Après quelques jours de vacances rédactionnelles sur ce blog, je reprends du service avec toujours le même plaisir…Comme depuis plus de 18 ans que je tiens ce support d’écriture.
Je tenais à faire écho ici au très bon article de Thierry Bruand ainsi qu’à l’excellent complément de Bill François que vous trouverez dans le Numéro 959 de La Pêche et Les Poissons. Magazine mensuel disponible dans les kiosques depuis quelques jours. Sans tout vous dévoiler sur ces textes je peux vous dire que je m’y retrouve pleinement. Les deux auteurs nous invitent à revoir notre façon de pêcher. De moins prioriser une espèce, d’oublier la recherche permanente de la performance, de diminuer les kilomètres…
À retrouver aussi dans ce numéro un article que j'ai écrit sur le choix de la nymphe.
Leurs mots ont raisonné en moi comme un trait d’union avec ce que je vis depuis des années. J’ai stoppé la compétition mouche depuis bien longtemps pour ces raisons. Je ne change plus de rivière comme j'ai pu le faire dans le passé en suivant le calendrier pour optimiser mes chances de captures. Je ne choisis plus mes parcours en étant obsédé par la taille des truites qui y vivent. Non, depuis bientôt 10 ans, je ne pêche plus que chez moi. Sincèrement, si je devais faire le choix unique du score, des prises records, je n’y mettrais pas les pieds en fait. Pourtant, c’est sur ce territoire qui se détériore chaque année que j’aime pêcher. C’est chez moi.
Depuis la fin Juin, la pêche de la truite est devenue anecdotique sur nos linéaires. Elle est même fortement déconseillée ces derniers jours pour cause de chaleurs excessives. Aucune importance. Comme le dit si bien Thierry Bruand dans son article, il faut apprendre à se contenter de l’essentiel et donc souvent de peu. Les pêcheurs, dans leur grande majorité, ont perdu cela. Ils veulent prendre toujours plus, toujours plus gros et toujours plus vite.
Je termine aujourd'hui deux semaines de vacances. Je n’ai pas pris une truite malgré des sorties tous les jours. Et alors ? Rien de grave, rien d’important. J’étais tous les jours sur le parcours que j’aime par-dessus tout. J’étais tous les jours sur le territoire que je chéris et que je protège à mon niveau et selon mes moyens. C’est pour moi cela l’essentiel. Les pêcheurs, qu’ils soient locaux ou pas, pensent et vivent la rivière uniquement dans la bonne période de pêche à la truite. Période qui se réduit comme peau de chagrin tous les ans. Avant, après, plus personne. La rivière est laissée à son propre sort. Je ne peux m’y résoudre. C’est avant tout une évolution personnelle car il y a 10, 20, 30 ou 40 ans, je calquais comme la plupart des collègues pêcheurs ma pêche aux conditions du moment. Par exemple, au lieu de rester chez moi ces deux dernières semaines sans prendre de truite, je serais monté sur la partie amont de la rivière d’Ain pour profiter de l’eau fraiche et des truites en formes et bien plus nombreuses. Je serais partie à la recherche d'une autre rivière aux eaux plus froides. J'aurais trouvé une solution pour continuer à prendre des truites dans tous les cas.
Encore une fois, j’ai appris ces dernièrs temps à me contenter de peu. J’ai réorienté ma pêche au fil des années. Je me surprends à rire seul en pêchant les vairons en nymphe à vue. Quelle galère à ferrer ces bestioles ! J’arrive à m’amuser en trompant les nombreux chevesnes du parcours. Je tente de capturer quelques perches qui trainent ici où là. J’ai même tenté de leurrer une carpe sans succès. Bref, je m’adapte tout en continuant à remplir mon rôle de sentinelle. Celui-ci est essentiel. Les quelques juvéniles de truites et d’ombres présents étant à la merci des jeunes harles bièvres déjà bien trop nombreux. Ma présence les incommode. Un ami qui voit les choses comme moi est lui tombé nez à nez avec des braconniers. Gendarmerie prévenue. Ils se sont déplacés d’ailleurs, merci à eux. Sans nos yeux fixés en permanence sur la rivière nous n'aurions pas vu la pollution de la lagune du village par exemple. La rivière a besoin d'un oeil bienveillant, pas d'abandon.
Sortie de la lagune sur un fond déjà totalement colmaté.
Imaginez si les quelques copains et moi n'étions que des consommateurs de pêche. À laisser sans surveillance notre rivière durant cette période d'étiage pour aller chercher les truites où l’herbe est plus verte. Car oui, mise à part ces quelques pêcheurs amoureux de leur territoire, il n’y a personne pour faire face aux agressions que subit la rivière. Rien. Que nous.
Pour ma part, si je vais à la rivière tous les jours et parfois plusieurs fois par jour, c’est parce que je peux continuer à pêcher. Je ne cherche plus les truites bien entendu, mais j’ai la possibilité de tromper d’autres poissons qui sont plus adaptés aux fortes chaleurs. Si demain on me dit Pêche Fermée, je n’aurais plus les mêmes raisons pour me rendre au bord de l’eau. Je l’assume totalement. Si nous défendons ces milieux aquatiques avec autant de vigueur, c’est parce nous sommes pêcheurs. Il ne faut pas l’oublier et surtout l'assumer.
L’acte de pêche n’est en rien responsable de toutes les misères qui touchent la rivière. Qu’on ne punisse pas, qu’on ne pointe pas du doigt les seuls qui se soucis de l’avenir de ces cours d’eau. Ces lignes répondront à de nombreux messages reçus sur une éventuelle fermeture de la pêche. Vous connaissez ainsi ma position.
Cela permet de continuer à pêcher.
Et même de s'amuser comme un gosse !
Avant de clore cet article, je me permets un aparté au sujet du magnifique documentaire diffusé le samedi 9 aout à 20h30 sur France2 (vous pouvez le trouver en replay assez facilement). C’est une nouvelle fois l'ami Bill François qui est à l’image en nous faisans le plaisir de venir découvrir la rivière d’Ain et ses truites zébrées. Vous êtes une petite dizaine à m’avoir contacté depuis cette diffusion pour me signaler le contraste entre mes constations dramatiques et l’embellie constatée lors de ce reportage au sujet de la rivière d'Ain. Tout d’abord, il est à signaler que la production du documentaire n’a pas souhaité intégrer les séquences liées aux explications sur les différentes nuisances qui touche notre rivière. Ensuite, il faut savoir que ce reportage a été tourné 20 kilomètres de rivière en amont de chez nous. C’est donc la même rivière, oui, mais deux mondes totalement différents. J'en veux pour exemple si en ce moment la température de l’eau vacille autour des 20 degrés chez nous, tout là-haut ça ne dépasse jamais les 15 degrés. La densité de truites, la diversité d’insectes, un peu tout d’ailleurs n’est pas comparable. C’est essentiellement pour cela qu’il peut y avoir de grandes disparités dans les discours de chacun. Quand de mon côté je parle de la rivière d’Ain sur ce blog ou les réseaux sociaux, quand je diffuse des photos, des vidéos, c’est toujours par rapport aux linéaires que je pratique, soit bien en aval de Champagnole. Le sujet TV en question ayant été tourné bien en amont de cette même ville.
Photos prises ces deux derniers jours sur notre parcours. Les carpes, présentes sur nos linéaires.
Gros ombre mort.
Grosse truite morte.
En conclusion, n'abandonnez pas vos linéaires parce qu'ils sont en difficultés, ils ont toujours besoin de vous, de votre présence. Tant pis si durant une période vous devez ne plus prendre de truites, ce n'est pas grave. Adaptez-vous !



















Derniers commentaires