Nicolas39 - Pêche à la mouche

La pêche à la mouche sur le blog de Nicolas Germain, un Jurassien amoureux de sa rivière, la Haute Rivière d'Ain.
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Gestion piscicole

Les actions menées sur le terrain et infos diverses sur le monde complexe de la gestion halieutique

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vendredi 17 juillet 2020

Mortalités sur la haute rivière d'Ain.

Si jusque là nous avions été épargnés, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Depuis quelques semaines, des mortalités régulières de truites et d'ombres sur la rivière d'Ain sont observées par les pêcheurs. J'ai eu de nombreux retours en ce sens malheureusement. J'ai également pu le constater de mes yeux. Ces visions de poissons morts sont toujours très douloureuses. On se sent impuissants face à ce phénomène récurrent...Jusqu'au jour où la population sera si faible que l'on ne verra plus rien. Ni mort ni vivant.

Amont des "riverains"

Pourtant, on ne peut pas pointer du doigt la température de l'eau. Cette année, à l'inverse des précédentes, c'est tout à fait convenable, y compris sur les parcours avals. La qualité de l'eau, sa concentration de polluants avec les faibles débits actuels est forcément la cause principale.

Aval Pont-du-Navoy

Les truites sont parfois aveugles, parfois mycosées et souvent sans signe apparent. Bref, difficile de se faire une idée. Tous les secteurs sont touchés puisque des poissons morts sont vus régulièrement même en amont de Champagnole. Des poissons fourrages types chabots et autres ont été aussi trouvés morts sur les affluents.

Cela inquiète peu de monde. Comme chaque année. La densité de truites s’éclaircit gentiment mais surement. Et ce n'est pas les baigneurs que ça gênent non plus. Ils sont de plus en plus nombreux. Certains jours de grand soleil, la rivière d'Ain se transforme en piscine municipale. Ce mardi 14 juillet, le phénomène était tel, qu'avec mon fils, nous avons pu voir les traces de crème solaire en surface à l'aval des baigneurs. Comme si les truites avaient besoin de cet apport ! Sans parler de toutes les incivilités qui en découlent avec notamment les déchets laissés sur place. Je me suis permis d'envoyer un mail d'information aux mairies de Crotenay et Pont-du-Navoy sur ces nouvelles nuisances pour le milieu naturel. Sur le secteur du "Verriou", la rivière n'est plus un milieu naturel. C'est Saint-Tropez là-bas !

D'ailleurs, des scènes similaires ont eu lieu avec une population encore plus dense aux cascades des tufs. 2000 personnes cumulées sur le WE du 14/07. La Cuisance coulait d'un blanc laiteux. En aval, les mortalités se sont déclenchées également. Triste situation pour ce joyau jurassien.

Truite adulte de la Cuisance

Une fois de plus, et pour le voir régulièrement sur les réseaux sociaux, je vous rappelle que la pêche de l'ombre est interdite dans le Jura. Donc si vous prenez un ombre par inadvertance, relâchez le au plus vite. Pas de manipulation, pas de photo. Hop, à l'eau direct. Merci pour eux.

Ombre de la rivière d'Ain.

Base de la Roche à Champagnole.

Difficile de conseiller aux pêcheurs de ne plus pêcher. Les conditions sont bonnes. L'eau est très froide pour une mi-juillet. Les fonds, en tous les cas en amont, sont très propres. Mais voilà, tout n'est pas rose et le cheptel baisse inexorablement.

Hier, j'ai pêché. J'ai pris du poisson et surtout du plaisir. Puis je suis tombé sur cette truite. J'ai arrêté. Le plaisir avait disparu pour laisser place à la désolation.

Aval de Champagnole.

Ces images font mal, très mal. La rivière souffre et les truites disparaissent d'année en année.

mardi 30 juin 2020

Pollution de la Loue

Ce court billet pour vous inviter si ce n'est déjà fait à lire un article complet de la journaliste de France 3, Isabelle Brunnarius au sujet de la Loue. Cliquez sur le lien suivant, bonne lecture.

Pollution de la Loue : l’étude du laboratoire Chrono-Environnement quantifie les responsabilités agricoles

vendredi 15 mai 2020

23 ans de fermeture de l'ombre et maintenant ?

L'ombre sur la haute rivière d'Ain, plus globalement dans le Jura, c'est une longue et triste histoire. Ce poisson emblématique des cours d'eau francomtois est interdit à la pêche depuis 1997. Vingt-trois ans de protection totale pour quel résultat à ce jour ? Une espèce totalement dilapidée de nos rivières jurassiennes et finalement, qui s'en soucie ? Cette situation est tellement tombée dans l'oublie que la plupart des pêcheurs vont finir par oublier que ce poisson était roi sur l'Ain, la Bienne, la Valouse, la Basse Loue et j'en passe...

Il y a 20 ans déjà, et ce même dans les plus hautes sphères de la pêche du département du Jura, la majorité des dirigeants en place n'avaient que faire de l'avenir de ce poisson. Il a fallu se battre comme un beau diable seulement 2 ans après la parution de l'arrêté qui protégeait l'ombre jurassien. 4 ans après, soit en 2001, et malgré un rapport accablant sur les populations existantes, toutes les AAPPMA (sauf une) souhaitaient la réouverture aux prélèvements de ce poisson. Tragique !

Vingt ans après, quand on connait le peu de poissons qui vivent encore dans nos eaux, on imagine facilement que ce vote, s'il avait été validé par les services de l'état, aurait anéanti à jamais les quelques ombres qui survivent dans nos rivières.

Je vous laisse découvrir ou redécouvrir un article paru dans la presse halieutique de l'époque sur le sujet.

Merci Jean-Louis pour cette archive ! Très heureux de constater que les choses ont bien changé depuis toutes ces années où, il faut bien le dire, je me sentais bien seul. Il reste encore aujourd'hui des AAPPMA qui sont dans le déni vis à vis de la réalité, mais globalement, quelle amélioration !

Norbert Morillas, qui est à l'origine de cet arrêté de protection de l'ombre, en serait certainement très heureux. Comme il l'était de m'avoir en soutien à chacun de ses exposés pour défendre ce poisson. Le seul soutien.

Si la réouverture de l'ombre n'a jamais eu lieu, c'est finalement dû à un concours de circonstances. La volonté était là, mais d'après les services de l'état, ouvrir l'ombre voulait aussi dire que l'impact des grands cormorans n'était plus aussi flagrant et que les tirs octroyés tous les ans pour ces oiseaux pouvaient être suspendus. Les présidents majoritaires, à contre cœur, ont choisi de pouvoir continuer à tirer les oiseaux piscivores plutôt que de manger les derniers ombres...Juste incroyable. Les derniers ombres jurassiens ont été sauvés par les cormorans...du moins dans les textes !

Oui, car dans la vraie vie, les quelques noyaux de populations qui vivent ici et là, ne peuvent se développer en autre, à cause de la prédation des grands cormorans doublée depuis quelques années par celle des harles bièvres. Nous avons d'ailleurs le plaisir et l'honneur de vous annoncer notre première nichée sur notre linéaire cette année. Quelle joie ! Une maman harle avec 8 petits qui vont se délecter des 3 ou 4 ombres qu'il reste dans le coin et certainement de quelques truites sauvages au passage...Cette situation devient absurde puisque l'espèce protégée (allochtone) se porte mieux que l'espèce (autochtone) dont elle se nourrit !!! Y'a pas un lézard là ?? Alors c'est bien beau de faire des études et autres comptages depuis 1997, mais il ne faut pas avoir fait de grandes études pour comprendre ce que l'on voit !

Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas écrit, je ne pointe pas ces deux oiseaux piscivores comme premiers responsables du déclin des ombres jurassiens à la fin des années 90, mais par contre, ils sont pour moi, aujourd'hui, le premier obstacle à leur recolonisation. L'ombre est le premier touché par cette prédation. La truite se cache, lui reste en pleine eau. Il est confronté tous les jours à cette nouvelle prédation dans l'efficacité est tout simplement redoutable. Sans y être préparé. Sans avoir les armes pour se défendre. C'est dans le contexte actuel, impossible pour ce poisson de faire grandir ses rangs.

Alors laissons faire, et le vote de 2001 sera exaucé. Les derniers ombres jurassiens disparaitront et tout espoir de les voir de nouveau plus nombreux sera anéanti.

jeudi 5 mars 2020

Démantèlement de seuils sur la Saine (39)

Je souhaitais vous faire découvrir la vidéo qui va suivre. Je l'ai visionné pour la première fois il y a seulement quelques heures. Elle a été mis en ligne par le Parc Naturel Régional du Haut Jura. Il faut savoir que depuis plusieurs années, le PNRHJ agit pour redonner un fonctionnement plus naturel aux rivières en restaurant leur continuité écologique. La vidéo ci-dessous présente le cas concret de la Saine avec le démantèlement de six seuils pour recréer des habitats plus favorables aux poissons et améliorer leur circulation dans la rivière. La Saine étant le principal affluent de la rivière d'Ain dans sa partie amont.

Je trouve cette vidéo très bien réalisée. Un bel exemple qui mêle actes sur le terrain, explications claires et communication parfaite. Bravo.

 

Edit du 06-03-20 : de toutes évidences, et après avoir reçu et lu de nombreux messages des pêcheurs locaux entre autres, les bienfaits de ces actions restent à démontrer. Je suis pour le coup bien moin emballé...Merci pour vos retours.

Edit du 10-03-20 : La vidéo a été supprimée par le PNRHJ !

jeudi 27 février 2020

Zoom sur une AAPPMA: Verdon-Colostre.

Aujourd'hui je vous propose de partir à la découverte d'une AAPPMA très dynamique dans le Sud-Est de notre pays. Partons sur le Verdon si vous le voulez bien avec son président que vous connaissez peut-être pour ces articles et livres sur la pêche à la mouche, Jean-Christian Michel.

-Présentation de l’AAPPMA Verdon-Colostre, ses actions et ses projets.

Bonjour Nicolas. L’aappma Verdon-Colostre est située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence, sur le cours terminal du Verdon. Quand celui-ci arrive sur notre territoire de gestion il a déjà parcouru près de 120 kilomètres et traversé trois grands barrages (Castillon, Chaudanne, Sainte-Croix). Il lui reste encore 45 kilomètres à parcourir. Sur ce secteur terminal, le Verdon est parfois limitrophe avec le département du Var. L’aappma Verdon-Colostre gère 60% du lac de Montpezat-Quinson (150 hectares) et 80% du lac d’Esparron-de-Verdon (328 hectares). Ces lacs de seconde catégorie piscicole sont le résultat de l’ennoiement des gorges et vallées du Bas-Verdon à partir de la seconde moitié du vingtième siècle. On y pêchait la truite fario et on y voyait des aprons dans des décors de gorges uniques…Aujourd’hui c’est plutôt pédalos, perches, gardons et brochets ! Ainsi va le monde.

En aval du lac d’Esparron-de-Verdon, la rivière ressuscite pendant une petite quinzaine de kilomètres avant de rejoindre les eaux de la Durance. Sur cette portion, l’aappma Verdon-Colostre gère huit kilomètres sur le Verdon vivant en amont et en aval de la station thermale de Gréoux-les-bains. La rivière traverse ensuite les départements du Var et des Bouches-du-Rhône pendant 7 kilomètres avant de terminer son cours.

Situé en rive droite du Verdon, le Colostre est notre plus important affluent de première catégorie. Long de 36 kilomètres, il rejoint le Verdon en amont de la station thermale de Gréoux-les-Bains. Nous gérons également plusieurs ruisseaux et leurs chevelus  ( « adoux », en provençal) dont le linéaire cumulé atteint une cinquantaine de kilomètres. Notre territoire de pêche s’étend sur neuf communes au total. Lacs, rivière, ruisseaux : nous gérons donc des masses d’eau très différentes (de 50 mètres à 5 cm de profondeur !) Et si nous on ajoutons à cela la prise en compte de l’artificialisation des masses d’eau et les altérations anthropiques, tu comprendras que nous ne gérons pas les territoires d’une seule pêche et d’une seule catégorie de pêcheurs… pas facile de contenter tout le monde ! Le Colostre et le Verdon sont en gestion patrimoniale stricte afin de préserver la reproduction de nos superbes truites méditerranéennes mais sur certains plans d’eau nous « bassinons » de la truite arc-en-ciel… Les mentalités évoluent mais nous ne nous adressons ni à un seul public ni à un seul contexte piscicole… Ce serait plus confortable pour nous mais ce n’est pas le cas et nous tentons d’intégrer au mieux cette complexité ! Notre but est que toutes les catégories disparates de pêcheurs que nous touchons se fédèrent en faveur de la cause de la protection des milieux aquatiques.

-Côté gestion et actions, que faisons-nous ?

Commençons par le Verdon sur sa portion où il est encore une rivière : notre première action de gestion a été de porter la taille légale de capture de la truite fario à 30 cm (elle était à 23cm) en commun avec l’aappma voisine ainsi que d’interdire la pêche en marchant dans l’eau jusqu’au 31 avril. Ces deux mesures ont été prises par arrêtés inter-préfectoraux. Je ne me suis pas fait que des amis mais aujourd’hui l’interdiction de marcher dans l’eau est entrée dans les mœurs et même les scientifiques abondent dans notre sens.

Parlons des actions de restauration : depuis une dizaine d’année l’aappma Verdon-Colostre et la Fédération de Pêche des Alpes-de-Haute-Provence portent un projet de diversification des habitats du Bas-Verdon dont nous sommes à l’origine. Tout ceci est parti de ce que j’avais observé à Goumois autour du plat de la Verrerie et d’une discussion entre copains…voilà comment essaiment les idées de l’Est au Sud ! Nous avons commencé à élaborer notre projet alors que nous n’étions pas encore à la tête de l’aappma. Nos réunions se déroulaient dans l’ancienne école de Saint-Martin-de-Brômes, non loin du Colostre. Nous étions une poignée de pêcheurs amis des superbes truites du Verdon et nous voulions faire évoluer la gestion dans le sens d’une meilleure préservation de ces superbes truites sauvages. Peu à peu les choses se sont faites : nous avons pris la présidence de l’aappma et appris peu à nous familiariser avec la gestion des milieux aquatiques et la politiques de l’eau française. Ce fut long mais nous avons fait ce que nous avons voulu. Nous avons mis en place une gestion patrimoniale partout où la reproduction des truites sauvages se fait correctement. Nous n’alevinons plus le Colostre et le Verdon. Nous avons procédé à de nombreux aménagements afin d’améliorer la capacité d’accueil de la rivière. Des secteurs où les poissons adultes étaient absents accueillent aujourd’hui de superbes truites. Tout n’est pas rose mais les choses ont évolué dans le bon sens. Nous avons introduit des rochers, créé des berges creuses, implanté des ouvrages en génie végétal, réalisé des tests de recharge sédimentaire (le Verdon en aval du barrage est en déficit). Actuellement un suivi scientifique effectué sur trois ans par la Fédération de pêche des Alpes-de-Haute-Provence est en cours et les premiers résultats sont très positifs. (Merci à nos techniciens et à notre FD !)

-Nous avons beaucoup d’autres projets.

Depuis plusieurs années je fais mon possible auprès du SAGE Verdon (je suis le représentant de la Fédé 04) afin que l’impact des éclusées EDF sur les poissons et les invertébrés soit étudié et je tente de militer pour la prise en compte de la problématique sédimentaire. Une importante étude pilotée par le PNRV et la FD04 a été menée en 2018-2019, j’espère qu’elle va aboutir à l’élaboration de projets sérieux dans les années à venir sur les communes de Castellane et de Gréoux-les-Bains.

L’AAPPMA Verdon-Colostre accompagne à son échelle la politique de rétablissement des continuités écologiques menée par les services de l’État que ce soit sur le Colostre ou le Verdon. La pièce centrale du rétablissement des continuités sera l’arasement du seuil de Gréoux-les-Bains sur le Verdon en 2021. Ce seuil haut de 6 mètres à été « offert » aux riverains du Verdon dans les années soixante en compensation de l’assèchement du lit du Verdon à cette époque d’avant la première loi sur l’eau ou la notion de débit réservé n’existait pas… Un boudin en béton et caoutchouc en travers d’un joyau écologique comme le Verdon : quelle horreur ! La rivière y stagne et s’échauffe sur près d’un kilomètre et les truitelles nées sur les frayères de l’amont ne peuvent pas dévaler. De plus cet ouvrage constitue un danger pour le lotissement situé en rive droite. Nous faisons confiance aux services de l’État mais nous ne manquerons pas de porter le dossier devant les tribunaux si l’affaire traine trop. Il y aurait également à dire sur la STEP de Gréoux-les-Bains, ville membre de la Chaîne Thermale du Soleil, troisième station thermale de France (40 000 curistes par ans) et qui ne respecte pas les exigences de qualité des eaux du Verdon approuvée par le Préfet (SAGE Verdon, paramètre NH4 : valeurs neuf fois au-dessus de la valeur maxi en 2019). C’est très dommage. Le Verdon en aval de Gréoux mérite mieux que ça. Mettre des libellules sur un panneau « ville nature », c’est facile… mais sur le long terme je crois qu’il n’est pas très prudent de prendre les curistes pour des idiots. Le thermalisme et le tourisme doivent apprendre à devenir durables en aval de Gréoux-les-Bains.

-Quelques mots sur le Colostre.

Cette rivière fait actuellement l’objet d’un projet de restauration hydromorphologique porté par le Parc Naturel Régional du Verdon. Nous en attendons beaucoup car le Colostre était le poumon halieutique du sud de notre département : cette rivière ne produit pas beaucoup de gros sujets mais elle était très poissonneuse par le passé. En 2019 la Fédé 04 a réalisé une étude pour comprendre le phénomène de concrétions calcaire qui fige le lit de la rivière. 2020 verra la mise en place d’un chantier d’enlèvement des embâcles. Notre aappma conduit un projet de restauration des adoux du Colostre, ces petits affluents où les truites remontent frayer sont au nombre d’une dizaine et ils sont tous en assez mauvais état. En 2020 nous allons commencer par restaurer le ruisseau du Pontet à Saint-Martin-de-Brômes, capitale historique de notre aappma qui par le passé se nommait « La gaule saint-martinoise ». Dans le paysage local, ce village, ses habitants et sa municipalité sont un bonheur pour les pêcheurs comme nous ! Dans ce village au moins tout nos dossiers reçoivent un franc soutien !

-Parlons no-kill maintenant.

Il existe un parcours No-kill sur le Verdon en amont de Gréoux-les-Bains : mis en place par mon prédécesseur et allongé sur sa partie des Alpes-de-Haute-Provence par la suite, il mesure désormais 3400 mètres. Le no-kill n’est pas une solution miracle mais un choix de gestion. Nous avons des suivis assez précis des peuplements sur ce parcours. La biomasse n’a pas beaucoup évolué en revanche nous avons 5 fois plus de poissons dont la taille est supérieure à 30 cm. La pêche y est difficile mais les poissons sont beaux !

Nous travaillons depuis une dizaine d’année sur la problématique gestion patrimoniale et restauration des milieux aquatique, je crois que nous avons jeté des bases qui commencent déjà à porter leurs fruits dans la rivière et dans les mentalités. Nous allons donc poursuivre dans cette direction pour les années à venir.

Nous élaborons depuis quelques temps un autre gros projet qui concerne les lacs artificiels d’Esparron-de-Verdon et de Montpezat-Quinson. La rupture des continuités écologiques fait que depuis un demi-siècle les peuplements salmonicoles ont presque totalement disparu sur ces lacs. La pêche des carnassiers et des poissons blancs y est intéressante mais nous trouvons dommage de ne pas exploiter la zone pélagique et profonde de ces plans d’eau. Nos lacs contiennent suffisamment l’oxygène dissous sur toute la colonne d’eau et la température au fond de ces lacs se situe entre 12 et 14 degrés même en été. Une étude destinée à connaître la richesse en zooplancton est en cours et les premiers résultats semblent indiquer que les peuplements sont satisfaisants. Nous avons donc lancé une réflexion sur l’implantation de salmonidés lacustres (corégone, omble chevalier, truite fario). Nous allons mettre en place un dispositif de pacage lacustre en 2020. Il s’agit de cages immergées où sont introduits des alevins. Les juvéniles sont nourris par le phytoplancton et le zooplancton du lac attiré par un dispositif d’éclairage nocturne. Des salmonidés dans les lacs du Bas-Verdon ?  A suivre !

-Pour finir que dire aux pêcheurs ?

D’abord les convaincre de ne pas se tromper de cible. Le vrai combat à mon sens n’est pas de monter les pêcheurs les uns contre les autres mais de les fédérer afin de construire un message politique audible. Sortons la pêche française de son nombrilisme !  Tout est politique : les problèmes comme les solutions. Restaurer les milieux aquatiques, c’est super… mais cette action est un coup d’épée dans l’eau si elle n’est pas relayée politiquement dans le temps. La temporalité politique est électorale. Elle relève du court et du moyen terme alors qu’une action efficace pour restaurer la biodiversité de ce pays demande de se préoccuper du long terme. Mon constat est un peu amer : nos élus n’ont pas toujours (euphémisme...) une conscience environnementale très développée. Nous devons leur rappeler en permanence que l’eau est un bien commun de la nation. Dans certaines régions les rivières sont un trésor mais chez-moi elle sont plutôt considérée comme une part maudite dont on pense seulement à se protéger… J’ai peur que la mise en œuvre de la nouvelle compétence GEMAPI se fasse surtout au profit de la prévention du risque inondation et au détriment des milieux aquatiques ! A nous d’être vigilants et de montrer la beauté de nos cours d’eau à nos concitoyens afin que les milieux aquatiques soient considérés comme un atout à valoriser. Nous devons apprendre à nos élus et à nos concitoyens que vivre au bord de l’eau c’est vivre heureux.

Le site internet de l'AAPPMA => Verdon Colostre

 

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