pas qu’ils rangent leurs cannes au placard) et mettre des cannes dans les mains des gosses ! Pour les deux premiers sujets, on en a parlé avant : Se battre pour nos poissons sauvages mais aussi développer les parcours à lâchers (prélèvement ET no-kill), limiter les interdictions de pêche au strict minimum, et enfin, pour les enfants, changer notre fusil d’épaule : nous avons trop axé nos animations sur le pédagogique et l'environnement. Les gosses, avant de leur expliquer ce qu'est un invertébré aquatique ou une pollution, il faut leur donner le goût de la pêche en leur apprenant à pêcher : c'est en pêchant que l'on s'approprie nos rivières, qu'on apprend à les aimer et à vouloir les défendre contre les agressions. Ils viendront naturellement à se poser des questions sur l'environnement et à vouloir défendre les milieux aquatiques qu'ils ont appris à aimer. Je pense que 100% des bénévoles et salariés du monde de la pêche ont d'abord appris à pêcher, et pas à connaître les familles d'invertébrés. Les sentinelles des rivières se forment d’abord à la pêche !

Nicolas : Merci Nikola pour ton franc-parler et ton dévouement au sein de nos instances bénévoles. Tous mes encouragements pour ce mandat.

Nikola : de rien mon Nico, je voulais simplement rajouter un truc : Tu fais parti de ces gens qui m'ont aidé à me construire en tant que bénévole, au même titre que les articles de pêche sportive, tu fais parti avec Philippe Boisson (et d’autres) de ces gens qui m’ont donné envie de me bouger pour nos rivières, de participer aux premières manifestations pour la Loue, à comprendre certaines problématiques.

Vous avez fait plus pour la défense de nos rivières que la FNPF ces 20 dernières années, ou encore que toute cette nouvelle génération de bloggeurs dont le seul but est de générer du clic afin d’augmenter leurs parts publicitaires, souvent au détriment de l’unité de nos rangs et de la défense de nos intérêts. Bravo et longue vie à ton Blog !

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