Nicolas39 - Pêche à la mouche

La pêche à la mouche sur le blog de Nicolas Germain, un Jurassien amoureux de sa rivière, la Haute Rivière d'Ain.
Centre de pêche en Bosnie.

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Pensée personnelle

Tout ce qui me passe par la tête.............

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vendredi 10 juillet 2026

L'été devenu meurtrier.

Alors que je suis un tout jeune quinquagénaire, j’ai néanmoins assez vécu pour me retourner sur ce que j’aimais avant et que je déteste aujourd’hui. L’été.

Lors de mes années de la fin de mon adolescence à celles de jeune adulte, l’été était ma saison bénie. Je l’attendais avec tellement d’impatience. J'en rêvais. Il faut dire qu’à la fin des années 80 je profitais pleinement de mes deux mois de vacances estivales étant encore scolarisé. C’était pêche tous les jours. À chaque journée je pratiquais un parcours différent de la haute rivière d’Ain. J'allais de Conte à Châtillon avec ma petite voiture sans permis pour y capturer de très nombreux poissons. J’aurais pu bosser comme bon nombre de jeunes de mon âge mais l’appel journalier de la rivière était bien trop fort. Impossible d'y résister. Et puis j’arrivais quand même à faire un peu d’argent en faisant du guidage avec les clients de l’hôtel du Cerf de Pont-du-Navoy. Cet établissement était rempli d'une majorité de pêcheurs durant tout l'été. Une autre époque !

Quoi qu’il en soit, l’été était synonyme pour moi de pêche en nymphe à vue. Enfin ! Il fallait être patient dans ces années-là ! La rivière d’Ain avait alors un débit moyen plus soutenu au printemps et rares étaient les opportunités pour pêcher à vue avant l’été. Je me souviens de côtoyer de nombreux pêcheurs qui pratiquaient uniquement à l’eau forte au ver de terre. Ils pêchaient régulièrement. Imaginez de nos jours. Des eaux fortes durant la saison, il n’y en a plus ou presque. Je ne parle pas de petits coups d'eau de quelques mètres cube, non, je pense à de vraies crues aux eaux marrons. C’est pourquoi j’attendais l’été avec une immense envie. L’étiage (sain et non meurtrier comme ces dernières années) s’installait au fil des semaines des mois de juillet & août. Un étiage avec une eau qui restait froide. Je prends pour exemple que nous pêchions avec des waders néoprène. Aujourd’hui, même un respirant est trop chaud ! Au mieux, je mettais des cuissardes.

J’avais donc ce privilège de pouvoir pêcher à vue tous les jours de l’été. Il fallait malgré tout souvent composer avec les orages qui étaient très réguliers sur l’amont des bassins versants. Je basculais régulièrement d’un côté (l’Ain) ou de l’autre (la Saine) pour continuer à pêcher dans de bonnes conditions d’eau basse et claire. Quand je repense à toutes ces fois où j’ai maudit ces nombreux orages estivaux qui m’empêchaient de voir les truites et les ombres correctement (oui, c’était encore blindé d’ombres). Mon Dieu que tout a basculé. Nous vivions une époque de rêve sans forcément s’en rendre compte sur le moment. Tellement heureux de l'avoir vécu !

Depuis 2015, en mettant de côté l’exception 2021, les étés ont été plus ou moins meurtriers. Des étiages sévères et interminables avec une rivière d’Ain qui peut couler à moins d’un mètre cube/seconde. Une température de l'eau qui monte quasiment tous les ans au-delà des 20 degrés. Cette eau habituellement si claire peut finir par tourner en devenant opaque. Que dire des fonds totalement colmatés, saturés, ne ressemblant plus du tout à une gravière de galets où l'on voit évoluer les nombreuses formes de vie. Des truites qui crèvent où au mieux qui survivent en stationnant sur les froidières ici ou là (avant tout pour les plus expérimentées => encore une preuve qu’il faut absolument épargner les plus beaux sujets car eux savent ! Ils sont la mémoire de la rivière).

Moi qui aimais tant cette saison. Aujourd’hui, je ne peux plus la voir. Mais vraiment. Je passe deux fois par jour devant la rivière d’Ain pour aller au boulot. Je n’ose même plus tourner la tête pour la voir tellement cette vision de désastre me fait mal au ventre. Sans parler que je suis sans arrêt devant les prévisions météo en espérant un orage qui nous apporterait quelques millimètres de pluie si précieuse. En espérant des températures fraiches durant la nuit afin de stopper celles de la flotte qui montent en fin de journée au-delà des 22 ces derniers jours. C’est véritablement anxiogène cette situation, avec des degrés plus élevés selon son attachement au territoire. Que j'aimerais avoir uniquement comme soucis le choix de l'indice de crème solaire le plus adapté pour ma future séance de bronzette, la cuisson de ma viande sur le barbecue dominical ou encore l'idée de sortie du samedi soir. Sincèrement, tout serait beaucoup plus simple. Mais je n'y arrive plus. Je suis lié intimement à la rivière qui se situe en bas de la maison depuis plus de 40 ans et plus globalement au territoire à travers lequel elle s'écoule (vraiment peu en ce moment !). Impossible de ne pas y penser. C'est même tout le contraire. Cela me rend malade.

Ha l’été, cette saison que j’aimais tant ! Je l’ai aujourd’hui en horreur. J’aimerais basculer directement à fin septembre en un claquement de doigts. Je ne veux plus voir ma rivière dépérir, la forêt qui l’entoure sécher, les arbres crever, les truites sauvages disparaitre comme de nombreuses autres espèces.

L’été de ma jeunesse m’apportait des joies multiples et intenses, l’été nouvelle vague m’apporte colère et déprime. J’en étais amoureux, je le hais.

samedi 28 mars 2026

Pensée du jour.

Sans passer pour un vieux con (compliqué vous allez me dire) il faut quand même que je vous parle de mon ressenti sur un sujet.

J'ai remarqué ces dernières années de réels trous d'air quant aux connaissances des pêcheurs sur le milieu. Je profite tous les ans de l'effervescence des premières semaines d'ouverture pour entamer des discussions au bord de l'eau avec des pêcheurs de passage. Des mecs qui viennent d'un peu partout dans le but de capturer une belle truite sauvage jurassienne.

C'est d'ailleurs toujours très sympa ces échanges. Cela permet aussi de se rendre compte qu'il y a des manques terribles. Je ne parle ici de transformer les pêcheurs en biologistes ou entomologistes, mais quand même, il y a des bases à connaitre me semble-t-il.

Je vous avoue que cela m'interpelle quand je découvre au milieu d'une discussion que mon interlocuteur ne connait pas la période de reproduction des truites et des ombres. Qu'il n'a aucune idée des zones où peuvent se trouver les alevins. Qu'il n'a aucune idée de leur cycle de développement. Qu'il découvre qu'il y a des cormorans qui pêchent la rivière. Qu'il ne savait pas ce que c'était un harle. Que la température de l'eau trop élevée est néfaste pour les poissons. Qu'il y a encore des rejets domestiques en direct sur la rivière. Que les algues brunes au fond de la rivière ne sont pas naturelles. Que si, que ça...Sans parler du fait qu'ils te disent adorer pêcher à cet endroit mais qu'au final ils prennent la carte ailleurs en pensant qu'il n'y avait pas de différence. Témoignage d'une totale méconnaissance sur le fonctionnement des structures pêche.

En revanche, ces mêmes pêcheurs sont incollables sur l'offre en matériel. Ils sont équipés de ouf et savent pour certains très bien pêcher. C'est un contraste saisissant. C'est pour moi problématique car toutes les communications et actions des AAPPMA et Fédérations sont vouées à l'échec avec ces personnes. Ils n'ont pas d'intérêt pour ces sujets. Ce n'est pas une critique, loin de là, mais un constat. Cela fait partie de leur cursus qui se résume à des connaissances uniquement ciblées sur le résultat et la performance. Je n'ai pas de solution pour palier à cela, mais de toutes évidences, nos structures associatives sont passées à côté d'un truc.

Quoi qu'il en soit, et si vous m'avez lu jusqu'au bout, faites attention amis pêcheurs. Durant les prochaines semaines, il y aura de toutes petites vies bien plaquées contre le fond. Observez avant de pêcher !

dimanche 17 août 2025

Se contenter de l'essentiel

Après quelques jours de vacances rédactionnelles sur ce blog, je reprends du service avec toujours le même plaisir…Comme depuis plus de 18 ans que je tiens ce support d’écriture.

Je tenais à faire écho ici au très bon article de Thierry Bruand ainsi qu’à l’excellent complément de Bill François que vous trouverez dans le Numéro 959 de La Pêche et Les Poissons. Magazine mensuel disponible dans les kiosques depuis quelques jours. Sans tout vous dévoiler sur ces textes je peux vous dire que je m’y retrouve pleinement. Les deux auteurs nous invitent à revoir notre façon de pêcher. De moins prioriser une espèce, d’oublier la recherche permanente de la performance, de diminuer les kilomètres…

À retrouver aussi dans ce numéro un article que j'ai écrit sur le choix de la nymphe.

Leurs mots ont raisonné en moi comme un trait d’union avec ce que je vis depuis des années. J’ai stoppé la compétition mouche depuis bien longtemps pour ces raisons. Je ne change plus de rivière comme j'ai pu le faire dans le passé en suivant le calendrier pour optimiser mes chances de captures. Je ne choisis plus mes parcours en étant obsédé par la taille des truites qui y vivent. Non, depuis bientôt 10 ans, je ne pêche plus que chez moi. Sincèrement, si je devais faire le choix unique du score, des prises records, je n’y mettrais pas les pieds en fait. Pourtant, c’est sur ce territoire qui se détériore chaque année que j’aime pêcher. C’est chez moi.

Depuis la fin Juin, la pêche de la truite est devenue anecdotique sur nos linéaires. Elle est même fortement déconseillée ces derniers jours pour cause de chaleurs excessives. Aucune importance. Comme le dit si bien Thierry Bruand dans son article, il faut apprendre à se contenter de l’essentiel et donc souvent de peu. Les pêcheurs, dans leur grande majorité, ont perdu cela. Ils veulent prendre toujours plus, toujours plus gros et toujours plus vite.

Je termine aujourd'hui deux semaines de vacances. Je n’ai pas pris une truite malgré des sorties tous les jours. Et alors ? Rien de grave, rien d’important. J’étais tous les jours sur le parcours que j’aime par-dessus tout. J’étais tous les jours sur le territoire que je chéris et que je protège à mon niveau et selon mes moyens. C’est pour moi cela l’essentiel. Les pêcheurs, qu’ils soient locaux ou pas, pensent et vivent la rivière uniquement dans la bonne période de pêche à la truite. Période qui se réduit comme peau de chagrin tous les ans. Avant, après, plus personne. La rivière est laissée à son propre sort. Je ne peux m’y résoudre. C’est avant tout une évolution personnelle car il y a 10, 20, 30 ou 40 ans, je calquais comme la plupart des collègues pêcheurs ma pêche aux conditions du moment. Par exemple, au lieu de rester chez moi ces deux dernières semaines sans prendre de truite, je serais monté sur la partie amont de la rivière d’Ain pour profiter de l’eau fraiche et des truites en formes et bien plus nombreuses. Je serais partie à la recherche d'une autre rivière aux eaux plus froides. J'aurais trouvé une solution pour continuer à prendre des truites dans tous les cas.

Encore une fois, j’ai appris ces dernièrs temps à me contenter de peu. J’ai réorienté ma pêche au fil des années. Je me surprends à rire seul en pêchant les vairons en nymphe à vue. Quelle galère à ferrer ces bestioles ! J’arrive à m’amuser en trompant les nombreux chevesnes du parcours. Je tente de capturer quelques perches qui trainent ici où là. J’ai même tenté de leurrer une carpe sans succès. Bref, je m’adapte tout en continuant à remplir mon rôle de sentinelle. Celui-ci est essentiel. Les quelques juvéniles de truites et d’ombres présents étant à la merci des jeunes harles bièvres déjà bien trop nombreux. Ma présence les incommode. Un ami qui voit les choses comme moi est lui tombé nez à nez avec des braconniers. Gendarmerie prévenue. Ils se sont déplacés d’ailleurs, merci à eux. Sans nos yeux fixés en permanence sur la rivière nous n'aurions pas vu la pollution de la lagune du village par exemple. La rivière a besoin d'un oeil bienveillant, pas d'abandon.

Sortie de la lagune sur un fond déjà totalement colmaté.

Imaginez si les quelques copains et moi n'étions que des consommateurs de pêche. À laisser sans surveillance notre rivière durant cette période d'étiage pour aller chercher les truites où l’herbe est plus verte. Car oui, mise à part ces quelques pêcheurs amoureux de leur territoire, il n’y a personne pour faire face aux agressions que subit la rivière. Rien. Que nous.

Pour ma part, si je vais à la rivière tous les jours et parfois plusieurs fois par jour, c’est parce que je peux continuer à pêcher. Je ne cherche plus les truites bien entendu, mais j’ai la possibilité de tromper d’autres poissons qui sont plus adaptés aux fortes chaleurs. Si demain on me dit Pêche Fermée, je n’aurais plus les mêmes raisons pour me rendre au bord de l’eau. Je l’assume totalement. Si nous défendons ces milieux aquatiques avec autant de vigueur, c’est parce nous sommes pêcheurs. Il ne faut pas l’oublier et surtout l'assumer.

L’acte de pêche n’est en rien responsable de toutes les misères qui touchent la rivière. Qu’on ne punisse pas, qu’on ne pointe pas du doigt les seuls qui se soucis de l’avenir de ces cours d’eau. Ces lignes répondront à de nombreux messages reçus sur une éventuelle fermeture de la pêche. Vous connaissez ainsi ma position.

Cela permet de continuer à pêcher.

Et même de s'amuser comme un gosse ! 

Avant de clore cet article, je me permets un aparté au sujet du magnifique documentaire diffusé le samedi 9 aout à 20h30 sur France2 (vous pouvez le trouver en replay assez facilement). C’est une nouvelle fois l'ami Bill François qui est à l’image en nous faisans le plaisir de venir découvrir la rivière d’Ain et ses truites zébrées. Vous êtes une petite dizaine à m’avoir contacté depuis cette diffusion pour me signaler le contraste entre mes constations dramatiques et l’embellie constatée lors de ce reportage au sujet de la rivière d'Ain. Tout d’abord, il est à signaler que la production du documentaire n’a pas souhaité intégrer les séquences liées aux explications sur les différentes nuisances qui touche notre rivière. Ensuite, il faut savoir que ce reportage a été tourné 20 kilomètres de rivière en amont de chez nous. C’est donc la même rivière, oui, mais deux mondes totalement différents. J'en veux pour exemple si en ce moment la température de l’eau vacille autour des 20 degrés chez nous, tout là-haut ça ne dépasse jamais les 15 degrés. La densité de truites, la diversité d’insectes, un peu tout d’ailleurs n’est pas comparable. C’est essentiellement pour cela qu’il peut y avoir de grandes disparités dans les discours de chacun. Quand de mon côté je parle de la rivière d’Ain sur ce blog ou les réseaux sociaux, quand je diffuse des photos, des vidéos, c’est toujours par rapport aux linéaires que je pratique, soit bien en aval de Champagnole. Le sujet TV en question ayant été tourné bien en amont de cette même ville.

Photos prises ces deux derniers jours sur notre parcours. Les carpes, présentes sur nos linéaires.

Gros ombre mort.

Grosse truite morte.

En conclusion, n'abandonnez pas vos linéaires parce qu'ils sont en difficultés, ils ont toujours besoin de vous, de votre présence. Tant pis si durant une période vous devez ne plus prendre de truites, ce n'est pas grave. Adaptez-vous ! 

dimanche 25 mai 2025

Plaisir et joie sans cesse renouvelés.

Nous passons tous par de nombreuses étapes dans notre vie de pêcheur. Quelles soient identiques ou pas, il y a obligatoirement de nombreux changements dans nos attitudes ou nos pensées lorsqu'on porte notre regard en arrière.

Cela peut s'étaler sur des thèmes bien différents comme l'évolution de nos boites de mouches à travers le temps, nos choix sur le matériel utilisé ou bien encore notre engagement bénévole. Un jour c'est ainsi et quelques années plus tard c'est autrement. On peut aussi parlé bien entendu de notre relation au poisson ou pour les plus âgés d’entre nous, la pêche a débuté avec des paniers remplis de truites. Aujourd'hui, nous sommes beaucoup à avoir modifié cela en remettant les poissons sauvages à l'eau après capture. Quand je repense à tous ces petits trucs que je trouvais tellement importants selon les époques de ma vie de pêcheur alors qu'aujourd'hui je les voie comme futiles. Cela fait certainement partie du cycle naturel des choses. De leur évolution.

Il y a une chose qui n'a pas bougé pour moi, une. Enfin si, mais...Bref, je m'explique. La prise d'une truite, c'est ce moment que l'on vient chercher en plus de tout ce qu'une rivière et son monde fantastique peut nous apporter en tant que pêcheur et même en tant qu'homme. Les sensations, la joie, les émotions que provoquent la capture d'un poisson sauvage sont à l'identique que mes toutes premières truites capturées au ver de terre avec mon père lorsque j'étais tout môme. J'ai du mal à exprimer à l'écrit exactement ce que je ressens aujourd'hui après quarante saisons à pêcher ces truites sauvages. Je profite de chaque poisson comme si c'était le premier et en pensant que cela pourrait être le dernier. Chaque truite qui vient intercepter ma nymphe entre deux eaux ou ma mouche dans les friselis de la surface est un vrai présent que m'offre la rivière. J'en ai pleine conscience aujourd'hui. Je prends le temps pour admirer ces animaux sauvages lorsqu'ils reprennent leur esprit dans l'épuisette. J'en observe les caractéristiques, je m'offre ces quelques secondes avec les yeux d'un gosse qui découvrirait pour la première fois la beauté de ces poissons. Je me retrouve ces dernières années réellement comme un enfant. Que la truite soit un juvénile, un jeune adulte ou un très beau poisson, je ne fais aucune différence. C'est un moment rare quoi qu'il arrive. Je le sais.

Pourtant, après mes premières années de pratique, j'ai eu un passage en mode compétition où j'ai pratiqué sur tout le territoire français en me confrontant aux meilleurs spécialistes de l'époque. Cette ambiance, mon changement de mentalité, mes objectifs du moment ont fait que je ne regardais plus les truites de la même façon. En tous les cas plus comme elles l'auraient mérité. Elles étaient devenues pour moi un instrument pour atteindre un résultat, pour me comparer aux autres. Je ne regrette aucunement cette période pour de très nombreuses raisons. C'est même tout le contraire. Si c’était à refaire, je le referais. En parallèle, j'ai fait mes premiers pas sur internet. Avant les réseaux sociaux, à l'époque des forums. Là aussi, ma vision de la pêche, ma façon d'apprécier la capture de ces fabuleux poissons sauvages a changé. Une époque où j'étais plus soucieux de faire une belle photo pour la poster que d'apprécier le moment présent. Parce que capturer un poisson sauvage, c'est un moment merveilleux. C'est des instants qui doivent être appréciés à leur juste valeur. J'ai perdu le fil pendant pas mal de temps. Pas si éloigné mais quand même.

Aujourd'hui, je souris à la vue de ces zébrures noires charbon, je m'abandonne à rire tout seul devant un gobage, je parle régulièrement à ces poissons merveilleux dans le filet en les admirant de tous côtés. Parfois, je m'excuse de les avoir embêté en plein festin, parfois je les encourage à devenir plus malins. Lorsque je vais à la pêche aujourd'hui, je n'ai plus aucun objectif, je n'ai pas d'attente particulière. Je suis simplement heureux d'être là. Sur les berges de ma rivière de cœur. Là où avec mon père j'ai fait mes premiers pas. Et si celle-ci m'offre un poisson sauvage de temps à autre, je redeviens cet enfant qui prenait sa première truite avec les yeux remplis de bonheur et de surprise. Je sais que ce temps est compté. J'en profite pleinement aussi souvent que je le peux. Je n'ai jamais autant pêché, je n'ai jamais eu autant envie de pêcher.

La Bossue !

dimanche 6 avril 2025

De la beauté du sauvage.

Plus les années passent, plus mon admiration envers ces dernières truites sauvages s'amplifie. Pourtant, à l'image d'un passionné de bécasses dans le monde cynégétique, je ne peux m'empêcher de leur rendre la vie encore plus dure qu'elle ne l'est. Je suis pêcheur et cela ne pourra jamais en être autrement. Mon immense respect pour ces truites sauvages est à la hauteur de l'énergie que j'ai mis tout au long des quarante dernières années à les traquer. C'est impossible à expliquer. Car finalement, avec ce trop plein d’admiration pour leur résilience, je devrais simplement poser mes cannes afin de les laisser tranquilles. Cela devrait être la suite logique de mon évolution personnelle. Mais non, c'est inconcevable pour moi. J'ai toujours en moi cette envie de me mesurer au sauvage. Car au final, oui, ces truites sont dans mon esprit la définition du sauvage. Quand on connait tous les obstacles qu'elles doivent surmonter pour simplement rester en vie, c'est hallucinant. Je suis tout aussi heureux et surpris d'avoir après toutes ces années cette flamme toujours présente. Je ne me lasserai jamais de ces poissons sauvages qui deviennent tellement rares...

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