Nicolas39 - Pêche à la mouche

La pêche à la mouche sur le blog de Nicolas Germain, un Jurassien amoureux de sa rivière, la Haute Rivière d'Ain.
Votre spécialiste toutes pêches - JURA PÊCHE à Champagnole - 09-67-81-34-41

Accès au Fly Shop Signez le livre d'or Suivez-moi sur facebook Le Fly Shop sur facebook

Mot-clé - Truite fario

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi 13 juin 2018

Une sortie symbolique.

Les meilleures sorties de pêche sont parfois celles qui ne sont pas prévues. Dimanche dernier, c'était un grand jour pour toute la famille, en particulier pour Thibaut. Il fêtait ses 18 ans. La majorité, ce n'est pas rien dans une vie. L'emploi du temps de la journée était déjà bien rempli, mais il restait 2 petites heures à condition de zapper le repas du midi. Les rivières jurassiennes n'étaient pas en ordre, mais en cherchant bien...

On a donc décidé de casser la croûte avec Thibaut vers 11 heures le matin pour partir dans la foulée. Il fallait rentrer assez tôt dans l'après-midi pour fêter ce bel anniversaire en famille. Cette année, nous avons très peu pêché ensemble, et cela m'a fait d'autant plus plaisir, qui plus est ce jour-là.

Nous avons fait un parcours où j'emmenais Thibaut alors qu'il n'avait que 6 ans...Lui même ne s'en souviens pas. Les truites n'étaient pas actives du tout. Finalement, nous en avons repéré une belle sous un tas de bois. J'ai eu la chance de pouvoir la tenter en premier, mais je n'ai pas su la prendre. Thibaut, lui, n'a pas laissé passer l'occasion de marquer d'une belle truite ce jour bien particulier.

Un très joli poisson pour la rivière. Pris avec une cuivre, du grand classique. Ce n'était pas gagné d'avance et pour le coup, cette truite nous a rendu sincèrement heureux. En fin de partie de pêche, j'ai pu de nouveau tenter un autre joli poisson que j'ai pris avec un maximum de réussite. Il en faut parfois.

Il était temps pour nous de rejoindre le domicile familial afin de manger quelques pâtisseries réalisées par le cousin, boulanger pâtissier en Arbois.

Vous êtes quelques uns à suivre les aventures et l'évolution de Thibaut depuis son plus jeune âge. Elle est bien loin l'époque des bottes jaunes.

Que de temps passé à ses côtés pour mon plus grand plaisir durant toutes ces années. Que de progrès réalisés. Mais surtout, il gardera de cet apprentissage, l'amour et le besoin de se retrouver régulièrement en pleine nature. Que le bonheur n'est pas forcément matériel, mais qu'un simple moment passé sur les bords d'une rivière peut faire un bien fou.

Bon anniversaire mon fils.

vendredi 8 juin 2018

Retour sur la pollution de l'Ain datant de 2010.

Je souhaitais faire un retour par le biais de ce billet sur la grosse mortalité datant de 2010 sur la haute rivière d'Ain et plus particulièrement sur le parcours public en aval de Pont-du-Navoy.

Pour mémoire, dès juillet 2010, les pêcheurs (les seules sentinelles des rivières finalement) avaient donné l'alerte suite à des observations de poissons mort sur la rivière d'Ain. Fin aôut, un arrêté avait été mis en place pour interdire la pêche du barrage de Blye à l'amont de station d'épuration de Montigny. Interdiction de pêche renouvellée pour toute la saison 2011.

A l'époque, on parlait de cyanobactéries et d'autres causes possibles. Mais beaucoup, dont les pêcheurs, pointaient du doigt la STEP de Montigny et sa gestion calamiteuse par Véolia, encore eux !

En novembre 2010, la fédération de pêche du Jura ainsi que les deux AAPPMA touchées décidèrent de porter plainte contre X. Novembre 2010, vous avez bien lu !

Le mardi 29 Mai 2018, soit presque 8 ans plus tard, le tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier convoquait 4 prévénus sur cette affaire. (Source le Progrès du 30/05)

  • 1er prévenu : Jura Terroir. Les activités de l’entreprise de Pont-du-Navoy étaient marquées par des eaux usées très fortes en phosphore, à cause d’un outil de préconcentration de sérum.
  • Second prévenu : La communauté de communes Champagnole Nozeroy Jura, propriétaire de la STEP de Montigny-sur-l’Ain. L’intercommunalité n’aurait pas anticipé l’augmentation d’activité du site.
  • Troisième prévenu : Véolia qui assure la gestion du site. Le géant de la gestion de l’eau aurait arrêté son traitement ferreux sur le site de Montigny-sur-l’Ain sans prévenir ses partenaires. 
  • Quatrième et dernier prévenu : le salarié de la station d’épuration. Cet homme, qui pilotait le site, avait un regard privilégié sur le niveau de production des boues, mais pas de maîtrise sur les eaux qui arrivaient la station.

Selon le ministère public, il y a un lien entre le rejet et la pollution. La forte teneur en phosphore a entraîné une prolifération de cyanobactéries dans la rivière d’Ain, qui ont eu un impact sur la santé physiologique des poissons. La forte mortalité de salmonidés dans ce secteur, constatée entre 2010 et 2011 par les pêcheurs, en serait la conséquence. Le parquet a poursuivi les quatre acteurs pour rejet de substance nuisible dans une rivière, infraction prévue au code de l’environnement. Des peines d’amende ont été requises, notamment 15 000 euros dont 10 000 euros avec sursis à l’encontre de l’intercommunalité et 20 000 euros d’amende pour Véolia. L’entreprise est désignée comme le premier responsable de cette pollution dont le préjudice dépasse les 200 000 euros, selon la fédération de pêche du Jura. Le tribunal correctionnel rendra son délibéré le mardi 3 juillet.

Voilà pour le retour "journalistique". Véolia et la communauté de communes sont une fois de plus bien impliquées. Le phosphore avait été désigné très tôt. Jura terroir (le chalet du comté à Pont-du-Navoy) avait déjà des autorisations au-delà des limites acceptables par la communauté de communes pour leur rejet. Et malgré cela, ils les ont encore dépassés. Cela a engendré des quantités de boue que Véolia ne pouvait plus gérer. Véolia a fini par ne plus traiter le phosphore !! Rien que ça ! Manque de bol, il restait des truites dans la rivière et quelques passionnés pour les voir crever !

Mais bordel, personne n'a de gosses ou une perpective d'avenir chez Véolia et/ou les politiques qui donnent des autorisations au-delà des limites sans connaitre les effets que cela va avoir sur la faune et la flore ? Sincèrement, je n'arrive pas à comprendre. C'est votre passion de tout foutre en l'air notre environnement proche ? Et dire que le département du Jura mise sur le côté nature, ses lacs et ses cascades pour le tourisme...Non mais sans rire...Vous vous fouttez du monde ?

C'est une destruction de rivière préméditée, tout simplement. Honte à vous messieurs !

mercredi 30 mai 2018

Avis aux spécialistes, merci pour vos réponses.

Quand on me parle des problèmes de qualité d’eau, de mortalités et autres maux qui touchent nos rivières bien aimées, je réponds souvent à mes interlocuteurs que je suis qu’un simple pêcheur et que je ne fais que rapporter mes nombreuses observations. Étant à la rivière plusieurs fois par semaine toute l’année, c’est le minimum que je puisse faire. Par contre, il me manque parfois des explications à mes dires, qui plus est scientifiques si ce n’est celles des techniciens de notre fédération.

Ne pas avoir de réponse à de nombreuses questions est frustrant.  

J’ai une fois de plus une interrogation et je profite de la fréquentation de ce blog pour lancer un appel à des personnes compétentes dans le domaine pour éclaircir ma lanterne sur un point très précis.

Depuis environ trois ans, les pêcheurs trouvent régulièrement et ce tous les printemps des truites et des ombres mycosés sur la haute rivière d’Ain. C’est un fait. Parfois ces poissons sont morts mais d’autres sont encore en vie.

Ces derniers jours, j’ai capturé deux poissons avec des cicatrices sur le haut de la tête. Les photos sont à voir ci-dessous. Et bien évidemment, je me suis posé des questions. J’ai sincèrement envie de comprendre.

Est-ce qu’il est possible que ces deux truites soient d’anciens poissons touchés par les mycoses et qu’ils s’en soient sortis ?

Ces deux truites ont été prises alors qu’elles se nourrissaient. Elles étaient en pleine forme vu la façon dont elles se sont défendues.

Je ne vois pas ce que peuvent être ces cicatrices autrement. Donc si vous avez des idées, pour confirmer ou non mon avis, merci beaucoup de prendre le temps de laisser un commentaire à la suite de cet article pour m’en faire profiter ainsi que mes lecteurs.

Une seule plaie assez profonde et encore "saignante"

Plusieurs plaies à un stade différent si c'est la même chose.

vendredi 25 mai 2018

Waders, cuissardes, même résultat !

La pêche est avant toutes choses une façon de se distraire, de s’évader. Tout le contraire d’un sujet sérieux finalement. C’est à ce jour mon seul but lorsque je vais au bord de l’eau, loin de tout objectif de résultat, profiter du moment présent quoi qu’il se passe et apprécier de simplement pouvoir être au bord de l’eau aussi souvent que je le souhaite.

Prendre du poisson reste un plaisir immense, mais c’est devenu de moins en moins important.  Profiter du moment présent en étant en contemplation au bord d’une rivière suffit à mon bonheur.

Cela conditionne naturellement ma façon de pêcher.

A une époque pas si lointaine, j’étais capable de reprendre la voiture 3 ou 4 fois durant une partie de pêche pour changer de secteur afin de trouver des poissons actifs coûte que coûte. Cette envie de prendre une truite était la plus forte. Il fallait que je fasse plier le carbone. Ce n’est plus le cas maintenant. Il m’arrive régulièrement de pêcher en pratiquant un très faible linéaire sur les mêmes périodes qu’avant. Je suis plus observateur, je vais aller un peu plus loin dans la connaissance des coups à pêcher pour mieux les comprendre sans me prendre la tête à courir de partout.

Il se trouve que souvent, et même très souvent, on voit à peu de chose près le même nombre de poissons que lorsque l’on pêche plus vite à faire des kilomètres le long des berges de rivière. Cela me va très bien.  

C’est un peu ce qu’il s’est passé il y a quelques semaines et que j’ai fait découvrir à deux amis qui passaient par-là. Mon choix s’était porté sur une pêche d’affût et de patience. Le niveau de la rivière était optimum pour pêcher en nymphe à vue. La lumière médiocre par contre. Il y a de toutes façons toujours un paramètre en vrac. Si ce n’est pas la lumière, c’est le vent, la médiocre activité des truites ou les canoës, toujours un truc qui ne plait pas au pêcheur.

Je connais depuis de nombreuses années une zone de la rivière où les truites viennent chercher leur nourriture au cœur du printemps. Il n’y a pas de caches sur cette gravière, aucun caillou plus gros que l’autre. Les poissons sont visibles de très loin. Le pêcheur aussi d’ailleurs, car la berge est nue de toute végétation. La plupart des pêcheurs passent là debout en regardant s’ils ne voient pas un poisson au loin. C’est à mon avis une mauvaise approche pour ce coup bien particulier. De mon côté, je m’éloigne de la berge dès que la végétation disparait. Je reviens alors vers la rivière à quatre pattes perpendiculairement à celle-ci. Une fois près de l’eau, je reste assis là sans bouger.  Il suffit alors de patienter et de bien observer car les truites peuvent venir aussi bien de l’aval que de l’amont. Bien entendu, il faut pêcher ce coup à certaines saisons et horaires, ce n’est pas la fête tous les jours, loin de là. L’horaire, c’est surtout pour avoir une bonne visibilité. Selon la position du soleil, cela peut-être un vrai miroir.  

Ce jour-là, et malgré le fait que la lumière était loin d’être top (ciel voilé), je voyais de temps en temps des truites croiser au large, à environ 10 ou 12 mètres de la berge. Parfois en plein milieu de rivière. La profondeur et le courant ne sont pas conséquents. Le secret ici est très simple, il faut une combinaison grande pointe et nymphe non plombée. Ces deux paramètres vont permettre d’augmenter la distance de dérive. Lorsqu’une truite apparait et qu’elle arrive à distance de lancer, il faut alors poser loin devant elle et laisser la nymphe dériver sans l’animer. On est sur des poissons qui mangent, qui sont là uniquement pour ça. Les nymphes sont repérées par les poissons très vite, aucun besoin de les animer. Après, les imitations ne sont pas prises à tous les coups, cela serait trop beau. Quand ce n’est pas le cas, j’arrive à comprendre assez vite que cela vient de moi. Rarement de la nymphe, même jamais à mon avis. J’ai pu le vérifier plusieurs fois. Il m’arrive de faire des expériences comme sur cette partie de pêche. J’ai pris trois truites avec trois nymphes différentes en aspect, mais en poids identique (Le poids des nymphes, c’est la base de tout). Je l’ai fait volontairement pour me rassurer sur certains points. Une nymphe cuivre, une tête orange et une nymphe de tricho. Les trois poissons attaqués ont pris en dérive inerte. Une grande pointe permet de se rapprocher de la dérive d’une larve naturelle sans toutefois y arriver. Mais peut suffire à tromper dame fario.

Au premier poisson, et une fois ferré, il a fallu que je me laisse glisser dans l’eau pour le combattre afin de l’empêcher de s’engouffrer dans les racines de saule en amont de moi contre la berge et surtout pour l’épuiser dans les meilleures conditions.

Le fond de la rivière était marneux. Je n’étais pas préparé à ça, je pensais atterrir sur un sol dur. Du coup, une fois en contact j’ai bien enfoncé dans le sol au point que mes cuissardes allaient être trop courtes par rapport au niveau de l’eau. Premier remplissage de la saison. Il fallait bien que ça arrive, une saison entièrement au sec n’est pas envisageable pour tout pêcheur qui se respecte. Ce n’est pas pour ça que j’ai changé de coin ou stoppé ma pêche, cela fait parti du jeu justement. Quand mes deux mis m’ont rejoins et sont venus se mettre à mes côtés pour observer mon manège avec les truites, je leur ai expliqué ma mésaventure. C’est là qu’un autre poisson est arrivé de l’aval. Comme le précédent, il a pris ma nymphe en pleine dérive sans l’animer. Au ferrage, j’ai regardé les copains en leur disant : ben pas le choix, faut que je remplisse de nouveau.

Au final, rien de dangereux, juste un peu frais et désagréable. Le plus compliqué dans tout ça c’est la réaction de madame lorsqu’elle trouve dans le linge sale les habits et chaussettes bien mouillés. Mais je pense que vous connaissez tous ça. De mon côté, j’insiste, c’est une marque de fabrique !

Je pourrais mettre les waders de façon systématique mais si je pense que la pêche se fera exclusivement à vue, j’évite. Je suis plus à l’aise en cuissardes. Si dans le cas contraire je pense qu’il peut y avoir des gobages, là, je mets le waders.

Cela ne garantie pas de rentrer au sec malgré tout ! Preuve en est sur une journée de pêche vécue il y a quelques jours. Les conditions étaient cette fois-ci totalement différentes. La rivière était légèrement mâchée faute aux orages de la veille, le niveau un poil plus haut. Je me suis retrouvé au bord de l’eau avec mon ami de toujours, le plus fidèle, le parrain de mon fils.

Quand je suis arrivé, Denis avait déjà pris une truite. Par contre, il avait vu un seul et unique gobage. Qu’à cela ne tienne, nous allions passer un peu de temps ensemble. Nous sommes allés faire les coins sûrs. Pas un rond, rien. Pourtant, il y avait des insectes, aussi bien dans le ciel que sur l’eau, mais pas un seul poisson actif.

Ajouter à cela quelques canoës et le compte était bon. Pas simple ce début de saison pour la pêche en sèche. Alors oui, j’aurais pu faire quelques courants au fil, ou une descente en noyées, mais pas l’envie. C’était l’heure de partir pour Denis, on s’est donc séparé. Je suis allé voir un autre coin, sans résultat. Il commençait à être tard. Les mouches étaient toujours présentes, ce qui me rendait perplexe. Des mouches comme rarement et aucune activité, une rivière vide de poisson.

Je suis donc revenu sur mes pas, j’ai de nouveau marqué un temps d’arrêt sur une fin de plat où j’ai déjà pris bon nombre de truites.

Alors que plus rien ne laissait présager un changement lors de cette après-midi de pêche où je n’avais pas encore fouetté, il me sembla voir un gobage un peu en aval le long d’un bois mort. Sans trop de conviction, je suis rentré dans l’eau pour me positionner. Une fois en place, de nouveau un gobage, c’était bien un poisson ! Le premier que j’allais tenter en sèche de la saison ! Il aura fallu attendre le moi de Mai.

A la première présentation, le poisson a pris ma mouche. Après quelques secondes à se débattre, il s’est décroché. Quand ça ne veut pas aller…

Comme j’étais dans l’eau, j’ai peigné un peu les plus beaux postes devant moi. Comme les deux côtés de ce petit caillou dont le sommet avait bien de la peine à percer la surface de l’eau. Je ne pêche jamais l’eau en sèche d’habitude, il fallait vraiment ne pas savoir quoi faire. J’avais surtout envie de fouetter un peu après ces heures à observer le néant. Bien m’en a prit, car le long du caillou, une truite a intercepté mon émergente de mouche de mai montée sur hameçon de 12. Ma première truite en sèche de la saison. Une trentaine de centimètres mais une belle émotion. Au moment où j’ai remis ce poisson à l’eau, un autre gobage, tout contre la racine en face. Cette rivière me surprendra toujours, cela faisait des heures que tout était mort. Et là, je ne savais plus où donner de la tête.

J’ai eu quelques difficultés à bien présenter ma mouche car le courant était bien plus lent le long de la racine. J’ai blousé la truite en lui posant direct dessus, elle a pris ma mouche à son contact avec l’eau. Un bon 40 pour celle-ci et un joli combat dans la veine centrale.

A trois mètres en amont, un autre gros gobage que j’ai calé par maladresse et précipitation. Même après tant d’années et donc d’expérience, j’arrive à faire des erreurs grossières. C’est ainsi.

Le coup était épuisé. Je suis donc sorti de l’eau à la hâte pour me rendre sur un autre coup où j’étais certain de voir des beaux poissons attablés. C’est toujours le cas quand elles se décident enfin à prendre les mouches de mai. Bon, elles ont mis le temps, mais ça y est, alors que j’avais la rivière pour moi seul, les truites étaient en pleine activité sur ces grosses mouches.

Arrivé sur les lieux, j’ai repris mon souffle. Oui, dès que je cours, ça part en vrille ! Au deux tiers de la rivière, il y avait deux nez qui transperçaient la surface de l’eau sans arrêt. Les deux poissons étaient derrière un gros bloc et deux mètres l’un derrière l’autre dans le même axe face au courant. Un coup facile, c’est certain. Les truites gobaient vraiment franchement et à intervalles très réguliers. Le genre de scènes que l’on rencontre une ou deux fois dans la saison. Voilà, c’était pour moi ce soir-là.

J’ai vite déchanté lorsque j’ai voulu m’approcher pour être à bonne distance. La rivière était en train de monter en fait et je suis vite arriver aux limites de mes waders. Trop loin pour atteindre les poissons. J’étais comme un gosse devant un glacier sans un sou en poche. Puis je me suis vite dis qu’on avait qu’une vie. Le niveau était haut, certes, mais le courant pas très fort. Je ne risquais pas grand-chose si ce n’est d’être bien trempé. J’ai passé le passage plus profond quand même en sentant l’eau rentrer dans mes waders. Une flotte à 12.5°c, ça réveille.  J’ai pu me caler là où je l’avais imaginé mais ma position était bien inconfortable. J’avais quasiment les coudes dans l’eau. Pas grave, les truites gobaient et elles étaient enfin à porté de mouche !

J’ai posé 50 centimètres en amont de la truite qui se tenait le plus en aval du caillou. A peine ma mouche s’est mise à dériver qu’elle a disparu dans la gueule du poisson. Pendu ! Chandelle ! Oula, c’est beau ! La truite au bout, moi qui prenait l’eau et qui commençait à en avoir pas mal dans les waders, un peu la panique quoi. En même temps que je maitrisais cette furie, je faisais marche arrière pour me rapprocher de la berge. J’y suis arrivé non sans mal. Le poisson était merveilleux. Le troisième à l’épuisette en moins de 30 minutes. Tout ce beau monde avec une belle mouche de mai du genre ATE numéro 8 et une avec une SL-mai. Les grandes imitations ne meurent jamais.

Après avoir admiré ce poisson et lui avoir rendu sa liberté, j’ai de nouveau levé la tête. Oui, le deuxième poisson gobait toujours et pas qu’un peu. Vite, la rivière monte, je n’allais pas pouvoir passer encore longtemps.

Avant d’y retourner, j’ai tenté de faire partir un peu de flotte de mes waders histoire de m’alléger. Il m’a fallu faire quelques efforts supplémentaires pour rejoindre ma position d’attaque. Le truc, c’est que le dernier poisson gobait un peu plus en amont que le premier et que je ne pouvais faire autrement que de poser mon bas de ligne directement sur le gros caillou pour lui présenter la mouche, ce que j’ai fait. Comme la première, gloups direct ! Malheureusement pour moi, au ferrage, la belle s’est réfugiée à la vitesse de l’éclair sous le gros bloc sans que je ne puisse rien faire. Dans des conditions normales, j’aurais pu me déplacer et la déloger, mais dans des conditions normales, elle n’aurait certainement pas gobé de façon si innocente. Bref, un joli poisson de perdu, c’est le jeu.

J’ai repris un peu l’eau pour rejoindre la berge. J’en avais assez. De plus, l’intensité des gobages avait disparu aussi vite qu’elle était apparut.

Je suis rentré vraiment heureux d’avoir vécu ces quelques minutes de frénésie alimentaire. Quel plaisir, qui plus est lorsque cela se passe en surface. C’est devenu tellement rare.

Un dernier mot pour les plus jeunes qui liront ce récit jusqu’à la fin, attention quand même à ne pas prendre des risques inconsidérés. J’étais là sûr de moi. Une gravière que je connais depuis plus de 30 ans, je savais où je mettais les pieds et j’ai fait tout ça avec un débit vraiment très faible. Aucune chance de sentir rouler les galets sous mes pieds comme cela peut-être le cas quand le courant pousse plus fort. Je ne suis pas passé loin au moins une ou deux fois dans ma vie de pêcheur, donc attention à vous.

dimanche 6 mai 2018

Thibaut a retrouvé ma truite !

Voilà une histoire de pêche vraiment peu commune. Le genre d'histoire que nous nous souviendrons, Thibaut et moi, jusqu'à la fin de nos jours.

Revenons à la saison de pêche 2014. Un jeune homme venant des Pyrénées me contacte pour une commande de mouches. Il vient à la maison et j'accroche assez vite avec lui. Il est là pour un long séjour axé nymphe à vue. Je n'ai plus de souvenirs bien précis, mais il se trouve que nous nous sommes croisés au bord de l'eau un ou deux jours après. Il en a profité pour me regarder pêcher un peu. J'étais ce jour-là sur une vaironnée. Quelques belles truites picoraient les vairons sur leur lieu de reproduction. J'avais bien du mal à les faire mordre d'ailleurs. A tel point que je me suis décidé à nouer un streamer au bout de ma pointe et de faire une première dérive inerte un peu comme en nymphe. Une truite a mis un coup de gueule sur le côté, j'ai ferré, elle était à moi. Cette truite que j'ai estimé à l'époque à 45cm avait comme particularité d'avoir des tâches et non des points sur les flancs. Elle était aussi très jaune et avait un léger bécard ce qui pouvait laissé penser que c'était un mâle. Nous étions avec mon compagnon du jour en admiration devant ce poisson. Il était reparti dans son élément sans aucun problème.

Lors de la saison 2015, et ce vers la fin du printemps, j'étais à la pêche avec Akira, mon ami japonais et mon fils. Le niveau était idéal pour une partie de nymphe à vue. Je me souviens que Thibaut avait réalisé un très joli coup de ligne devant les yeux admiratifs d'Akira. De mon côté, et après avoir pris en photo Thibaut en pleine action, je suis monté dans le radier en amont. Alors que j'étais encore sur la berge, j'ai repéré une très belle truite qui remontait le courant tout en piochant sur le fond. J'ai à peine mis un pied dans l'eau pour me décaler afin d'avoir une bonne fenêtre. Je pouvais tenter le poisson. A la première dérive de ma cuivre, elle s'est soulevée. Elle était à moi. Ce que je ne savais pas, c'est que ce poisson était le même que j'avais pris l'année d'avant au streamer. Elle était encore plus belle, plus longue. Et ces tâches irrégulières sur les flancs jaune, une merveille de la nature. Une fois de plus, elle est repartie au mieux.

Prendre le même poisson deux ans de suite, c'est déjà assez cocasse. Cette truite avait du prendre 5 centimètres environ. Je ne l'ai pas revu en 2016, ni en 2017. Je ne vous cache pas que j'étais certain qu'il lui était arrivé malheur. Nous avons eu beaucoup de mortalité sur la population de gros poissons ces deux années là, j'étais donc persuadé qu'elle faisait parti du lot.

Ce samedi, Thibaut s'est levé tôt. Il n'arrivait pas à dormir. Bref, il s'est vite branché à sa console pour faire une ou deux parties. J'étais à l'étau. Je lui ai dit une fois : si tu veux, je t'emmène où tu as envie à la rivière, il faut super beau. Pas de réaction, une autre partie de console. Sa mère, quelques minutes après moi, lui dit qu'il devrait profiter du beau temps. 9h30, Thibaut me dit, papa, je mets le waders et tu m'emmènes stp. Ben voilà !

Thibaut n'avait pas pris la canne depuis le tournage de Seasons. Je l'ai donc laissé à la rivière sur un parcours de son choix pour 2 petites heures. Je devais le récupérer à 12h car il avait un match de foot à l'extérieur. Je n'ai d'ailleurs pas pu aller le chercher car j'avais des clients à la maison. C'est donc sa maman qui y est allée. A peine la voiture devant la maison à leur retour que je suis sorti à leur rencontre. Sa maman me dit : il fallait y aller ce matin ! Et Thibaut d'enchaîner, j'ai fait une truite de 61cm papa !

Ho super ! Montres moi vite les photos que je vois ce poisson. Et là, de suite à la première vision, je regarde Thibaut et je lui dis : Thibaut, c'est ma truite bordel ! On s'est donc précipité tous les deux à mon atelier où j'ai un agrandissement encadré de ce poisson pris la deuxième fois en 2015. Thibaut a mis son téléphone à côté et nous avons comparé les points. Le doute n'était plus permis, ma truite était en fait toujours vivante, plus belle que jamais et c'est mon fils qui l'avait prise. Quelle histoire extraordinaire. Il y avait beaucoup de joie, car un tel poisson, ce n'est pas tous les jours, mais en plus avec un tel passif, c'est vraiment hors normes. Le bécard est encore plus prononcé, ce mâle a du transmettre ses gênes durant tous ces hivers. Et quels gênes. Il est passé entre les mortalités. Quel poisson, quel combattant.

Après l'émotion partagée, Thibaut m'a raconté sa prise. Il venait de casser une truite au ferrage de sa faute avec un mouvement beaucoup trop sec ! Sa pointe était donc neuve. Il avait une cuivre au bout. Il venait de voir dépasser dans le radier amont un museau. Il s'est donc déplacé pour être en face du poisson. Elle était là, au fond. Il a fait deux dérives avec la cuivre sans aucune réaction du poisson. Rien.

Il a donc décidé de nouer un gammare JFD-14. Il a fait poser sa nymphe trois bons mètres en amont du poisson, légère animation et là, la truite s'est bien soulevée pour prendre son imitation. Un joli combat s'en est suivi pour se terminer dans son épuisette. Thibaut n'est pas comme son père, il a son mètre lui. 61 centimètres, soit environ 11 de plus qu'en 2015. La truite est repartie comme une furie et nous espérons tous les deux la revoir avec une immense joie en 2019.

Aux personnes qui pensent que de relâcher un poisson est inutile, dites vous que si cette truite avait été prélevé en 2014, elle aurait frayée 4 hivers de moins...Et cela représente quelques truites au final, pas une seule !

2014, le papa - Estimée à 45cm.

2015, le papa - Estimée à 50cm.

2018, le fils - Mesurée à 61cm.

vendredi 27 avril 2018

L'histoire d'une truite (41)

Les années passent, mais les bons postes à truites sauvages ne semblent pas vouloir changer. Il est amusant de se souvenir où l’on prend le plus de truites selon les différentes périodes de la saison de pêche. J’aime beaucoup faire ce travail de recherche et j’ai même parfois des regrets de ne pas avoir pris plus de notes écrites pour confirmer à coup sur tout cela.

Un peu comme pour le grand gibier, il y a « des passages » qui restent réguliers quoi qu’il arrive pour les truites sauvages. Pourtant, d’une saison sur l’autre, ou même plus encore d’une décennie à l’autre, les poissons ne sont pas les mêmes. Peu importe, ils passeront toujours  précisément sur ce banc de sable ou devant cette arrivée de bief. C’est inéluctable.

Chaque année, j’en rigole. Je me mets sur la berge, en attente bien calé contre un frêne ou une verne (aulne) et je me dis : normalement, ça va arriver de là pour venir ici. Bingo, ça marche à chaque fois. Bien entendu, tout est remis en cause une fois le poisson pêché, qu’il soit pris ou pas d’ailleurs. Le simple fait de lui faire peur et il est tout à fait possible ne plus le voir de la saison à ce même endroit. Le « bon passage » d’années en années sur un poste est souvent lié à l’époque, printemps, été et aussi à l’horaire, matin, midi, soir…

Il y a quelques jours, je suis allé faire un bout de berge en pensant aux saisons précédentes. J’ai remarqué depuis de nombreuses années que sur ce linéaire qui doit faire tout juste 150 mètres, les truites sortent à l’eau basse en avril et en début de soirée, jamais plus tôt dans la journée. C’est comme cela tous les ans, et je ne l’ai pas remarqué ailleurs. J’ai fait cette berge à tous les horaires, à toutes les époques, comme de nombreuses autres. Ici, la plus grande activité, c’est fin avril si les eaux sont basses et uniquement en début de soirée. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien du tout. Ce que je sais, c’est que cette année, c’est de nouveau comme ça.

C’est là qu’on se dit que la maîtrise de la technique de pêche est une chose, mais que la parfaite connaissance du milieu, de son fonctionnement et du comportement des truites est tout aussi important voir plus. Dans ce cas là, c’est largement plus tant les truites sont "faciles" à prendre pendant quelques jours. Elles sortent pour manger et elles ne font pas semblant. Elles sont très actives.

Bien entendu, elles gardent une méfiance naturelle, mais la différence est assez flagrante. Il y a de plus des signes qui ne trompent pas. Je vois durant cette période assez courte (pas la peine de me pister, c’est terminé ;-) ) toutes les classes d’âge sur ce même linéaire. Aucune truite ne s’occupe de celle d’à côté. Elles ne pensent qu’à une chose, manger le plus possible. L’activité stoppe en général brutalement une petite heure avant la nuit noire. Il ne faut donc pas louper le créneau.

Le reste de l’année, il m’arrive de voir des poissons sur ce linéaire, mais cela n’a rien à voir avec la densité de ces quelques jours d’avril et surtout avec la folle activité qui y règne.

Ce soir-là, je venais de voir deux très beaux poissons que j’ai merdouillé par maladresse. Dont une manquée au ferrage ce qui m’arrive de plus en plus malheureusement. C’était mon gros point fort, j’avais quasiment aucun déchet. Les années font que je régresse, va falloir que je m’y habitue !

Sur le poste suivant, un endroit où j’ai déjà tenté des dizaines de truites par le passé, je me suis fondu dans la ripisylve, accroupi et j’ai patienté en prenant le temps d'observer autour de moi. J’ai fixé mon regard sur l’amont, car par expérience, les truites viennent sur ce banc de sable ramasser ce qui s’y trouve uniquement en descendant la rivière. Encore une fois, je ne sais pas exactement pourquoi, mais le circuit des poissons qui passent ici est ainsi fait depuis que je le connais, et ça fait une paire d’années.

Quand la truite du jour est apparue dans mon champ de vision, j’ai rigolé tout seul. J’avais envie de lui dire : On ne se connait pas, mais qu’est ce que tu es prévisible. J’ai même poussé le vice à lui laisser faire deux fois son circuit sans l’embêter. C’est hallucinant de voir à quel point ces poissons de générations en générations font la même chose aux mêmes endroits à la même époque aux mêmes horaires. Alors ce n’est pas forcément tout le temps vrai, mais très souvent d’après mes observations.

A la troisième apparition de la truite, je lui ai poliment proposé d’engamer mon gammare JFD en 14. Elle m’a rendu la politesse en faisant un écart qui ne laissait aucune place aux doutes. Après un ferrage énergique, nous étions liés tous les deux par quelques brins de nylon et un hameçon habillé de plume et de plomb.

Ho certes, ce n’est pas un grand coup de ligne, non, une simple arbalète depuis la berge. Mais le fait d’avoir deviné à l’avance ce qui allait se passer sans même avoir vu le poisson suffisait à mon bonheur. Et j’ai encore ce besoin de conclure ce genre d’action par la prise de la truite. Je n’oublie pas que je suis pêcheur, jamais !

Une truite bien claire, comme souvent sur ce poste, avec une pigmentation bien dense et sans zébrure. Elle m’a fait un combat violent ce qui indique qu’elle est en pleine forme. Une bonne nouvelle !

Elle est repartie après deux photos souvenir. Je pense que je ne la reverrais pas ici celle-là. C’est vraiment une zone où les poissons viennent se nourrir et une fois « emmerdées » par un pêcheur, ces truites quittent les lieux. Du moins jusqu’au mois d’avril de l’année suivante où de nouveau, je leur donnerais rendez-vous. C’est certain !

lundi 23 avril 2018

Séjour père & fils à Veirières.

Une fois encore, c'était top !ver2.jpg

 

Lire la suite »

samedi 14 avril 2018

David Chaignon dans le Jura pour un Seasons Hebdo.

A voir le 11 mai !dc.jpg

 

Lire la suite »

samedi 10 mars 2018

L'histoire d'une truite (40)

Nouvelle histoire de pêche...

Lire la suite »

jeudi 8 février 2018

Thibaut chez Hardy (6)

Un court billet pour vous informer de la mise en ligne d'un nouvel article de mon fils sur le blog du Team Hardy France. Cliquez sur le lien suivant, merci pour lui => Une nouvelle saison pointe son nez.

- page 1 de 15