Nicolas39 - Pêche à la mouche

La pêche à la mouche sur le blog de Nicolas Germain, un Jurassien amoureux de sa rivière, la Haute Rivière d'Ain.
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Mot-clé - Truite fario

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vendredi 14 juin 2019

Pourquoi je relâche mes truites…

Voilà une question que l’on me pose régulièrement. C’est d’ailleurs le plus souvent des personnes de mon entourage qui n’ont que faire de la pêche qui s’interrogent sur les raisons me poussant à relâcher une truite après l’avoir capturée. L’occasion pour moi de mettre tout cela sur le papier en allant au bout de ma pensée.

Tout d’abord, et avant de rentrer dans le vif du sujet, il est important de savoir que ma réflexion est celle d’un pêcheur ayant bientôt 35 ans d’expérience derrière lui sur la rivière d’Ain. Il est tout à fait possible qu’avec un autre âge, un autre vécu, qu’avec un cheminement sur une autre rivière dans un autre contexte ma réflexion aurait été bien différente…Ou pas.

Ensuite, il faut être très clair sur nos agissements. En aucun cas parler de respect quand on laisse la vie à un poisson n’est correct. En aucun cas faire passer des truites sauvages comme des partenaires de jeu n’a de sens. Non, si je voulais réellement respecter les truites sauvages, je ne tenterais pas de leur planter un hameçon dans la gueule. J’arrêterais la pêche tout simplement, mais je n’en ai aucune envie !

Je suis un pêcheur. J’aime chercher et trouver les ruses qui vont me permettre de tromper la vigilance d’un poisson sauvage. Le combat qui s’en suit avec celui-ci me procure des émotions incroyables que je ne trouve nulle part ailleurs. C’est ma passion depuis toujours, j’en ai besoin. C’est mon équilibre.

Je suis un pêcheur. Je connais donc pertinemment mon impact sur la vie d’une truite. Quand celle-ci se met en place au début de l’éclosion alors qu’elle a attendu des heures pour que cette nourriture arrive à la rassasier, je suis là moi aussi et parfois, si j’ai de la réussite, je la capture et donc l’empêche de profiter d’un repas facile. Occasion pour la truite qui ne se représente pas tous les jours…Quand dame fario se met au cul d’un banc de vairons en train de frayer, je suis là moi aussi parce que je sais qu’il ne faut pas manquer ces évènements. J’ai dans ces occasions souvent la réussite de prendre plusieurs poissons et ainsi je prive les truites d’une orgie pleine de protéines. Orgie qui se présente bien souvent une seule fois dans l’année…Ces deux petits exemples parmi tant autres pour bien comprendre que le pêcheur perturbe la vie des truites, c’est ainsi, il faut en être conscient. C’est pourquoi j’ai banni de mon vocabulaire pour ce sujet bien précis le mot respect. Je suis conscient d’embêter les truites, mais je suis un pêcheur et je le revendique, c’est ma passion, je l’assume sans problème. C’est sans doute aussi pour cela que je suis venu assez vite au bénévolat dans le domaine de la protection des milieux aquatiques. Une façon pour moi de me faire pardonner de toutes les misères que je fais aux poissons.  

Truite régurgitant ses vairons après capture.

Oui, la truite elle ne joue pas, elle survit dans un monde sauvage. Pour nous, c’est un divertissement, une échappatoire ou encore une passion qui peut être parfois dévorante (c'est mon cas !). Pourquoi ? Je n’en sais rien finalement. C’est tout un ensemble. L’environnement dans lequel on pratique cette passion, la rivière, ces lieux magiques et sauvages. Mais aussi comprendre ses poissons et finir par les capturer est un plaisir inégalable pour moi ! Un peu contradictoire finalement avec l’amour que l’on porte à ces truites sauvages, avec l’énergie folle que l’on donne sans compter pour les protéger. C’est, si l'on veut faire un parallèle, le même paradoxe chez un chasseur de bécasse qui voue un culte sans limite à cet oiseau emblématique pour le tuer au final. C’est ainsi. Il y a des choses qui sont difficilement explicables.

À la pêche, nous avons cette opportunité. Relâcher nos truites au lieu de les tuer, mais pourquoi agir ainsi ? Je vous avoue que dans une assiette, j’adore le poisson. Que j’aimerais pourvoir manger une bonne truite de ma rivière toutes les semaines en famille. Ce n’est pas faute de ne plus en prendre, non, il m’arrive encore de tromper quelques zébrées, mais au fil du temps, je me suis bien rendu compte que la rivière n’était plus apte à produire assez de poissons pour une consommation régulière, voire même épisodique lorsque celle-ci est multipliée par le nombre de pêcheurs actifs. Je ne relâche pas mes truites par philosophie ou encore par mode, non, pas du tout. Si je le fais, c’est parce que j’estime que je dois le faire pour tenter à mon humble niveau de maintenir la population actuelle. Que nous devons le faire ensemble car la rivière d’Ain ne sait plus produire autant de truites que par le passé. Une époque où j’ai tué sans scrupule des centaines de poissons pour les manger et même pour les vendre à une période assez sombre de ma vie. Si la rivière était encore aussi poissonneuse, je suis certain que je conserverais toujours régulièrement des truites pour le plaisir de les déguster. Oui mais voilà…

Ce n’est plus le cas. La population de truites baisse petit à petit et ce tous les ans. Seul le fait de relâcher ses prises ne suffit pas. Mais toutes nos instances départementales ont prouvés depuis bien trop longtemps leur incompétence mêlée à leur impuissance face aux diverses pollutions, face au réchauffement de l’eau. À ce jour, on ne sait faire qu’une chose sur la rivière d’Ain pour contrer l’hémorragie des effectifs, remettre les poissons à l’eau. Cela fonctionne plutôt bien d’ailleurs. La visite des mêmes frayères tous les hivers le prouve. Les truites sauvages sont toujours là aux endroits où on ne les tue plus. C’est simple finalement comme constat.

Par contre, il ne faut pas être hypocrite, si je remets mes poissons à l’eau, c’est avant tout pour les reprendre, pour qu’ils se reproduisent, pour que je puisse capturer leur descendance et pêcher encore et toujours dans les années à venir… En aucun cas pour leurs beaux yeux. J’adore ces poissons, j’adore ma rivière, mais si je n’étais pas avant tout passionné de pêche, qu’en serait-il ? Ne jamais oublier cela. J’aime les truites et la rivière d’Ain d’un amour véritable mais parce que je suis un pêcheur ! Cela me fait dire également que les pêcheurs sont à ce jour les seuls lanceurs d’alerte des maux qui touchent nos rivières au grand dam de nos politiques d’ailleurs. Eux n’attendent qu’une chose, qu’il n’y ait plus de poisson, donc plus de pêcheur et par le fait plus personne pour rendre publiques au grand jour certaines vérités.

Ancienne image réalisée il y a bien longtemps sur la Loue.

Une fois tout cela pris en compte, une fois la triste réalité des populations en baisse, oui, logiquement, on en vient à relâcher toutes ses prises si l'on souhaite continuer à pêcher. C’est logique. Certains pêcheurs veulent l’ignorer, soit par bêtise (on ne peut plus rien pour eux à part attendre qu’ils trépassent !), soit par méconnaissance du sujet (Là, on peut informer et tenter de convaincre encore). Ces pêcheurs veulent continuer à prélever en disant qu’eux ne s’amusent pas avec les poissons, qu’ils pêchent pour les manger. Soit ! C’est la vérité. Pêcher un poisson pour le manger est moins « tordu » que de le pêcher pour se divertir, c’est un fait, je l’ai évoqué sur plusieurs exemples un peu plus haut. Sauf que si ces pêcheurs peuvent encore conserver les quelques poissons qu’ils prennent, c’est aussi parce de plus en plus les relâchent. Cela aussi est un fait ! J’ai dans mon entourage proche quelques pêcheurs très talentueux, suffit que l’on décide un jour tous ensemble de tuer tous nos poissons, je pense sans prétention aucune qu’ils nous seraient aisés de vider des linéaires importants de la rivière d’Ain. À méditer, vous, messieurs, qui conserver encore vos truites sauvages sur cette rivière fabuleuse.

Ensuite vient la réflexion de comment relâcher ses poissons. Elle a été lente chez moi. À vrai dire, au début de mon cheminement, je me posais peu de questions. Je relâchais mes truites sans forcément prendre de précautions particulières. Je faisais des photos souvenirs. Bref, j’avais l’impression de bien faire. J’avais tout faux. Si l’on fait le choix de remettre à l’eau ses poissons, autant bien le faire ne pensez-vous pas ? Autant réduire le pourcentage de perte au minimum non ? Oui, car quoi que l’on fasse, tous les poissons ne vivront pas une fois relâchés. Cela aussi est un fait. Mais il est possible de s’approcher du minimum en prenant de bonnes habitudes. J’ai évolué avec les années sur ma façon de remettre le poisson à l’eau. Pourquoi, parce que j’aime conserver un souvenir photographique. Mais de toutes évidences, il ne faut pas faire n’importe quoi. J’ai fait des erreurs, j’ai tué des poissons sans le vouloir. J’en ai eu la preuve plusieurs fois en retrouvant des truites mortes un ou deux jours après les avoir relâchées. J’ai donc corrigé tout ça. Depuis 3 saisons, je n’ai pas retrouvé de poisson mort que j’ai laissé repartir. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu, mais cela m’encourage à continuer en ce sens. Le plus simple bien entendu serait de libérer ses truites au plus vite sans photo. J’y arrive avec le temps. Je fais de moins en moins de photos de truites. Mais pour un beau poisson, il m’est encore très difficile même impossible de ne pas le faire. Ainsi, je peux écrire ce genre d’article pour prouver qu’un poisson peut très bien vivre et donc se reproduire tous les ans si on le relâche correctement (Exemple1, exemple2, exemple3).

Quels sont les phénomènes qui font que le pourcentage de perte va augmenter après relâche d’une truite ? Les manipulations, le stress et le temps d’exposition hors de l’eau. Le stress est d’ailleurs engendré par l’ensemble des autres points. Le plus simple pour réduire tout cela reste de laisser son poisson dans l’eau en le relâchant rapidement. C’est très facile qui plus est. Cela évite d’y mettre ses deux grosses mains tout autour. Les mentalités évoluent doucement, même des AAPPMA ont demandé à leurs pêcheurs de le faire sans malheureusement être écoutées. La Biennoise par exemple a lancé un communiqué en début de saison pour ne pas manipuler et laisser en permanence dans l’eau les truites déjà extrêmement fragiles sur cette rivière. Nombre de pêcheurs ne s’en préoccupent pas. C’est hallucinant quand même. Tout cela dans le but de faire une photo avec sa petite tête à côté pour s’exhiber sur les réseaux sociaux. Vous pourriez au moins respecter les demandes des bénévoles qui passent leur temps à défendre cette rivière pour votre petit plaisir non ? Je ne sais pas, la moindre des choses lorsque l’on pêche un linéaire, c'est de prendre connaissance des doléances de l’AAPPMA et les appliquer !

Relâcher dans les meilleures conditions un poisson et donc optimiser sa survie pour s’approcher des 100% de réussite est très simple finalement, il faut le laisser dans l’eau en permanence ! Si vous faites l'inverse, alors vous augmentez délibérément votre pourcentage de perte après relâche, tout le contraire de ce qui est recherché, c'est ridicule non ?

Mon fils laissant la vie à une belle truite.

mercredi 29 mai 2019

À tous les sceptiques du No Kill.

Je vous invite aujourd'hui à découvrir une nouvelle histoire de pêche, qui donnera, je l'espère, à réfléchir pour les quelques indécis qui me liront.

Cela faisait plusieurs fois que je voyais ce poisson. Une truite d’ailleurs plutôt portée sur la nourriture se trouvant à la surface de l’eau. Une ombre plutôt qu'une belle image de zébrée, collée à la berge, laissait entrevoir un très joli poisson. Le poste était idéal pour une belle truite. Une grosse souche d’arbre avec des racines de partout. Une profondeur d’eau importante et quelques blocs au fond le tout le plus souvent protégé du soleil. Le courant était quasiment inexistant sur deux bons mètres depuis la berge, puis plus important en revenant vers l’intérieur du lit de la rivière. Au coin amont de l’imposante souche, la rivière formait un petit renfoncement pour venir mourir contre le sable. C’est précisément à cet endroit que je voyais gober le poisson à chacune de mes visites en ces lieux. Depuis plusieurs semaines, je voyais au loin cette truite manger régulièrement. Je ne l’ai jamais tenté. Beaucoup trop compliqué d’envoyer une mouche là où elle était. Les branches de l’arbre en berge qui retombaient sur l’eau n’offraient guère d’espace et d’espoir !  La truite avait sans aucun doute choisit le bon endroit. Elle pouvait aller et venir sans qu’on l’embête.

Et puis à force d'accumuler les jours sans eau ou presque, le niveau de la rivière a vraiment baissé. Il est devenu si bas que cela faisait déjà peur d’ailleurs. Mais bon, comme dirait un jeune homme que j’apprécie au plus haut point, ne nous inquiétons pas avant l’heure…

La rivière étant donc beaucoup plus basse, j’ai pu voir un passage possible pour ma soie et mon bas de ligne entre et sous les branches de mon arbre. Une mince fenêtre pour enfin tenter la belle fario qui se cachait là en me narguant avec ses gobages à répétition. Un niveau bas engendre bien entendu un faible débit, donc une approche sans faute en étant dans l’eau. Ce que je suis parvenu à faire. Ma truite réalisait un court circuit alors que je pensais qu’elle gobait là en poste fixe. Elle montait un peu plus haut que l’endroit où elle gobait, faisait demi-tour avant une grosse branche morte immergée, prenait parfois une mouche dans le petit renfoncement contre le sable puis redescendait dans la zone profonde sur deux à trois mètres en aval. Cela, je ne l’avais jamais vu en fait. C’est l’erreur qu’elle n’aurait pas du commettre et que je n’aurais pas du voir pour sa tranquillité. Car c’est essentiellement sur ces deux mètres que je pouvais éventuellement lancer une mouche ou une nymphe entre les branches. L’espace entre deux était d’un bon mètre. J’étais moi à environ dix bons mètres de la truite. Je ne pouvais approcher plus de peur de la faire fuir à cause des  mouvements d’eau (n’est pas Simon qui veut, l’homme qui avance dans l’eau sans faire une seule ride !). Le poisson, dont je ne voyais qu’une ombre noire à cause des jeux de lumière, allait et venait sans cesse. J’ai d’abord tenté ma chance en sèche avec un sedge. Problème, je ne pouvais le poser exactement là où elle gobait, de plus, il n’y avait pas de courant. Comme je le pensais, la truite est passée dessous sans même regarder ma mouche. J’ai très légèrement fait draguer mon imitation pour provoquer un intérêt. Bingo, la truite s’est retournée pour monter à la surface, coller son nez contre le sedge et redescendre dans le profond. Refus !

Est-ce que ce refus était lié à la mouche ou au fait qu’elle ne gobait jamais à cet endroit ? Je pense sincèrement à la deuxième option. J’ai souvent vu des poissons avoir ce comportement. Manger toujours du même côté de la berge, ou toujours au même endroit sur un circuit, etc…Cela ne m’étonne pas et j’irais jusqu’à dire que je l’avais prévu. Mais j'avais tellement envie de prendre ce poisson en sèche qu’il fallait que j’essaie malgré mon pessimisme. A noter que je n’ai pas insisté de cette façon, j’allais finir par l’alerter et donc saboter ma tentative pour l'admirer de plus près. Changement de tactique, lui proposer une nymphe. J’ai retiré mon sedge pour mettre un gammare JFD en taille 16. Avec la hauteur d’eau et la faible longueur de dérive qu'offrait le coup, il fallait que ça coule assez vite. De plus, en taille 16, le JFD se lance facilement et précisément, ce dont j’avais besoin. Je suis loin d’être une bête de technique au niveau du lancer, donc jamais vraiment sûr de mon coup quand il faut glisser une nymphe de cette façon. Je parie volontiers plus souvent que je vais mettre ma bestiole dans une branche plus qu’autre chose. Je me suis mis à fouetter en réglant la distance et en attendant que la truite revienne dans le profond après son passage dans le renfoncement. Ce fut le cas assez vite car le circuit était court. J’ai posé sur l’eau mon gammare à ce moment là pour que le poisson tourne le dos lors de l’impact. La nymphe descendait au fond pendant que la truite faisait son demi-tour à l'extrémité aval de son circuit. Le gammare allait atteindre le fond au moment où le poisson était 30-40 centimètres de lui. Le plus dur était fait, tout était parfait. Il suffisait d’animer légèrement ma bestiole. Ce que j’ai fait. La truite s’est jetée littéralement dessus. Là non plus je n’étais pas surpris. Le ferrage a pu être de cette façon effectué dans le bon tempo pour provoquer ensuite la furie de dame fario !

Pour ce genre de combat, c’est les dix premières secondes qui importent, il faut obligatoirement sortir le poisson de sa berge, des racines qui forment cette berge. Tellement d’éléments contraires où une truite peut aller s’aider pour casser le fil. J’ai bridé comme un fou, à la limite de mon fil. La truite n’a eu d’autre choix que de sortir de sa berge pour me rejoindre en milieu de rivière. La fête était finie ! Après quelques gros coups de tête et une belle défense, la belle était à moi, bien au chaud dans le filet de l’épuisette. J’étais dans l’eau au niveau du nombril environ, impossible pour moi d’admirer ma nouvelle amie comme il se doit. J’ai rejoint la berge d’où je venais et j’ai déposé mon épuisette sur le fond de la rivière dans quelques centimètres d’eau afin que le poisson reste en permanence dedans. Là, j’ai découvert ce poisson. De suite j’ai pensé à une truite que j’avais prise deux fois la saison précédente. Mais si c’était vraiment elle, sa taille me laissait un doute. Il y avait bien dix centimètres de plus. Le poste pouvait convenir puisque j’ai pris le poisson que j’avais en tête 10-12 mètres en aval sur un profil similaire mais avec moins de profondeur. Seul le retour à la maison et le visionnage des photos pouvait m’enlever ce doute. J’ai avant tout continué ma partie de pêche durant quelques heures.

Une fois rentré à la maison et après avoir rangé mon matériel, je suis allé sur mon ordinateur. Le doute fut lever en quelques secondes, les points correspondaient, c’était bien le même poisson ! Un poisson pris deux fois l’an passé, et donc une fois cette année, soit 3 fois en 11 mois. Pour une fois, j’avais le regret de ne pas mesurer mes truites, parce que là, franchement, elle avait bien profité. A l’œil, au minimum dix centimètres de plus en onze mois, incroyable. Un poisson pris une première fois avec une blessure vraiment pas jolie sur le haut de la tête, une deuxième fois avec cette même blessure cicatrisée et une troisième fois sans aucun signe de plaie. Que la nature est bien faite, le tout sans toubib ou autres médicaments.

En haut à gauche, notre première rencontre (juin 2018). Déjà une très belle truite. En bas à droite, 11 mois après (mai 2019).

Lors de notre deuxième rencontre en juin 2018 toujours, la cicatrisation était en cours.

Encore une fois une belle leçon de vie. Il fut un temps pas si lointain finalement où j’aurais sacrifié sans remord ce poisson dès la première prise en me disant que je pouvais le garder, qu’il allait crever. Une façon de se donner bonne conscience en continuant à garder les poissons jugés par le pêcheur déficients à cause de blessures ou autres maux. Voir cette truite continuer sa croissance, soigner ses blessures aujourd'hui me rempli de joie. Je pense souvent à tous ces imbéciles (oui, j’ai arrêté le dialogue social) qui pensent le contraire quand on parle « no kill ». Certes il faut le faire dans les règles (poisson toujours dans l'eau sans manipulations), mais remettre ses poissons à l’eau sur un linéaire en mauvaise santé reste la seule et unique action qu’un pêcheur peut mettre en application à son niveau pour le maintien des populations.

Une dernière photo de Madame, elle a bien grandit depuis juin l'année dernière !

dimanche 19 mai 2019

L'histoire d'une truite (47)

-Tu as vu là-bas, il y a un gobage !

-Oui, je l'ai vu, c'est la troisième fois qu'elle gobe, mais comme tu ne l'avais pas vu, je n'ai rien dit...

C'est ainsi que débute cette nouvelle histoire...Une conversation avec Victor sur les berges de notre rivière préférée qui fut perturbée par cette truite gobeuse ! On s'était retrouvé par le plus grand des hasards tous les deux lors d'une après-midi maussade le long de la rivière d'Ain. Aucun autre pêcheur à l'horizon. Pourtant, toutes les conditions étaient réunies pour une potentielle éclosion. Avant donc de se croiser, j'ai eu la chance de prendre une truite en sèche. Une des toutes première de la saison. Elles sont si rares, que l'on en souvient, croyez moi ! Victor, de son côté, avait perdu un gros poisson bien plus en aval de la même manière. Il était forcément déçu. Oui, car les personnes qui connaissent parfaitement cette rivière savent bien que pour prendre un beau poisson en sèche, il faut que de nombreuses conditions soient réunies. Ce genre de journée se présente à nous pêcheurs qu'une ou deux fois dans l'année, alors lorsque l'on passe à côté, cela peut vite devenir frustrant.

Étant donné que Victor venait de voir le gobage qui est le centre de ce récit, je l'ai invité à aller le tenter. Il est rentré dans l'eau pour se positionner mais surtout pour approcher au maximum le gobage. Le niveau de la rivière était limite pour avancer correctement au plus près de ce poisson. Malgré de nombreuses tentatives, Victor n'a pas pu passer sa mouche dans l'axe du poisson. Une fois sorti de l'eau, j'ai pris sa place pour tenter ma chance. Le résultat fut identique, un échec ! La rivière était trop haute, impossible d'approcher assez près pour allonger la soie. De plus, ce n'est jamais simple de faire un beau lancer lorsque les coudes trempent dans l'eau ! Pas grave, il faut bien que les truites gagnent de temps en temps. Et puis, après tout, elle savait bien pourquoi elle se postait à cet endroit précis, la maline...

Je suis revenu sur le même poste quelques jours plus tard. La rivière avait baissé et j'étais plutôt très optimiste. Oui, sauf que le débit était forcément différent et que le poisson n'est en fait jamais venu se poster devant le tronc sec immergé pour gober. La truite du tronc avait disparut temporairement. C'est souvent le cas pour des poissons gobeurs, en tous les cas chez nous. Ils prennent leur poste selon un débit minimum ou maximum. Je suis souvent tombé sur des poissons que je n'ai jamais pu attaquer en sèche...La parade est de les retrouver à l'eau basse en nymphe à vue, mais le plaisir n'est pas le même.

Les jours sont passés. Nous nous sommes retrouvés avec Victor et Thibaut au même endroit avec une rivière de nouveau plus haute. Bien entendu, on est venu discuter sur le fameux poste de la truite du tronc. La petite bulle caractéristique de son gobage était de nouveau visible ! Ça commençait à me chauffer un peu du coup, même si je ne le montrais pas vraiment. J'ai tenté de chercher plusieurs chemins dans la rivière pour approcher au plus près. Rien n'y a fait, pas moyen d'être assez près avec ce niveau pour passer ma mouche là où le poisson se trouvait. Je ne m'avouais pas vaincu, loin de là, j'avais une idée derrière la tête ! Le lendemain matin, j'ai ressorti ma 9 pieds soie de 6, j'en ai même profité pour mettre une soie neuve avec un bas de ligne assez court. J'avais dans l'idée de gagner les deux mètres qu'il me manquait à chaque lancer avec ma canne en soie de 5. Voir cette truite gober sans arrêt sans pouvoir y passer ma mouche commençait sérieusement à m'agacer !

Arrivé à la rivière le lendemain, j'ai vite compris que ça allait être encore plus compliqué. Une légère pluie nocturne avait offert à la rivière un débit encore supérieur. Cela n'a pas empêché la truite du tronc de gober comme une malade durant l'heure où je l'ai observée. Mais il fallait oublier ce jour-là, je pouvais à peine faire cinq mètres dans le lit de la rivière, bien trop peu pour tenter un lancer. Je commençais à me dire que je la verrais jamais de près celle-ci.

Et puis, il y a eu une période de deux jours où les éclosions ont été nombreuses. En quantité et en diversité. Grosses et petites mouches, des claires et des plus foncées. Mais surtout des claires d'ailleurs, des A4 comme dirait mon ami Denis. Excusez mon ignorance en entomologie, mais cela ne m'a jamais vraiment intéressé. Encore plus le jour où un ami dont c'est le métier m'a dit que sans binoculaire, il était impossible d’identifier avec certitude les insectes. Donc autant ne pas dire de bêtise.

Le premier jour de ces éclosions massives (tout est relatif hein, massive pour l'époque, mais ridicule avec ce que j'ai connu il y a 25-30 ans), j'étais au boulot, dommage. Le deuxième jour, j'étais au bord de l'eau, jackpot ! La rivière était basse, donc logiquement, la truite du tronc ne devait pas être à son poste pour gober. Sauf que là, avec une telle quantité de mouches, j'ai pensé le contraire. Je me suis dis qu'elle ne pouvait pas laisser passer une telle opportunité de se nourrir si facilement. Je me suis donc rendu prestement sur le lieu de toutes mes convoitises. Malgré un niveau plus bas, la petite bulle était visible à chaque passage de mouche le long du tronc. Elle était là ! Je suis rentré dans l'eau discrètement, le plus lentement possible. J'ai enfin pu m'approcher assez près. La sensation était bizarre. Presque du trac. Le coup était enfin à ma portée, comme sur un plateau alors que je pensais ne jamais pourvoir le faire. Il restait à être concentré afin de ne pas faire de faute technique.

La suite fut presque trop facile finalement. Le charme était rompu avant même de mettre en action la soie dans les airs. La mouche posée sur l'eau, la dérive se faisant lentement, la truite est venue au premier passage aspirer mon imitation comme une fillette qui n'avais jamais rien vu. Au ferrage, j'ai compris que j'avais au bout une madame plutôt qu'une mademoiselle. Le combat fut intense mais maitrisé, je pêche avec un fil de diamètre conséquent. J'avais enfin la truite du tronc dans mon épuisette ! Prendre un poisson que l'on connait, que l'on tente depuis des jours, c'est vraiment autre chose. Enfin moi j'adore. Mon but était atteint. Je n'aurais pas échanger ce poisson contre 10 autres belles truites prises au hasard. Je la voulais vraiment et je l'ai eu.

Mes photos sont très souvent identiques, mais de cette façon, la truite reste dans l'eau sans manipulation. C'est ma priorité.

dimanche 28 avril 2019

L'histoire d'une truite (45)

Il faut dire que la journée du samedi avait plutôt bien commencée avec cette bonne nouvelle sur le projet du Center Parc de Poligny. Le tribunal administratif ayant donné raison à l’association du Pic Noir en annulant partiellement le PLU.

La veille, nous avons fait mon fils et moi une sortie de pêche malgré le petit coup de pluie et la légère montée des eaux. En gros, une dizaine de centimètres, tout au plus. La rivière s’était aussi un peu teintée. Le plus gros changement finalement se situait sur la variation de la température de l’eau. Je l’avais mesuré à 11 degrés le week-end dernier. Ce vendredi donc, elle était redescendue à 8 degrés, rien que ça ! Même sans thermomètre, on le sentait assez vite.

Fin avril, par expérience lorsque la pêche à vue est rendue difficile par les conditions, et c’était le cas, nul besoin d’aller à la rivière trop tôt. Ce petit surplus de débit fait en général sortir les mouches à un horaire bien précis.

Malgré quelques grosses mouches très claires dans le ciel, nous avons localisé des gobages dans une seule et unique zone très courte du linéaire. La hauteur d’eau nous a obligés à abonner. Chacun à notre tour, nous avons tenté d’approcher les gobages, mais même en ayant rempli les waders, il en manquait un bout. Thibaut aurait mérité car la prise de risque était belle. Dommage.

Le lendemain, la rivière avait perdu quelques centimètres. De suite, j’ai organisé ma journée pour être à la bonne heure sur les gobages de la veille. Thibaut lui n’est pas venu, on va dire qu’il était en récupération de soirée. Il faut bien que jeunesse se fasse et qu’il y est un peu de variété dans sa vie. Et puis bon, qui va à la chasse, perd sa place. Il me restait donc à prendre la sienne.

Même horaire, même éclosion, même gobage mais niveau d’eau un poil plus bas. Ha ha ! C’était pour moi ! De la berge, j’ai vu ce petit rond discret. Il se situait en bordure de courant et d’une zone plus calme avec des petits contres courants. Je suppose que la truite aurait bien gobé avec une fréquence plus marquée, mais malheureusement, les mouches étaient bien rares. C’est d’ailleurs assez frappant comme phénomène. L’effectif des éclosions est si mince, que si vous êtes sur une zone avec un vol d’hirondelles par exemple, vous pouvez changer de place, il n’y en a pas assez pour tout le monde. Je l’ai vécu aujourd’hui, incroyable. Je suis remonté de 400-500 mètres en amont du vol d’hirondelles, là, les mouches pouvaient dériver et les poissons (que des petits aujourd’hui) pouvaient s’en nourrir.  Il y a une concurrence exceptionnelle sur cette nourriture qui diminue d’années en années…C’est assez dramatique.

Je reviens donc à mon gobage du samedi. Une fois bien localisé, je me suis positionné dans l’eau en pensant à Thibaut la veille tellement il était simple de le faire cette fois-ci avec un niveau plus bas. Une fois en place, j’ai attendu que le poisson gobe de nouveau. Il faisait cela très lentement si bien que j’ai pu apercevoir ses flancs sous la surface. Une couleur bronze orangée bien marquée qui donnait envie d’en voir plus. Pas si simple que ça car il m’a fallu changer de mouches 3 fois avant de tromper la vigilance de ce poisson. Il est venu prendre ma mouche qui devait dériver dans la pellicule. Les fois précédentes, j’étais beaucoup trop haut sur l’eau.

Le combat fut très sympa car indécis. Il y avait entre elle et moi une veine qui poussait pas mal et j’étais dans l’impossibilité de la suivre en descendant la rivière, beaucoup trop d’eau…

Il a fallu faire durer un peu malgré un fil assez gros afin de fatiguer le poisson de façon à lui faire remonter le courant.

Bien souvent, on se souvient d’un poisson par ses mensurations, là, c’est vraiment pour son esthétisme. Réellement une belle truite. Je ne sais pas si elle est de souche ou pas, je n’ai pas les compétences pour le dire, mais j’adore ce genre de poisson. Qui plus est en sèche, technique que j’utilise très peu chez nous. C’est malgré les années et les quelques poissons pris depuis 33 ans, des moments que j’adore et que je sais apprécier à leur juste valeur. La belle est repartie comme si de rien n’était. A bientôt pour une nouvelle histoire…

jeudi 11 avril 2019

Des poissons mycosés vus sur le Dessoubre.

Une vidéo reçue ce jour comme un témoignage du pêcheur qui a été le triste spectateur de cette scène. Un façon de ne pas oublier que nos rivières souffrent terriblement et que le double effet épandage va se faire sentir quelques semaines...

Ces poissons ont été filmés aujourd'hui en amont du lieu dit Maurice Maison. Merci à J.C pour la vidéo. 

mardi 26 mars 2019

L'histoire d'une truite (43)

Que d’eau en ce début de saison, quel plaisir de voir la rivière pleine de vie. Un réel contraste avec cet été puis cet automne où elle était quasiment sans courant, sans mouvement. Triste et muette. Là, depuis début mars, c’est tout le contraire. Des niveaux d’eau importants, un débit soutenu et bruyant, une rivière qui fait plaisir à voir.

Côté pêche, c'est beaucoup moins simple. Si Thibaut s’est lui adapté très facilement à ces fluctuations de débits avec différentes techniques de pêche en prenant du poisson à chaque sortie, pour ma part, j’ai pris mon mal en patience en attendant que la nymphe à vue soit praticable. C’est un choix tout à fait volontaire. Seule la vision du poisson prenant mon imitation me donne du plaisir depuis maintenant quelques années. Mais comme le dit si bien le proverbe, tout vient à point à qui sait attendre. Et puis en attendant, je me régale des anecdotes de mon fils, c'est tout aussi plaisant que de pêcher.

Mais même pour la pêche à vue, Thibaut m’a devancé cette année. Avec ses horaires d’étudiant, il a pas mal de temps de libre en semaine ce qui lui a permis de prendre ses deux premières truites en nymphe à vue avant même que j’aille trainer mes guêtres sur les berges de la rivière avec ma canne à mouche. Qu’à cela ne tienne, c’était mon tour cette fois. Une journée que j’avais déjà imaginé dans ma tête depuis quelques nuits. Tous les matins, je voyais les courbes de niveaux baisser et mes simulations à plusieurs jours me donnaient un niveau limite mais jouable pour espérer voir quelques poissons. Même après toutes ces années de pratique, même après ces trois dernières saisons où l'Ain a énormément souffert, j’ai toujours cette envie de retrouver la rivière et ses dernières truites avec ma canne à mouche. Une envie des plus tenaces !

Au mois de Mars, peu importe finalement le matériel et la technique, ce qui compte le plus, de mon point de vue, c’est la parfaite connaissance de la rivière que l'on pêche et le fait d’être capable d’anticiper les comportements des poissons selon les conditions du moment en sachant que ceux-ci restent très spécifiques avec ces eaux très froides. Si j’ai fais le choix de pêcher à 95% de mon temps le même cours d’eau, d’y passer également un maximum de temps lors de la fermeture, c’est pour plusieurs raisons comme celle d’être d’une grande précision dans mes décisions lors de ces périodes compliquées. Le choix des berges à prospecter selon les horaires fera toute la différence, loin, très loin devant votre choix de mouche ou de diamètre de fil ou encore de puissance de canne. Une truite à cette époque sort peu de temps durant la journée et elle est active encore moins que ça. Il faut prendre les bonnes décisions au bon moment. C’est primordial pour avoir un minimum de réussite. Après plus de 33 ans à pratiquer la rivière d’Ain, à la chérir, à l'observer à toutes saisons et à toutes heures de la journée, j’ai, je pense, ce petit plus sous ma casquette. Je tente de m’en servir pour le mieux, bien évidemment.

Pour ma première journée de pêche, j’étais certain de trouver du poisson avant même d’être arrivé sur les lieux. Cela peut vous paraitre prétentieux, mais c’est la stricte vérité. Après, prendre ces poissons vus est une autre paire de manche qui plus est avec les années qui passent. Je me pose toujours quelques questions en début de saison surtout par rapport à ma vue. Je me rends bien compte que les yeux de mon fils sont bien plus performants, que les miens fatiguent saisons après saisons. Et puis est-ce que je vais conserver cette réussite au ferrage qui a toujours été mon point fort. L’an passé, j’ai eu l’impression de baisser un peu avec quelques loupés grossiers, ce qui ne m’arrivait quasiment jamais. Est-ce que cela allait empirer cette année ? Il fallait que j’ai des prémices de réponses assez vite.

Ce jour-là, le débit de la rivière était encore élevé mais surtout, la clarté de l’eau laissait à désirer. La rivière avait une couleur laiteuse dès que la profondeur se faisait sentir. Certainement une présence d’eau de neige.  Mais la bordure était lisible. On pouvait voir assez bien jusqu’à 1.20m environ. Largement suffisant pour capter les zébrures d’une belle en maraude. J’ai débuté ma partie de pêche assez tôt vers 7h15. Le soleil était encore planqué et ma tenue légère me le rappelait à chaque seconde d'autant plus qu'il a fallu gratter le pare-brise de la voiture pour partir. Hostile le Jura ! Comme je m’en doutais, très peu de poissons dehors. Il faut dire que les trois derniers étés en ont laissé sur le flanc et pas qu'un peu malheureusement. Malgré cela, comme prévu, comme un plan qui se déroule sans accroc, j’ai vu mes deux premières truites aux postes habituels par ces niveaux à cette époque. Pour la première, j’étais limite en arbalète et trop à découvert pour tenter un rouler. Le poisson m’aurait capté de suite, c’est certain. J’ai donc tenté une arbalète sans trop y croire. Le poisson a bien vu le gammare dériver, mais justement, cette dérive était tout sauf naturelle car en bout de course, et même sur un poisson qui n’avait rien vu depuis l’ouverture, il n’y avait pas d’autre alternative que le refus. Cela reste des truites de la rivière d’Ain, elles ont de la mémoire ! Je vous dis cela car j’en ai parlé avec un client (qui se reconnaitra ;-) ) qui est passé ce week-end à la maison prendre ses mouches. Il revenait de 15 mois en Nouvelle-Zélande où il a fait des pêches fantastiques. Il était venu découvrir la rivière d’Ain et ses truites. Le challenge n’était pas simple et son retour tout à fait réaliste sur la difficulté de ces zébrées. Les truites de l’Ain restent de farouches adversaires qui se méritent. Hormis quelques jours dans l'année où tout va bien, où les poissons semblent coopératifs, ces truites demandent au pêcheur d'être complet pour pouvoir les leurrer. C'est d'autant plus gratifiant lorsque l'on réussi ce challenge.

Pour le deuxième poisson vu de la matinée, la simple vision des 20 centimètres de mon bout de scion a suffit pour le faire fuir ! Ce n’est plus de la mémoire là, c’est un truc de fou. Le soleil était bien monté dans le ciel pour mon plus grand bonheur. Il était temps de reprendre la voiture pour aller sur une autre berge. Je vous le dis sincèrement, j’ai horreur de faire ça, reprendre la voiture…Une fois posé, je reste en général au même endroit. Mais là, au tout début de l'année, c’est compliqué car il faut suivre le soleil heure par heure, c’est la clé du succès. J’arrive donc sur une nouvelle berge. Pointe de 3 mètres en 14°, gammare JFD -14 noué au bout. Toujours entre le pouce et l’index de la main gauche le gammare, près à être propulsé à la moindre vision d’une truite en bordure. C’est ma nymphe de base pour les prospections depuis la berge. C’est une imitation qui pêche vite et bien. Une valeur sûre. Sur cette berge, j’avais 3 endroits différents où je pensais voir au moins une truite. Le premier ? Rien, aucun poisson (et pourtant je suis resté longtemps à attendre). Le deuxième, une truite de 30-35 qui est partie de suite. Je ne sais pas encore pourquoi. C’est truites sont déroutantes parfois, je ne pense pas avoir fait d'erreur dans mon approche. Les réponses aux questions ne viennent pas. Le troisième endroit ? Haaaa, le troisième endroit !

Pas mécontent de voir le soleil pointer le bout du nez !

C’est un endroit où la profondeur de l'eau est de 70-80 centimètres à la berge pour aller jusqu’à presque 1.50m au plus profond. Avec les niveaux du jour où j’ai pêché bien entendu. Il y a près du bord vers une trouée un très gros chêne. Idéal pour coller son épaule contre le tronc massif de l’arbre et rester là à observer. Oui, je voulais rester, car c’est souvent que je ne vois rien en arrivant sur poste, mais qu’en regardant de partout, je finis par apercevoir un poisson en maraude. Souvent, la truite passe sous les saules qui garnissent la berge et je la vois se nourrir au fond. J’ai en souvent pris de cette façon à l’arbalète, presque dans mes pieds. 5 minutes, 10 minutes, 15 minutes, toujours rien. Mon moral n’était pas atteint. Je vois tous les débuts de saison à ce niveau d’eau des poissons à cet endroit. De plus, j'étais certain d'être au bon endroit dans la bonne plage horaire.

En bout de coup à pêcher, et à environ 10-12 mètres de ma position, il y a un petit banc de sable en léger dévers. Je connais ce coup par cœur. J’y ai passé des dizaines d’heures. Oui, dès mon arrivée, j’avais vu cette forme plus sombre que le sable et qui pour moi n’était pas là l’an passé. Mais voilà, dans mon esprit, après les crues hivernales, n’importe quel morceau de bois ou autre pouvait s’être déposé à cet endroit précis. Bref, je n’avais pas bloqué dessus. Puis, après ce petit quart d’heure à attendre, mes yeux sont revenus dessus pour je ne sais quelle raison. Je me suis mis à fixé comme un fou cette forme sombre qui faisait légèrement contraste avec le sable. Mais rien d’évident avec cette eau laiteuse. A force de fixer, je voyais bouger la forme. Mais bon, je ne suis pas non plus un « gamin du mois d’août » comme on dit au village. Je sais très bien qu’à force de vouloir voir quelque chose, je peux me faire des films, et je m'en fais régulièrement ! Il fallait être sur de soi. Merci mon Dieu, la truite, car oui c’était bien une truite a décidé de m’aider. Elle a bougé franchement. Le doute n’était plus permis ! Je savais que j’allais en trouver une par là ! Rien que pour ça j’étais heureux. C’est vraiment gratifiant de genre de moment où l'on se rend compte que la bonne décision a été prise. C'est aussi bon que la prise du poisson en elle-même.

Il fallait maintenant analyser la situation pour mettre toutes les chances de mon côté. Je n’étais pas pressé, cela faisait au minimum un quart d’heure qu’elle était devant moi déjà. Pour la nymphe, pas de souci, le gammare allait passer crème, c'était certain. Par contre, la question était comment lui amener. J’ai pris la décision de renter légèrement dans l’eau pour m’ouvrir un angle afin de pouvoir fouetter. Première dérive de l‘année sur un poisson à 8-9 mètres, fallait pas trembler. En tenant mon gammare, j’ai sorti tranquillement mon bas de ligne entièrement. Puis, dès que la soie eut passé mon anneau de pointe, j’ai commencé à fouetter afin de sortir la longueur de soie nécessaire à ce coup de ligne. J’étais dos à la truite. J’ai posé avec une précision moyenne mais presque normale pour ce premier jet sur la droite de la truite. Un JFD en 14 coule assez vite et avant qu’il ne touche le fond, j’ai réalisé une animation assez vive. Bien visible quoi !

J’ai alors vu ma truite ce mouvoir lentement dans sa direction. Je la distinguais plus que je ne la voyais, mais son déplacement ne faisait aucun doute sur ses intentions. Arrêt du poisson, ferrage ! Et pas un petit ! La truite était à moi. J’ai eu bien du mal à la contrarier au premier départ, mais j’ai réussi malgré tout. Une chandelle, puis deux !  Un combat court mais puissant. Une canne en vrac, un nylon qui siffle, le bruit des noeuds dans les anneaux, le pied ! Après, mon diamètre de fil m’autorisait un bridage autoritaire. La mise à l’épuisette me donna l’occasion d’admirer ce trésor de plus près. Et même si je ne pouvais pas le voir, je devais avoir une sacrée banane sur le visage. Un poisson sauvage de sa rivière bien aimée possède une valeur que jamais un autre poisson ne pourra approcher ni même effleurer. Cette truite m’a donné un bonheur réel et sincère. Non pas par ses mensurations, mais par son esthétisme parfait. Quelle robe, quelles couleurs. Je ne pouvais rêver mieux pour un premier poisson en nymphe à vue. En fait si, cela aurait pu être encore mieux si mon fils avait été avec moi pour partager cet instant de vie tous les deux. Mais le connaissant, il n'aurait pas eu la patience de rester un quart d'heure à mes côtés. Il y aura d'autres occasions de vivre de tels moments...

J’ai pris un peu de temps avec le poisson dans l’épuisette tout en le laissant dans l’eau pour le regarder, pour l’admirer. Je voulais que cette truite reste dans ma mémoire à une place bien précise. J’ai fait quelques photos également. Le poisson était tranquille dans l’eau, calme. Comme s’il savait…Et puis je l’ai relâché, tout aussi tranquillement. De mon expérience, je ne la reverrai pas, en tous les cas pas sur ce poste. C’est certain. Par contre, on se croisera peut-être de nouveau dans quelques semaines sur un autre poste pas très loin, et à un autre horaire, ça, c’est fort probable.

Magnifico ! Pensez-y, même pour la photo, un poisson est toujours mieux dans l'eau.

Il fut une époque, où après un joli coup de ligne, je me posais sur la berge, j'allumais une cigarette en repensant seconde par seconde à ce que je venais de vivre. J'avoue que si une cigarette me manque aujourd'hui, c'est sans aucun doute celle-ci ! Je prenais conscience de la chance que je venais d'avoir. Capturer un poisson sauvage de l'Ain est une chance oui, un privilège même, d'autant plus à notre époque avec des effectifs en chute libre. J'ai fait la même chose pour cette truite, mais sans la cigarette. Juste en regardant les quelques photos que je venais de faire. Je ne pouvais quitter des yeux ce trésor que la rivière venait de m'offrir...A bientôt pour une nouvelle histoire de pêche.

Retour Matériel : Aujourd'hui, je voulais vous parler des lunettes polarisantes que nous portons mon fils et moi (à voir sur la première photo de cet article). C'est des lunettes JMC équipées de nouveaux verres "made in France" en polycarbonate 720. Le pouvoir de ce verre est incroyable pour éliminer un maximum de reflet sur la surface de l'eau. Nous avons tous les deux des verres jaunes (il y a deux autres coloris). Vous avez une lumière extraordinaire pour le coup et ce même tôt le matin et/ou par temps sombre. Thibaut possède le modèle "laser" et moi le "treck". J'apprécie également le confort de ces montures et le choix (3 montures différentes) que propose JMC pour un même verre. De plus, et je le signale car ce n'est pas le cas de toutes les marques (c'est du vécu !), vos lunettes sont livrées avec un étui protecteur, un cordon et une chiffonnette. Si vous souhaitez en savoir plus, suivez le lien => Lunettes polarisantes verre 720.

mardi 19 février 2019

Retour en vidéo sur 2018.

Je vous propose aujourd'hui un montage vidéo de cette dernière saison. Pas de recadrage, pas d'effet de lumière ou de ralenti, c'est un assemblage de vidéos brutes sorties de nos téléphones (désolé pour la qualité des images du coup). Des jolis souvenirs avec mon fils même si certains fonds de rivière rappellent que l'on est sur la fin de ce loisir pêche en ce qui concerne les truites sauvages dans le Jura...C'est d'autant plus important de montrer qu'il reste une faune à sauvegarder !

samedi 22 décembre 2018

Frai 2018, le film.

Dans le Jura, la truite fario sauvage est en voie de disparition. Hormis le secteur très amont de la rivière d'Ain et ses affluents, tous les autres linéaires ne sont que l'ombre d'eux mêmes. De nombreux sont morts et ceci depuis bien longtemps (Cuisance, Basse Loue, Valouse, Seille, Bienne...) Pourtant, là où les populations sont encore "acceptables", on peut toujours dans la majorité des cas tuer 3 truites sauvages par jour de pêche. Évidemment, remettre son poisson à l'eau n'est pas la solution pour faire revenir à leur niveau les populations. Mais continuer à les matraquer en laissant certains pêcheurs (qui ne se privent pas !) prélever au-delà de ce que la rivière produit, est-ce la solution ? Je ne le crois pas non !
Nos techniciens et dirigeants jurassiens sont tous d'accord pour nous dire qu'au-delà de la qualité de l'eau, le réchauffement de celle-ci finira d'achever les populations de truites dans un avenir proche...Donc pour moi, continuer à autoriser leur prélèvement signifie à dire: "de toutes façons, c'est mort, autant laisser bouffer les dernières !" Faut juste l'assumer messieurs !!!
 
Pensez-y lorsque vous prendrez votre carte de pêche 2019 dans le Jura, soutenez les AAPPMA qui essaient, merci.
 

Sur ce, je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année. Je vous dis à l'année prochaine. Avant cela, je vous laisse avec quelques images de ces merveilles...Ces truites fantastiques se battent pour vivre au jour le jour...Encore une espèce qui est là depuis des milliers d'années et que nous allons réussir à éteindre par notre stupidité.

Cliquez sur HD pour une meilleure définition d'image.

Frai 2018, le film. from Nicolas Germain Fly Shop on Vimeo.

dimanche 9 décembre 2018

Les belles rencontres de notre saison 2018.

Retour sur 2018 côté pêche...

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dimanche 2 décembre 2018

Frai 2018, le grand départ ?

J'ai souvent été morose à travers mes articles ces derniers temps. Aucune overdose de pessimisme, je relate simplement les faits comme je les ressens. Quoi qu'il en soit, les images que j'ai réalisé hier deviennent un petit coin de ciel bleu dans cet univers bien gris.

Il a fallu chercher et visiter de nombreuses frayères connues ici ou là. Certaines complètement vides, d'autres avec seulement 3 ou 4 individus. Et puis encore 2 autres avec plusieurs dizaines de poissons. Sincèrement, ces poissons sauvages méritent le plus grand respect. Cette immense faculté à survivre dans de telles conditions après 6 mois d'étiage est hors normes. Dans notre Jura, les populations sauvages fondent comme neige au soleil. Alors s'il vous plait, motivez les personnes autour de vous qui continuent à prélever ces poissons. Dites leur de les remettre à l'eau. C'est une question morale. On appuie pas sur la tête d'une personne qui est en train de se noyer, on lui tend la main. 

Frai 2018, les choses sérieuses débutent. from Nicolas Germain Fly Shop on Vimeo.

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