Nicolas39 - Pêche à la mouche

La pêche à la mouche sur le blog de Nicolas Germain, un Jurassien amoureux de sa rivière, la Haute Rivière d'Ain.
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Interview

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dimanche 24 juillet 2022

Nikola Mandic, président de la Fédération de Pêche du 01

De retour sur ce blog avec une interview, cela faisait longtemps ! J'ai souhaité donner la parole à un jeune président de fédération départementale. Etre encore actif, avoir moins de 40 ans et être motivé comme rarement je l'ai vu c'est assez remarquable pour le signaler. Nikola était d'ailleurs présent à notre journée de mercredi en tant que voisin, merci !

Je vous laisse donc en compagnie du président de la Fédération de Pêche du département de l'Ain (01).

Nicolas : Bonjour Nikola, très heureux de te recevoir sur mon Blog. Tu viens d’être élu président de la fédération de pêche du département de l’Ain. Après nous avoir fait une petite présentation, peux-tu nous parler de ces élections et de l’équipe qui a été élue autour de toi.

Nikola : Merci à toi pour l’accueil !

La présentation va être assez simple, Niko, 39 ans, pêcheur chevronné ayant pratiqué à peu près toutes les techniques depuis sa plus tendre enfance. Habitant de l'Ain depuis bientôt 15 ans, et bénévole dans deux AAPPMA du département (administrateur et tireur de cormorans, chose dont je suis TRÈS fier), vice-président de la FD01 pendant 6 ans, président par intérim depuis janvier (démission de mon prédécesseur) et réélu fin mars à l’unanimité par notre nouveau conseil d'administration.

Concernant cette élection, nos AAPPMA de l'Ain ont plébiscité 15 administrateurs de terrain, fervents défenseurs de notre loisir et de ses intérêts : il n’y a personne qui fait ça pour passer le temps, mais bien pour faire avancer la pêche et défendre les poissons avant tout ! On a du jeune, de l'ancien, du retraité, de l'actif, des pêcheurs de salmonidés, de carnassiers, des carpistes, des champions de pêche à la mouche, aux leurres et même au coup, et puis pas mal de simples petits pêcheurs pas très doués comme moi : on ne peut pas faire plus représentatif de notre loisir et de nos pêcheurs !

Mon invité !

Nicolas : Je connais la gestion d’une AAPPMA, bien que modeste en ce qui nous concerne. Mais une fédération, j’imagine que c’est un autre monde. Peux-tu nous expliquer dans les grandes lignes le fonctionnement que tu souhaiterais mettre en place sur la durée de ton mandat.

Nikola : Une fédération, c’est une sorte de mix entre une association et une entreprise, avec un conseil d’administration (le fameux "CA") composé de 15 élus issus des AAPPMA qui définissent une politique, et des salariés qui essayent de la mettre en place, tout en étant aussi (et avant tout !) force de proposition pour les élus : il y a donc deux parties : un côté politique (les élus) et un côté exécutif/conseil(les salariés).

Il faut donc élire de bons élus, mais aussi embaucher(et essayer de garder!) des salariés intéressés par le développement et la défense de notre loisir, pas "juste" travailler dans l'environnement sans se soucier de la pêche. Et quand tu as de bons salariés(comme les nôtres dans l’Ain), tu essayes de les mettre dans les meilleures dispositions possibles. J'ai entendu plusieurs fois des "diviser pour mieux régner", et bien moi, je crois tout le contraire : le président doit déléguer au maximum, écouter son CA mais aussi ses salariés, et être « simplement » le représentant officiel d'une véritable équipe bénévoles/salariés. Plutôt que diviser pour mieux régner, il faut savoir unir pour conquérir !

Concernant le fonctionnement que notre CA souhaiterait mettre en place pour les 5 prochaines années : développer la pêche et défendre les poissons avant tout ! Certains vont me dire "ben c'est évident", sauf qu'en réalité, pas mal de FD (mais de moins en moins quand même) se sont éloignées de leur rôle premier : s'occuper des pêcheurs à la ligne, avec une vraie défense de leurs intérêts, et défendre coûte que coûte les poissons avant tout le reste, et je dis bien avant tout le reste :

Il y a bien assez de structures et autres associations qui s'occupent de tout ce qui nage et vit dans une rivière, alors que le poisson est clairement le parent pauvre de la biodiversité aquatique : loutres, castors, amphibiens, invertébrés, si tu savais le nombre d'études et suivis qu'il y a sur les autres habitants de nos milieux aquatiques (et c'est très bien d’ailleurs !) et tellement peu sur nos poissons dans mon département. A nous de nous occuper d’eux et de ne pas nous disperser.

Niko devant le siège de "sa" fédération avec les jurassiens !

Nicolas : Pour toi, quels sont les dossiers prioritaires à traiter dans ton département et pourquoi ?

Nikola :Oula, nous avons beaucoup de pain sur la planche… On passera tout le volet purement « entrepreneurial »( qui ne va pas énormément intéresser tes lecteurs), et parler uniquement pêche et poissons.

D’un point de vue halieutique, nous allons devoir bosser sur la réglementation (pêche de nuit, test de nouvelles réglementations, dates d'ouvertures/fermetures cohérentes notamment sur les cours d'eau limitrophes, en finir avec certaines "particularités" dont l'absence d'intérêt a été démontrée, etc.), développer les parcours halieutiques, aussi bien à prélèvement(type Aveyron ou Ardèche) par exemple tout en mettant en place des parcours plus "sport" en no-kill, comme le contre canal de Briord.

Je crois personnellement que le meilleur modèle halieutique est de maintenir un prélèvement raisonnable et intelligent sur les milieux productifs en carnassiers et salmonidés(quasiment toutes nos gravières/Lac de l'Ain pour les carnassiers, et l'Albarine ou la haute Valserine pour les salmonidés et surtout les rivières où le harle n’a pas encore tout bouffé), avoir des parcours faciles avec lâchers réguliers pour prélèvement, tout en ayant des tronçons en no-kill qui permettent, quoi qu'en disent nos bloggeurs scientifiques de canapé, d'avoir un peu plus de gros poissons visibles au fort attrait touristique(allez faire un tour sur l'Albarine pour comprendre)...Bref, penser à tout le monde, ne pas être extrémiste ni dans un sens (tout-kill) ni dans l'autre(no-kill).

D’un point de vue environnemental : protéger au mieux les derniers poissons sauvages de notre département, et ce coûte que coûte. Et ce coût passera sûrement par des luttes et conflits avec d’autres « usagers » des cours d'eau. On ne peut pas être copain avec tout le monde tout en protégeant les poissons, celui qui croit au "dialogue" ou à la "concertation" permanente n'a aucune expérience des luttes écologiques ou est un grand naïf : Les conflits sont parfois inévitables et il faut être prêt à aller au casse-pipe pour nos poissons, quitte à passer pour le « méchant » de service.

Lors de pollution, il faut accompagner au mieux nos AAPPMA dans leurs dépôts de plainte, et ne jamais dire "ça ne sert à rien de porter plainte". Notre pôle garderie travaille activement à la mise en place d'une véritable procédure d'accompagnement pour nos AAPPMA. Concernant cette garderie, organe qui est pour moi aussi important que le pôle technique ou l’animation dans une FD, nous nous sommes engagés à revenir à un nombre de gardes plus important d'ici la fin du mandat : un département comme le notre ne peut pas avoir que deux gardes fédéraux, c’est une aberration à corriger.

Restez aussi très vigilent à l’encontre des hydro-électriciens qui font n’importe quoi (ils ne sont pas tous mauvais, la bonne gestion sur l'Albarine ou par la CNR sur le haut Rhône en est la preuve). D'ailleurs, grâce à certains nouveaux élus dans notre CA, on découvre que les problématiques d'éclusées ont lieu même en plaine, comme sur la Veyle avec de la petite hydro-électricité, chose que je ne savais pas.

Ensuite, il y a L'ÉNORME problématique des invasions biologiques qui, et il est toujours bon de le rappeler, sont l’une des 4 causes identifiées et certaines de baisse de la biodiversité (avec la pollution, destruction d’habitat et changement climatique) : Notre fédération continuera son combat pour la reconnaissance du statut d’espèce allochtone qu’est le Harle Bièvre, et fera tout pour maintenir, pérenniser voire développer la régulation des cormorans : des rivières ou lacs riches en poissons, ce sont des rivières et lacs pauvres en oiseaux piscivores allochtones, ce n'est pas une vue de l'esprit, mais une réalité ! Les loutres, oui, les hérons, oui, les martins pêcheurs, oui, les VRAIS oiseaux migrateurs piscivores (grèbes castagneux, grèbe huppé) oui, bref tout ce qui est présent depuis toujours, oui, mais les cormorans et harles, ces espèces apparues il y a moins de 30 ans, il ne faut ni s'y habituer, ni les accepter ! Le drame que nous vivons actuellement avec les harles est tout aussi grave que les autres problèmes de nos cours d’eau.

Nikola avec son vice-président.

Nicolas : Tu évoques les oiseaux piscivores à juste titre de mon point de vue. J’ai le sentiment que le fait d’agir au plus vite sur les populations de harles notamment n’est pas partagé par tous et ce même dans nos propres rangs. Comment réagis-tu à cela ?

Nikola : Je ne partage pas vraiment ton avis : il y a quelques brebis galeuses dans nos rangs mais ils sont ultra minoritaires, encore plus quand il s'agit du Harle : beaucoup de gens(les naïfs, ceux qui veulent être copains avec tout le monde) se moquaient de moi il y a 7-8 ans, puis une fois leur rivière colonisée où il ne reste que 3 grosses truites et 4 alevins, ils commencent à comprendre notre combat contre cet oiseau.

Mais il reste une petite frange de pêcheur/rêveur qui nie toujours l’évidence et ne veulent pas se fâcher avec leurs copains naturalistes et continuent de noyer le poisson (ou plutôt le canard), et sortent souvent l'argument le plus bidon au monde : « oh mais il y a la pollution d’abord ». Cette phrase est vraiment la synthèse de leur absence totale d’arguments : NON, il y a la pollution ET les oiseaux allochtones, et il y a aussi les modifications d'habitat et le réchauffement climatique, les quatre sujets sont différents mais les quatre ont un impact avéré et doivent être combattus. Et ce n’est pas à moi, qui ait ramassé des cadavres de poissons pendant 10 ans sur la BRA et ait lutté corps et âmes contre toutes les agressions dont est victime cette rivière(je vous invite juste à visionner les nombreuses vidéos qu’on a publié depuis 2012 sur la page de mon AAPPMA PPVA…) qu’on va expliquer que je ne m’occupe pas des autres problèmes : les problèmes, on essaye de TOUS les traiter, on ne se cache pas derrière des arguments aussi bidons pour fuir ses responsabilités(parce qu’on a peur de se fâcher avec les copains de promo de la LPO ou de je ne sais quelle réserve naturelle qui n’a de naturel que le nom), et on essaye déjà de commencer par les plus simples : il est plus facile de faire sauter un statut d’espèce protégée d'un oiseau allochtone plutôt que de changer le modèle agricole français ou de faire tomber la pluie en été...D'ailleurs, notre réseau ne fait tellement peur à personne que ce genre de victoire (faire déclasser le Harle et maintenir la pression pour la régulation du cormoran) pourrait nous rendre un peu plus crédible face aux pollueurs pour lesquels nous ne sommes souvent que du menu fretin.

Les harles en action sur la basse rivière d'Ain.

Nicolas : D’après toi, quelles sont les alternatives pour limiter voire stopper la prédation de ces oiseaux allochtones ?

Nikola : Dans un réseau pêche où la fédération nationale serait au service des poissons, un véritable lobbying aurait dû être mené depuis longtemps auprès du ministère de l'environnement. Dans notre réalité où la FNPF ne sert politiquement pas à grand-chose, nous devrons faire sans et nous organiser à l'échelle locale entre fédérations motivées. On n’est pas encore en ordre de marche, donc je ne peux pas t'en dire plus, mais nous serons une des fédérations moteurs dans ce dossier...

Nicolas : Changeons de sujet. En tant que président d’AAPPMA, je suis très attaché aux retours de terrain. Je remarque depuis quelques années un éloignement entre le monde scientifique/technique et ces pêcheurs qui vivent le long des berges à longueurs d’année. Quel est ton point de vue sur ce sujet ?

Nikola : La science, c’est bien, utile et indispensable. Mais ce n’est qu’un outil technique, rien de plus. Il ne faut pas s'en priver, mais il ne faut pas non plus que cela devienne le paravent de l'inaction du type (et je l'ai déjà entendu de la part des pollueurs) : "cherchons encore quelques années pour être sûr de telle ou telle chose, et puis dans quelques années on recommencera les études à zéro car les premières ont déjà quelques années !", et puis au final, RIEN n’a été fait de concret sur le sujet traité…

Dans notre contexte de fédération de pêche, OUI à une science au service de la pêche et des poissons (suivis piscicoles, étude en complément de tests sur la réglementation, études sur des sujets concrets et utiles pour la pêche, etc). La science pour faire de la recherche pure et dure, pour arriver à des conclusions sur des sujets où, de toute façon, nos fédérations ne pourront rien faire (la recherche de la PKD par exemple) ou encore travailler sur des sujets qui n'ont plus rien à voir avec les poissons et la pêche, NON. Laissons ça aux autres, aux universitaires et autres vrais chercheurs, ils le font d'ailleurs souvent très bien(IRSTEA par exemple).

D'ailleurs, on a un excellent modèle pas loin de chez nous, la fédération de pêche du Rhône: elle assure ses missions les plus utiles(suivis et études piscicoles réguliers sur tous ses cours d'eau et lacs, appréciés de tous les partenaires de la FD!) tout en menant en parallèle pléthore d'études à visée halieutique afin de faire évoluer sa réglementation ou défendre cette dernière face aux attaques. Leur travail est complètement axé vers l'acquisition de données pour en faire des choses concrètes et utiles. Il faut qu'une étude serve à quelque chose à la fin: Voilà le seul moyen de réconcilier pêcheurs et science!

Nicolas : J’aimerais aussi connaitre ta vision des choses sur le fait que les autres utilisateurs de nos rivières sont de plus en plus nombreux. Canoés, baigneurs et tous les autres « loisirs » aquatiques comme le ruisseling et autre canyoning. L’argument des pêcheurs, à juste titre ou pas est souvent de dire qu’ils sont les seuls à payer à travers leur taxe sur les cartes de pêche. Il est vrai que sur une année chaude, des portions de rivière peuvent être envahies sur plusieurs mois et donc plus de pêche si ce n’est dans les heures extrêmes de la journée. Qu’en penses-tu ?

Nikola : quel vaste sujet ! Des pratiques comme le ruisseling, et plus généralement le piétinement des petits cours d'eau, devraient être tout simplement strictement interdites. Par contre, et je vais en étonner quelques-uns, mais certaines activités, bien encadrées, doivent être tolérées : le Canoé par exemple n'est pas un problème si la fréquentation reste modérée, la plage horaire faible, et que le loueur sensibilise sa clientèle. Sur la BRA, c’est encore le cas, mais l’installation de loueurs supplémentaires ne respectant pas ces règles se précise…à nous d’être vigilants !

Par contre, il est évident que, comme nous, une journée de canoë devrait être soumise à la CPMA à 3.9 euros, comme pour une carte de pêche journalière. Ça, c'est clairement inadmissible et il faudra un jour qu'ils s'acquittent de cette taxe.

Concernant les baigneurs, le sujet est très complexe : je comprends hélas le besoin des gens, qui pour bon nombre ne peuvent pas partir en vacances, de rechercher un peu de fraîcheur l'été, mais je suis le premier emmerdé par leur comportement : Il sont, selon moi, beaucoup plus problématiques que les canoës, déjà parce qu'ils sont beaucoup plus nombreux, qu'ils restent plus tard le soir et surtout parce que leurs comportements sont souvent inadmissibles : le porc, on ne le retrouve pas que dans le jambon, il vient aussi patauger au bord des rivières l'été pour y laisser ses merdes... Si déjà ils ne laissaient pas de déchets, la pilule passerait mieux auprès des pêcheurs, qui ont naturellement appris à ne pêcher que le matin et le soir afin d'éviter les foules. Mais quand tu arrives sur ton spot rempli d'emballages vides, tu as de quoi détester les baigneurs... Hélas, il n’y a que les forces de l’ordre pour sensibiliser et surtout verbaliser(les gardes pêche n’ont pas cette compétence juridique). On aimerait d’ailleurs que notre gouvernement, ô combien attaché à l’environnement, arrête de réduire les effectifs de l'OFB(police de l'environnement), seul organisme réellement compétent pour verbaliser les actes de pollution.

Nicolas : Un autre sujet qui va devenir, si ce n’est déjà le cas, assez complexe : Le bien-être animal. Il y a de nombreuses associations qui sont prêtes à bondir sur les pêcheurs comme on peut le voir à Paris. Certes, ces personnes sont peu nombreuses, mais elles ont des moyens et sont présentes d’un point de vue médiatique. Quelle doit être notre position face à ce phénomène si tu considères que s’en est un.

Nikola : Oui, il y a une véritable menace, et notre position doit être claire : D'abord, au sein de nos propres rangs, faire passer le message et comprendre une bonne fois pour toute qu'il faut ABSOLUMENT défendre la pêche aux appâts naturels, et plus généralement TOUTES les techniques, que vous les appréciez ou pas. Les animalistes s'en prennent au vif, mais ce n'est bien évidemment qu'une étape. Ensuite ce sera le tour des vers de terre à cause de leur système nerveux, puis des appâts végétaux où l'un de ces tarés découvrira qu'un pois chiche est un être sensible, pour finir, une fois tous les appâts naturels interdits, par demander l'interdiction pure et simple de la pêche à cause des plastiques contenus dans les leurres: ne laissons pas un millimètre de victoires à ces zélés d'animalistes, car les prédateurs, ce sont eux, trop content de se repaitre de nos faiblesses et de la perte de nos libertés, eux dont les vies sont si tristes et insipides, contrairement à celles des pêcheurs !

Là, j’ai défendu la pêche au vif et aux appâts naturels, comme je défendrai toujours le prélèvement raisonné, qu’il faut défendre. Et bien j’ai aussi un message pour les anti no-kill : vous faites aussi le travail des animalistes, qui sont en train de s’en prendre à cette pratique : comme il faut défendre le prélèvement ou les appâts naturels, il faut aussi défendre le no-kill pour la simple et bonne raison que son interdiction envisagée par certaines communes(Grenoble, Paris) n’est que le début de l’interdiction PURE et SIMPLE de la pêche. Que le no-kill vous plaise ou non, et comme pour les appâts naturels, évitez d’aborder des postures idéologiques reprises par nos ennemis, et défendez TOUTES les pêches et TOUTES les techniques, ne nous tirons pas des balles dans le pied nous-même…

Ensuite, un petit conseil aux gestionnaires : j'ai été un grand naïf et fan des réserves de pêche et autres interdictions de pêcher pendant des années, mais j'ai évolué au fil du temps face à deux réalités : la première scientifique : grâce à certaines fédérations, fers de lance des études utiles au service de la pêche, il a été démontré que de nombreuses interdictions ne servaient pas à grand-chose. La seconde réalité est politique : nos interdictions de pêcher que nous nous imposons nous même sont utilisées par les anti-pêche. L’exemple le plus parlant étant les réserves de pêche : une petite musique est en train de monter chez ces anti-pêches qui dit " regardez, les pêcheurs eux même interdisent la pêche sur plusieurs kilomètres pour que les poissons soient tranquilles, c'est bien que la pêche est néfaste ! ". On a même un syndicat de rivière qui vient d'écrire au préfet de l’Ain pour ne pas que l'on supprime une réserve qui ne sert strictement à rien sur le haut-Rhône, sous prétexte que les pêcheurs à la ligne font du mal aux populations piscicoles et que ce secteur serait un « havre de paix, alors que cette réserve est envahie de harles et de cormorans qui eux, c’est bien connu, font des câlins aux poissons.

Méfiez-vous donc des réserves de pêche à outrance, et essayez d'en mettre sur un minimum de linéaire, et uniquement pour des raisons de sécurité (moulin, barrage, lignes électriques) ou de voisinage (cœur de petit village sur quelques dizaines/centaines de mètres max comme à Cerdon).

Déjà, AUCUNE pratique de pêche à la ligne n'a JAMAIS menacé une espèce piscicole, et je dis bien AUCUNE, les réserves ne permettent donc pas de préserver une ou des espèces piscicoles sur la durée. Quand elles sont respectées, elles permettent au mieux d'avoir quelques poissons plus gros, c'est tout. Il faut donc absolument limiter les réserves de pêche à des raisons "techniques", et pas de "tranquillité des poissons". De plus, quand comme moi tu habites au bord d'une réserve un peu "sauvage", tu te rends compte que la seule espèce tranquille dedans, c'est le braco, qui se régale de ces poissons peu éduqués et faciles à prendre, et au final tu n'as pas grand-chose de plus si ce n’est la masse de pêcheurs honnêtes qui elle ne peut pas pêcher sur ce secteur.

Pour résumer mon propos sur les anti-pêche, soyons cohérents : défendons la pêche et toutes ses techniques coûte que coûte. Pas de discrimination entre nous, et un minimum d'interdiction de pêcher, afin de ne pas donner de grain à moudre aux anti-pêche.

Nicolas : Un dernier point et je te libère. Du côté des effectifs de pêcheurs. Est-ce que cela doit être une priorité ? On compare toujours les chiffres, hausses, baisses, etc… Doit-on recruter à tout va ? Si oui comment le faire ?

Nikola : oui, on doit recruter à tout va ! Pour cela, on n’a pas 36 solutions mais seulement 3 : avoir des parcours poissonneux, ne pas dégoûter les pêcheurs (pour ne pas qu’ils rangent leurs cannes au placard) et mettre des cannes dans les mains des gosses ! Pour les deux premiers sujets, on en a parlé avant : Se battre pour nos poissons sauvages mais aussi développer les parcours à lâchers (prélèvement ET no-kill), limiter les interdictions de pêche au strict minimum, et enfin, pour les enfants, changer notre fusil d’épaule : nous avons trop axé nos animations sur le pédagogique et l'environnement. Les gosses, avant de leur expliquer ce qu'est un invertébré aquatique ou une pollution, il faut leur donner le goût de la pêche en leur apprenant à pêcher : c'est en pêchant que l'on s'approprie nos rivières, qu'on apprend à les aimer et à vouloir les défendre contre les agressions. Ils viendront naturellement à se poser des questions sur l'environnement et à vouloir défendre les milieux aquatiques qu'ils ont appris à aimer. Je pense que 100% des bénévoles et salariés du monde de la pêche ont d'abord appris à pêcher, et pas à connaître les familles d'invertébrés. Les sentinelles des rivières se forment d’abord à la pêche !

Nicolas : Merci Nikola pour ton franc-parler et ton dévouement au sein de nos instances bénévoles. Tous mes encouragements pour ce mandat.

Nikola : de rien mon Nico, je voulais simplement rajouter un truc : Tu fais parti de ces gens qui m'ont aidé à me construire en tant que bénévole, au même titre que les articles de pêche sportive, tu fais parti avec Philippe Boisson (et d’autres) de ces gens qui m’ont donné envie de me bouger pour nos rivières, de participer aux premières manifestations pour la Loue, à comprendre certaines problématiques.

Vous avez fait plus pour la défense de nos rivières que la FNPF ces 20 dernières années, ou encore que toute cette nouvelle génération de bloggeurs dont le seul but est de générer du clic afin d’augmenter leurs parts publicitaires, souvent au détriment de l’unité de nos rangs et de la défense de nos intérêts. Bravo et longue vie à ton Blog !

mercredi 7 juillet 2021

David Grimardias, photographe talentueux.

Nous partons au travers ce billet à la découverte d'un photographe extrêmement talentueux. Mon invité, David Grimardias, est de plus passionné du monde halieutique. Si vous êtes en autres professionnels de la pêche, sachez qu'il est possible de s'attacher ses services. Bonne lecture. 

Nicolas : Salut David, très heureux de te recevoir sur mon blog. Peux-tu nous faire une petite présentation s’il plait ?

David : Bonjour Nicolas, et tout d’abord un immense merci de mettre en avant mon travail sur ton blog. C’est un grand honneur pour moi !

En quelques mots, vu que nous allons approfondir tout ça par la suite, je suis un amoureux des cours d’eau et des poissons qui les peuplent. « Amoureux de la nature » dans son ensemble pourrait être plus exact, mais les rivières ont toujours su attiser en moi un feu particulier (je sais que ça peut sembler paradoxal en parlant d’eau). Que ce soit par mes deux professions ou ma passion halieutique, c’est véritablement un écosystème dans lequel j’aime plonger et me perdre.
Dans le but de la protéger, j’en ai fait mon métier en tant qu’hydrobiologiste. Mais en tant que Photographe, j’ai également l’occasion de parler de Nature au public et aux enfants par l’intermédiaire de deux associations dont je suis membre : « Photographes pour la Préservation de la Nature » et « Géniale Nature ».

Et je suis en outre nouveau quadragénaire, fier mari d’une femme formidable et papa comblé d’une merveilleuse petite fille.

David, mon invité du jour.

Nicolas : Je t’ai invité pour parler avant tout de ton site internet que je trouve exceptionnel. Mais ce n’est pas tous les jours que je reçois un Docteur en écologie des populations piscicoles et écologie comportementale. Peux-tu nous en dire plus ?

David : Merci Nicolas pour ces mots à propos de mon site ; ça me touche beaucoup. Il est le fruit d’une longue réflexion et de passages par différentes versions au fil des années mais dont je n’étais jamais satisfait. Je suis très heureux d’avoir enfin en ligne un site qui me correspond mieux, qui me plait vraiment et reflète enfin mon travail photographique.

Mon métier principal n’est en effet pas lié directement à la photo, mais aux rivières et aux poissons. J’ai le titre universitaire de docteur en écologie des populations et écologie comportementale. En des termes plus simples (si j’ose dire), je suis un hydrobiologiste spécialisé dans le comportement des poissons d’eau douce et leur milieu de vie… Ou comme le dit adorablement ma fille de 5 ans, je suis « docteur des poissons » !

Cette activité principale, depuis maintenant 16 ans, me permet d’étudier et de protéger les poissons de rivière, comme le saumon, la truite, l’ombre commun, mais aussi des cyprinidés comme le barbeau ou le chevaine. Avec mon cursus et mon expérience, je suis actuellement plus spécialisé dans les impacts de l’hydroélectricité sur les populations piscicoles : évaluation du franchissement des barrages par les poissons (une passe est-elle réellement efficace ou pas ?), impacts des gestions sédimentaires (c’est à dire des vidanges et curages, etc.) et évaluations des peuplements et biomasses piscicoles dans les retenues. Je travaille dans un institut de recherche au sein d’une école d’ingénieur de Genève. Cela me permet non seulement de faire de la recherche appliquée, c’est-à-dire résoudre des problèmes réels auxquels sont confrontés les gestionnaires et exploitants, mais aussi de former nos étudiants : les gestionnaires et acteurs de l’environnement de demain !
Après un doctorat en recherche plus fondamentale, mon métier m’a entraîné vers la recherche appliquée. Beaucoup plus proche des problèmes actuels de nos rivières, celle-ci m’a permis de côtoyer beaucoup d’acteurs de l’environnement et du monde de la pêche, auprès de qui j’ai beaucoup appris… et avec qui j’apprends toujours !

Nicolas : Parmi tes passions il y a donc la photographie. Comment cela t’es venu et depuis combien de temps pratiques-tu ?

David : Tout comme la pêche, que m’a transmis feu mon grand-père, la photographie est aussi une histoire de famille. C’est mon père qui m’a initié à cet « art », et m’a transmis mon premier appareil digne de ce nom.

C’est une passion que je pratique depuis plus de 15 ans et comme pour mon métier (rien n’arrive par hasard…), mon premier amour photographique a été Dame Nature. Puis j’ai petit à petit découvert de nouveaux domaines, comme la photographie de pêche à la mouche qui associe mes deux passions, ou la création de souvenirs avec ce qu’on appelle la photographie « Life », témoignage de nos vies de famille, avec une place particulière pour nos animaux de compagnie (dans le style « lifestyle » et avec lumières naturelles).

Nicolas : Tu as fini par en faire un métier. Quels sont les services que tu proposes ?

David : J’ai eu la chance d’avoir des proches qui m’ont permis de beaucoup voyager, de longuement côtoyer de grands photographes de nature qui m’ont beaucoup appris. J’y ai acquis des techniques assez poussées et ai pu réaliser des clichés qui ont été primés dans un grand festival dédié à la photo de nature.

De la photographie de nature, j’ai vraiment gardé l’amour des belles images, des belles compositions et lumières, pour mettre en avant mon sujet dans son élément, toujours dans une démarche artistique.

Avec la demande croissante de tirages photographiques et de reportages photo, j’ai décidé en 2018 de créer une activité professionnelle d’auteur photographe.
Les principales activités et services que je propose sont tout d’abord la vente de « tirage d’art » à partir d’images issues de ma production personnelle ou réalisées en collaboration avec le client. J’ai d’ailleurs en projet d’ouvrir sous peu une galerie de vente en ligne pour ces tirages sur mon site.

Je propose également la cession de droits de mes images pour des fins de communication (associative, éducative ou commerciale), qu’il s’agisse d’images issues de ma production personnelle ou d’une commande spécifique.

L'image d'accueil du site de David.

Nicolas : J’insiste sur un sujet puisque tu proposes donc tes services spécialement dans le domaine de la pêche à la mouche étant toi-même moucheur depuis de nombreuses années. Profites-en pour mettre en avant ton travail si des marques nous lisent !

David : Quand on a pour passion une activité comme la pêche à la mouche, probablement la plus artistique et visuelle du monde halieutique (NDLR : s’imaginer le déploiement de la soie au petit matin sur une rivière brumeuse… voilà, vous y êtes), il aurait été dommage de ne pas la photographier !

C’est donc naturellement que je me suis pas à pas tourné vers cette spécialisation. Il y a tout d’abord la démarche artistique par la collaboration avec des pêcheurs de tous horizons que j’ai la chance de rencontrer petit à petit par les réseaux sociaux ou mon réseau professionnel. Je peux ainsi expérimenter des cadrages, des situations mais parfois aussi des images que j’avais en tête initialement et que ces pêcheurs m’ont permis de réaliser, voire d’améliorer par leurs propres apports... Il y en aurait pas mal à citer, mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir une pensée particulière pour un fabuleux pêcheur qui est devenu un véritable ami et dont le partage n’a d’égal que ses bons petits plats au bord de la rivière (il se reconnaîtra !).

Ma passion pour les belles lumières, la mise en avant du beau geste et l’immersion du sujet dans son environnement sont les compétences que je propose aujourd’hui aux professionnels de la PALM. Tout d’abord aux guides et moniteurs qui souhaiteraient communiquer efficacement sur leurs activités (quoi de mieux que de belles photos pour donner envie de les accompagner ?), mais aussi aux monteurs, gérant de magasins, associations de pêche et écoles, etc. Pour les marques de matériel de pêche, la mise en avant du matériel en pleine action est également un must.
Mais mes activités peuvent me conduire vers tout professionnel de la nature, que ce soient des associations d’éducation à l’environnement, des accompagnateurs en montagne, jusqu’aux sociétés d’aviation (j’ai toujours eu un petit faible pour ce qui vole !).

Nicolas : Peux-tu nous faire une petite sélection légendée de 5 de tes clichés préférés quel que soit le domaine, merci.

David : Toujours difficile de sélectionner des clichés « préférés » parmi toute ma photothèque… Je te propose cinq « images » qui sont parmi les plus importantes dans ma vie de photographe : les plus chargées d’histoire et d’émotion.

Je vais commencer non pas par une image, mais par une série de 4 :
Il s’agit d’une « image » que j’ai longtemps imaginé lors de mes voyages en Afrique, qui a su se faire attendre (je l’ai réalisée lors de mon dernier séjour au pays des grands félins), mais dont je suis assez fier vu qu’elle a été primée au Festival international de la Photo Animalière et de Nature de Montier-en-Der. Évidemment, on y trouve déjà l’eau comme élément omniprésent : car c’est bien l’eau qui a engendré ce comportement chez ce lion. J’aime énormément retranscrire le mouvement par ce média qui en théorie est plutôt censé figer un instant.

Parce que nous sommes sur ton blog, difficile de ne pas sélectionner des images de pêche. La seconde est une photo pas mal post-traitée j’en conviens, d’une magnifique bête capturée par un pêcheur non moins exceptionnel, lors d’un voyage de pêche que j’ai couvert photographiquement. J’aime cette image car elle illustre à merveille la beauté de ces poissons, mais aussi le comportement exemplaire envers le poisson capturé en le gardant dans l’eau et en lui offrant tout le respect qui lui est dû :

La troisième image est propre à ma passion des rivières, même sans pêcheur. C’est un magnifique cours d’eau qui coule au pied de chez moi. Cet aspect laiteux du mouvement de l’eau est obtenu grâce à une pose longue, avec une exposition de plusieurs secondes. Elles m’ont toujours attiré et j’aime les réaliser quand je me promène au bord de rivières sans matériel de pêche. C’était notre premier hiver dans cette vallée : je suis tombé amoureux de cette rivière ce jour-là.

La quatrième image, c’est une ambiance… Avec toujours cet ami fin pêcheur auquel j’ai fait référence plus tôt, nous avons comme projet de réaliser un petit film, non pas seulement de pêche, mais pour raconter une histoire : son histoire, qui m’a beaucoup touché. Il m’a ouvert les portes de son paradis pour cela, et y entrer fut un immense honneur, un rare bonheur et source d’une étrange sérénité. Alors que nous préparions le script du film, il m’a montré une image dont je suis tombé amoureux, et que je me suis mis en tête de réadapter à ma sauce pour réaliser « l’affiche » de ce film. En voici le résultat !

La dernière photo, c’est toujours la plus difficile à choisir, parce qu’en isoler une cinquième et dernière est quasiment mission impossible après 15 ans de pratique photo… Mais celle qui me vient à l’esprit en ce moment, c’est celle-ci. L’image d’un merveilleux chien que j’ai rencontré en même temps que mon épouse, qui a accompagné et illuminé toute notre vie de famille, et qui nous a quitté très récemment. On dit de nos vies amoureuses qu’on n’aura dans notre vie qu’une seule âme sœur, qu’un seul « partenaire d’une vie ». Ce chien a été « le chien d’une vie ». Il m’a permis d’apprendre beaucoup tant sur les chiens que sur leur photographie. Alors je lui dédie la dernière image de cette sélection.

Nicolas : Merci David pour la présentation de ton site. Je te souhaite pleine réussite et au plaisir de te croiser.

David : Un immense merci à toi pour l’intérêt que tu portes à mon travail, et pour cette mise en avant sur ton blog.  Au plaisir de lire encore longtemps tes mots sur ton blog ou ailleurs !

Pour tous renseignements, le site internet de David => David Grimardias

dimanche 29 novembre 2020

Thibault Longis, directeur commercial et marketing des Mouches de Charette.

Nous autres pêcheurs connaissons la plupart du temps les grandes marques françaises ou étrangères qui font une des autres facettes de notre passion, le matériel. Par contre, nous en savons peu sur les femmes et les hommes qui sont aux commandes de ces grandes maisons. Une grande marque française vient de changer de tête sans toutefois changer d'esprit ces dernier mois. Je vous propose aujourd'hui de faire connaissance avec Thibault Longis qui a repris les rênes de cette grande maison qu'est Mouches de Charette. Bonne lecture.

Nicolas : Salut Thibault et bienvenue sur ce blog. Je te reçois avec grand plaisir pour parler de tes nouvelles fonctions chez Mouches de Charette suite au départ de l’emblématique Manu Vialle. Peux-tu nous en dire plus s’il te plait ?

Thibault : Salut Nicolas et tout d’abord merci de me recevoir sur ton blog, c’est un honneur et un réel plaisir !

Effectivement, après 17 magnifiques années pleines d’immenses réussites, intégralement dévouées au développement de l’entreprise, notre Manu international a décidé de se retirer pour se consacrer désormais pleinement à sa vie de famille dans son magnifique paradis ardéchois.

Mon arrivée chez Mouches de Charette il y a presque un an était donc très étroitement liée à ce nouveau projet de vie qu’il prépare depuis longtemps avec Marie et leurs enfants. Au-delà de la relation commerciale que nous avons entretenue pendant plus de 10 ans dans mon ancien métier, Manu est devenu un véritable partenaire, puis un ami. C’est quelqu’un pour qui j’ai un profond respect et une grande admiration, avec qui je partage de nombreuses valeurs, la passion pour ce métier, le respect, la famille, la convivialité, le rugby… la liste est longue ! Il n’a donc pas eu besoin de beaucoup argumenter pour me convaincre de rejoindre cette belle et grande famille afin de préparer ensemble cette transition et ce passage de témoin.

C’est donc depuis décembre dernier que nous travaillons au quotidien sur les différents sujets qui animent la vie d’une entreprise dynamique comme MDC : du développement produit aux relations commerciales, en France et à l’international, en passant par le marketing et le management des équipes…Nous avons écrit le futur projet ensemble afin d’assurer une continuité et un développement ambitieux de l’entreprise. Il restera néanmoins présent à nos côtés dans un rôle détaché de l’opérationnel, pour accompagner au mieux la transition.

Me concernant, j’occupe donc désormais le poste de directeur commercial et marketing, mon rôle étant de définir le cap, les axes et priorités de développement de l’entreprise et de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires à l’atteinte de nos objectifs. D’un point de vue opérationnel, j’ai également en charge le périmètre Export, les grands comptes, le développement des produits et de l’offre (entre autres…).

De quoi remplir copieusement les journées comme tu peux l’imaginer !

Mon invité du jour.

Nicolas : Tu es tout sauf un novice dans le monde professionnel de la pêche. Quel a été ton parcours pour arriver à ce poste aujourd’hui ?

Thibault : A vrai dire je n’étais pas vraiment destiné à me retrouver dans le monde professionnel de la pêche et encore moins du commerce.

Je finissais mes études de biologie-écologie à l’université de Bordeaux lorsque j’ai débuté comme « vendeur mouche » à mi-temps chez Pacific Pêche, pour arrondir mes fins de mois. C’est mon ami Christophe, président de mon club mouche à l’époque, qui avait joué le rôle d’entremetteur avec la direction du magasin qui recherchait « un jeune » pour reprendre en main le rayon de Bordeaux-Mérignac.

J’ai donc fait mes premières armes dans le grand bain du salon de Versailles en février 2007 où Pacific exposait et je découvrais alors un monde que je ne connaissais que dans les magazines…entre émerveillement et intimidation.

Vendeur à plein temps, responsable de rayon puis second de magasin, 2 ans se sont écoulés avant que l’on me propose de rejoindre le siège de l’entreprise pour prendre en charge la division Mouche du groupe. Tout est allé très vite, un peu de chance, une opportunité, la confiance accordée par celui qui est devenu mon ami depuis, Gregoire L. responsable de la division mouche à l’époque. Il recherchait quelqu’un pour lui succéder et je me retrouvais alors à 25 ans, catapulté à Montpellier, au siège de l’entreprise, dans un rôle que je n’aurais pu imaginer un jour. L’aventure Pacific Pêche a duré 13 années en tout, dont 10 à la tête de la division Mouche. Une expérience incroyable tant sur le plan humain que professionnel.

Un métier passionnant et diversifié où il fallait savoir tout faire : constitution des gammes de produits et des catalogues, achats, gestion de stock, développement produit, communication, animation commerciale magasin et Web, marketing…j’ai tout appris sur le tas, aux côtés de très belles personnes et de véritables pointures du monde de la pêche avec qui je garde encore aujourd’hui d’excellentes relations (ils se reconnaitront…).

Pacific Pêche m’a permis de me construire professionnellement mais aussi personnellement en me permettant d’exercer mon activité dans des conditions privilégiées et avec la plus grande autonomie. Pendant des années j’ai alterné télétravail, présence au siège et travail en magasin avec les équipes et au contact des clients, ce qui reste pour moi l’expérience la plus enrichissante pour rester parfaitement connecté avec les besoins et les attentes des pêcheurs.

J’ai eu la chance de travailler avec la plupart des grandes marques de la planète mouche, de faire des rencontres incroyables et d’apprendre un peu plus tous les jours, de vivre des moments inoubliables tout en exerçant mon métier…une chance inouïe que j’ai pleinement appréciée chaque jour.

Puis les choses ont changé…le moment venu pour moi d’envisager d’autres horizons et de mettre fin à cette grande aventure.

C’est donc sans hésiter que j’ai répondu favorablement à Manu et au groupe SERT lorsqu’ils m’ont proposé de les rejoindre pour construire ensemble l’avenir de Mouches de Charette.

Thibault avec une belle truite de son Sud-Ouest !

Nicolas : Je crois savoir que tu n’es pas la seule « nouveauté » dans ce staff renouvelé, est-ce vrai ?

Thibault : Oui effectivement, la perspective du départ de Manu, les projets de développement pour les années à venir et la nécessité de mettre en place une organisation durable, nous ont conduit à faire appel à une ancienne pensionnaire de la maison que tu connais bien : Claire Barret.

Claire de retour au bercaille !

Claire connait parfaitement l’entreprise, les salariés, les produits et les clients puisque, comme tu le sais, elle a occupé pendant plusieurs années un poste de commerciale chez Mouches de Charette. C’est donc assez naturellement que nous avons souhaité l’intégrer à la nouvelle équipe.

Claire revient dans un rôle de responsable de site et coordinatrice des ventes. Dans les faits elle est mon lien direct avec le site de Péronnas où elle est basée à plein temps et s’assure du bon fonctionnement des opérations et travaille aussi au quotidien avec les commerciaux pour la France. Claire apporte également une expertise technique pour les dossiers tel que le SAV, le contrôle qualité et la relation client.

L’équipe commerciale est complétée par Fabien Massias que l’on ne présente plus, lui aussi est revenu il y a 2 ans pour reprendre un poste de commercial secteur OUEST. Son expérience et sa connaissance du secteur et de ses clients est précieuse, sa rigueur et sa bonne humeur le rendent particulièrement indispensable dans le dispositif.

Fabien, commercial secteur Ouest !

Jean-Baptiste Nuremberg est arrivé en même temps que moi, il y a un an. Journaliste halieutique incontournable, JB se révèle particulièrement performant dans son rôle de commercial secteur SUD-EST et complète à merveille l’équipe par son dynamisme, son goût du challenge et sa joie de vivre ! Il est vite devenu, lui aussi, quelqu’un d’incontournable chez Mouches de Charette.

Jean-Baptiste, commercial secteur Sud-Est.

Je dois t’avouer que je suis extrêmement fier de cette équipe, car au-delà des professionnels, il y a de véritables belles personnes et je sais pouvoir compter sur eux pour relever tous les défis de demain.

Nous finalisons actuellement le recrutement d’un 3e commercial pour compléter cette « dream-team », lequel aura en charge le NORD-EST et la Belgique.

Nicolas : Quelles orientations souhaites-tu prendre pour l’entreprise lors des prochaines années ?

Thibault : Mon intention est avant tout de ne surtout pas changer ce qui fonctionne !

Cette entreprise est construite sur de solides bases, l’offre produit est pléthorique avec plus de 7000 références en stock et couvre tous les besoins des pêcheurs à la mouche avec un taux de dispo proche des 100% durant toute l’année avec une livraison en 24H.

Un niveau de service rare dans le monde de la pêche !

Il y a une âme et un réel savoir-faire acquis au fil des années qu’il est précieux de préserver mais aussi de savoir faire évoluer afin de toujours mieux répondre aux besoins de nos clients, des pêcheurs modernes et des enjeux de demain. Nous avons donc de nombreux projets en cours visant à faire passer un nouveau cap à l’entreprise.

Je ne peux bien sûr pas tout révéler, mais en terme de développement produit par exemple, j’ai à cœur de poursuivre la dynamique engagée qui vise à ramener un maximum de notre production en France et en Europe, lorsque cela est possible, avec la volonté de valoriser les savoir-faire locaux.

L’enjeu environnemental est également au cœur de notre réflexion et nous étudions toutes les solutions visant à diminuer notre impact écologique. C’est un défi majeur pour l’entreprise qui me tient particulièrement à cœur et qui s’inscrit forcément sur la durée, mais qui n’est pas insurmontable.

Nous travaillons également à de nouveaux partenariats et supports média qui viendront bientôt enrichir notre offre et nos outils actuels afin de rendre accessible l’univers des Mouches de Charette à tous les pêcheurs, en France comme à l’international.

De manière plus générale, nous engageons un processus global d’optimisation et de modernisation de nos services, de nos outils et aussi de nos gammes produit. C’est un challenge ambitieux, mais toute l’équipe adhère à 200% au projet dans une dynamique ultra positive et tous les voyants sont au vert.

Nous avons la chance d’appartenir à un grand groupe, dont fait également partie la société SERT à laquelle nous sommes d’ailleurs désormais rattachés et qui accompagne notre développement avec confiance et bienveillance.

Cela nous permet d’envisager l’avenir de Mouches de Charette avec ambition et sérénité.

Un directeur commercial complet !

Nicolas : Sinon, pour mieux connaitre le personnage, lorsque tu n’es pas au boulot et que tu peux tenir une canne à mouche, où aimes-tu trainer tes guêtres ?

Thibault : Ayant grandi dans le Sud-Ouest et vivant en région bordelaise, j’ai longtemps alterné mes sorties entre Nives, Gaves Pyrénéens, Dordogne et Touvre. Mais je dois avouer que depuis plusieurs années, je passe le plus clair de mon temps sur le Saison et plus récemment sur le Gave d’Oloron où j’ai désormais un pied à terre.

Le terrain de jeu est immense et varié sur ces deux rivières aux profils très complémentaires et la pêche en sèche, de préférence à vue sur les bordures est celle qui me procure les plus fortes sensations. J’ai une nette préférence pour ce style de pêche aujourd’hui, qui s’assimile davantage à de la traque et où le score n’est jamais l’objectif. Les truites des Gaves sont des poissons sauvages d’exception, dont l’approche est souvent un casse-tête et qui ne s’avouent jamais vaincues !

Thibault admirant une truite de l'Oloron.

Cette quête est devenue réellement addictive et j’ai la chance de pouvoir la partager avec quelques-uns de mes meilleurs amis, donnant lieu à chaque fois à des moments épiques chargés en adrénaline ! Que ce soit avant, pendant ou après la pêche, il se passe toujours un truc exceptionnel, à raconter, à partager autour d’un pastis et de quelques cacahuètes…des moments inestimables !

Lorsque les conditions le permettent j’aime aussi passer la frontière côté espagnol, avec une préférence pour l’arrière-saison lorsque la pêche est fermée en France. La qualité de pêche est souvent au rendez-vous et même si sur certains secteurs les poissons ne sont pas tous natifs de la rivière, il y a vraiment de superbes coups de ligne à réaliser dans des endroits d’exception où la gestion y est souvent exemplaire.

Ici en Espagne.

La Dordogne reste aussi une de mes destinations favorites pour ses truites et surtout pour ses ombres que j’affectionne particulièrement, mais malheureusement je n’ai pas pu y aller aussi souvent que je l’aurais voulu ces dernières années. Cette vallée est à couper le souffle et la rivière mythique... les éclosions y restent régulières et souvent massives, contrairement à la plupart des rivières françaises, malheureusement.

La Touvre reste la rivière la plus proche de chez moi et j’essaie d’y faire quelques sorties chaque saison, mais la fréquentation croissante et la concentration de pêcheurs depuis quelques années ont un peu freiné mes visites. Cela reste une rivière surprenante par sa densité de beaux poissons à prendre en NAV ou en sèche. Une destination de « proximité » de choix !

Dès que j’en ai l’occasion, j’essaie de découvrir d’autres destinations (pas assez à mon goût malheureusement…). J’ai la chance de pouvoir pêcher depuis une dizaine d’années les chalkstreams anglais, royaume de la pêche en sèche dans un cadre préservé « so british ». La pêche en NAV y est un pur bonheur ! La Slovénie et l’Italie sont aussi des destinations que j’affectionne pour le cadre et la qualité de pêche. J’ai découvert le Canada et les USA et espère bien y revenir très vite également.

Et là en Angleterre.

Au-delà des destinations, ce que je recherche à travers la pêche à la mouche est ce côté magique qui permet d’alterner les moments de concentration optimale à un relâchement total, un laisser-aller nécessaire pour mon équilibre où la contemplation prend le dessus.

C’est une forme de thérapie qui procure également de belles tranches de vie entre amis…c’est devenu plus qu’une passion et un métier, c’est un mode de vie et de pensée.

Nicolas : Merci Thibault d’avoir pris le temps de répondre à mes questions dans cette période de pleine activité professionnelle pour toi. Je te souhaite le meilleur ainsi qu’à toute ton équipe. Et peut-être au plaisir de croiser le carbone ensemble sur une rivière jurassienne.

Thibault : Merci à toi Nicolas et surtout bravo pour ton investissement permanent.

Lorsque nous aurons enfin retrouvé nos libertés, j’espère aussi pouvoir enfin venir découvrir ton jardin secret ;)

Tu es également le bienvenu dans le Sud-Ouest !

A très bientôt.

dimanche 6 septembre 2020

Bill François.

Je vous propose aujourd'hui une nouvelle interview. L'homme que je reçois est réellement passionant. Vous l'avez déjà peut-être vu à travers l'écran de votre téléviseur. Quoi qu'il en soit, je vous invite à le découvrir de ce pas. De nombreux sujets sont abordés et les réponses de Bill sont des plus intéressantes. Bonne lecture.

Nicolas : Bonjour Bill. Très heureux de te recevoir sur mon blog. Peux-tu débuter par une petite présentation s’il te plait.

Bill : Bonjour Nicolas.  J’ai 27 ans, dont plus de 20 ans de pêche! Je suis passionné par le monde aquatique. J’ai fait des études de Physique et biophysique à l’ENS, et travaille actuellement sur une thèse en hydrodynamique, sur les bancs de poissons, à Paris. Par ailleurs, mon autre monde est celui des mots ; j’interviens comme orateur humoriste dans des spectacles et conférences, et j’aime beaucoup écrire.

Mon invité !

Nicolas : La passion des poissons que tu as en toi depuis tout gamin (lu dans ton livre) t-a emmené jusqu’à tes études. Incroyable cette fascination sur la durée pour la vie aquatique. Tu l’expliques comment ?

Bill : C’est un mystère, mais je pense que ça vient du côté invisible du monde aquatique. C’est tout un univers parallèle qui nous est en grande partie caché par la surface de l’eau (sauf parfois avec un masque de plongée ou de très bonnes lunettes polarisantes …). Du coup, ce monde apporte chaque fois des découvertes nouvelles !

Ils craignent le froid les gens de la capitale ;-)

Nicolas : On peut être passionné de vie aquatique sans forcément être pêcheur. Ce n’est pas ton cas. Tu es devenu pêcheur assez jeune également ?

Bill : Oui, pour moi c’était naturel. La pêche apporte un lien très fort avec la nature. Quand on pêche, on n’est plus un simple visiteur étranger ; on a une place dans l’écosystème. On interagit avec la nature et donc on prend conscience du lien qui nous y relie. Et c’est un moyen formidable de découvrir, observer et comprendre le milieu aquatique.
J’ai commencé par chercher des petites bêtes dans les rochers au bord de la mer… et la soif de la découverte m’a poussé toujours plus loin. Ensuite, ça a été la canne au coup, puis le brochet… j’ai commencé la mouche en vacances aux USA, c’est un ami américain qui m’a appris. Une des rencontres qui m’ont le plus marqué. Car la pêche, c’est aussi une formidable aventure humaine de convivialité, de partage et de découverte, qui fait se nouer de belles amitiés.

Magnifique truite à la mouche.

Nicolas : Est-ce que tes connaissances scientifiques peuvent t’aiguiller sur tes décisions durant la pêche pour être plus efficace par exemple ? 

Bill : La science est utile pour pêcher, bien sûr. Bien connaître la biologie du poisson (ce qui peut se faire par la science comme par la simple observation) est très important.
Ou dans des domaines inattendus… par exemple la mécanique nous apprend beaucoup sur le réglage du frein dans les combats. La violence des touches peut augmenter considérablement l’effet du frein, à cause de l’inertie d’accélération. Si on règle son frein au peson il faut donc le faire en tirant brusquement, sinon on le sous-estime. Aussi, plus un moulinet se vide plus l’effet du frein augmente. Un moulinet à moitié vidé double la force du frein. A méditer pendant les combats …

Superbe bec en plein Paris !

Nicolas : J’ai cru comprendre que tu pratiquais toutes sortes de lieux en variant les techniques. C’est important pour toi de te diversifier ?

Bill : La diversité des espèces est une des choses que j’adore à la pêche. Pouvoir vivre des sensations aussi différentes qu’une touche d’ombre à la nymphe, un départ de thon au broumé, une chasse de perches en pleine ville ou des gobages de fario en haute montagne. Le fait de pouvoir explorer autant de biotopes et paysages différents, de créatures variées…  Cela ajoute à l’émerveillement face au spectacle de la nature, et aide à devenir un meilleur pêcheur. Mais je comprends aussi les gens qui se spécialisent dans une pêche précisément ; c’est une façon de vivre sa passion et une philosophie que j’admire.

Magnifique brochet.

Nicolas : On a tous des préférences. Alors dis-moi, eau salée ou eau douce ? Merci d’argumenter ta réponse, je suis curieux de connaitre tes raisons.

Bill : Ah non c’est trop dur comme question ! La mer, c’est la liberté et la grandeur ; l’eau douce, c’est le calme et la poésie. Comment choisir entre les deux ?  Il y a plus de variété de types de pêches en mer, et les poissons sont plus combatifs ; en eau douce on se sent plus absorbé par le milieu aquatique, et celui-ci semble plus familier. Bref, j’adore les deux.

Complètement absorbé.

Nicolas : Une technique préférée ? Un poisson que tu aimes rechercher plus qu’un autre ?

Bill : Je les aime tous, mais si je ne dois choisir qu’une pêche… ce serait, en eau douce, la pêche à la mouche des salmonidés (truite et surtout ombre), qui pour moi a beaucoup de pureté et de poésie. Et en mer, la pêche « au gros » des grands poissons pélagiques au large, surtout le thon, et le marlin au switch bait… j’adore le grand large, qui procure une sensation de liberté immense et apporte toujours son lot de découvertes (mammifères marins, tortues etc). On y fait à chaque fois des observations incroyables.
On a de la chance car en France, nous avons de merveilleuses rivières très variées pour la pêche à la mouche, et de beaux passages de thons pour la pêche au large.

En eau salée.

Nicolas : Pour tes études, tu es basé dans la capitale. Il y a un phénomène anti-pêche qui prend de plus en plus d’ampleur à Paris. Comment juges-tu leur influence sur le reste de la population ? Sont-ils dangereux pour toi à moyen ou long terme ?

Bill : C’est un phénomène marginal, monté par une association végan d’une centaine d’adhérents extrémistes, qui veulent aussi interdire les zoos, la dératisation (en donnant aux rats des contraceptifs !).  Mais ils sont soutenus par des lobbys puissants et médiatisés, et font beaucoup de désinformation. Du coup ils ont une mauvaise influence sur l’image de notre loisir. Mais quand je pêche à Paris je peux vous dire que l’immense majorité des passants sont positifs avec les pêcheurs, et très intrigués et curieux de découvrir ce loisir.

Originale comme photo !



Ce qui m’inquiète c’est la façon dont ces théories « antispécistes » sont amalgamées avec l’écologie. Alors que ça n’a rien à voir ! Les antispécistes ne défendent pas les milieux naturels, les espèces ni les écosystèmes. Par exemple, ils veulent interdire le nokill, car l’idée de risquer de stresser un poisson pour le loisir les choque. Tandis qu’ils ne disent rien contre les pompages sauvages, les barrages, la pollution, la surpêche commerciale ... qui sont eux de vrais problèmes écologiques (et qui font faire souffrir bien plus de poissons... mais bon, les anti pêche ne sont ni écologiques, ni même logiques !).

Évidemment, le gouvernement et les décideurs profitent de cette confusion. Ils font passer pour écologistes des mesures qui sont en fait animalistes, pour se donner une image écolo qui masque leur inaction face aux vrais problèmes écologiques (pollution, pesticides, surpêche, climat...).

C’est tout notre rapport à la nature qui est menacé par les idées végan extrémistes. Pour eux, la nature devrait être une sorte de sanctuaire intouchable dont l’homme serait exclu. C’est utopique et dangereux. Dans un pays comme la France, de multiples écosystèmes ont besoin de l’activité humaine. Et comment des citoyens pourront-ils protéger la faune sauvage si celle-ci est un ailleurs inaccessible, qu’on voit seulement à la télé ? Les sentinelles de la nature sont avant tout ceux qui la vivent.

Nicolas : Quelle réponse le monde de la pêche doit apporter à ces gens ? Doit-on d’ailleurs leur répondre ?

Bill : On ne doit pas trop réagir aux provocations de ces gens; c’est déjà trop donner de place à leur mouvement.

Par contre, il est fondamental que le monde de la pêche fasse mieux connaître son rôle écologique auprès du grand public. Aujourd’hui les associations de pêche sont les seuls responsables de la protection du milieu aquatique, que les pêcheurs financent et assurent eux mêmes directement. Il faudrait que cela soit mieux connu du grand public.

Si le sujet vous préoccupe, avec Numa Marengo, on a organisé sur la chaîne YT Numa Fishing une grande réflexion avec des philosophes, des sociologues, des scientifiques, pour établir quelle est la meilleure réponse et notre positionnement éthique par rapport à l’animalisme.

Superbe poisson.

Nicolas : Plus globalement et dans les grandes lignes, quel  est ton sentiment sur la gestion de la pêche en France, sur ce que fait (ou ne fait pas) notre Fédération Nationale ?

Bill : Le système de gestion de la pêche en France est assez bancal. L’état s’est démis de ses responsabilités de gestion du domaine public aquatique, en laissant les associations de pêcheurs faire tout le travail, gratuitement. C’est un peu comme si l’entretien des routes du pays était confié aux associations de cyclistes.

En parallèle, le code de l’environnement est rempli de lois archaïques, dont certaines datent de l’ancien régime et n’ont jamais évolué ! Beaucoup des mailles en vigueur aujourd’hui datent du roi Charles X, et certaines lois sur la pêche des migrateurs aux engins datent de Colbert ! On devrait pouvoir changer plus facilement des lois qui n’ont plus aucun sens aujourd’hui, comme l’interdiction de la pêche de nuit.

Ce genre d’absurdités existe aussi en mer, où des poissons comme la sériole, les marlins, ou les coryphènes n’ont pas de maille car ils n’étaient pas connus des bureaucrates du 19eme siècle… et rien n’a changé depuis !

Je suis donc émerveillé par la passion et le travail bénévole incroyable de nombreuses AAPPMA qui, malgré toutes les difficultés du système, gèrent brillamment leurs parcours.

Pour ce qui est de la fédération, je suis, disons... plus mitigé. Il faut reconnaître que leur tâche n’est pas facile : ils doivent concilier toutes les différences de culture, de générations ou de mentalités entre les pêcheurs... et se financer en vendant des cartes. Certaines de leurs politiques vont dans le bon sens : mettre l’accent sur le tourisme pêche, sur le lien entre les générations, sur les femmes et les jeunes à la pêche, sur le rôle écologique engagé des pêcheurs...

Mais ils ont encore trop de prises de position lamentables et passéistes. Par exemple, leur proposition de retarder la fermeture de la truite pour compenser le confinement et « amortir le permis » est d’une bêtise inqualifiable.

Leur communication « grand public » reflète bien la vision de la pêche de la Fédé... ils présentent la pêche comme un loisir populaire un peu « beauf », pour se détendre sur une chaise pliante avec une bière en attendant que la truite de bassine fasse couler le bouchon. Ils tentent de faire du populisme pour vendre des cartes. A mon avis c’est une grave erreur, car ils s’aliènent ainsi les pêcheurs les plus passionnés, modernes et influents, toute la nouvelle génération, qui ne se sent pas du tout représentée par cette vision de la pêche. Ce sont pourtant ces pêcheurs passionnés qui sont nos meilleurs ambassadeurs.

A chacun de faire le maximum pour faire bouger cette fédération dans le bon sens !

Du lourd.

Nicolas : Es-tu impliqué dans une structure pêche ? Penses-tu que c’est indissociable avec le fait d’être pêcheur ?

Bill : Ce qui est indissociable avec le fait d’être pêcheur, c’est pour moi l’engagement pour la protection du milieu aquatique. Cela peut se faire via des AAPPMA traditionnelles, mais aussi des associations locales ou internationales, comme la Team River Clean, L’ADRM, l’IGFA, Trout Unlimited, etc.
Je suis impliqué dans diverses structures, qui vont du CA de l’Union des pêcheurs de Paris aux programmes de marquage des thons de la Fédération de pêche de Monaco.

Quand on pêche en eau douce, s’engager dans son AAPPMA est à mon avis important. Si on n’essaye pas de changer le système, il n’est pas légitime de s’en plaindre. La bataille se joue avant tout sur le terrain. Cependant, s’investir dans une AAPPMA exige souvent des horaires incompatibles avec une activité professionnelle… et beaucoup d’AAPPMA sont par conséquent la chasse gardée de retraités qui ont du temps. C’est regrettable, car cela crée parfois un conflit de générations. Il est important de faciliter l’engagement dans les AAPPMA pour les jeunes actifs.

Ombre à la mouche.

Nicolas : Passionné par les poissons, par la pêche, mais aussi par les mots. Tu as remporté sur France2 le grand oral, un concours TV d’éloquence. Cette passion des mots t’es venue de quelle façon ?

Bill : C’est comme la pêche, ça me passionne depuis très longtemps. Je trouve que les mots sont un moyen génial de transmettre des émotions, des idées, par le rire et le divertissement. Et c’est aussi un matériau artistique, comme la peinture, la musique ou la photo. Grâce à des mots, on peut fixer la beauté de la nature et la partager avec d’autres. C’est une manière de célébrer la vie ! On ressent tous cette joie du partage lorsqu’on raconte nos histoires de pêche.

Cherchez France2, le grand oral, Bill François, vous trouverez sa prestation.

Nicolas : Quand on aime les mots, on aime écrire. Ton livre dont j’ai déjà fait le retour ici-même est un régal. As-tu d’autres projets du même genre ou bien dans un domaine assez proche ?

Bill : Oui, beaucoup de projets ! Un deuxième livre bien sûr, mais  aussi dans le domaine des documentaires, et  un spectacle humoristique sur scène quand les théâtres rouvriront dans de bonnes conditions !
Je suis aussi en pleine adaptation de mon livre dans plusieurs langues, et j’aimerais en créer aussi une version illustrée, adaptée pour les enfants.

J'ai adoré !

Nicolas : Revenons à la pêche. Je suppose que tu suis ici et là les actualités parfois bien moroses de certains cours d’eau. Comment vois-tu l’évolution de la pêche de loisir en eau douce dans notre pays ?

Bill : Les problèmes de sécheresse et d’eutrophisation sont dramatiques, sans parler des pollutions…
C’est une tendance générale de perte de la biodiversité qui est catastrophique.
Pour la pêche de loisir, je vois des évolutions qui me rendent plus optimiste. Le no-kill s’est généralisé. Beaucoup d’activités de guidage se développent sur des pêches nouvelles et spectaculaires ! Thons au lancer ou à la mouche, migrateurs, truites sauvages deviennent de plus en plus accessibles et font de notre pays une vraie destination halieutique. La pêche à la mouche se démocratise avec des poissons comme la carpe ou le chevesne qui sont un premier pas vers l’ombre ou la truite.  Beaucoup d’enfants se mettent à la pêche, en particulier dans les villes, où le streetfishing fait émerger une génération nouvelle. C’est frais et positif.
J’espère que cette évolution rendra les pêcheurs encore plus engagés pour protéger la ressource halieutique et les milieux aquatiques.

Bill touche vraiment à tout.

Nicolas : Es-tu déjà venu voir nos zébrées ? Si oui, qu’en as-tu pensé ?

Bill : J’ai eu la chance de découvrir les zébrées avec l’ami Nikola Mandic, sur l’Albarine et la Valserine. C’était un moment génial. Il m’a fait découvrir des parcours splendides et admirablement bien gérés. Les rivières de votre région sont un trésor, largement dignes des plus célèbres rivières du monde entier.
Je n’imaginais pas voir de telles densités de truites sauvages, sur des parcours aussi beaux, ailleurs que dans un rêve. Je n’imaginais pas non plus qu’elles seraient si difficiles ! J’ai appris beaucoup de choses en loupant beaucoup de poissons…  Même les ombres « bleus » sont extrêmement éduqués là-bas. Rien à voir avec mes habituels poissons de Normandie, ou de Haute Seine, qui sont pourtant déjà très méfiants. J’ai hâte d’avoir ma revanche sur ces truites fabuleuses et insaisissables.
J’ai aussi rencontré des zébrées un peu différentes, de souche niçoise, sur la Gordolasque, que m’a fait découvrir l’ami Alex Meyer, de Catch my fly. Des poissons d’altitude de toute beauté !

Une ambiance qui me parle.

Nicolas : Voyageur ? Tu es prêt à aller loin pour pêcher ? A faire des sacrifices pour découvrir d’autres contrées ?

Bill : Ah oui, dès que j’en ai l’occasion, je pars découvrir de nouveaux poissons. Que ce soit dans nos régions de France, ou à l’étranger. J’adore le Maroc, où la pêche du marlin blanc en switch and bait, à vue, est extraordinaire. Pour la truite, j’ai eu l’occasion de pêcher dans le Wyoming et le Montana, régions exceptionnelles. J’aimerais beaucoup découvrir les gros ombres des Balkans et de Scandinavie. Il y a tellement de voyages dont je  rêve…
Mais ce n’est pas nécessaire de partir loin pour faire des pêches exotiques. A quelques heures de train, on peut être tout complètement dépaysé par les chasses de thon du Delta du Rhône, ou les fario de torrent des Alpes !

Outch !

Nicolas : Merci d’avoir répondu à mes questions Bill. Au plaisir de te croiser au bord de l’eau. Beaucoup de bonheur pour la suite.

Bill : Merci à toi Nicolas, et bravo pour tout ce que tu fais pour la pêche à la mouche et pour nos rivières. J’espère qu’on se croisera bientôt au bord de l’eau !

mercredi 9 octobre 2019

Robert Escaffre

Une interview, cela faisait bien longtemps que je ne vous en avait pas proposé. C'est chose faite aujourd'hui. Je reçois comme on dit un vrai personnage et c'est peu de le dire. Si vous ne connaissez pas Robert, je vous invite à lire cet entretien et si vous le connaissez déjà bien, vous ne serez pas déçu ! Bonne lecture.

Nicolas : Bonjour Robert, je suis très heureux de te recevoir sur mon blog. Pour les quelques lecteurs qui ne te connaissent pas, peux-tu s’il te plait nous faire une petite présentation.

Robert : Bonjour à tous…Tout d’abord merci à toi Nicolas pour ta considération, j’y suis très sensible. Je m’appelle donc Robert ESCAFFRE, issu de famille paysanne de l’Aubrac où ma mère était la 19ème et la plus jeune de cette fratrie des hauts plateaux ! Je vais fêter en début d’année mon 72ème printemps. Père de 3 enfants et marié aujourd’hui à Véronique, je suis un homme parfaitement heureux !

Mon invité !

Nicolas : J’ai l’impression qu’en suivant tes aventures, la rumeur qui dit que les retraités sont débordés est vraiment fondée ! D’où tires-tu une telle énergie ?

Robert : Alors, c’est une question qui m’est familière. S’il y a une chose que je ne supporte pas, ce sont les « mous », le mot ennuie ne m’a jamais effleuré dans la vie. J’ai fait beaucoup de choses dans mon existence. Après de traire les vaches, je me suis lancé, sang auvergnat aidant, dans le commerce bistrot, j’étais ambitieux et je rêvais d’avoir une affaire avec une tireuse de bière avec 10 « becs verseurs » (comme les auvergnats de Paris). J’y suis arrivé, mais que de travail et mon affaire a pris une telle ampleur que je suis monté à avoir 40 employés. J’étais arrivé à mes fins. A 60 ans j’ai dit stop, j’ai vendu mon affaire à un Parisien et place à mes passions. Je n’ai jamais fumé, je m’étais interdit complètement l’alcool, car avec le boulot que je faisais aucune dérogation n’est possible, sinon c’est une porte ouverte au suicide, l’alcool étant un très mauvais ami. Aujourd’hui à la retraite…par contre je ne crache pas sur un bon vin ou un bon armagnac ! Qu’on se le dise !!! La retraite, c’est souvent la moisson de la vie et quand on a la chance d’avoir une bonne génétique il faut la bouffer avant que ce ne soit elle. Je suis un gagnant, je n’y peux rien c’est ainsi. Je l’ai été dans ma vie professionnelle, je le suis à bientôt 72 ans dans mes passions ! Je fais toujours le maximum dans la mesure de mes possibilités. On ne se refait pas ! Comme il me plait de le dire, j’ai toujours mes 32 dents...pas perdu une !!!

L'affaire de Robert durant son activité.

Nicolas : Avant d’en arriver là, il a fallu un tout début. Justement, comment le jeune Robert est venu à la pêche ?

Robert : La question me plait. D’abord, j’avais un père qui pêchait, il pêchait le blanc, il chassait aussi tout gibier…évolution aidant j’ai suivi mais pêche à la mouche et chasse à la bécasse. Cela remonte très loin…quand j’étais jeune. Sur l’Aubrac, quand le temps était à la pluie, que nous ne pouvions pas faner l’été, j’allais à la pêche à la sauterelle, j’avais 10-12 ans, dans une petite rivière qui s’appelle l’Argence vive et qui était bourrée de truites à la robe noire magnifique avec des points rouges vifs. Quand elles avaient leur cave sur le sable, elles avaient le ventre doré, j’en ai la nostalgie de ces truites qui étaient la souche primaire, disparue aujourd’hui. De temps en temps, je braconnais la nuit, tout jeune avec une lampe électrique, c’était la fin des années 50. J’allais seul à la pêche à la Fourchette, la nuit les truites ne bougent pas à la lampe, il fallait juste faire attention de ne pas se planter la fourchette aiguisée dans la botte…ou le soir je posais des « araignées » espèce de filet de 7 à 8 mètres...Je barrais la rivière en travers et à la pointe du jour avant le travail des champs, j’allais relever, c’était plein de truites, les écrevisses les avaient déjà attaquées ! Souvent aussi des « tarides » dans les prés. Cela consistait dans les petits ruisseaux à les barrer à l’aide de cailloux et de mottes de terre pour virer l’eau par un autre écoulement dans les prés. Et quand l’eau commençait à manquer sur 50 à 80 mètres, les premiers « Fla-fla » se faisaient entendre, ce qui faisait battre la chamade à mon cœur ! Cela changeait l’ordinaire à table, cuites à la crème de lait que l’on prenait le matin dans les bidons mis dans l’eau de la source pour les tenir au frais. C’était simplement une merveille pour les papilles !!! Alors quand on part dans l’aube d’une vie avec de telles expériences, il ne faut pas s’étonner qu’au crépuscule de cette même existence on parte encore avec la même soif ! J’ai commencé à pêcher à la mouche en 1968 !

Robert avait 23 ans sur cette photo (1971).

Nicolas : En un peu plus de 30 ans de pratique, j’ai vu les rivières, les populations de poissons et d’insectes sombrer. Avec ton vécu, cela doit être quelque chose. Quel est ton sentiment sur cette évolution et sur l’avenir ?

Robert : Dans la question précédente, je parle de ma jeunesse, temps révolu où je voyais des myriades d’insectes sur l’eau, où il fallait forcément nettoyer les pares brises après avoir conduit la nuit. Je peux dire que dans les années 70, je pêchais à la mouche sèche dès l’ouverture et quand tout était contre, je rapportais quand même ma dizaine de truites. Aujourd’hui ce n’est même pas la peine d’y penser quand la météo est contraire. Les poissons ont bel et bien changé de comportement, la raison directe est bien entendu la nourriture. Je me dis que si autrefois dans les années 60 on avait connu la nymphe. Non, il valait mieux pas ! L’avenir est inquiétant…Surtout avec ces périodes de sècheresse à répétition, surtout que les scientifiques nous annoncent que le pire est à venir. Même si le poisson a un pouvoir d’adaptation exceptionnel, il faut de l’eau ! On le sait, elle n’est plus de qualité, la pollution agricole avec les pesticides détruisent flore et faune aquatique, ce qui touche autant les oiseaux que les poissons. La pollution même si elle ne se voit pas est présente. S’il n’y a pas de poissons morts, on pourrait croire que tout va bien, hors je pense que c’est la reproduction qui ne se fait pas correctement, si la qualité de l’eau suffit aux « adultes » elle ne suffit pas aux alevins...et là est tout le mal, car cela ne se voit pas !!!

Si rien n’est fait au point de vue pesticides, je pense que dans quelques décades, les rivières hormis peut-être quelques rivières des Pyrénées et des Alpes, ce ne sera que souvenirs ou truites de remise dans une majorité de rivières de moyenne altitude, les rivières de basses altitudes ne seront que poissons blancs !

Robert en action à la pêche.

Nicolas : Pour que l’on ait un aperçu de ce que tu as pu connaitre, as-tu un lointain souvenir de pêche à nous raconter ?

Robert : Dans mes souvenirs, j’ai parlé de ceux de ma première jeunesse plus haut qui étaient des souvenirs plutôt « braconnage » mais à l’époque c’était le jeu. J’oserais presque dire normal en ces hauts plateaux d’altitude. Puis, en 68 la mouche, cela m’a attrapé comme un mal de ventre. J’étais très avant-gardiste dans ma région, personne pour m’apprendre, je ne pêchais bien entendu qu’en sèche ! Mais j’avais le sens de l’eau et j’ai eu tôt fait de comprendre que pour bien faire nager une mouche dans les bordures d’en face ou dans les contre-courants, il fallait 2 fois la canne de bas de ligne. Trois ans après, je prenais 30 truites de moyenne par sortie. A l’époque personne ne pratiquait le No kill et cela n’offusquait personne de ramener 50 truites à la maison ! Je m’étais fait faire un panier en Haute Lozère,  on m’avait pris alors le tour de taille pour que sa forme épouse mon dos, c’était un panier « d’optimiste » car il y rentrait 12 kg de truites. Les copains que je prenais à l’époque me disaient : quand on te voyait arriver sur la route avec la main sous le panier pour pas qu’il te scie l’épaule, on avait compris qu’il était plein.

En principe, sur des truites en moyenne de 25 cm, il y en rentrait 50 et cela arrivait très souvent !! Rien de choquant en ces temps. Depuis 1989 début de la compétition, je n’ai plus tué les truites. No kill intégral ! S’il fallait raconter un souvenir, cela serait celui-ci…Dans les années 70, la pêche à la mouche est devenue à la mode, le must de la pêche. Mais dans les têtes la mouche c’était à partir du 1er mai…Avant, même pas la peine d’y penser...Mais cela n’était que dans les têtes ! Voici pourquoi j’avais compris, 3 ans après avoir commencé cette pêche, que les heures chaudes en début de saison étaient favorables aux éclosions et j’avais l’habitude de pêcher au toc une petite rivière pleine de truites qui s’appelle « le Viau » dans les monts de Lacaune à quelques 900 m d’altitude. Je me suis mis à pêcher à la mouche sèche de midi à 15 h au mois de Mars cette rivière…Oh ce n’était pas des robages flagrants mais dans les bordures et les amortis contre les herbes, une simple « bulle » laissait envisager le poisson. Et plus il faisait froid ou neige, meilleur c’était. Je croisais souvent des pêcheurs de toc, qui avaient souvent du mal en ces temps froids à mettre truites dans le panier. Je me rappelle, c’était en 71, le temps était pourri brouillard, flocons...Je contrôlais alors complètement cette pêche dans cette petite rivière pleines d’arbres, c’était vraiment de la pêche très fine et très technique, les truites n’étaient que dans les amortis contre les bordures. Deux fois la canne de bas ligne pour contrôler une petite mouche N° 20 que j’appelais « la manil » qui était une petite araignée grise et corps rouge que j’avais en 3 dimensions, c’était toute ma boite ! Je prenais des truites dans tous les amortis tant et si bien que souvent, mais en particulier cette fois-là, tous les pêcheurs que je rencontrais pliaient leur canne et me suivaient…ce jour-là, j’en avais 3 derrière moi...complètement abasourdis par ma technique de pêche. J’avais commencé à Midi...A 15 h, je m’en souviens comme si cela était hier, j’en avais 33...Inutile de vous dire que j’ai fait école et j’ai mis à mal les croyances de « pas de pêche à la mouche avant mai ». Ces gens-là me posaient alors de multitudes questions quand c’était fini et me prenaient alors pour un extra-terrestre !

Toujours aujourd'hui un immense savoir-faire.

Nicolas : Tu es aujourd’hui encore un compétiteur hors pair. Je suis bluffé à chaque rendez-vous par ta régularité au haut niveau malgré ton âge (promis, je n’en parle plus !). Quand et pourquoi as-tu rejoins le monde de la compétition ?

Robert : Tout d’abord Nicolas, il faut que l’on sache que mon âge ne me pose aucun problème. Partant du principe que l’on a qu’une vie et que l’on ne peut être et avoir été, je vis très bien ma condition de septuagénaire et il arrive un temps où il faut comprendre que le canapé est un très mauvais ami, aussi, il faut l’éviter le plus possible. De par mes passions et mon travail toujours debout, j’ai usé mes genoux. Ces dernières années, j’ai tellement souffert que je ne pouvais plus. Je suis tombé de 1ère division...je me suis fait posé, la fleur au fusil…2 prothèses totales...une, bien entendu à chacun de mes genoux. Ma 2ème a maintenant presque 3 ans, je suis reparti à la pêche et à la chasse comme à 50 ans...c’est tout simplement formidable, pas de rééducation, je suis allé à la pêche et je suis bien mieux en général que les gens qui ont fait 1 mois de rééducation en centre. Les passions ça se nourri et plus on les nourri, plus elles vous donnent du plaisir. Je pars en compétition aujourd’hui comme un enfant à qui on a promis un cadeau avec la même soif d’évoluer. A un moment de sa vie, il faut penser à durer car il y a des âges et beaucoup ne l’ont pas compris...s’arrêter, c’est finir. C’est une philosophie de vie...Sinon, c’est « les feux de l’amour » et « questions pour un champion ».

J’ai commencé la compétition en 1989. C’est la faute aux copains, je prenais tellement de truites  qu’ils m’y ont poussé. Seulement, j’étais empêtré dans le travail, je venais d’acheter mon entreprise avec 8 employés que j’avais surpayé en rapport à son emplacement de premier ordre ! Les comptables disaient que j’étais fou, les banquiers m’avaient hypothéqué tous mes biens parce qu’ils hésitaient à me prêter...j’avais emprunté 600 millions de centimes en 87 alors, il ne fallait pas penser qu’à la pêche sinon je me serais retrouvé à la rue vite fait. J’ai travaillé comme un fou, et vite, je suis passé de 8 employés à 34...puis c’est monté à 40. C’était tellement difficile avec les banques que la nuit, je mettais la TV pour ne pas penser ! Mon affaire c’était ouvert 365 jours de l’année 20 h par jour…alors j’ai quand même fais de la compétition, mais j’allais plus m’entrainer et je prenais mon gilet comme je l’avais posé à la dernière compet…En 91, j’étais pourtant N° 2 au PSM rien qu’en sèche. En 3 ans, ma plus mauvaise place était 7ème...en sèche, sur mes acquis, je ne craignais personne…Puis la nymphe est arrivée avec les gens de l’Ain...et n’ayant pas le temps de m’entrainer, j’ai subis jusque dans les années 2000 où j’ai enfin, travail aidant, sorti mon affaire des difficultés financières et après tout a été différent. J’ai alors monté 4 SCI commerciales...banque...supérette, boulangerie, hôtel…etc. 11 magasins en tout.

En 2008, j’ai vendu mon affaire à un Parisien…ce qui m’a mis à jamais à l’abri de tout soucis financier. Alors là, j’ai repris à fond mes passions de jeunesse et j’ai enfin évolué à toutes les pêches parce que j’y ai accordé beaucoup de temps. Voilà ce qu’a été m’a vie ! On dit qu’il n’y peut y avoir de réussite sans à un moment une part d’inconscience…je confirme !!!

Robert en compétition.

Nicolas : J’ai souvenir d’une compétition sur l’Ubaye et l’Ubayette où le contrôleur qui était venu avec moi a eu le plaisir te t’accompagner durant le week-end. Il avait été sidéré par ta technique de pêche en sèche que tu utilisais exclusivement. C’est donc la compétition et le besoin de résultat qui t’ont obligé à passer sous la surface ?

Robert : Quand on fait de la compétition, on y va toujours pour faire le mieux possible, sinon pourquoi faire parfois près de 1700 km aller-retour si ce n’est que pour figurer. Même à un âge certain, évoluer fait encore partie de la personnalité, apprendre, s’améliorer, trouver sont des vecteurs de satisfaction personnelle. J’y suis très sensible…dire je sais est toujours négatif ! J’ai eu la chance de côtoyer tous les meilleurs Français d’aujourd’hui et tous les meilleurs Espagnols. Il y en a 2 qui m’ont fait beaucoup avancer, c’est Sébastien DELCOR et l’espagnol Pablo Castro. Ce sont 2 amis et je leur dois beaucoup ! Si depuis les années 1992 ou 93 on ne pêche pas en nymphe, ce n’est pas la peine de faire de la compétition...alors j’ai mis tout mon possible pour évoluer dans cette pêche et il me reste encore beaucoup à apprendre. La sèche, bien qu’ayant un peu perdu ma superbe parce qu’aujourd’hui on y pêche peu, pas de problème. Le temps dont tu parles, sur l’Ubaye, je m’étonnais parfois moi-même en sèche où j’allais parfois prendre des truites dans les branches à la limite du possible. Je dominais alors complètement cette pêche, mais je le redis, j’ai quand même perdu la haute voltige ! Je me rappelle que jeune, je m’imposais des sorties qu’en revers !

Nicolas : Que t’apporte le monde de la compétition. En tant qu’homme et en tant que pêcheur bien sûr ?

Robert : On est compétiteur ou on ne l’ait pas, c’est comme dans la vie...on a envie de s’investir ou on reste fonctionnaire...c’est un choix qui se respecte autant d’un côté comme de l’autre ! Par contre, les gens qui n’aiment pas la compétition, en grande majorité, si on scanne leur vie, elle reste linéaire et sans surprise. Ceci dit, on ne peut ne pas en faire, mais comprendre...et ce n’est pas pareil ! La compétition en premier lieu, m’a fait comprendre qu’il ne fallait plus tuer notre partenaire de jeu  partant sur le bon principe que les joueurs de tennis ne bouffent pas leur balle.ça, les anti compétitions qui sont souvent des « anti tout » ne l’ont pas compris, ils leur semblent que les compétiteurs ne voient que par leur égo...ce qui n’est absolument pas le cas. En compétition, l’égo en prend souvent un coup et il faut le mettre dans sa poche ! Si on ne fait pas de compet, en général, je dis bien en général, (parce que quelques-uns sont différents, je pense à toi Nicolas) prennent leur gilet et leur boite à mouches comme ils l’ont posé...sans chercher à évoluer allant dans la portion de rivière qu’ils connaissent par cœur, à l’heure voulu et souvent se prennent pour des champions...casquette qu’ils ont eux-mêmes vissée sur leur tête ! Combien en 31 ans en ai-je vu venir bombant le torse parce qu’ils se considéraient comme des champions et 3 compétitions après, repartir en ayant pris une dérouillée mémorable…et on ne les a plus vu !

Au montage de mouches.

Nicolas : Au-delà du compétiteur, tu as été le manager de l’équipe de France. Une fonction bien particulière. Quelles sont les qualités requises pour performer à un tel poste ?

Robert : Alors là, je vais dire une chose, finir sa vie et sa passion en étant Manager d’une équipe de France, c’est le graal ! J’ai vécu d’intenses moments avec ceux que j’appelle mes loulous ! Sans jamais avoir une once, une simple virgule de problème avec eux et entre eux !!! Je les adore !

Être manager, c’est tout donner, c’est anticiper, c’est prévoir les problèmes et les résoudre avant qu’ils n’arrivent. C’est faire en sorte que l’équipe n’est que la pêche à penser. C’est se mettre à leur service, c’est mettre de l’ambiance, c’est enlever du stress, c’est rire ensemble…et quand c’est ainsi, comme à su si souvent me le dire Olivier Jarreton...quand l’ambiance est comme ça dans l’équipe, c’est la médaille assurée ! Être Manager, pour moi, c’est aussi penser à la communication à ceux qui veulent savoir en France. C’est leur faire vivre la compétition comme s’ils étaient au stade...mais que c’est dur...pour cela et je le dis tout haut, faut aimer les autres. Communiquer quand il n’y a pas de couverture et se déplacer pour envoyer, communiquer pendant que l’équipe va aux réceptions cocktail ou autres, communiquer en partant tout seul dans le hall de l’hôtel parce que dans la chambre ça ne passe pas et le tout à des heures parfois indues, je vous le dis de suite, c’est un métier et une volonté à part entière. C’est parfois en dehors de ce que l’on peut imaginer. A l’étranger, c’est carrément donner de soi-même. Mais quand on voit qu’à la fin du mondial en Slovaquie, où nous avons été champions du Monde sur 24 nations présentes, que mon dernier post a fait 50808 personnes, et ça que pour de la pêche, croyez-moi, j’ai été payé de mes efforts !

En 4 ans, j’ai 11 médailles internationales...pas si mal pour quelqu’un qui y comprenait rien...vous comprenez de qui je parle !

Le niveau des équipes est aujourd’hui phénoménal. Mon plus mauvais souvenir aura été celui de l’année dernière en Italie où le Mercredi avec les embrouilles de Fédérations, nous ne savions pas encore si nous allions participer. On nous a mis des bâtons dans les roues, l’ambiance était plombée alors avec notre Fédération et avec Olivier, on savait où nous allions, nous avons fini 6ème…encore heureux…plus jamais ça !! J’en suis encore très amer, je dédouane complètement mes garçons, parce que à l’impossible, nul est tenu ! Pour gagner aujourd’hui à un mondial il faut tous les voyants au vert, si un facteur manque, c’est cuit ! Une autre grande récompense a été aussi les mots de Julien Daguillanes sur mes prestations en tant que Manager, lui qui a, à son actif une douzaine de Mondiaux !!! Merci Juju.

L'année du Colorado. Vice-champion par équipe et champion en individuel pour Julien.

Nicolas : Il me semble que tu en gardes des souvenirs merveilleux. Des victoires, des échecs, mais surtout une belle aventure humaine. Si tu devais conserver en mémoire qu’un seul et unique instant de cette période, quel serait-il ?

Robert : Quand la Marseillaise retentit et que l’on te donne une médaille d’or. Quand tu vois le sourire du bonheur sur tous les visages des membres de ton équipe, ça c’est un souvenir merveilleux ! J’ai vécu une aventure humaine hors du commun, avec des personnes merveilleuses, que je ne remercierais jamais assez pour ce qu’ils m’ont apporté !

Nicolas : Tu es toujours manager, mais cette fois-ci des vétérans. Quelle est la prochaine compétition à venir et quel objectif vous êtes-vous fixés ?

Robert : L’année dernière en désaccord complet avec ma fédération, on a essayé de nous mettre sur le dos des fautes qui n’étaient pas nôtres ! J’ai posé ma démission à cette fédération, j’avais jamais démissionné de quoi que ce soit de ma vie tout comme je n’ai jamais porté plainte, ce n’est pas en moi. Mais là, la démission était en la circonstance, ma seule arme de contestation ! Il se trouve que cette Fédération n’a pas eu gain de cause et la majorité des compétiteurs sont allés pour faire de la compétition reconnue jeunesse et sport, à la seule qui se devait par la force des choses compétente. Ma démission prenait donc fin puisque ce n’était plus la même FD. Les loulous m’ont demandé de revenir, mais vu mon âge, pas que je ne m’en sente pas capable, mais cela faisait un peu désordre, un vieux, avec les jeunes trentenaires...et avant que l’on me dise : Hé ! Le Vieux ! Faudrait peut-être laisser ta place, je l’ai laissé...avec un peu de nostalgie, je le reconnais. Mais je l’ai laissé surtout parce je voyais un remplaçant possible ayant toutes les qualités pour ce poste, sinon je serais resté...en la personne de Thierry LELIEVRE. Un homme intelligent, sérieux, parlant parfaitement la langue de Shakespeare et au profil correspondant parfaitement à ce poste. Bon vent Thierry, tu vas te régaler avec tes hommes !!!

L’année dernière, j’ai fait le championnat du Monde Vétérans en tant que Compétiteur. C’était en Espagne dans les Asturies. On n’a fait une chose inédite dans les championnats du Monde, j’avais à la réunion des capitaines tiré le secteur 3 pour commencer. Le parcours que tout le monde voulait dans ce secteur, c’est le 8 ou le 9 qui avaient 2 bras formidables. Je suis monté dans le car le matin et au fur et à mesure que le car s’arrêtait, je n’étais pas cité...puis arriva...France secteur 8...vous imaginez ma joie…hors quand le car s’arrête, moi qui connaissais les lieux je leur dis : ce n’est pas mon parcours…Et là, les responsables, très embarrassés, me disent à demi-mots, car je parle Espagnol : il y a eu une erreur ce matin, les contrôleurs se sont trompés de car et vous faites le secteur 4...impensable en championnat du monde.. Le tirage au sort lors de la réunion des capitaines...c’est la messe ! J’avais 2 solutions. Ou je ne descendais pas du car et je foutais le championnat dans la merde...ou j’acceptais cette supercherie ! Je ne suis pas un fouteur de trouble et je suis descendu...j’ai eu en suivant 2 parcours de merde qui n’auraient pas dû être les miens et bizarrement le parcours du secteur 9 du secteur 3 a gagné...c’était l’espagnol...en plus, le Néo-Zélandais s’est trompé et a fait la moitié de mon parcours…décidément ! Je n’ai pas porté réclamation, ni pour une chose…ni pour l’autre. Heureusement, le lendemain j’ai eu les bons parcours et j’ai fait 3ème et 1er. J’avais tiré à ce championnat Les parcours de gagne, le destin en a voulu autrement. Nous aurions aimé un mot d’excuse à la fin de l’organisation. Nous en avons eu point. L’Espagne avait gagné, bravo à eux...mais…je n’en dirais pas plus !!

Donc en 2020, je vais prendre le capitana des vétérans, car j’estime, là aussi qu’en étant septuagénaire même si je me sens capable de gagner, ce n’est pas moral pour un sport. A l’encadrement ce n’est pas pareil ! Donc nous avons un challenge à relever, j’ai déjà été manager de l’équipe Vétérans au Portugal en 2017 avec 2 médailles d’argent à la clé. Le challenge qui nous attend est d’être champion du monde Vétérans. Nous avons le potentiel et nous allons y penser fortement !

Avec les vétérans.

Nicolas : Pour quitter le temps d’une question le monde de la pêche, je te sais passionné de chasse à la bécasse. Trouves-tu des similitudes entre la pêche et la chasse ?

Robert : Voilà une autre question qui m’intéresse. Il y a de fortes similitudes entre la pêche à la mouche et la chasse à la bécasse, car elles demandent toutes les deux endurance, réflexion et grand savoir pour parfaire. Cela fait 50 ans que je me passionne de cette chasse, je suis le contraire d’un chapeau à plume, je mets ma salopette, la même qu’à la pêche, et je suis comme un sanglier dans les fourrés avec mes 2 adorables setters Francis et Marius. Ma montre est GPS et je fais par sortie entre 10 et 22 km en moyenne hors sentiers battus (avec 2 prothèses aux genoux). La bécasse ça se mérite, c’est une chasse exigeante, qui demande une parfaite connaissance du terrain, de l’oiseau, des mollets de fer, des chiens excellents, des territoires divers en biotopes et altitudes, bien tirer et surtout être en santé parce que l’endurance par tous les temps met le corps parfois à rude épreuve, j’ai la chance d’avoir une force en moi à la pêche comme à la chasse…c’est le mental...je ne lâche jamais rien !!!

C’est une chasse de solitaire, tout comme la pêche à la mouche, sauf qu’à la bécasse il y a un facteur obligatoire, c’est d’avoir d’excellents chiens ! Quand arrive en octobre les premiers frimas, que la nature commence à sentir l’humidité, que les premières grives musiciennes s’entendent la nuit en pleine migration, il se passe quelque chose en moi…que seul les initiés peuvent comprendre...c’est presque de la magie…de l’irréel...de l’abstrait...Mais que c’est fort !!!!

Robert et ses setters !

Nicolas : Pour revenir à la pêche et précisément sur les différentes techniques possibles avec une canne à mouche. Laquelle a ta préférence et si elle est différente, laquelle reste la plus productive d’après toi en termes de poissons capturés ?

Robert : Je pense pratiquer aujourd’hui toutes les pêches, j’en ai même mise une au point qui s’appelle la frisque que je pratique beaucoup en loisir...que pour le plaisir...mais en compétition, je pratique suivant le profil de la rivière, du temps qu’il fait ou de l’heure, différents modes de pêche. La nymphe est certes pas la plus belle à regarder mais souvent la plus productive, la pêche à l’Espagnole m’est de loin préférable à « la roulette » mais ma préférée aujourd’hui en dehors de la sèche est la sèche-nymphe à l’espagnole parce qu’elle peut être meurtrière quand le poisson est actif...c’est une pêche plus technique qu’il n’y parait, une pêche où on prospecte beaucoup et vite. Une pêche précise, très efficace. Ceci dit, il faut que ce soit une petite ou moyenne rivière. Une pêche aussi qui doit être reine, c’est la pêche à vue...mais nos rivières du Sud-Ouest n’ont pas la réputation d’être faite pour cette pêche ! Sauf la pêche en sèche à vue.

Il est pas heureux notre homme !

Nicolas : Quelles sont pour toi les principales qualités qu’un compétiteur doit avoir pour réussir de façon régulière et sur la durée ?

Robert : La principale qualité du compétiteur est d’abord le mental...le physique et surtout la soif de s’améliorer et d’apprendre…de ne jamais se contenter de ses acquis. Aujourd’hui on ne pêche plus comme dans les années 90. L’évolution a aussi touché la pêche. Beaucoup sont en retard. Un compétiteur se doit d’être humble même si des fois il faut féliciter son égo !

Nicolas : Je suis la compétition internationale depuis mes années André Terrier. J’ai vu une évolution au niveau des nations dominatrices. L’Espagne en particulier. Peux-tu nous parler un peu de cette nation et pourquoi d’après toi sont-ils devenus aussi redoutables ?

Robert : Dans les années 90, L’Espagne ne pêchait pas en lac et peu pêchaient à bon niveau la nymphe. Aujourd’hui ils sont pratiquement devenus les rois du Monde dans cette discipline. Je vais vous expliquer car peut-être que je suis le mieux placé...car connaissant très bien tous les membres de l’équipe d’Espagne comme de France d’ailleurs. Ne comparons pas nos 2 pays question pêche...en Espagne, la pêche revêt un caractère social...alors que chez nous, c’est du 2ème degré pour le commun des mortels ! Le nombre de licenciés chez nous est carrément dérisoire en rapport à l’Espagne. Ils ont l’avantage d’avoir toujours la règlementation des cotos depuis le Franquisme...et cela facilite énormément les choses. Celui qui veut faire une complétion, il réserve les cotos qu’il lui faut 7 à 8 mois à l’avance et le jour « J » il a les cotos libre de tout pêcheur...facile !!! Tous les membres de l’équipe d’Espagne « Monde » pêchent minimum 3 à 4 jours par semaine mais c’est souvent 5 ou 6 jours. En France, s’ils font 2 ou 3 sorties par mois et pas toujours c’est déjà bien. Les Espagnols sont au niveau « Pro », nous au niveau « loisirs » pourtant nos hommes sont là, ils les accrochent, et font mieux parfois. Ils ont des rivières poissonneuses un peu partout de Catalogne à la Galice…et chez eux, la sèche à pignon sur rue, puisque il y a beaucoup plus d’activité de surface que chez nous. Aujourd’hui, toutes les nations arrivent avec le même matériel performant. Toutes pêchent le lac et tous ont toutes les pêches. Autrefois nos équipes avaient une telle avance en nymphe, qu’ils pouvaient se permettre de louper une manche. Dans les mondiaux aujourd’hui, pas de droit à l’erreur !!! Les Espagnols sont avant-gardistes en tout sport et cela se retrouve à la pêche !

Une équipe de France championne du monde !

Nicolas : Quand Robert veut pêcher pour lui, uniquement pour le plaisir. Dans quelle région as-tu tes préférences pour t’évader ?

Robert : J’ai pêché un peu autour du Monde mais celle qui m’a laissé le meilleur souvenir c’est la pêche au « réo » (truite de mer) dans les Asturies, sur les rios Cares, Sella et Narcea. J’ai d’ailleurs gagné en 2008 le championnat international de la truite mer à Cornellana sur le rio Narcea. C’est l’ami Guy Roques qui m’a introduit en Espagne dans les années 80 et je ne saurais jamais assez le remercier, car l’Espagne m’a beaucoup apporté en matière pêche. Je connais un peu tout le monde de la compétition là-bas et j’y suis très bien introduit, j’y ai de nombreux amis. J’adore ce pays et c’est là-bas outre Pyrénées que je trouve mon bonheur quand je m’évade !

Nicolas : Les années défilent, mais je suis certain qu’elles vont te donner encore des tonnes de moments merveilleux en compétition ou ailleurs. Je te souhaite tout le meilleur Robert et j’espère te croiser de nouveau. Merci d’avoir répondu à mes questions. Pour mon plaisir, mais aussi pour celui de mes lecteurs.

Robert : Il est certain que tant que le destin me donnera la force de participer, je serais là, je reste toutefois conscient que mes années sont comptées. Alors je ne laisse rien, je ne lâche rien… je me régale !

Merci à toi Nicolas, je suis ton profil par l’intermédiaire de Facebook, tu as une excellente presse et tu es très apprécié dans le milieu de la pêche et c’est très justifié, tu es un vaillant, tu es de ceux qui ont compris que rien ne tombe cuit…et qu’il faut aller le chercher...tu es sur le bon chemin…foi d’un ancien. Si d’aventure, je passe un jour avec mon épouse et le camping-car pas loin de chez toi, ce serait pour moi un grand plaisir de t’accompagner même sans canne quelques heures sur ta rivière.

Merci Robert et conserves cette joie de vivre !

Nicolas : Je vais laisser maintenant la parole à mon copain Julien Daguillannes qui connait très bien Robert. La tradition de mes interviews veut qu’un ami de l’invité dise un petit mot. Merci Juju pour ces quelques lignes.

Julien : Comment parler de Robert simplement ? Je le connais depuis des années et il me semble que sa motivation n’a jamais faiblit, c’est incroyable, une vrai leçon de vie !!!

Nous avons été ensemble dans la même équipe lors de 2 championnats du Monde, l’un dans le Colorado et l’autre en Slovaquie, que de bons souvenirs (enfin presque….lol) Ce qui est bien, c’est qu’avec sa « grande gueule » et sa motivation, tout est possible. Après, sa grande gueule, ça passe ou ça ne passe pas, mais au moins c’est direct et c’est dit.

Il a durant ces 2 années, organisé et managé ces championnats de main de maitre, rien n’était laissé au hasard, du jour du départ jusqu’au retour, tout était pensé bien à l’avance. Il a été aux petits soins pour nous, petit déjeuner, repas, permis de pêche, comme si on était ses enfants. Nous avions plus qu’à penser à la pêche.

En dehors des championnats du Monde, il m’a ouvert les portes de l’Espagne pour faire des compétitions et rencontrer des gens formidables. Par contre, je pense être la seule personne (peut être au monde) à avoir réussi  à le faire taire pendant de très longues et interminables minutes !!! Ahhhh cette partie de belote, certains s’en souviendrons longtemps !!

En tout cas, j’aimerai bien être aussi en forme à son âge, et pour cela, comme il dit, il faut avoir eu toute sa vie une hygiène de vie correcte. Quand on l’écoute parler (fort), on se dit qu'il faudrait vraiment qu'il écrive un livre recensant toutes ses paroles, anecdotes et bien d'autres choses.

En tout cas c’est toujours un plaisir de le côtoyer et d’écouter ses paroles et sa façon de voir la vie.

Julien et Robert.

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