Nicolas39 - Pêche à la mouche

La pêche à la mouche sur le blog de Nicolas Germain, un Jurassien amoureux de sa rivière, la Haute Rivière d'Ain.
Centre de pêche en Bosnie.

Accès au Fly Shop Signez le livre d'or Suivez-moi sur facebook Le Fly Shop sur facebook

Mot-clé - Cormoran

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi 14 janvier 2026

Informations Pêche Jura 2026

La Fédération de pêche du Jura a publié sur ses réseaux sociaux et son site internet une information concernant les arrêtés pêche de 2026. Je vous mets ci-dessous la planche qui résume tout cela. N'hésitez pas à cliquer sur l'image pour l'agrandir.

En ce qui nous concerne, l'ouverture de la truite se fera le 14 mars. Cela ne peut être plus tard. Tout à fait le contraire de l'an passé où cela ne pouvait pas être plus tôt (soit le 8 mars). Quoiqu'il en soit, cela reste le deuxième samedi de mars. Il faudra donc patienter cette année. Ce document nous apprend aussi que pour la truite sauvage, il n'y a aucun changement. Or parcours No Kill, (linéaires qui restent largement minoritaires dans le Jura), chaque pêcheur pourra conserver deux géniteurs par jour. Merveilleux. Vous noterez aussi que l'ombre est toujours, et ce depuis la fin du siècle dernier, interdit à la pêche.

Entre les AAPPMA, la Fédération et les services de l'état, je ne sais pas quand ils vont se réveiller sérieusement. Tout le monde est pleinement d'accord sur le constat de l'affaiblissement des populations de truites sauvages mais personne n'actionne le seul levier à notre disposition. C'est quand même fabuleux !

Bien évidemment, et je le répète pour la énième fois, le no kill n'est pas une solution. C'est au mieux un pansement qui freine l'hémorragie sans la stopper. Mais quand on ne fait rien pour améliorer la qualité de l'eau, quand on ne peut rien faire pour freiner le réchauffement des eaux, quand rien est fait de concret sur la prédation des piscivores, on a le devoir d'agir sur le seul domaine où nous pouvons le faire. Les prélèvements par pollution, thermie trop élevée et prédation venue du ciel sont déjà colossaux. Donc stop !

Ne prenez pas votre carte de pêche au hasard s'il vous plait. Il y a des AAPPMA qui compris cela. Merci.

D'ailleurs, rien que pour parler encore une fois de la prédation des piscivores, le début d'année a été terrible. Si nous avons eu des températures négatives assez marquées depuis Noël, c'est vraiment du 1er au 7 janvier où cela s'est intensifié avec un pic du 4 au 7. C'est bien simple, la population d'oiseaux sur la rivière d'Ain a explosé durant cette période. Je peux vous le dire puisqu'avec des amis nous étions tous les jours sur l'eau. Nous nous sommes relayés sur le parcours à des horaires différents pour pousser les oiseaux hors de nos linéaires. Du matin au soir il a fallu faire des allers et retours sans cesse. Il y avait des dizaines de cormorans et de harles qui n'avaient d'autres choix que de pêcher à la rivière puisque toutes les eaux closes étaient gelées. Mon fils en faisait fuir un cormoran qui sortait de l'eau a vu une truite de 45 centimètres s'échapper de son bec. Elle était déjà morte...Une semaine de massacre, véritablement. Il fallait le voir pour le croire. Je n'imagine même pas les linéaires où personne ne les dérangeait...Surtout que je voyais tôt le matin des armadas d'oiseaux monter sur Champagnole, Syam ou Sirod depuis les dortoirs en aval. Il est évident que durant ces quelques jours c'est des centaines de truites et d'ombres qui ont disparus.

Les températures chez nous.

En France, comme dans tous les domaines, il faut encore faire des études pour prouver ce que tout le monde sait déjà. En Hongrie par exemple, une fois que toutes les eaux closes sont gelées et que les cormorans s'abattent par défaut sur les rivières bien peuplées en poissons sauvages comme la très connue Tisza, ils prennent les décisions qui s'imposent et ne laissent pas faire...Eux !

mardi 6 janvier 2026

Catastrophe en cours.

Depuis Noël, les températures sont négatives. Ces mêmes températures ont encore baissé depuis le 1er janvier. Nous avons régulièrement le matin des valeurs inférieures à -15°C. Hier matin nous avons même frôlé les -18°C par exemple. La conséquence est terrible pour nos rivières et plus encore pour leurs habitants ou ce qu'il en reste.

Effectivement, toutes les eaux closes ou inertes sont prises par les glaces sur une grande partie de la région. Du coup, les oiseaux piscivores, cormorans et harles bièvres, se regroupent pour pêcher sur les seuls linéaires libérés des glaces avec encore quelques truites et ombres dans l'eau. La rivière d'Ain et la Bienne sont en première ligne. Ces deux rivières voient tous les jours des vols compacts d'oiseaux arriver de Coiselet, Vouglans et des autres retenues. C'est le défilé tous les matins dans notre ciel.

Je ne parle pas d'un ou deux oiseaux ici et là. Non, c'est des dizaines d'oiseaux qui se partagent la haute rivière d'Ain. De Châtillon à Sirod c'est un carnage journalier. Cela dure depuis bientôt deux semaines avec une intensité peu commune. Autant dire que si vous avez eu la chance de croiser l'an passé des juvéniles comme sur les deux photos ci-dessous, mettez-vous bien dans la tête qu'ils sont sans doute déjà transformés en fientes ! Vu le carnage journalier, il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre la baisse des effectifs de poissons comme des pêcheurs prenant leur carte !

Ces jeunes poissons véhiculaient l'espoir. Ils sont en réalité des casse-croûtes à cormorans !

samedi 8 novembre 2025

Article de Didier Pruneau sur la prédation du grand Cormoran.

Je publie aujourd'hui un article rédigé par l'ami Didier Pruneau qu'il m'a fait parvenir afin de le partager ici. Les articles de Didier sont toujours d'une grande précision. Bonne lecture.

Impact du Cormoran sur les populations piscicoles en Europe Cas d'une rivière emblématique: La Seine en Côte d'Or.

Didier Pruneau - Novembre 2025

Résumé :

  • Le Grand Cormoran, Phalacrocorax carbo, est un oiseau piscivore dont la population a explosé en Europe passant de 70 000 à 2 millions d'individus en 50 ans. Le Grand Cormoran fréquente les eaux dormantes et courantes, et consomme en moyenne 500 g de poisson par jour.
  • Des études scientifiques récentes menées au Danemark et en Autriche, et extrapolables à la Seine en Côte d'Or, montrent clairement un impact majeur du Grand Cormoran sur les populations de truites fario et d'ombres commun.
  • Ces études menées dans le cadre du projet européen Protect-Fish démontrent sans ambiguïté que le Grand Cormoran réduit en deux ans les populations de truites fario sauvages d'environ 30% et celles d'ombres communs de plus de 70%. La prédation hivernale seule (5 mois environ) par le Grand Cormoran réduit de 33 à 40% les effectifs d'ombres communs.
  • Rappelons que l'ombre commun est classé comme espèce vulnérable en Europe et que ses populations s'effondrent.
  • A cela s'ajoutent les blessures souvent sévères occasionnées par le Grand Cormoran pouvant conduire au dépérissement des poissons et/ou au développement de maladies telles que la Saprolégniose.
  • Au-delà de la prédation directe, le stress exercé par cet oiseau sur les truites et ombres, notamment en période de fraie, est considérable et ne peut qu'affecter leur reproduction. Des études seraient nécessaires pour quantifier cet impact.
  • La Seine en Côte d'Or est une rivière de première catégorie et les observations qui y sont faites par les pêcheurs sont en parfaite cohérence avec les données scientifiques.
  • Sur ce parcours, l'ombre commun dont le prélèvement est interdit sur plusieurs secteurs par arrêté préfectoral voit sa population stagner à des niveaux très faibles (en particulier dans les tailles moyennes de 25 à 40 cm) du fait de la prédation par les cormorans.

Photo Alain Gaudiau - Cormoran avec une truite sur la Dordogne.

Introduction

Le Grand Cormoran est un oiseau piscivore de grande taille. En Europe, on distingue deux sous-espèces, Phalacrocorax carbo carbo, la maritime, et Phalacrocorax carbo sinensis, la continentale. En dehors des nicheurs, la France accueille aussi des migrateurs et des hivernants venant de Grande-Bretagne ou du nord de l’Europe. Le Grand cormoran est un redoutable prédateur constituant une des plus grandes menaces pour nos populations de poissons d'eaux douces courantes et dormantes. Il faut observer que cet oiseau n'a pas de prédateur hormis le pygargue à queue blanches dont la population est malheureusement anecdotique en France. En nous appuyant sur des études scientifiques solides, nous démontrerons dans cet article l'ampleur de la prédation du Grand Cormoran sur les populations piscicoles d'eau douce et nous évoquerons les conséquences écologiques et économiques qui en découlent. Plus particulièrement, nous nous intéresserons à la prédation massive par le Cormoran des truites fario et ombres communs, sachant que ces deux espèces indigènes et emblématiques des rivières de première catégorie sont en situation précaire du fait notamment de la dégradation des milieux.

Une situation préoccupante en Europe.

La population de Grand Cormoran en Europe a augmenté passant de 50 000 dans les années 1970 à plus de deux millions aujourd'hui (1). Cet accroissement des populations s'est accompagné de la conquête et du développement de l'espèce dans les eaux douces. Le coût pour l'aquaculture et la pisciculture de la prédation par le Grand Cormoran en Europe est évalué à 350 millions € en 2023 et 2024 (1). De plus, la perte pour la pêche récréative est de l'ordre de 100 millions € si l'on se base uniquement sur la prédation de poissons d'élevage lâchés en milieu naturel (1). Le problème est tel qu'un plan visant à réguler les populations de Cormoran au niveau européen a été récemment élaboré. Ce plan ayant l'appui de United Nations Fisheries, European Inland Fisheries et de Aquaculture Advisory Commission (EIFAAC) a été établi par Angling Trust et European Angler Alliance (EAA). Ainsi, une première conférence sous l'égide de la Présidence Polonaise de l'Europe s'est tenue en juin dernier à Bruxelles lors de laquelle les premiers résultats du projet Protect-Fish (https://protectfish.eu) ont été présentés. Le projet Protect-Fish soutenu par l'Union Européenne à hauteur de 4 millions € a pour objectif d'étudier l'impact de la prédation du Grand Cormoran sur les poissons d'eau douce, avec un focus particulier sur l'ombre commun. Ce projet, sous la direction du Danois NT Jepsen implique le Danemark, la Suède, l'Allemagne, l'Autriche, la Tchéquie, la Pologne et l'Italie (liste non exhaustive). Si la France ne participe pas, hélas, à ce projet, les résultats concernant, notamment l'ombre commun, sont et seront extrapolables. Rappelons que l'ombre commun (Thymallus thymallus) est en Europe classé espèce vulnérable (classification IUCN) et que les populations sont en déclin marqué depuis une vingtaine d'années (3).

Des études scientifiques européennes récentes démontrent que la prédation par le cormoran entraîne une réduction importante des populations de truites et ombres communs.

Si les acteurs du monde halieutique et piscicole, constatent depuis des années une intense prédation par le cormoran, conduisant à l'anéantissement du cheptel piscicole déjà considérablement amoindri par la pollution chronique des rivières, ces observations ont été contestées, ici ou là, du fait de leur caractère empirique. Deux études récentes viennent balayer cet argument. Tout d'abord, Jepsen et coll. (4) ont réalisé une étude dans deux rivières Danoises dont la biomasse est largement constituée de truites fario et ombres communs. Ces deux rivières ont un profil de rivière de plaine et la pression de pêche amateur ainsi que le prélèvement sont minimes. Dans les zones étudiées, il n'y a pas de lâcher de poissons d'élevage. La méthode utilisée consistait en l'introduction d'un marquage PIT («Passive Integrated Transponder») dans la cavité ventrale des poissons capturés par pêche électrique, méthode semblable à la pose de «microchips» chez les chiens et les chats. 2625 truites et 128 ombres ont été marqués. De plus, 25 ombres était équipés et suivis par une autre méthode, la télémétrie. Les marqueurs des poissons consommés par les cormorans étaient recherchés au pied des nichoirs dans un rayon de 21 km. Il faut remarquer que la prédation par d'autres espèces (hérons cendrés, loutres et visons) a également été estimée. Des caméras placées en bord de rivière ont permis d'estimer le nombre de cormorans. Les principaux résultats de cette étude montrent qu'en trois années (2013 à 2016), 29,5% des truites fario et 72,3% des ombres de la rivière Norrea ont été consommés par les cormorans. Il faut observer qu'un maximum de dix cormorans a été observé pendant les périodes de grand froid, un seul oiseau étant observé en général. En cinq mois seulement sur la rivière Kongea, c'est 33% des ombres qui ont été éliminés par les cormorans.

Une autre étude a été récemment conduite par Kurt Pinter et Michael Grohmann (BOKU University, Vienne, Autriche) (5). Dans cette étude, seule la prédation hivernale (2020-2021 et 2021-2022) a été déterminée sur des tronçons des rivières Ager (3km), Alm (7 km) et Traun (28 km). 25 espèces de poissons sauvages ont été marqués par la méthode PIT (décrite précédemment) pour un total de 4867 individus dont 593 truites fario et 415 ombres. Les marqueurs ont été récupérés sous les nichoirs. Les résultats indiquent que 18% des truites et 40% des ombres ont été éliminés par les cormorans dans les seuls mois d'hiver. A noter que ce sont les poissons de 30 à 35 cm qui sont les plus touchés. Il faut également remarquer que 28 et 24% des perches et des brochets étaient également prédatés par les cormorans.

En résumé,

  • Les deux études scientifiques exemplifiées précédemment montrent clairement que la prédation des truites fario et plus encore des ombres communs par le cormoran est très élevée.
  • La méthodologie utilisée basée sur le marquage électronique des poissons (dite méthode par «PIT-tagging») est robuste.
  • Les résultats des deux études conduites dans deux pays européens différents sont parfaitement cohérents.
  • En un hiver, 18% des truites et 33 à 40% des ombres sont la proie des cormorans.
  • En deux années, 28% des truites et 72% des ombres sont éliminés par les cormorans.
  • Les poissons consommés vont de 12 à 45 cm avec une préférence claire pour les tailles allant de 25 à 35 cm.
  • Selon K Pinter, la pression de prédation sur les ombres est telle qu'un recouvrement des populations, dans l'état actuel des choses, peut être exclu.

Cas de la Seine entre Châtillon sur Seine et Gomméville (Côte d'Or)

La Seine en Côte d'Or est une rivière de première catégorie qui jouit de l'apport de résurgences froides en aval de Châtillon sur Seine. Elle est essentiellement peuplée de truites fario et d'ombres communs. Cette section de la Seine entre St Colombe s/Seine et son arrivée dans l'Aube est, ou du moins était, considérée comme un des plus beaux parcours de France, attirant de nombreux pêcheurs et amoureux de cette rivière n'hésitant pas à parcourir des centaines de kilomètres pour lui rendre visite. Evidemment, ceci avait un impact économique positif, quoique difficilement chiffrable. En dépit d'un état écologique relativement stable et d'une réglementation halieutique restrictive (par exemple, interdiction de prélèvement de l'ombre commun sur une grande partie du parcours), nous assistons à une baisse des populations de truites et ombres, notamment dans les classes moyennes (25 à 40 cm), comme en attestent les résultats de pêche électrique. La présence permanente de cormorans, aisément constatable par toute personne fréquentant la rivière, ne laisse que peu de doute sur les causes d'une érosion des populations de salmonidés. Rappelons que le Grand Cormoran consomme en moyenne 500 g de poisson par jour, chiffre qui peut s'élever à 1,1 kg voire 1,9 kg/jour lors de l'élevage des poussins (6). Les dernières données de pêche électrique montrent des densités de truites et ombres au mieux de 60 kg/ha. Ainsi, on peut estimer qu'une dizaine de cormorans, comme cela est fréquemment observé en hiver, anéantit environ 600 m de la Seine en 10 j. De plus, le cormoran est une espèce «invasive» dans nos régions dans le sens où il est apparu il y a une trentaine d'années et s'est considérablement développé depuis. Ainsi, les truites et encore plus les ombres n'ont pas de stratégie de défense face à ce redoutable prédateur. La prédation par le Cormoran dans les rivières de première catégorie en Côte d'Or n'est pas une préoccupation récente. En effet, en 2000 une étude conduite précisément sur la Seine (7) a permis de montrer que cet oiseau consommait essentiellement truites et ombres et blessait un nombre non négligeable de poissons. Hélas, les moyens techniques utilisés ne permettaient pas de quantifier précisément la prédation. Ce sont donc les données scientifiques obtenues au Danemark et en Allemagne et présentées ci-dessus qui permettent de mesurer l'ampleur du phénomène. Il convient d'observer que ces données sont transposables à la Seine et aux cours d'eau de première catégorie en Côte d'Or. Ainsi, il y a une similitude dans les profils de rivière (population piscicole mixte, rivière à régime peu rapide, fond sableux et herbiers) et la présence de nichoirs de cormorans dans un rayon de 20 km. Sont également régulièrement observés des poissons portant des blessures, souvent importantes, correspondant à l'emprise du bec crochu du Grand Cormoran. Ces blessures peuvent conduire au dépérissement des poissons ou au développement de maladies telles que la Saprolégniose. Enfin, il faut ajouter un élément difficilement quantifiable qui est le stress provoqué par les cormorans sur les poissons. En période de fraie notamment, truites et ombres se rassemblent dans des zones courantes peu profondes, ces rassemblements attirant inévitablement les cormorans ce qui, au-delà de la prédation directe, perturbe considérablement la fraie.

Photo Alain Gaudiau - Cormoran avec une truite sur la Dordogne.

Discussion

Si pendant longtemps l'appréciation de l'impact du Grand Cormoran sur les populations de salmonidés et thymallidés est restée non chiffrée et relativement empirique, les études scientifiques récentes et en cours permettent de quantifier les prélèvements par cet oiseau piscivore. Ainsi observe-t-on que les truites sont fortement touchées, et que les ombres peuvent voir leur population, en quelques années seulement, s'effondrer. La truite fario sauvage, quoique n'ayant pas de statut particulier, est une espèce dont le nombre est en forte réduction en Bourgogne-Franche-Comté. L'ombre commun, classé espèce vulnérable en Europe, subsiste à de faibles niveaux en Côte d'Or, et a quasiment disparu de certaines rivières emblématiques de Franche-Comté telles que la Loue et l'Ain. Ainsi, il nous semble indispensable de procéder à une régulation des populations de Grand Cormoran si l'on souhaite préserver la biodiversité des rivières de première catégorie.

Références

  1. 1- Much needed new European Management Plan for Cormorants moves a step closer. Angling Trust, 13 June 2025.
  2. 2- Shocking true cost of Cormorant predation in European waters revealed. Hawkswell A., Angling International, 10 June 2025.
  3. 3- Freyhof J. et al. Rote Liste und Gesamtartenliste der sich im Süßwasser reproduzierenden Fische und Neunaugen (Pisces et Cyclostomata) Deutschlands. Naturschutz und Biologische Vielfalt, 170(6), 63 S, 2023.
  4. 4- Jepsen N., Ravn H.D. and S. Pedersen. Change of foraging behavior of cormorants and the effect on river fish. Hydrobiologia, 820, 189-199, 2018.
  5. 5- Pinter K. Cormorant predation in a grayling stream in the Austrian foothills – Insights from PIT-tagging. Protect-Fish Project, EAA Assembly, 2025.
  6. 6- Platteeuw M., Koffijberg K. and W. Dubbeldam. Growth of Cormorant Phalacrocorax carbo sinensi chicks in relation to brood size, age ranking and parental fishing effort. AEDEA, 83 ; 235-245, 1995.
  7. 7- Commegrain C. Impacts du Grand Cormoran sur les rivières de première catégorie Côte d'Oriennes. Diplôme Universitaire de Recherche, Année 1999-2000.

jeudi 23 octobre 2025

Autriche, une nouvelle étude sur l'impact des cormorans.

En Autriche, l'impact du grand cormoran sur l'ombre commun a fait l'objet d'une étude très sérieuse.
ProtectFish, l’Université des Ressources Naturelles et des Sciences de la Vie de Vienne (BOKU), partage ses premiers résultats avec l’European Anglers Alliance (EAA) à Vienne.
Lors de la récente Assemblée Générale de l’European Anglers Alliance à Vienne, le Dr Kurt Pinter – membre de notre partenaire ProtectFish, l’Université des Ressources Naturelles et des Sciences de la Vie de Vienne (BOKU) – a présenté les premières conclusions des études de terrain du projet en Autriche, réalisées dans le cadre du Work Package 4.
Principales conclusions de la saison hivernale 2024/25 :
  • Sur la rivière Haute Drau , la biomasse d’ombres communs a diminué de 96 % depuis 1989, sans signe de rétablissement malgré les efforts de restauration. La prédation continue des cormorans est identifiée comme un obstacle majeur.
  • Sur la rivière Traun, une étude par PIT-tag a révélé qu’environ 50 % des ombres communs marqués ont été prédatés par des cormorans.
  • L’impact de 20 cormorans dans un rayon de moins de 25 km de leurs sites de repos est plus important que celui de 1 000 cormorans sur les espèces de poissons situées à plus de 25 km de leurs dortoirs.
Ces résultats soulignent comment la proximité entre les dortoirs de cormorans et les stocks de poissons influence directement la pression de prédation. Le marquage par PIT-tag s’est avéré une méthode précieuse pour illustrer ces dynamiques.
Pour la suite, l’Université des Ressources Naturelles et des Sciences de la Vie de Vienne (BOKU) continuera de collaborer avec les communautés locales et les partenaires pour :
  • Évaluer l’impact de la présence des cormorans sur les stocks de poissons dans le district de Spittal an der Drau (hivers 2025/26, 2026/27 et 2027/28).
  • Réaliser des évaluations annuelles des stocks de poissons et des marquages.
  • Surveiller les populations de cormorans à l’aide de caméras de faune.
ProtectFish reste engagé à développer des solutions pratiques et scientifiques pour la conservation des poissons et une gestion équilibrée des écosystèmes fluviaux.
Pour en savoir plus il suffit de cliquer sur le lien de l'étude => Etude cormoran 
 
 

dimanche 27 octobre 2024

Régulation du grand cormoran

Le projet d’arrêté du grand cormoran est actuellement soumis à consultation public et ce jusqu’au 8 novembre. Cette donc la dernière étape avant la publication du texte correspondant à la réouverture des tirs de régulation de cette espèce piscivore.

Je vous invite donc à cliquer sur le lien suivant pour accédez à la consultation. Après lecture de celle-ci, laissez bien votre commentaire en bas de page. Si toutefois vous manquez d'inspiration, je vous mets en dessous du lien de la dite consultation un retour écrit par le président de la fédération de l'Ain qui pourrait vous inspirer. Merci de prendre ces quelques minutes...

https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-fixant-les-conditions-et-limites-a3088.html?fbclid=IwY2xjawGKsB1leHRuA2FlbQIxMAABHeOPrF8q5uShuDT7hj4EwE4zj74pDwwuWASTpqqp2TlU8FMfJXelojaoKg_aem_-N2hvLU8umLjBQNYq8cqKQ

Sur la forme de l’arrêté :
Ce nouvel arrêté ne respecte pas la décision du conseil d’état, le retour de cette régulation aurait dû être effectif au 08 novembre 2024 dernier délai, la consultation du public devant au minimum durer 21 jours. Il est de facto impossible pour l’état de respecter ce délai.

De la prise en compte de nos remarques dépendent les suites que nous donnerons au non-respect de ce délai.

Quant à la description faite de l’espèce, le cormoran a beau être « inféodé aux eaux douces », c’est une espèce allochtone « cité que dans deux sites archéologiques ruraux français sans que ces observations permettent au demeurant de conclure à sa reproduction in situ » (L. MARION, 2003). C’est une espèce allochtone de notre département, et ceci est une certitude qu’aucune donnée scientifique ne peut contredire.

Enfin,nous ne comprenons pas pourquoi toutes les études européennes qui incriminent clairement le cormoran dans la raréfaction du patrimoine piscicole ne sont pas prises en compte : KOHL 1996 ; WURM 1998 ; KELLER et al. 1996 ; BAARS et al. 2001 ; JEPSEN et al.2018 ; STAUB et al. 2002 ; STAUB et al. 1992; SKOV et Al. 2010 ; ESCHER M.; VONLANTHEN P. (2005); Holm P. (2000).

Ces études, reconnues et prises en compte dans de nombreux pays et notamment en commission européenne(ex : Jepsen et Al. 2018) sont ignorées par le CNPN. Ce dernier a d’ailleurs émis un avis défavorable.

Pour rappel, le CNPN est présidé par le plus grand défenseur du cormoran, Loïc MARION, dont la nomination en 2022 coïncide avec la suppression de la régulation du cormoran, lui qui est également responsable technique au sein de l’association qui a porté plainte contre cette régulation, mais aussi membre du GNC qui a travaillé à la rédaction de l’arrêté modificatif.
Bien que tout cela ne soit que coïncidence et n’enlève rien aux compétences de ce monsieur, certaines personnes pourraient y voir un conflit d’intérêt évident, encore plus avec cet avis DÉFAVORABLE d’une instance censée défendre la biodiversité française, et pas les intérêts d’une espèce allochtone.

Ce n’est bien évidemment pas mon cas et je n’ai aucun doute concernant l’indépendance de ce monsieur, mais il serait judicieux de retrouver des conditions de régulation normale pour lever tout doute chez certaines personnes.

Sur le fond de l’arrêté :
De nombreuses nouveautés sont positives : possibilité de tirs fichants au canon rayé pour les oiseaux au sol, abrogation de l’arrêté cadre et définition de plafonds annuels par les préfectures et sur les bases d’estimation de population, etc.


Hélas, de nombreux points mériteraient d’être ajoutés /précisés, pour éviter de nouveaux contentieux avec les pêcheurs :

1/ Secteur périphérique aux étangs de pisciculture :

Absence de définition claire d’une limite concernant les « eaux libres périphériques », et non ajout de ces zones dans les territoires de l’article 2, chapitre I et II, et dans l’article 14.

Il aurait été judicieux de définir une distance maximale cohérente et basée sur les distances reconnues entre « eaux libres périphériques » et sites d’alimentation (étangs), le rayon moyen de 13.6 km (fiche MNHN de l’espèce) et consensus entre 20 et 30 km (AQUET ; BRUGIÈRE ; DUVAL, 1993 ; LEKUONA ; CAMPOS, 1998 ; PARZ-GOLLNER, 2003).
La définition d’un rayon clair permettrait de réguler efficacement ces eaux libres afin d’assurer la protection des étangs de pisciculture mais aussi de ces rivières en première ligne.

De plus, la définition d’une limite maximale permettrait de réaliser une cartographie de ces « eaux libres périphériques » claire et précise, que nous pourrions fournir conjointement avec le syndicat des pisciculteurs du département.

2/ Reconnaissance de l’impact du grand cormoran sur les espèces Brochet et Ombre Commun, et protection de ces deux espèces non assurée par ce nouvel arrêté :

Dans différents articles, il manque des précisions quant aux secteurs prioritaires abritant ces deux espèces, afin de faire respecter la décision du conseil d’état qui insiste sur leur protection. L’ajout des cours d’eau où la présence de ces deux espèces est avérée doit être inscrite de façon claire et sans nécessiter de précisions quant à l'impact du cormoran sur ces deux espèces.

3/ Article 3 - Périodes autorisées pour les interventions :

Pourquoi ne pas avoir homogénéisé la date de fin de régulation au 30.04 sur les étangs et les eaux libres, permettant ainsi d’assurer la protection des ombres communs et brochets durant leur reproduction en mars/avril, ces deux espèces étant, je le répète, la raison même de la victoire au conseil d’état. La date de fin février ne permet pas d’assurer ce qui a motivé la décision du CE.

Il faut homogénéiser au 30 avril pour les eaux closes et eaux libres, c’est une condition sine qua non au respect de la décision du CE.

4/ Rapport de destruction :

Article 13 : Le rapport de destruction (date, lieu) est une bonne chose, mais doit être coordonné par la fédération départementale de pêche en fin de saison de régulation, et non dans un délai de 24h, complètement surréaliste et inapplicable intelligemment ; personne n’a le temps de traiter les données en cours de saison dans des délais aussi courts. Les tireurs sont des bénévoles assermentés, pas des salariés de l’OFB, et même ces derniers ne sont pas contraints à de telles conditions. Il faut fixer un délai cohérent et en rapport avec le travail d’analyse des comptages de l'espèce, c’est-à-dire avant l’été.

5/ Plafond de destruction : Article 4

Le plafond de cormorans régulables en eaux libres fixé à un maximum de 20 % de la population estimée dans le département lors du dernier recensement national est un point de départ intéressant, et peut être même bon dans certains départements, mais pas le nôtre : En effet, la méthodologie utilisée pour ce recensement comporte un biais important. Certains de nos adhérents nous ont signalé des refus d’ajout de nouveaux dortoirs par les organisateurs de ces comptages, prétextant qu'ils ne sont pas significatifs ou qu’ils ne souhaitent pas modifier l’organisation. Ces nombreux dortoirs annexes abritent en moyenne une 50aine d’oiseaux, soit des centaines voire milliers d’oiseaux non comptés à l’échelle du département. On mesure facilement le manque de précision, à la baisse, de ces comptages.

Il faut donc soit fixer un plafond à 20% quand celui-ci est supérieur aux anciens quotas autorisés, soit rendre aux départements leurs anciens quotas sur les eaux libres si ces derniers sont supérieurs à 20%.
exemple : si ancien quota 50 cormorans et 20% de la population = 127 cormorans : application des 20%
Si ancien quota 500 cormorans et 20% de la population = 127 cormorans : retour de l’ancien quota de 500.

Détail de ces remarques dans les différents articles :

Concernant les points 1/ eaux closes périphériques et 2/ protection de l’ombre commun et brochet, les articles nécessitant des modifications se croisent, vous trouverez ci-dessous les potentielles modifications nécessaires :

« Article 2 - Territoires d’intervention.

I. - Les opérations d'intervention peuvent être autorisées :
― dans les zones de pisciculture en étang définies à l'article 5 du présent arrêté et sur les eaux libres périphériques ; »
― et, en dehors de ces zones, sur les cours d’eau tels que définis à l’article L. 215-7-1 du code de l’environnement, les plans d’eau connectés à ces cours d’eau, et les canaux où la prédation de grands cormorans présente des impacts avérés sur des populations de poissons menacées [DEBUT AJOUT] « et toutes les eaux libres situées dans un rayon de X km des étangs de pisciculture et celles où la présence des espèces Brochet et Ombre Commun est avérée » [FIN AJOUT].


II. - Les territoires sur lesquels des autorisations peuvent être délivrées sont délimités par arrêté préfectoral au vu, notamment, des dégâts de cormorans enregistrés au cours des saisons précédentes, [DEBUT AJOUT] « de la présence avérée des espèces Brochet et Ombre Commun, de la proximité d’étangs de pisciculture dans un rayon de X km », [FIN AJOUT] et en tenant compte des zones de protection existantes. »

Article 14 : rayon « à proximité des piscicultures » à définir.

Il serait judicieux aussi d’ajouter dans cet article : « En vue de la protection de leur reproduction, sur les plans d’eau et cours d’eau où la présence des ombres communs et brochets est avérée. »

Pour résumer :

Si la définition des limites des "eaux libres périphériques" autour des étangs peut prêter à débat, l’intégration des remarques concernant les cours d’eau abritant ombres communs et brochets, ainsi qu’une prolongation de la période de régulation au 30.04 pour les eaux closes et libres sont indispensables au respect de la décision du conseil d’état.

Concernant les rapports de destruction, il est inutile et irréaliste d’imposer un délai de 24 heures, puisque les analyses des populations de cormorans se font bien plus tard dans l’année. Un nouveau délai doit être fixé conformément aux réalités administratives et de terrain, soit en fin de saison de régulation(avant l’été) et pas 24h après les tirs, et c'est à la fédération départementale de centraliser ces données.
Concernant le quota, les 20% doivent être pris en compte uniquement s’ils sont supérieurs aux anciens quotas, sinon il faut un retour des anciens quotas.

Notre avis est donc « FAVORABLE SOUS COUVERT DE LA PRISE EN COMPTE DES REMARQUES CONCERNANT LA SIMPLIFICATION DES CONDITIONS DE PROTECTION DES BROCHETS ET OMBRES COMMUNS, DE MODIFICATION DU DÉLAI D’ENVOI DES RAPPORTS DE DESTRUCTION ET DU RETOUR D’UN QUOTA REALISTE».

- page 1 de 4