Nicolas39 - Pêche à la mouche

La pêche à la mouche sur le blog de Nicolas Germain, un Jurassien amoureux de sa rivière, la Haute Rivière d'Ain.
Centre de pêche en Bosnie.

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Mot-clé - La nymphe à vue

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lundi 3 novembre 2025

Dates à cocher au calendrier.

Ce court billet pour vous informer de deux évènements où je serai présent physiquement afin de vous présenter la gamme de mes produits.

Le premier aura lieu fin janvier 2026 à Lons-Le-Saunier. Après une première édition en 2025, la Gaule lédonienne (39) organisera une brocante au matériel de pêche le dimanche 25 janvier 2026. Fort de leur réussite l’an passé avec plus de 1500 visiteurs sur la journée, l’organisation double la surface d’exposition pour cette édition avec un espace de 2000 mètres carrés. Vous retrouverez une majorité de particuliers qui proposeront leur matériel d’occasion mais aussi des professionnels invités par l’organisation (monteur de mouches, facteur de cannes, vendeur de bateaux, etc…).

J'aurai donc le plaisir d'être présent comme l'année dernière avec un mixte entre les produits de mon Fly Shop et du matériel d'occasion afin de participer à la brocante.

Le deuxième évènement auquel je vais participer en début d'année 2026 n'est autre que le salon de Muret (31). Les 7 et 8 février 2026, la salle Horizon Pyrénées de Muret accueillera la sixième édition du Salon Mouche Occitanie. Organisé par les bénévoles du Collectif Clubs Mouche 31, ce salon, qui reste gratuit, est devenu un incontournable. C'est près de 4000 visiteurs sur le week-end. Vous y trouverez des bassins de lancer, des ateliers de montage, des conférences ainsi qu'une centaine d'exposants professionnels.

J'aurai le plaisir d'y participer pour la première fois.

dimanche 5 octobre 2025

La grande truite de Thibaut.

Si mon fils pêche beaucoup moins qu’à une époque, il prend quand même quelques jours au printemps pour traquer les truites sauvages de notre rivière. La passion pour les zébrées reste bien ancrée en lui mais la faiblesse des densités l’éloigne toujours plus longtemps des berges de la rivière au fil des années. Thibaut passe du temps sur la rivière seulement durant les semaines qu’il ne faut pas manquer. Ces jours où toutes les truites ou presque sont actives. Cela permet de croire qu’il en reste encore un peu. Autant dire qu’il pêche très peu.

Cette saison, durant sa petite période de congés, il a capturé quelques truites sur de très jolis coups de ligne. J’ai en souvenir cette belle truite prise en sèche alors qu’il était en baskets. J’ai encore dans les oreilles le rire de mon fils au téléphone en train de marcher dans l’eau glacée jusqu’à mi-cuisses après une course poursuite pour épuiser cette truite ! Et puis quelques autres…

Mais il y a surtout eu ce poisson. La truite. Cette truite dont il avait connaissance avec son grand copain Victor. Trois ans exactement que Thibaut et Victor croisaient la route de ce poisson une à deux fois chaque saison. Sur le même poste, souvent à la même période. Aucun des deux amis n’avaient réussi jusque-là à tromper la belle zébrée. Parfois même pas "tentable", parfois si mais avec à la clé le refus du poisson devant l’imitation.

Ce printemps, alors que Thibaut terminait ses congés, il eut l’envie de retourner voir si leur truite était toujours là. Il n’y était pas encore allé cette saison. J’étais de mon côté au boulot mais je me souviens avoir reçu des messages où Thibaut me disait qu’elle était toujours au même endroit. Qu’elle ‘était active. Qu’il allait prendre le temps de voir comment il allait faire avant de tenter quoi que ce soit.

Il faut bien dire que le poste où vit ce poisson est très compliqué à aborder. Par endroit des falaises, une grande hauteur d’eau, un débit très faible. Victor et Thibaut, contrairement à leur habitude de pêcher plutôt avec de gros diamètres en pointe, sont déjà descendus en 15 centièmes les saisons précédentes pour tenter ce poisson mais sans succès. Il faut dire que cette truite vit sur un parcours hyper fréquenté sur le plein amont de la rivière. Un parcours où les prélèvements sont autorisés. Autant dire que pour arriver à cet âge-là à cet endroit précis, elle avait oublié d’être stupide.

Après un long temps d’observation, additionné à ses expériences passées sur ce même poisson, Thibaut décide de se positionner sur le poste du haut. Là où il y a un minuscule couloir contre la roche avec une plus faible profondeur d’eau. La truite monte jusque-là pour chercher des nymphes. Le risque est grand mais Thibaut refait toute la fin de son bas de ligne pour mettre une pointe en 13 centièmes. Dans sa réflexion et suite aux expériences passées avec Victor, il était persuadé qu’il fallait la pêcher fin. Le parcours est encore une fois très couru. Les truites voient des pêcheurs tous les jours utilisant toutes les techniques avec une majorité de pêcheurs en nymphe à vue. Le parcours s’y prêtant très bien. Pour mon fils, cette truite reste avant tout un poisson hyper éduqué. La finesse du nylon peut être la clé pour tromper sa vigilance.

Thibaut a fait le choix de nouer une nymphe que son pote Victor lui avait donné. Le tricho d’Alex ! Une jolie bestiole peu plombée montée sur un fort de fer. Après s’être positionné pour avoir le meilleur angle d’attaque, après quelques longues minutes de patience, la belle est arrivée sur le poste comme Thibaut l’avait imaginé. Un coup de ligne à l’arbalète classique comme les deux amis l’avait déjà tenté sur cette même truite par le passé. Mais cette fois-ci, le poisson a ouvert sa grosse gueule sur l’imitation de nymphe de trichoptère au lieu de la refuser comme habituellement. Est-ce le choix du fil plus fin qui a été payant ? Est-ce tout simplement ce jour-là que la truite devait se faire blouser et pas un autre ? Difficile de répondre à ces questions. Thibaut à lui la certitude d'avoir validé son choix de fil fin en tous les cas.

Après un bon ferrage, la truite a basculé directement dans le haut fond. Thibaut a dû sauter à l’eau se retrouvant les pieds dans le vide. A cet instant il a compris avoir commis sa seule erreur du jour. Avoir mis ses waders. Ceux-ci se sont remplis assez vite. Tout en combattant la truite dans cette immense fosse, Thibaut a pu s’accrocher au banc de roche avec son bras gauche et se poser sur les talons afin de terminer le combat sans battre des jambes pour rester en surface. L’eau était glacée bien entendu. Il fait bon avoir vingt-cinq ans !

Depuis sa nouvelle position ma foi précaire mais plus stable malgré tout, il a pu gérer son combat de la meilleure des manières. Malgré sa pointe très fine pour un tel poisson, la délivrance est arrivée après quelques minutes de résistance tout en force en glissant la grande truite dans l’épuisette à la première tentative. J’ose croire que l’élasticité du fil rouge qui compose le corps de son bas de ligne l’a bien aidé quand même. Trois ans que ce poisson était connu. Trois ans après il était enfin là, dans le filet. Un poisson d’une beauté incroyable. Un esthétique parfait à nos yeux. Massif derrière la tête avec une proportion poids/taille parfaite également. Quelle magnifique truite sauvage !

Il a tout de suite appelé deux personnes. Son copain Victor qui connaissait lui aussi ce poisson. Il avait à cœur de partager ce moment avec son pote. Et puis son père, trop occupé au boulot pour répondre ! Quand mon temps de pause est arrivé, j’ai vu sur mon téléphone 4 appels en absence de Thibaut. J’étais fou ! Sur mon WhatsApp des photos ! Mon Dieu ce poisson !

Ni une ni deux, je l’ai rappelé. Il était sur le sentier entre son coup de pêche et sa voiture. Il était complètement gaugé, frigorifié d’avoir rempli les waders mais tellement heureux. Une joie si communicative. J’ai passé ma meilleure pause professionnelle en l’écoutant me raconter toute l’histoire dans les moindres détails.

Cette truite, un mâle de toutes évidences, mesure 66 centimètres. Sur ce linéaire, tout en amont de la rivière, c’est très gros. Très rare. Très vieux. La thermie beaucoup plus basse du fait d’être en tête de bassin rend la croissance plus lente et produit des poissons à taille égale beaucoup plus âgés. Une truite très compliquée à prendre tant ces grands poissons en ont vu passer de toutes les couleurs. Rien à voir avec une grande truite d’un parcours aval que l’on peut attaquer en 20 centièmes parce qu’elle voit un pêcheur tous les 36 du mois. Non, là, c’est une truite d’une très grande valeur sur un parcours mythique. Un coup de ligne dont Thibaut se souviendra toute sa vie. De plus, tenter un poisson autour des 3 kilos en 13 centièmes, il fallait oser quand même. Pari réussi. Bravo fils !

Thibaut a quasiment terminé sa saison sur ce poisson. Même si j’ai réussi à le trainer au bord de l’eau pour une ou deux sorties communes, il n’y avait plus rien de sérieux derrière cet instant. Cela doit être quelque chose comme sentiment d’arriver à tromper un tel poisson que l’on suit sur plusieurs années. Le but pour Thibaut maintenant étant d’en trouver une autre pour y passer autant de temps avec espérons-le pour lui, la même fin heureuse.

La grande main de mon fils qui mesure 1.96m parait bien petite.

Cette beauté sauvage est repartie à l'eau comme si de rien n'était.

lundi 22 septembre 2025

Mon week-end de fermeture...

Et bien voilà, une énième saison de pêche qui se termine. Comme depuis 40 ans, j'ai profité jusqu'au bout de ce que peut me donner la rivière canne en main. J'étais sur ses berges vendredi, samedi et dimanche. La grande différence depuis quelques années c'est que mon fils ne m'accompagne plus. Sa passion pour la chasse est passée devant sa passion pour la pêche. Pour tout vous dire, Thibaut, qui a 25 ans possède déjà 20 saisons sur la rivière, ne pêche plus qu'au printemps. Il a déjà le vécu pour bien se rendre compte de la dégradation constante du milieu et des populations. Il ne pêche plus que pendant les gros pics d'activité pour ne pas trop galérer à croiser des truites et surtout pour ne pas se dégouter totalement de la pêche. Ce n'est pas ce que j'ai vécu pour mon week-end de fermeture qui va inverser sa vision des choses...

J'ai donc débuté vendredi matin en milieu de matinée après une petite séance de montage à l'étau pour le Fly Shop. Pour tout vous dire, les conditions étaient parfaites. Trop peut-être. Un niveau d'eau rêvé pour la nymphe à vue, une clarté impeccable et une lumière exceptionnelle. Malgré ça, j'avais des échos négatifs sur l'activité des poissons durant les jours précédents. J'ai pu le constater assez rapidement le vendredi. La visibilité était t-elle qu'on pouvait bien voir qu'il n'y avait rien ! Des heures à errer sur les berges de la rivière pour ne pas croiser un poisson. Heureusement, j'ai rencontré le copain Stéphane avec qui j'ai pu discuter un peu et donc croiser nos impressions négatives. L'explication était sans doute lié à ce temps estival. Plus de 29 degrés dans l'air vendredi pour 11 degrés dans l'eau. Trop d'amplitude pour mettre les truites dehors surtout avec la densité de beaux poissons qu'il reste. Tellement frustrant d'avoir une rivière au top sans rien à pêcher. Seuls les petits poissons étaient actifs ici ou là. Et encore. J'ai pu en tenter deux. Des truites de 27-28 centimètres synonymes d'espoir...Si les oiseaux piscivores ne les trouvent pas dans les prochaines semaines.

En place

Avec un JFD-14L

Poisson d'avenir

Le samedi j'ai décidé de changer de secteur pour me protéger du vent qui se levait depuis de nombreux jours en début d'après-midi rendant toutes prospections à vue très complexes. Dès mon arrivée j'ai découvert un cadavre de truitelle de l'année. Si ce poisson a réussi l'exploit d'échapper à l'oiseau piscivore, il n'a pas réussi à échapper à la mort.

La pêche fut encore plus dure que la veille. Pas moyen de repérer un poisson sous l'eau. Il m'a fallu de la chance pour sauver la bredouille ce coup-là. Au loin, j'ai pu voir un très gros chevesne nager dans ma direction. Il était sous la surface de l'eau. Vu que je ne voyais rien, j'ai voulu le tenter quand il fut assez proche. Au moment où j'allais lancer ma nymphe j'ai aperçu une truite caler au fond de l'eau sous le chevesne ! Ben oui, je ne l'avais pas vu avant. Je me reprends. Je pince mon JFD-14L entre pouce et index et je fais une sorte de rouler en lâchant ma nymphe pendant le mouvement. Le JFD-14L coule vraiment lentement à l'inverse de la version standard et pour ce poisson, c'était parfait. La truite est venue croquer mon gammare comme une fleur. S'en ai suivi un très beau combat et surtout une belle joie pour le pêcheur. Qui sait, c'était peut-être la dernière de la saison !

Entre deux coups de vent, il fallait composer avec les feuilles !

La truite du samedi !

Dimanche, dernier jour de pêche de la saison 2025. La météo annonçait un déluge de pluie en milieu d'après-midi. Je suis donc parti à la rivière un peu plus tôt pour profiter du temps sec. Il y avait un plafond très bas et chargé rendant la visibilité très médiocre. Cependant, je pense qu'il y avait un peu plus de poissons dehors. Mais tellement compliqué à voir. Avec Stéphane que j'ai retrouvé, nous avions toutes les peines du monde à les voir assez longtemps pour les tenter.

Matin du dernier jour sur la rivière.

Il fallait insister pour essayer de tomber sur le poisson de la fermeture. J'ai eu cette chance de le croiser. Une belle truite qui se nourrissait en bordure. La seule vue de la journée agir ainsi. Il ne fallait pas la manquer. Ma petite cuivre a eu raison de son appétit. Une furie au bout de la canne qui s'en ai donné à cœur joie. Tellement heureux de clôturer sur un poisson bien marqué comme celui-ci. Une vraie belle truite de chez nous, une des dernières survivantes.



La toute dernière.

Globalement une fermeture bien compliquée. La pêche à vue n'est pas la plus rentable, je le concède. Mais on peut prendre qu'un ou deux poissons et en voir 15 à côté. Cela n'a pas été le cas. C'est long des heures sans rien voir. Au total sur ces trois jours c'est 15 heures de pêche pour deux truites autour de 45 centimètres. Je pense en plus m'en sortir très très bien. J'ai encore le souvenir bien présent de capturer mes deux ou trois truites de 50 le matin avant d'aller au boulot en 2 petites heures...C'était il y a une douzaine d'années. Hier quoi....

Quoi qu'il en soit, j'ai fermé ! La saison 2025 est derrière nous maintenant. Il reste aux truites et aux ombres à éviter la prédation journalière des piscivores tout en tentant de se reproduire dans ces conditions. Rien de bien simple à venir encore pour ces poissons sauvages...

dimanche 17 août 2025

Se contenter de l'essentiel

Après quelques jours de vacances rédactionnelles sur ce blog, je reprends du service avec toujours le même plaisir…Comme depuis plus de 18 ans que je tiens ce support d’écriture.

Je tenais à faire écho ici au très bon article de Thierry Bruand ainsi qu’à l’excellent complément de Bill François que vous trouverez dans le Numéro 959 de La Pêche et Les Poissons. Magazine mensuel disponible dans les kiosques depuis quelques jours. Sans tout vous dévoiler sur ces textes je peux vous dire que je m’y retrouve pleinement. Les deux auteurs nous invitent à revoir notre façon de pêcher. De moins prioriser une espèce, d’oublier la recherche permanente de la performance, de diminuer les kilomètres…

À retrouver aussi dans ce numéro un article que j'ai écrit sur le choix de la nymphe.

Leurs mots ont raisonné en moi comme un trait d’union avec ce que je vis depuis des années. J’ai stoppé la compétition mouche depuis bien longtemps pour ces raisons. Je ne change plus de rivière comme j'ai pu le faire dans le passé en suivant le calendrier pour optimiser mes chances de captures. Je ne choisis plus mes parcours en étant obsédé par la taille des truites qui y vivent. Non, depuis bientôt 10 ans, je ne pêche plus que chez moi. Sincèrement, si je devais faire le choix unique du score, des prises records, je n’y mettrais pas les pieds en fait. Pourtant, c’est sur ce territoire qui se détériore chaque année que j’aime pêcher. C’est chez moi.

Depuis la fin Juin, la pêche de la truite est devenue anecdotique sur nos linéaires. Elle est même fortement déconseillée ces derniers jours pour cause de chaleurs excessives. Aucune importance. Comme le dit si bien Thierry Bruand dans son article, il faut apprendre à se contenter de l’essentiel et donc souvent de peu. Les pêcheurs, dans leur grande majorité, ont perdu cela. Ils veulent prendre toujours plus, toujours plus gros et toujours plus vite.

Je termine aujourd'hui deux semaines de vacances. Je n’ai pas pris une truite malgré des sorties tous les jours. Et alors ? Rien de grave, rien d’important. J’étais tous les jours sur le parcours que j’aime par-dessus tout. J’étais tous les jours sur le territoire que je chéris et que je protège à mon niveau et selon mes moyens. C’est pour moi cela l’essentiel. Les pêcheurs, qu’ils soient locaux ou pas, pensent et vivent la rivière uniquement dans la bonne période de pêche à la truite. Période qui se réduit comme peau de chagrin tous les ans. Avant, après, plus personne. La rivière est laissée à son propre sort. Je ne peux m’y résoudre. C’est avant tout une évolution personnelle car il y a 10, 20, 30 ou 40 ans, je calquais comme la plupart des collègues pêcheurs ma pêche aux conditions du moment. Par exemple, au lieu de rester chez moi ces deux dernières semaines sans prendre de truite, je serais monté sur la partie amont de la rivière d’Ain pour profiter de l’eau fraiche et des truites en formes et bien plus nombreuses. Je serais partie à la recherche d'une autre rivière aux eaux plus froides. J'aurais trouvé une solution pour continuer à prendre des truites dans tous les cas.

Encore une fois, j’ai appris ces dernièrs temps à me contenter de peu. J’ai réorienté ma pêche au fil des années. Je me surprends à rire seul en pêchant les vairons en nymphe à vue. Quelle galère à ferrer ces bestioles ! J’arrive à m’amuser en trompant les nombreux chevesnes du parcours. Je tente de capturer quelques perches qui trainent ici où là. J’ai même tenté de leurrer une carpe sans succès. Bref, je m’adapte tout en continuant à remplir mon rôle de sentinelle. Celui-ci est essentiel. Les quelques juvéniles de truites et d’ombres présents étant à la merci des jeunes harles bièvres déjà bien trop nombreux. Ma présence les incommode. Un ami qui voit les choses comme moi est lui tombé nez à nez avec des braconniers. Gendarmerie prévenue. Ils se sont déplacés d’ailleurs, merci à eux. Sans nos yeux fixés en permanence sur la rivière nous n'aurions pas vu la pollution de la lagune du village par exemple. La rivière a besoin d'un oeil bienveillant, pas d'abandon.

Sortie de la lagune sur un fond déjà totalement colmaté.

Imaginez si les quelques copains et moi n'étions que des consommateurs de pêche. À laisser sans surveillance notre rivière durant cette période d'étiage pour aller chercher les truites où l’herbe est plus verte. Car oui, mise à part ces quelques pêcheurs amoureux de leur territoire, il n’y a personne pour faire face aux agressions que subit la rivière. Rien. Que nous.

Pour ma part, si je vais à la rivière tous les jours et parfois plusieurs fois par jour, c’est parce que je peux continuer à pêcher. Je ne cherche plus les truites bien entendu, mais j’ai la possibilité de tromper d’autres poissons qui sont plus adaptés aux fortes chaleurs. Si demain on me dit Pêche Fermée, je n’aurais plus les mêmes raisons pour me rendre au bord de l’eau. Je l’assume totalement. Si nous défendons ces milieux aquatiques avec autant de vigueur, c’est parce nous sommes pêcheurs. Il ne faut pas l’oublier et surtout l'assumer.

L’acte de pêche n’est en rien responsable de toutes les misères qui touchent la rivière. Qu’on ne punisse pas, qu’on ne pointe pas du doigt les seuls qui se soucis de l’avenir de ces cours d’eau. Ces lignes répondront à de nombreux messages reçus sur une éventuelle fermeture de la pêche. Vous connaissez ainsi ma position.

Cela permet de continuer à pêcher.

Et même de s'amuser comme un gosse ! 

Avant de clore cet article, je me permets un aparté au sujet du magnifique documentaire diffusé le samedi 9 aout à 20h30 sur France2 (vous pouvez le trouver en replay assez facilement). C’est une nouvelle fois l'ami Bill François qui est à l’image en nous faisans le plaisir de venir découvrir la rivière d’Ain et ses truites zébrées. Vous êtes une petite dizaine à m’avoir contacté depuis cette diffusion pour me signaler le contraste entre mes constations dramatiques et l’embellie constatée lors de ce reportage au sujet de la rivière d'Ain. Tout d’abord, il est à signaler que la production du documentaire n’a pas souhaité intégrer les séquences liées aux explications sur les différentes nuisances qui touche notre rivière. Ensuite, il faut savoir que ce reportage a été tourné 20 kilomètres de rivière en amont de chez nous. C’est donc la même rivière, oui, mais deux mondes totalement différents. J'en veux pour exemple si en ce moment la température de l’eau vacille autour des 20 degrés chez nous, tout là-haut ça ne dépasse jamais les 15 degrés. La densité de truites, la diversité d’insectes, un peu tout d’ailleurs n’est pas comparable. C’est essentiellement pour cela qu’il peut y avoir de grandes disparités dans les discours de chacun. Quand de mon côté je parle de la rivière d’Ain sur ce blog ou les réseaux sociaux, quand je diffuse des photos, des vidéos, c’est toujours par rapport aux linéaires que je pratique, soit bien en aval de Champagnole. Le sujet TV en question ayant été tourné bien en amont de cette même ville.

Photos prises ces deux derniers jours sur notre parcours. Les carpes, présentes sur nos linéaires.

Gros ombre mort.

Grosse truite morte.

En conclusion, n'abandonnez pas vos linéaires parce qu'ils sont en difficultés, ils ont toujours besoin de vous, de votre présence. Tant pis si durant une période vous devez ne plus prendre de truites, ce n'est pas grave. Adaptez-vous ! 

dimanche 3 août 2025

Voyage de pêche à la mouche entre Utah et Montana.

Mai 2024. Voilà quand cet incroyable voyage a débuté. Pour mes 50 ans, ma chérie et mes amis avec qui nous avions fêté ce jour pas comme les autres, m’ont offert un séjour de pêche via une agence aux Etats-Unis d’une durée de deux semaines. Je vous l’avoue, ce fut une vraie et belle surprise. Même si durant les dizaines de secondes qui ont suivi la découverte de mon cadeau d’anniversaire, je me suis posé des centaines de questions.

Oui, je suis plutôt du genre sédentaire. Alors vous pensez bien, m’imaginer traverser un océan à 10 kilomètres d’altitude pour aller à la pêche, ça fusait dans tous les sens dans ma petite tête. Maintenant que c’est fait, mille mercis à ma chérie et les copains !

J’ai donc eu plus d’un an pour préparer ce voyage puisque le départ a eu lieu le 20 juin 2025. Plus d’un an pour embêter Eddie avec, à vue de nez, 1342 questions sur tout et n’importe quoi ! Eddie, c’est le jeune homme à la tête de l’agence de pêche - Escape Fly Fishing - qui avait la lourde tâche de faire traverser l’Atlantique à un jurassien perdu lorsqu’il ne voit plus ses sapins ! Il a été d’une patience à toutes épreuves et ce n’est rien de le dire. Merci !

Départ donc le 20 juin à Saint-Exupéry à Lyon. Ma chérie et Eddie m’ont accompagné jusqu’au bout mais les annulations de vols ont fait qu’il fallait faire le trajet jusqu’à Amsterdam seul. Première étape courte finalement. L’escale dans l’aéroport du pays des tulipes a été beaucoup plus longue. J’ai eu cinq ou six heures pour me rendre compte de la réalité de notre monde actuel. Dans ce lieu où transit des milliers de voyageurs tous les jours. On vous le dit, on le lit, mais il faut le voir pour le croire en fait. Tous ces avions qui décollent les uns derrière les autres. C’est juste incroyable. Après une journée dans un endroit pareil, on ne voit plus le monde de la même façon, c’est certain. Je me disais que mon voyage était vraiment commencé !

Mes compagnons de voyage m’ont rejoint petit à petit. Effectivement, pour ce séjour, nous étions 6 pêcheurs et 2 guides. Une fois réunis, la traversée pouvait débuter. Joie du décalage, nous sommes partis à 17h (heure locale) pour arriver à 19h (heure locale toujours) à Salt Lake City avec 10 heures de vol. Costaud déjà le truc.

Si on m'avait dit un jour que je survolerai le Groenland !

À notre arrivée, Eddie et Jacques (nos guides) ont pris possession des deux voitures de location. Direction l’hôtel pour une nuit réparatrice. Stéphane, notre dernier pêcheur, arrivait le samedi. En attendant, nous avons fait la visite de notre premier Fly Shop du séjour dans Salt Lake City. De suite, on se sent complètement ailleurs. Parmi les vendeurs, une jeune fille. Durant le temps que nous sommes restés (prise de carte pour la semaine), les clients venaient en couple dans le magasin. Au bout de quelques minutes, j’ai senti une vraie différence. D’ailleurs, il y avait un superbe rayon fringues pour les filles dans le mag. Après les prises de cartes pour tous pour nos 6 premiers jours de pêche exclusivement dans l’Utah, j’ai pris du temps pour flâner. Et voilà que je tombe sur ce bijou. Un étau Regal de couleur. Depuis le temps que j’en voulais un. J’avais bien entendu prévu un budget « possible craquage dans les Fly Shop ». Donc tout était sous contrôle !

Western Rivers Flyfisher à Salt Lake City.

Un petit mot sur les cartes de pêche. De souvenir j’ai payé autour des 60 euros pour 6 jours de pêche. La carte à l’année dans l’Utah n’est guère plus chère. Bref, très accessible surtout après avoir vu ce qu’il est possible de faire sur les rivières de cet état ! Nous avons donc pris la route en direction de Dutch John. C’est un tout petit village de moins de 200 habitants situé à environ 6 kilomètres du barrage de Flaming Gorge. C’est avant tout un repère de guides de pêche et de gîtes pour touristes pêcheurs ! Après quelques heures de route, nous sommes arrivés à la maison qu’Eddie a trouvé pour nos quatre prochaines nuits. Cinq chambres, onze lits, deux salles de bain. Parfait ! Un gîte magnifique.

Pub vue sur la route, c'est clair, je ne suis plus en France !

Présentoir pour le wifi du premier gîte .

Le soir, nous sommes allés manger au restaurant. Je vous raconte cela car celui-ci communiquait directement avec un grand Fly Shop. Donc, sur le coup des 21 heures, après le repas, je suis allé faire quelques achats. Et je n’étais pas tout seul. Un magasin de pêche ouvert à 21 heures, je n’avais jamais vu. Les USA quoi !

Dimanche, nous y voilà. Premier jour de pêche du séjour. Bon, dormir reste compliqué pour moi. Donc debout à 5 heures 30. Ce qui m’a permis de voir deux biches passer à 150 mètres du gîte au milieu des autres maisons. De ce que j’ai vu, c’est essentiellement des cerfs mulets que nous avons vu durant notre séjour. Mais alors la densité. Incroyable. Dans l’attente du réveil du groupe et après la prise d’un super petit déj, nous voilà partis direction la Green River à Little Hole plus précisément. C’est un immense parking (payant (5 dollars)) où viennent les guides et leurs bateaux. Il y a une immense mise à l’eau. De nombreux pêcheurs à pied viennent également se garer ici. Les accès sont limités et indiqués. On ne se gare pas n’importe où. Bien entendu, il n’y a un grand nombre de monstrueux pick-up. Ces engins sérieux ! Au premier coup d’œil, la rivière en impose. C’est large ! 70 à 80 mètres sur le radier amont de la mise à l’eau par exemple. L’eau est claire. Nous sommes montés avec Eddie sur l’amont du linéaire. Nous étions accompagnés d’Olivier et Stéphane. Deux compagnons pêcheurs de voyage. Le supplice fut terrible car nous avons progressé environ 40 minutes sans pêcher pour atteindre le spot souhaité. Je voyais des truites de partout sur les bordures même en marchant d’un bon pas. Ça promettait !

Le paysage est assez déconcertant. De grandes falaises rouges sur un sol plutôt aride avec cette rivière aux eaux claires au bon milieu de tout ça. C’est le barrage hydroélectrique de Flaming Gorge qui donne le débit de la Green à son aval. Le fait d’être alimentée de la sorte permet aussi d’avoir une température d’eau acceptable pour les salmonidés et ce même avec de grosses chaleurs extérieures. En tous les cas sur l’amont. J’imagine bien que cela est différent en aval. J’ai mesuré l’eau à 14 et 15 degrés selon les parcours que nous avons pêché. Top pour les poissons et pour pouvoir pratiquer le wet wading.

La Green River avec ses grandes falaises rouges

Nous nous sommes positionnés sur un grand pool peu profond avec une immense falaise devant nous. Devant moi, dans peu d’eau et postés devant chaque caillou un peu plus gros que la moyenne, une truite ! Les premières captures se font très vite. Il n’y avait pas de mouches ou très peu quand nous avons débuté donc j’ai noué une cuivre pour les pêcher à vue. Devant moi, derrière moi, j’avais du poisson de partout. La densité est impressionnante. Dans les moments de très bonne visibilité, j’avais même l’impression que les truites étaient en concurrence pour les meilleurs postes tant leur nombre est important. La matinée fut très bonne avec une impression de facilité quand même par rapport à nos zébrées. Mais que cela fait du bien de le vivre une fois ! Alors tous les poissons ne prenaient pas non plus, mais une dérive propre était quand même souvent récompensée. Après le casse-croute, le vent était vraiment puissant. Autant vous le dire de suite, celui-ci nous a accompagné durant tout le séjour. Terrible. Malgré tout, il était possible de prendre une truite ici ou là mais avec beaucoup moins de régularité puisque le vent frisait la surface de l’eau en permanence. J’ai donc commencé à me balader pour découvrir seul un peu le parcours. J’ai pu rencontrer quelques belles couleuvres avec des couleurs assez variées. Sacrées bestioles par endroit ! Sur ce premier jour, et comme on me l’avait dit, les nombreux bateaux qui dérivent avec guides et clients dedans, ne gênent pas du tout pour la pêche du bord. Il faut même noter le respect et la courtoisie des pêcheurs américains. Toujours un signe de la main, un mot, un sourire. Que c’est agréable.

Les premières américaines...

Le lendemain, nous nous sommes rendus sur le parcours A de la Green. Juste sous le barrage en fait. Il fallait suivre un chemin en descendant les falaises pour atteindre cette rivière fabuleuse. Déjà rien que cette balade vaut la peine. En bas, un parcours totalement différent de l’aval. De très gros blocs, des hauts fonds, des zones plus lentes. Une grande variété de profils. Une clarté de l’eau malgré le volume hallucinant. Ce parcours, d’un point de vue visuel, me correspondait plus. Malheureusement, le vent a fait que je n’ai pas pu en profiter pleinement. C’était d’ailleurs très frustrant. Je ne cessais d’imaginer les mêmes coups à pêcher sans ce maudit vent. Après, et malgré des conditions très compliquées pour pratiquer la nymphe à vue dans de bonnes conditions, j’ai capturé des poissons régulièrement. Heureusement vu la densité d’ailleurs. Lors de cette journée, nous avons eu beaucoup plus de bateau, mais encore une fois, cela ne gêne pas. Aucun pêcheur du bord par contre. Un régal de pouvoir profiter de cette berge rien que pour nous. Les truites, farios et arc-en-ciel étaient plus tatillonnent que sur le parcours aval. Il fallait vraiment bien pêcher et j’ai essuyé un paquet de refus dans la journée. Une journée poisse car je décroche mes cinq plus beaux poissons dont une très grosse fario ferrée en compagnie d’Olivier. C’est le jeu. Par contre, aucune éclosion de la journée. Encore pire que la veille. De mon côté, je m’en fichais tant la nymphe à vue reste ma priorité. Mais pour celui qui priorise la sèche, compliqué du coup. En ce deuxième jour, j’étais sincèrement abasourdi de la gentillesse des américains. C’est pourtant un comportement normal. Et puis, quand tu galères un peu, et que tu vois passer un bateau avec un type, qui, il faut le dire, pêche comme un pied et qui pourtant lui fait du poisson ! La dérive en aval du bateau, et ce même si le pêcheur ne sait pas lancer, sera toujours meilleure que la notre depuis le bord. Les voir ferrer des truites avec des gros bouchons en lançant comme des pieds, c’est quelque chose !

Les américains sur leur bateau.

Les farios sont vraiment chouettes.

En fin de journée, nous avons eu pas mal d’accalmie côté vent. Quel régal pour les yeux de voir des poissons dans trois mètres de fond et en nombre. Dans ces conditions, la cadence des prises s’est accélérée. Malheureusement, cela n’a pas duré. Mais j’ai pu goûter au top de la pêche à vue. Merveilleux.

La rivière sans vent. Nous y avons eu le droit quelques minutes seulement.

Au troisième jour de pêche, retour à Little Hole. Lors de notre arrivée, il n’y a pas de vent…Durant trente minutes. Assez pour admirer cette rivière enfin lisse. Un bien fait pour les yeux. Ce fut la journée dans l’Utah la plus violente côté vent. Deux ou trois fois j’ai récupéré ma casquette deux cent mètres plus bas. J’ai même assisté à un phénomène naturel que je n’avais jamais vu. Une mini-tornade s’est créée devant mes yeux en rive opposée. Il y a eu un bruit violent. Puis, une colonne d’air d’environ deux mètres s’est formée. Elle tourbillonnait sur elle-même avant de se déplacer en direction de la rivière. Une fois sur la rivière, ce n’est pas de l’air quelle brassait mais de l’eau sur deux mètres de haut. Impressionnant. J’étais bien content que tout cela se passe 100 mètres en aval de moi. Côté pêche, j’ai fini par me résoudre à passer en 17 centièmes en pointe pour une longueur de tout juste 1.50m. Je n’étais plus du tout dans mes standards en longueur de bas de ligne, mais c’était le seul moyen de poser une nymphe où je voulais malgré ce satané vent. Les truites ne faisaient pas de cas du 17 centièmes, elles prenaient pareil. Toujours avec une cuivre en priorité, mais le JFD fonctionnait aussi dans les parties plus puissantes ainsi que le gammare léger jaune lors des rares éclosions de PMD. En résumé, les truites de la Green sont très sympas.

Les truites sont souvent de belles tailles.

Alors pour les farios, rien visuellement ne révèle un quelconque rempoissonnement. Elles sont esthétiquement parfaites. Et si même le fait que les truites sont toutes plus ou moins calibrées rend le truc un peu louche, on prend aussi des petites et on en voit. Donc, aucune idée pour les farios. Pour les arcs, j’ai un autre avis. Si la plupart sont une fois de plus magnifiques, j’ai pris quelques manches courtes. Après, aucune critique, loin de moi cette idée. C’est juste un constat. De ce que j’ai compris de la réglementation, les pêcheurs ont le droit de conserver deux truites en dessous de 38 centimètres et une au-dessus de 55 centimètres. Je n’ai vu personne en garder. Cette fenêtre de capture explique aussi pourquoi la majorité des poissons pris se situent entre 45 et 55 centimètres puisqu’ils sont tous relâchés.

Celle-ci était particulièrement belle.

Pour la faune, c’est toujours un régal. Le matin nous avons vu une sorte d’antilope. Magnifique. En journée, j’ai dérangé une perdrix grise et ses petits. Il fallait les voir rejoindre leur mère à pattes dans le flanc de falaise. Côté couleuvres, nous sommes toujours servis également avec pas mal d’individus de plus du mètre.

Pour le dernier jour sur la Green River, nous avions quartier libre. J’ai fait le choix de traverser pour me faire la rive droite. Cette berge n'était pas du tout pêchée à pied. Une pêche de bordure, seul, avec une alternance de coups à l’arbalète et de pêche en rouler depuis le bord. Comme à la maison. Avec plus de poissons et plus faciles à prendre. Sur cette berge je verrais aussi beaucoup de juvéniles. Naissances naturelles ? Je ne sais pas. Mais il y en avait un paquet. Les truites se sont enchainées jusqu’à 11 heures. Toutes à vue. Puis, arrivé vers une falaise qui m’empêchait d’aller plus loin sur cette berge, j’ai eu pas mal de gobages. Une pêche en sèche très plaisante. Sur des petites grises à corps jaunes classiques. J’ai pu m’amuser jusqu’à 14 heures. Ensuite, la violence du vent m’a fait abandonner. C’est usant à force d’avoir du vent en permanence. La journée s’est terminée plus tôt pour tout le monde puisque nous prenions la route en fin d’après-midi afin de rejoindre le gîte suivant. Toujours dans l’Utah.

Grosse tête de fario de la Green River.

Panneau sur le parking de Little Hole.

Nous arrivons le soir dans cette nouvelle maison perdue au milieu d’un décor semi-désertique. Rien autour. Mais vraiment rien. Eddie nous a trouvé une nouvelle fois un gîte de folie. Incroyable. Tout le monde s’installe. Un petit mot pour Jacques qui en plus de nous conduire en permanence (pendant qu’on en profite parfois pour roupiller) nous trouve le temps de préparer les repas et autres petits déjeuners. Encore merci.

Notre maison pour nos deux dernières nuits dans l'Utah.

Le lendemain, nous sommes le jeudi de la première semaine, direction une plus petite rivière. Elle aussi est alimentée par un barrage. Un profil atypique avec en gros la largeur de l’Albarine et le débit de la basse rivière d’Ain. Au premier abord, tu te poses des questions. Ça pousse vraiment ! Et puis, en découvrant, il y a des truites dans les coins plus calmes. Pêche spectaculaire avec des combats de fous. Les poissons dévalent au ferrage sur cette petite rivière. Si elles prennent la veine centrale c’est mort. Il faut suivre car elles ont vite fait de passer le virage du bas avant le pêcheur. J’en ai perdu quelques-unes. Sur cette rivière, le gammare JFD en taille 12 n’avait pas son égal. Dans les parties plus lentes, Jacques en a pris avec le gammare léger jaune. Moi non. J’ai insisté avec le JFD. Lors de cette matinée, j’ai eu la chance de croiser la route d’un pêcheur américain. Michel, un de mes compagnons de pêche a traduit pour moi, merci. Cet homme était âgé de 81 ans. Il venait de Floride pour un mois de pêche. En pleine forme ce monsieur. La pêche dans la peau. Il espérait pouvoir trainer ses mouches encore une dizaine d’années. Une vraie merveille cette rencontre.

Avec Michel au centre et à droite notre belle rencontre.

Une des merveilles de cette rivière. Super puissantes ces truites.

Nous avons stoppé la pêche en début d’après midi pour y retourner au coup du soir. Le soleil frappait vraiment fort dans cette région de l’Utah et la sieste au cœur de la journée était la bienvenue !

Le soir, la rivière révélait sa population. Il y avait de nombreux gobages. Mon sedge passe-partout a très bien fonctionné. Soit en taille 16, soit en 14. J’ai encore perdu des poissons. En petite rivière comme ça, les truites ont vite fait de trouver des obstacles. Et puis, entre les gobages, il suffit de lever la tête pour voir une biche traverser la rivière. Ou encore croiser la route d’un faon dans la végétation. Des moments rares chez nous et presque banals ici.

Le soir, à la nuit, j’ai pris une vraie belle truite. Encore une fois bluffé par la taille des poissons que l’on peut trouver dans une si petite rivière.

Belle à la nuit prise au sedge passe-partout made in Jura.

Le vendredi, dernier jour de pêche dans l’Utah. Changement de parcours. Pendant que les copains s’équipent, je vais voir la rivière devant les voitures. Oui, je suis souvent prêt en premier étant toujours en wet wading malgré une eau à 11 degrés sur cette rivière. A peine mes yeux se posent sur l’eau qu’un gobage perce la surface. Une dérive et c’est pendu. Premier poisson du jour tout juste arrivé. Pour la suite je vais suivre Eddie sur l’amont. Il repère la seule truite du linéaire qui était dehors. Une fois bien localisée, j’ai pu la prendre à vue avec une cuivre à distance. Il a fallu se résoudre à redescendre dans un petit bras pour espérer voir des poissons. Nous avons trouvé des truites gobeuses pour finir en sèche. Je prendrais la dernière en sèche à l’arbalète. La truite gobait sous la berge où j’étais. Magnifique coup de ligne.

Une belle de cette rivière.

La rivière en question.

Je n'ai pas fait le coup du soir ce jour-là. J’étais claqué. J’ai donc préparé mes sacs tranquillement pour le départ du lendemain direction le Montana ! Dix heures de bagnole pour ce samedi, rien que ça. Bravo aux chauffeurs ! Moi, j’ai profité des lignes droites qui ne s’arrêtaient jamais pour piquer un ou deux roupillons. Mais j’ai lutté pour ne pas trop dormir afin de profiter des paysages de l’Idaho. Des immensités incroyables. Tout cela parfois à haute altitude en plus. Oui, notre premier camp de base se situait à plus de 1900 mètres. Le deuxième à 1700 mètres. Sur notre trajet en direction du Montana, nous avons passé les 2000 mètres. Et pourtant, cela ressemblait à de grandes plaines. En aucun cas je pouvais imaginer être à ces altitudes. Étonnant !

Quand nous sommes entrés dans l’état du Montana, il y avait plus de vert dans le paysage. Notre nouvelle maison se trouvait en rive gauche de la Missouri bien en aval de Craig à environ 1000 mètres d’altitude. Une fois de plus, un gîte gigantesque mais cette fois-ci avec la possibilité de pêcher devant la maison ! La classe pour toutes ces trouvailles Eddie. Un souvenir marquant pour moi tant j’admire cet oiseau est lorsque que tout notre groupe est venu au bord de l’eau. Un aigle pygargue est passé devant nous en faisant entendre son cri strident. Quel accueil !

La mythique Missouri.

Notre maison pour la dernière semaine du séjour.

Le lendemain, pour le deuxième dimanche du séjour, c’était pêche sur l’emblématique rivière Missouri. Cette rivière est immense ! Avant d’aller au bord de l’eau, passage obligé dans un des trois Fly Shop de la ville De Craig. Oui, rien que trois ! Nous avons pris nos permis de pêche avec là aussi un tarif tout à fait raisonnable. Départ pour le secteur amont juste sous le barrage. Les parkings de pêche sont là aussi indiqués. Ils sont aménagés. Il y a des toilettes sèches sur la plupart des parkings. En deux semaines, je n’ai pas trouvé un morceau de PQ dans un buisson ou au bord d’un chemin. Non, tout est nickel. La très grande classe. Pour la pêche, les deux premières heures ont été très compliquées. Le soleil faisait défaut et j’ai vite compris que pour cette rivière, c’était vraiment indispensable pour voir les truites sous l’eau. Les fonds sont sombres, les poissons peu visibles. Que c’était dur ! Et bien entendu il manque des zébrures sur les farios américaines, cela n’aide pas. De plus, toujours pas d’éclosions en journée donc pas de pêche en sèche. J’ai pris deux arcs en montant. Les deux seuls poissons vus. Puis, sur une sorte de radier, il me semble voir un poisson depuis ma berge. Je décide de m’approcher en rentrant dans l’eau. Bien m’en a pris. Je n’en voyais qu’un depuis la berge mais en fait il y avait un grand nombre de poissons sur les herbiers. Et une arc sur un herbier, que c’est dur à voir. Là, pendant deux heures, je ferais plus de 20 poissons à vue. Toutes des arcs. Toutes sur des cuivres. Un vrai régal. Certainement le meilleur moment du séjour tant la pêche était plaisante. De la nymphe à vue à distance, devant soi, en wet wading, trop bien. Retour au gîte en milieu d’après-midi. Les collègues du groupe à la sieste pour la plupart. Moi, pêche devant la maison. Cette fois-ci c’est les farios qui sont au rendez-vous avec quelques belles prises. Tout cela dans un cadre phénoménal. J’ai d’ailleurs pris beaucoup de temps lors de ce séjour pour stopper la pêche afin de lever les yeux. Une carte postale à chaque virage. Nous avons terminé cette première journée par un coup du soir aux lieu-dit les deux îles. Il est clair que la priorité des poissons le soir était les spents de caenis. Mais beaucoup trop petits pour moi. Je suis resté avec mes sedges. Têtu le jurassien. En taille 16 au début, en 14 à la nuit et en 12 sur le dernier gobage avant de partir ! Petite satisfaction personnelle, j’ai réussi à faire mes nœuds tout le séjour sans lunette. Mais ça commence à être chaud quand même !

Que des arcs sur ce coup du soir. Je finirais cette première journée sur la Missouri à plus de 30 truites. J’ai débuté trop fort, je ne ferais pas mieux les jours suivants. Si la pêche est merveilleuse dans ce pays, tout le reste est différent. Mais vraiment. Le matin par exemple où j’ai croisé sur la berge une pêcheuse qui pour moi avait plus de 80 ans. Nous avons échangé un bonjour. J’étais ému de voir une dame de cet âge avec une canne à mouche dans les mains. Mais en fait, sur le séjour, j’ai vu plus de femmes à la pêche qu’ici depuis 40 ans. C’est une vraie culture. Rien à voir avec chez nous. Un pêcheur ne va pas à la pêche seul, il y va avec sa femme. C’était génial cette ambiance.

Une des nombreuses arcs de la Missouri.

sans oublier ses farios.

Mais quand même beaucoup d'arcs.

Une immensité cette rivière.

Le lendemain nous nous sommes rendus sur un secteur trop aval de mon point de vue. La population de truite n’avait rien à voir avec l’amont. Après discussion avec les guides, changement de secteur. Nous ferons une pêche à vue de 11h à 14h. Peu de poissons pris mais une pêche très intéressante. Des poissons qu’il faut gagner. Très difficiles. Rien à voir avec la veille. J'ai pris lors de cette matinée une belle fario à la tête carrée que Jacques m’avait repérée. Sacré poisson ! Toujours avec une cuivre. C’est la nymphe la plus régulière, ici comme ailleurs. J’ai alterné entre différents lestages et tailles du 12 au 18 avec une priorité pour le 16. Une ou deux truites l’après-midi devant le lodge avant un nouveau coup du soir. Celui de la veille nous avait appris des choses. Il faut repérer les gobages les plus réguliers. Plus le gobage est régulier, plus les chances de prendre le poisson sont grandes. Le soir reste un moment magique sur cette rivière. Il y a une faune incroyable. Le plus dur étant de lever les yeux en se détachant des gobages. Pas simple ! Quand vous avez des pélicans qui font les fous devant vous. Des harles qui pêchent en face, des canards qui passent ou bien encore 4 pygargues qui planent dans le ciel, c’est féérique. Ce soir-là, je ferais ma première fario en sèche de la Missouri. Une très belle arc également. Bref, ce pays est merveilleux.

Tête carrée.

Parking de pêche avec toilettes sèche.

Le mardi, le dernier du séjour, nouvelle bordure. Indiquée par Jacques. Majorité de belles farios en poste avec une ou deux arcs au milieu. La pêche est très compliquée. Il faut faire les choses comme il faut sinon c’est l’échec. Je retrouve sur cette matinée des conditions de difficultés que je peux rencontrer chez moi. Je pêchais avec une cuivre en taille 18. C’était top. Les arcs ont une défense incroyable. Puissance deux à trois par rapport aux farios. J’ai revu mon backing régulièrement sur la Missouri. Quelle force. Même sur des poissons de 45 centimètres. Jamais rendus ces bestiaux. Elles sont folles !

Si c’était compliqué, il y a néanmoins une vraie différence avec chez nous. C’est le temps où les truites conservent la nymphe en gueule. On a le temps de ferrer, tout va bien ! Elles hésitent à mordre, mais quand elles le font, c’est avec confiance. J’en ai même vu mâcher. Je ferais une quinzaine de très beaux poissons ce matin-là. Heureux pêcheur. Le coup du soir fut encore plus dur. Je n’ai pris que deux truites en sèche. Les collègues ont bien galéré aussi. Pourtant, j’ai attaqué au moins 40 ou 50 gobages différents. Pas bon le jurassien sur ce coup-là !

Toujours avec une cuivre !

Le lendemain nous n’avons pas pu faire le coup du soir pour cause de météo orageuse. Pas grave, nous sommes allés manger dans un bar typique du Montana à Cascade. Sacrée expérience aussi là. Le matin la visibilité médiocre m’a empêché de pêcher à vue. Comme je n’avais pas de gobage, il a fallu improviser. J’ai mis une grande pointe, une cuivre en 14 et j’ai pêché à ce qu’on appelait avec André Terrier « à la sondée ». Cela se rapproche de la méthode Roncari en fait. Du coup, quand il y a une belle densité, il ne faut pas longtemps pour faire 10 truites. Le lendemain fut marqué par un vent très violent. J’ai pris que deux poissons le matin, le triple l’après-midi devant le gîte. Mais le souvenir d’une très belle fario en fin de matinée devant les copains de voyage et un bateau d’américains qui attendaient la mise à l’épuisette pour crier leur joie et me féliciter. C’était chouette ! Au coup du soir, nous avons eu la visite d’un garde. Très sympa d’ailleurs, comme tous les américains croisés au bord de l’eau. Vraiment. Ça m’a changé du dernier contrôle que j’ai eu sur la Bienne niveau courtoisie ! On part de loin chez nous misère…

Une belle invitation à entrer !

Pour le dernier jour de pêche du séjour, nous sommes allés sur un nouveau spot. Un bras de la Missouri qui en possède de très nombreux. Il faudrait une vie pour tout faire ! C’était un spot très chouette d’ailleurs. Avec une densité de truites encore une fois impressionnante. Après avoir pris quelques poissons avec les copains du groupe, je me suis écarté pour me finir seul ! J’ai suivi la voie ferrée qui longeait la rivière. Le but était de trouver une belle fario. Je l’ai trouvé et prise à vue. Non sans difficultés puisque les poissons sur cette berge avaient des yeux derrière la tête. Quelle galère pour les approcher. Néanmoins, si l’approche était soignée, le plus dur était fait. Cette truite fario était parfaite. Quelle robe sérieux. Presque aussi impressionnante que les mues de crotales qua j’ai vu sur la voie ferrée ! Faut quand même pas marcher n’importe où là-bas.

Les grosses farios sont somptueuses.

Je suis allé la chercher celle-ci. Une merveille.

Ce séjour s’est terminé ainsi. Enfin presque, j’ai réussi à prendre une très belle arc devant la maison juste avant de faire mes sacs. Oui, le départ pour l’aéroport de Great Falls se faisait dans la nuit, donc il fallait faire les sacs ! Si ce séjour était un rêve éveillé, j’étais très heureux de rentrer chez moi.

La vraie dernière du séjour, devant le lodge juste avant de boucler les sacs !

En conclusion, j’ai vécu un séjour extraordinaire avec une organisation parfaite. Je n’ai eu qu’à penser à la pêche et rien d'autre. Même si je reste frustré niveau pêche avec ce vent omniprésent. Mais ne vous leurrez pas, au bout de trois jours, j’avais déjà pris plus de truites que chez moi en une saison pleine. Cela reste indescriptible les densités de truites dans ces rivières. Pour les petites anecdotes, j’ai emmené un waders qui n’est pas sorti du sac. J’avais monté des tonnes de sèches et de nymphes pour pêcher qu’avec des cuivres et des sedges. J’ai même réussi à vendre mes dernières cuivres avant de quitter les USA ! J’ai trouvé les truites plus sympas sous l’eau qu’en surface. Certainement pas ou peu pêchées à vue. Bref, c’était un truc de fou !

Merci à Eddie, Jacques, Olivier, Stéphane, Claude, Michel et Gilles pour leur merveilleuse compagnie. Partager ce voyage avec vous a été un réel plaisir.

Merci à ma chérie et aux copains pour ce cadeau incroyable.

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