Nicolas39 - Pêche à la mouche

La pêche à la mouche sur le blog de Nicolas Germain, un Jurassien amoureux de sa rivière, la Haute Rivière d'Ain.
Mouches et bas de ligne

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dimanche 19 mai 2019

L'histoire d'une truite (47)

-Tu as vu là-bas, il y a un gobage !

-Oui, je l'ai vu, c'est la troisième fois qu'elle gobe, mais comme tu ne l'avais pas vu, je n'ai rien dit...

C'est ainsi que débute cette nouvelle histoire...Une conversation avec Victor sur les berges de notre rivière préférée qui fut perturbée par cette truite gobeuse ! On s'était retrouvé par le plus grand des hasards tous les deux lors d'une après-midi maussade le long de la rivière d'Ain. Aucun autre pêcheur à l'horizon. Pourtant, toutes les conditions étaient réunies pour une potentielle éclosion. Avant donc de se croiser, j'ai eu la chance de prendre une truite en sèche. Une des toutes première de la saison. Elles sont si rares, que l'on en souvient, croyez moi ! Victor, de son côté, avait perdu un gros poisson bien plus en aval de la même manière. Il était forcément déçu. Oui, car les personnes qui connaissent parfaitement cette rivière savent bien que pour prendre un beau poisson en sèche, il faut que de nombreuses conditions soient réunies. Ce genre de journée se présente à nous pêcheurs qu'une ou deux fois dans l'année, alors lorsque l'on passe à côté, cela peut vite devenir frustrant.

Étant donné que Victor venait de voir le gobage qui est le centre de ce récit, je l'ai invité à aller le tenter. Il est rentré dans l'eau pour se positionner mais surtout pour approcher au maximum le gobage. Le niveau de la rivière était limite pour avancer correctement au plus près de ce poisson. Malgré de nombreuses tentatives, Victor n'a pas pu passer sa mouche dans l'axe du poisson. Une fois sorti de l'eau, j'ai pris sa place pour tenter ma chance. Le résultat fut identique, un échec ! La rivière était trop haute, impossible d'approcher assez près pour allonger la soie. De plus, ce n'est jamais simple de faire un beau lancer lorsque les coudes trempent dans l'eau ! Pas grave, il faut bien que les truites gagnent de temps en temps. Et puis, après tout, elle savait bien pourquoi elle se postait à cet endroit précis, la maline...

Je suis revenu sur le même poste quelques jours plus tard. La rivière avait baissé et j'étais plutôt très optimiste. Oui, sauf que le débit était forcément différent et que le poisson n'est en fait jamais venu se poster devant le tronc sec immergé pour gober. La truite du tronc avait disparut temporairement. C'est souvent le cas pour des poissons gobeurs, en tous les cas chez nous. Ils prennent leur poste selon un débit minimum ou maximum. Je suis souvent tombé sur des poissons que je n'ai jamais pu attaquer en sèche...La parade est de les retrouver à l'eau basse en nymphe à vue, mais le plaisir n'est pas le même.

Les jours sont passés. Nous nous sommes retrouvés avec Victor et Thibaut au même endroit avec une rivière de nouveau plus haute. Bien entendu, on est venu discuter sur le fameux poste de la truite du tronc. La petite bulle caractéristique de son gobage était de nouveau visible ! Ça commençait à me chauffer un peu du coup, même si je ne le montrais pas vraiment. J'ai tenté de chercher plusieurs chemins dans la rivière pour approcher au plus près. Rien n'y a fait, pas moyen d'être assez près avec ce niveau pour passer ma mouche là où le poisson se trouvait. Je ne m'avouais pas vaincu, loin de là, j'avais une idée derrière la tête ! Le lendemain matin, j'ai ressorti ma 9 pieds soie de 6, j'en ai même profité pour mettre une soie neuve avec un bas de ligne assez court. J'avais dans l'idée de gagner les deux mètres qu'il me manquait à chaque lancer avec ma canne en soie de 5. Voir cette truite gober sans arrêt sans pouvoir y passer ma mouche commençait sérieusement à m'agacer !

Arrivé à la rivière le lendemain, j'ai vite compris que ça allait être encore plus compliqué. Une légère pluie nocturne avait offert à la rivière un débit encore supérieur. Cela n'a pas empêché la truite du tronc de gober comme une malade durant l'heure où je l'ai observée. Mais il fallait oublier ce jour-là, je pouvais à peine faire cinq mètres dans le lit de la rivière, bien trop peu pour tenter un lancer. Je commençais à me dire que je la verrais jamais de près celle-ci.

Et puis, il y a eu une période de deux jours où les éclosions ont été nombreuses. En quantité et en diversité. Grosses et petites mouches, des claires et des plus foncées. Mais surtout des claires d'ailleurs, des A4 comme dirait mon ami Denis. Excusez mon ignorance en entomologie, mais cela ne m'a jamais vraiment intéressé. Encore plus le jour où un ami dont c'est le métier m'a dit que sans binoculaire, il était impossible d’identifier avec certitude les insectes. Donc autant ne pas dire de bêtise.

Le premier jour de ces éclosions massives (tout est relatif hein, massive pour l'époque, mais ridicule avec ce que j'ai connu il y a 25-30 ans), j'étais au boulot, dommage. Le deuxième jour, j'étais au bord de l'eau, jackpot ! La rivière était basse, donc logiquement, la truite du tronc ne devait pas être à son poste pour gober. Sauf que là, avec une telle quantité de mouches, j'ai pensé le contraire. Je me suis dis qu'elle ne pouvait pas laisser passer une telle opportunité de se nourrir si facilement. Je me suis donc rendu prestement sur le lieu de toutes mes convoitises. Malgré un niveau plus bas, la petite bulle était visible à chaque passage de mouche le long du tronc. Elle était là ! Je suis rentré dans l'eau discrètement, le plus lentement possible. J'ai enfin pu m'approcher assez près. La sensation était bizarre. Presque du trac. Le coup était enfin à ma portée, comme sur un plateau alors que je pensais ne jamais pourvoir le faire. Il restait à être concentré afin de ne pas faire de faute technique.

La suite fut presque trop facile finalement. Le charme était rompu avant même de mettre en action la soie dans les airs. La mouche posée sur l'eau, la dérive se faisant lentement, la truite est venue au premier passage aspirer mon imitation comme une fillette qui n'avais jamais rien vu. Au ferrage, j'ai compris que j'avais au bout une madame plutôt qu'une mademoiselle. Le combat fut intense mais maitrisé, je pêche avec un fil de diamètre conséquent. J'avais enfin la truite du tronc dans mon épuisette ! Prendre un poisson que l'on connait, que l'on tente depuis des jours, c'est vraiment autre chose. Enfin moi j'adore. Mon but était atteint. Je n'aurais pas échanger ce poisson contre 10 autres belles truites prises au hasard. Je la voulais vraiment et je l'ai eu.

Mes photos sont très souvent identiques, mais de cette façon, la truite reste dans l'eau sans manipulation. C'est ma priorité.

mardi 14 mai 2019

Consultation publique concernant l'avenir du statut piscicole de Vouglans (39)

Cette consultation du public est active du 13 mai au 02 juin 2019. Chaque pêcheur peut donc donner un avis favorable ou défavorable sur le passage en deuxième catégorie du lac de Vouglans.
 
Je ne vais pas me lancer dans des explications non argumentées car j'ai une grande méconnaissance de ce plan d'eau et de ses spécificités. Par contre, et par conviction personnelle, j'aurais plutôt tendance à me ranger du côté des personnes qui ont toujours agi en faveur de la protection du milieu et des populations. Je crois savoir que l'AAPPMA de Moirans n'a jamais failli à cela par des actions bénévoles multiples pour le bien-être de ce lac, des poissons et donc des pêcheurs. Cette AAPPMA souhaite le maintien de la première catégorie.
 
A vous de vous faire votre propre avis et surtout, de le donner ! => Consultation publique concernant l'avenir du statut piscicole de Vouglans (39)
 
La bonne adresse mail => ddt-participations-public@jura.gouv.fr
 

vendredi 10 mai 2019

Passage jurassien dans le best-of de Seasons

Ce très court billet pour vous informer que la chaîne Seasons diffuse en ce moment un Best-of avec la séquence jurassienne où nous avons eu le plaisir de participer avec Thibaut.

Voici les dates de diffusions :

•Vendredi 10 mai - 19h30

•Samedi 11 mai - 13h45

•Samedi 11 mai - 23h25

•Dimanche 12 mai - 18h10

•Lundi 13 mai - 13h55

•Mardi 14 mai - 20h05

•Mercredi 15 mai - 12h55

•Vendredi 17 mai - 01h05

•Vendredi 17 mai - 22h45

•Samedi 18 mai - 18h10

•Dimanche 19 mai - 12h10

•Lundi 20 mai - 18h20

•Mardi 21 mai - 15h40

mercredi 8 mai 2019

Sous la surface, le livre d'Anne-Cécile Monnier.

Voilà un beau projet mené par une belle personne dans un contexte qui me plait. Il n'en fallait pas plus pour que je me fasse, via ce blog, le relai de cette souscription en cours pour cet ouvrage qui sera sans aucun doute un merveilleux objet dans votre bibliothèque. J'ai posé quelques questions à Anne-Cécile pour en savoir plus. N'hésitez pas à précommander votre livre, le lien est en fin d'article.

 

Nicolas : Salut Anne-Cécile. Très heureux de te recevoir une seconde fois sur ce blog. Cette fois-ci, c’est pour nous parler de ton tout premier livre « Sous la surface, rencontres au cœur de nos eaux douces » qui débute son aventure. Peux-tu nous parler du cheminement de ce projet.

Anne-Cécile : Bonjour Nicolas, et bonjour à tes lecteurs. Cela fait quelques années maintenant que j’ai présenté une première fois mes actions sur ton blog. Je reviens cette fois-ci avec quelques coups de palmes en plus au compteur et les clichés de mes plus belles rencontres sous la surface de nos rivières, que je souhaite partager à travers ce livre photographique.

La volonté de mettre en lumière ce que j’observe derrière mon masque lors de mes prospections aquatiques ou lors de mes missions en hydrobiologie, n’a cessé de m’emmener sur de nouveaux territoires et de nouvelles rivières depuis plusieurs années à travers des thématiques variées, comme par exemple la préservation et la restauration de frayères à brochets ou le suivi de nouvelles espèces dans nos eaux.

A travers ce livre, je souhaite partager cet univers passionnant et parfois mal connu, et apporter un regard complémentaire sur ce qui se cache de l’autre côté du miroir.

Nicolas : Cet ouvrage est édité par l’association Reflets d’eau douce. Dans un premier temps, peux-tu nous rappeler quelle est la vocation de cette association stp ?

Anne-Cécile : Reflets d’eau douce a pour objectif de valoriser les milieux aquatiques grâce à l’image pour communiquer sur la vie de ces écosystèmes auprès du grand public. Les milieux aquatiques sont fragiles et leur mise en valeur est précieuse pour espérer donner un sens à leur préservation. C’est dans cet esprit que Reflets d'eau douce propose de nombreuses actions autour de la connaissance du patrimoine aquatique comme la réalisation de supports d'information à travers des livrets pédagogiques, des films documentaires, des expositions photos et des conférences sur tout le territoire français, ou bien la sensibilisation du jeune public lors d’animations scolaires. C’est donc tout naturellement que Reflets d'eau douce édite ce livre dans la poursuite de ses actions que vous pouvez découvrir en détails sur :

www.refletsdeaudouce.fr

Nicolas : Sur ce blog, mon public est surtout composé de pêcheurs mais aussi, et c’est compatible ;-) de passionnés des milieux aquatiques. Que vont-ils trouver dans cet ouvrage ? Un petit mot pour les motiver à participer à la souscription afin que ce projet aboutisse.

Anne-Cécile : A travers cet ouvrage, je vous invite à plonger dans l’intimité des eaux douces, sur les traces de leur vie secrète. Au delà de ce que l’on peut observer depuis la surface, je propose de découvrir les animaux sauvages de nos rivières dont des espèces emblématiques comme le brochet, la truite fario, l'ombre commun ou encore l'anguille européenne, à travers mon regard de photographe et de biologiste, grâce à des clichés réalisés en apnée. Chacun a sa propre vision de la rivière et du milieu dans lequel il évolue en fonction de sa façon de le pratiquer. Je veux croire que croiser nos regards sur ces milieux si fragiles est enrichissant et permet de sensibiliser à cette beauté brute et à sa vulnérabilité. C’est le sens que je veux donner à mon travail au travers de cet ouvrage, en ayant à cœur que chaque amoureux des rivières puisse se retrouver dans ces pages.

Extrait du livre (maquettes d’illustration) :

Le livre est actuellement en création et une campagne de souscription vient d’être lancée, vous permettant de soutenir le lancement du projet grâce à votre précommande. La parution de ce livre de 148 pages est prévue en octobre 2019.

Pour en savoir plus sur les coulisses du projet et le soutenir dès à présent, je vous invite à rejoindre la page dédiée sur HelloAsso :

https://www.helloasso.com/associations/association-reflets-d-eau-douce/collectes/sous-la-surface-rencontres-au-coeur-de-nos-eaux-douces-le-livre

vendredi 3 mai 2019

L'histoire d'une truite (46)

Cette nouvelle histoire ne sera pas le récit d’un poisson capturé par mes soins. Je n'en serais pas non plus le narrateur. Non, cette fois-ci, vous aurez le droit à une histoire où le chanceux pêcheur est mon fils Thibaut et où celui qui nous raconte cette belle histoire n'est autre que son copain Victor. Ces deux-là se connaissent depuis de nombreuses années. Ils ont toujours pêchés ensemble avec parfois des périodes plus ou moins creuses. Cette année, ils partagent pas mal de temps au bord de l’eau. Ils ont profité des dernières vacances scolaires de ce mois d’avril pour aller barouder ici et là. Le fait d’avoir le permis leur permet d’accéder à de nombreux parcours pour leur plus grand plaisir et leur envie de découvrir encore et encore. Victor voulait justement faire découvrir à Thibaut les parcours avals de notre belle rivière à l'époque bénie des gammares. Cette journée découverte restera, je pense, pour tous les deux un très bon souvenir. Je vous laisse en compagnie de Victor qui manie la plume tout aussi bien que sa GLX, c'est dire, un vrai régal !

         Deux ans après, peut-être plus, tout ce temps sans pêcher de façon digne de ce nom ensembles, comme quand nous n’étions encore que des enfants et que la pêche n’était qu’un jeu de cache-cache et d’adresse auquel nous jouions avec les poissons à longueur de journée sans jamais éprouver la moindre lassitude, et après tout je crois qu’il en est toujours ainsi. C’est à chaque fois avec surprise que je remarque à quel point les réflexes et les habitudes reviennent instantanément avec Thibaut, les nombreuses heures passées côte à côte nous ont permis de nous connaitre sur le bout des doigts, de connaitre les points forts mais aussi les qualités de l’autre, de déceler ses moments de motivation pendant lesquels il semble inatteignable mais également ses frustrations et ses moments de doute. Et je ne crois pas me tromper en disant que la prise du poisson dont il est sujet dans ce billet illustre à merveille cette relation et cette complicité amicale.

En effet, après avoir fait face à plusieurs échecs face à de grandes truites, la possibilité d’en prendre une devenait comme une utopie pour Thibaut qui désespérait à tort d’en voir une au fond de son filet, comme si le sort venait s’en mêler pour faire pencher à chaque fois la balance du côté du poisson plutôt que du pêcheur. Ce jour semblait donc idéal pour refaire les comptes, remettre les points sur les « i », l’église au milieu du village, en bref, faire pencher la balance du bon côté, celui du pêcheur et non du poisson. Pourtant, la partie commençait plutôt mal, à l’issu du premier lancer de la journée, Thibaut ferre une grosse truite qui passera malencontreusement sous une branche, la seule qui se trouvait sur la trajectoire de son premier rush, plus par maladresse qu’autre chose à mon avis. Par la suite, la journée se résume par de multiples occasions, mais les personnes qui connaissent la pêche de ces grandes truites sauront qu’il ne suffit pas d’occasions pour capturer l’une d’entre elles. Aucune de ces chances ne se concrétisait, parfois de la faute du poisson, de ses déplacements, tantôt du vent ou encore d’une aimable promeneuse et de ses enfants ayant trouvé la berge le long de laquelle se nourrissait la truite tant convoitée idéale pour une balade en nature.

Au fil de la journée, je sentais croitre en nous une frustration, à moins que cela ne soit de la vexation. La frustration des jours où le graal semble tellement accessible qu’on peut l’observer et presque le toucher du bout des doigts, la vexation d’avoir à raconter le soir en rentrant à nos pères respectifs (même s’ils connaissent cette pêche par cœur) que nous avons eu des occasions mais que nous ne sommes pas parvenu à les concrétiser. De la vexation également lorsque, assis dans votre dos sur la berge, votre coéquipier et ami attend que vous illuminiez la journée par un ferrage salvateur sans que vous n’y parveniez. Car pêcher à deux c’est aussi ça, la peur de décevoir l’autre, où l’envie de l’impression suivant que vous voyiez le verre à moitié plein ou à moitié vide. Cependant, et c’est le cas entre Thibaut et moi, le regard de l’autre doit être un moteur, une source d’émulation et non un frein, si l’un n’est pas à son niveau habituel sur un coup, l’autre se contente de lui lancer un : « t’as pas bien pêché mec » ou encore « Tu vois ce lancer ? Et bien ne recommence plus jamais ça », s’il veut être plus taquin et aussitôt nous passons à autre chose car comme le dit un pêcheur de grosses truites avec qui nous partageons au moins cette philosophie : « il y a toujours une balle de match, et les balles de match il ne faut pas les rater ». Et en effet, cette balle de match allait se présenter.

Il s’agit d’une truite qui se baladait rapidement le long d’une bordure, à 5 ou 6 mètres de la berge, entre deux eaux, curieux comportement qui laissait presque entrevoir du stress chez elle. En suivant ce poisson, c’est moi qui repère qu’elle effectue une pause dans son circuit, en amont d’un petit rocher immergé. J’interpelle Thibaut qui se trouve juste en dessous de moi en lui disant de rentrer dans l’eau pour se dégager de la végétation et pouvoir lancer en revers (son point fort à distance).  Après avoir noué une petite nymphe de trichoptère montée par notre pote Alex, il se glisse le long de la berge et entame une courte approche. La truite est toujours là, immobile, les yeux en l’air, comme si elle recherchait des nymphes en train d’éclore plutôt que leur habituel menu composé de gammares courant sur le fond. Après quelques faux lancers d’étalonnage, Thibaut lance sa nymphe légèrement en amont du poisson, le courant, bien qu’extrêmement faible à cet endroit, dirige l’imitation à environ 30 centimètres sur la droite de la truite dont les yeux tournent déjà pour l’observer. Je me souviens dire à Thibaut de ne surtout pas animer, je pense sincèrement que le poisson ne l’aurait pas accepté à cet endroit et en plein soleil avec le fil au-dessus de sa tête. Puis, dans un mouvement d’une lenteur indescriptible, comme pour faire durer le suspense, la truite s’empare du petit tricho. Ferrage !!! Vous savez, celui dont on parlait tout à l’heure ? S’en suit une belle bagarre durant laquelle la truite tentera de rejoindre un grand arbre immergé, mais le pêcheur la stoppera à 7 ou 8 mètres de son objectif grâce à son 16/100. La suite est des plus classiques mais très bien orchestrée par Thibaut qui se contente de suivre sa truite sur la gravière à l’aval en tirant un maximum dessus pour abréger la bagarre. Puis l’instant décisif de l’épuisette, celui qui fait définitivement basculer la balance d’un côté ou de l’autre, le juge entre la victoire et la défaite. Mais vous l’avez compris il s’agit là d’un récit de victoire !

Toute la frustration des heures précédentes semble alors s’envoler en fumée, la sensation unique de légèreté après avoir accompli ce que vous aimez le plus… « Merci mon pote » me lance-t-il, un merci qui en dit long. Après avoir mesuré ce poisson et fait une ou deux photos, il repartira d’où il est venu, dans le fond de la fosse abyssale qu’il habite.

En attendant les prochaines occasions de vibrer de nouveau, je te remercie, « t’as bien péché Thib ».

Voici la truite de ce beau récit.

D'un peu plus près.

A mon tour de te remercier Victor, pour avoir écrit ces quelques lignes, mais aussi et surtout pour avoir partagé ces moments avec Thibaut. Certes, c'est lui qui tenait la canne, mais sans toi, il ne se serait jamais trouvé à cet endroit.

Les amitiés construites autour d'une passion commune sont de mon point de vue plus solides que les autres et je pense que la votre durera quelques soient vos chemins de vie respectifs...Il y aura toujours une rivière et des poissons pour une journée de pêche ensemble !

mercredi 1 mai 2019

Mon blog fête ses 12 ans.

Mai 2007, c'était le tout début de ce blog ! Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, et pas toujours de bonne qualité malheureusement. Douze années après mon premier billet sur ce blog, c'est plus de 1400 autres articles qui ont été mis en ligne sur ce support que je gère seul depuis le départ. C'est donc quasiment un article tous les 3 jours en moyenne ! Je dis ça au cas où vous découvriez seulement mon blog...Vous avez de la lecture devant vous ;-) 

C'est une magnifique aventure que j'ai envie de continuer. Je ne sais pas si vous êtes nombreux à me suivre depuis le tout début, mais si c'est le cas, je vous en remercie. Vous me témoignez régulièrement votre fidélité que cela soit par mail ou par un petit mot écrit lors de vos commandes de mouches par exemple, je trouve ça toujours très sympa. Merci beaucoup.

Néanmoins, au fil des années, les retours par le biais des commentaires sur les articles se sont réduits très nettement. Alors que dans le même temps, il y en a de nombreux quand je relai ces mêmes articles sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc...). C'est vraiment dommage, car ces commentaires, parfois très intéressants et instructifs, sont éphémères. Avec le temps, on ne peut plus les retrouver. Alors qu'à la suite de l'article, ils restent et surtout, ils profitent à tout le monde. Je prends l'exemple de l'article récent sur les gammares que j'ai écrit. Il y a eu un grand nombre de retours sur Facebook quant à de potentielles explications...Il aurait été plus utile de mettre ces observations à la suite de l'article. Cela le complète et tous mes lecteurs peuvent profiter de ces informations. Heureusement, il y a un petit noyau de lecteurs qui laisse une trace écrite de temps à autres, merci pour ça. Voilà, c'était mon petit moment grognon ;-)

Du côté de l'audience, c'est sans arrêt en augmentation. Des pointes à plus de 4000 visites/jour au mois d'avril...Merci sincèrement de vos visites régulières.

Ne vous éloignez pas trop loin, bientôt une nouvelle histoire de truite à lire assez sympa ;-)

A bientôt et surtout merci !

dimanche 28 avril 2019

L'histoire d'une truite (45)

Il faut dire que la journée du samedi avait plutôt bien commencée avec cette bonne nouvelle sur le projet du Center Parc de Poligny. Le tribunal administratif ayant donné raison à l’association du Pic Noir en annulant partiellement le PLU.

La veille, nous avons fait mon fils et moi une sortie de pêche malgré le petit coup de pluie et la légère montée des eaux. En gros, une dizaine de centimètres, tout au plus. La rivière s’était aussi un peu teintée. Le plus gros changement finalement se situait sur la variation de la température de l’eau. Je l’avais mesuré à 11 degrés le week-end dernier. Ce vendredi donc, elle était redescendue à 8 degrés, rien que ça ! Même sans thermomètre, on le sentait assez vite.

Fin avril, par expérience lorsque la pêche à vue est rendue difficile par les conditions, et c’était le cas, nul besoin d’aller à la rivière trop tôt. Ce petit surplus de débit fait en général sortir les mouches à un horaire bien précis.

Malgré quelques grosses mouches très claires dans le ciel, nous avons localisé des gobages dans une seule et unique zone très courte du linéaire. La hauteur d’eau nous a obligés à abonner. Chacun à notre tour, nous avons tenté d’approcher les gobages, mais même en ayant rempli les waders, il en manquait un bout. Thibaut aurait mérité car la prise de risque était belle. Dommage.

Le lendemain, la rivière avait perdu quelques centimètres. De suite, j’ai organisé ma journée pour être à la bonne heure sur les gobages de la veille. Thibaut lui n’est pas venu, on va dire qu’il était en récupération de soirée. Il faut bien que jeunesse se fasse et qu’il y est un peu de variété dans sa vie. Et puis bon, qui va à la chasse, perd sa place. Il me restait donc à prendre la sienne.

Même horaire, même éclosion, même gobage mais niveau d’eau un poil plus bas. Ha ha ! C’était pour moi ! De la berge, j’ai vu ce petit rond discret. Il se situait en bordure de courant et d’une zone plus calme avec des petits contres courants. Je suppose que la truite aurait bien gobé avec une fréquence plus marquée, mais malheureusement, les mouches étaient bien rares. C’est d’ailleurs assez frappant comme phénomène. L’effectif des éclosions est si mince, que si vous êtes sur une zone avec un vol d’hirondelles par exemple, vous pouvez changer de place, il n’y en a pas assez pour tout le monde. Je l’ai vécu aujourd’hui, incroyable. Je suis remonté de 400-500 mètres en amont du vol d’hirondelles, là, les mouches pouvaient dériver et les poissons (que des petits aujourd’hui) pouvaient s’en nourrir.  Il y a une concurrence exceptionnelle sur cette nourriture qui diminue d’années en années…C’est assez dramatique.

Je reviens donc à mon gobage du samedi. Une fois bien localisé, je me suis positionné dans l’eau en pensant à Thibaut la veille tellement il était simple de le faire cette fois-ci avec un niveau plus bas. Une fois en place, j’ai attendu que le poisson gobe de nouveau. Il faisait cela très lentement si bien que j’ai pu apercevoir ses flancs sous la surface. Une couleur bronze orangée bien marquée qui donnait envie d’en voir plus. Pas si simple que ça car il m’a fallu changer de mouches 3 fois avant de tromper la vigilance de ce poisson. Il est venu prendre ma mouche qui devait dériver dans la pellicule. Les fois précédentes, j’étais beaucoup trop haut sur l’eau.

Le combat fut très sympa car indécis. Il y avait entre elle et moi une veine qui poussait pas mal et j’étais dans l’impossibilité de la suivre en descendant la rivière, beaucoup trop d’eau…

Il a fallu faire durer un peu malgré un fil assez gros afin de fatiguer le poisson de façon à lui faire remonter le courant.

Bien souvent, on se souvient d’un poisson par ses mensurations, là, c’est vraiment pour son esthétisme. Réellement une belle truite. Je ne sais pas si elle est de souche ou pas, je n’ai pas les compétences pour le dire, mais j’adore ce genre de poisson. Qui plus est en sèche, technique que j’utilise très peu chez nous. C’est malgré les années et les quelques poissons pris depuis 33 ans, des moments que j’adore et que je sais apprécier à leur juste valeur. La belle est repartie comme si de rien n’était. A bientôt pour une nouvelle histoire…

jeudi 25 avril 2019

Où sont passés les gammares ?

Je ne sais pas chez vous, mais ici, sur la haute rivière d’Ain, il y a une pénurie aggravée de ces petits crustacés. Cela fait 3 ou 4 ans que les gammares ont disparu des radars chez nous. Avant 2015, il m’arrivait de d’observer tous les printemps des belles truites venir se risquer à découvert là où les gammares se rassemblaient pour s’en gaver. Et si sur la basse rivière d’Ain ces scènes sont toujours visibles, ici, c’est terminé. La faute à l’absence quasi-totale de ces bestioles. Même en soulevant ici et là les cailloux sur le fond de la rivière, on en trouve vraiment très peu voir pas du tout. Absolument plus rien à voir avec les quantités que je pouvais observées. Je ne parle pas là du siècle dernier hein, mais bien d'il y a 5 ans.

J’ai des souvenirs bien marqués avec des quantités telles que les truites faisaient un festin durant quelques jours en avril. La pêche en devenait presque facile sur certains secteurs. J’ai vu des truites avec le dos sorti de l’eau pour venir se coller au maximum à la berge pour aspirer les petites crevettes à leur passage. C’était fantastique à voir. Je repérais les poissons par les vagues que provoquait leur repas en cours. De toutes évidences, cet apport de nourriture incroyable doit terriblement manquer aux truites aujourd’hui. Cela a changé leurs habitudes également. Si les gammares ont disparu, je pense qu’ils ne sont pas les seuls à subir les conséquences de la mauvaise qualité de l’eau. Car je ne vois pas une autre raison de leur disparition puisque une fois les barrages en aval passés, on retrouve les gammares en nombre dans la même rivière.

D’ailleurs, si on a un peu de mémoire et qu’on observe les poissons, on peut très vite se rendre compte que les truites font bien plus d’efforts aujourd’hui pour se nourrir qu’il y a quelques années. Elles sont tout le temps en mouvement et mangent à des fréquences bien plus espacées lors de leurs déplacements. En tous les cas, c’est évident pour moi. Mise à part quelques spécimens bien gras, les truites dans leur majorité sont déficitaires en poids. J’ai cette terrible impression qu’elles ne mangent pas à leur faim. Après, ce n'est que le résultat d'observations d'un pêcheur, rien de scientifique.

J’ai un exemple concret pour vous faire mieux comprendre mon ressenti. Lundi dernier, alors que j’étais en affût sur la berge dans l’attente d’une truite, un ombre est passé devant moi. Il avait un barbillon abîmé côté droit qui le rendait facilement reconnaissable. J’avais vu ce poisson quelques minutes avant 80 mètres plus en amont. Bref, rien d’anormal (si ce n’est le barbillon abîmé !). Je le voyais perdre une énergie folle à chercher sa pitance sans trouver grand chose au final. Comme je ne voyais aucune truite et qu’il est passé plusieurs fois devant moi, j’ai voulu m’amuser en lui faisant prendre ma nymphe sans le ferrer bien entendu. Juste pour voir s'il allait la prendre. Même avec le recul, j’ai du mal à croire ce que j’ai vécu ensuite ! Ce poisson, qui devait faire 32-33cm, a pris ma nymphe 16 fois de suite avant de la refuser ! 16 fois la même nymphe, 16 fois en tirant le fil et en sentant la résistance ! Pas juste du bout des lèvres, non, à chaque fois en insistant et en tirant le fil. Il a parfois garder la nymphe en bouche 3-4 secondes avant de la recracher. La première fois que j’ai testé le truc, il a pris le gammare 2 fois à la descente, et il est revenu le prendre au fond ! Je veux bien que le gammare JFD soit une imitation super efficace, mais là faut pas abuser, ce poisson devait crever de faim pour insister de la sorte ! Je n’ai jamais vu ça de ma vie de pêcheur sur l’Ain. 16 fois !

Et puis, là où j’ai pris vraiment une claque, c’est lors de ma sortie sur la Loue, le contraste est effrayant. J’ai compris pourquoi je n'avais pris qu’une seule truite en sèche à ce jour sur ma rivière…Les mouches sur l’eau ! Il n'y en a plus ici ! Pourtant, j’ai passé du temps à la rivière cette année, vraiment beaucoup. Mais je n’ai pas vu une seule belle éclosion de petites olives. Rien. On ne peut pas avoir de gobage comme ça, forcément.

Alors je ne sais pas comment se débrouillent les truites, mais elles doivent avoir de sacrées carences qui je l’espère, sont compensées en parties autrement, mais j’avoue ne pas savoir comment...

Photo d'illustration (2015).

 

vendredi 19 avril 2019

Cademène ou le paradis éternel.

Prendre une journée de congé durant les vacances scolaires de mon fils, voilà une idée qu'elle était bonne. Direction la Loue, Cademène, chez Sanso...Ce lieu, ce linéaire, cette vallée...Le paradis. Il n'y a pas d'autre qualificatif. Un résumé en images de cette belle journée partagée avec mon fils et où j'ai eu le plaisir de revoir bon nombre d'amis. Un régal.

La vallée de la Loue en aval de la ferme Golgru. Une beauté et une ambiance intacte à chaque fois que je viens ici.

Ma première truite de la Loue pour 2019. Un poisson magnifique pris en nymphe à vue avec une nymphe légère mais assez grosse. Un régal de voir monter ce poisson entre deux eaux pour engloutir mon imitation.

Le premier poisson d'après le casse-croûte. La digestion s'est bien passée du coup ! Une truite magnifique qui m'a donné bien du plaisir. 

Mon fils en plein combat après avoir ferré son poisson à dix mètres de la berge. La truite visitera le saule en aval plusieurs fois sans pour autant gagner la bataille.

Les truites de la Loue sont splendides, qu'elles soient préservées par tous les maux qui touchent la rivière.

On a voulu finir par des poissons plus tatillons sur les gravières dans peu d'eau. Thibaut a été le plus adroit. Il a réussit à en prendre plusieurs.

Une des belles de cette gravière. Une couleur caractéristique de ce genre de poste. Joli coup de ligne qui plus est !

La dernière de la journée, juste devant les voitures, le long de la barque au René. Une façon de dire au revoir à la Loue et ses habitantes.

dimanche 14 avril 2019

La rivière d'Ain pas épargnée par les algues brunes.

C'est un peu la tradition maintenant...Comme un jour férié ou une date anniversaire...Mais en beaucoup moins joyeux pour le coup. Les algues brunes sont de retour sur la rivière d'Ain. Les épandages de lisier ayant débutés il y a quelques semaines un peu partout dans le département, la fonte du dernier manteau neigeux nous a offert sa dose de lisier pour l'année. La rivière d'Ain était encore magnifique il y a moins d'une semaine. Des fonds vraiment nickel. Comme d'ailleurs à chaque fois à la sortie de l'hiver. Avec donc la dernière fonte massive de neige, la rivière est montée, elle s'est chargée de cette eau glaciale venue du haut Jura et du plateau de Nozeroy. Mais attention, elle n'était pas seule cette neige fondue...En quelques jours, cela a fait son petit effet sur le fond de la rivière...Les gravières sont passées d'une couleur blanche/sable immaculé à marron/noire gluant. Incroyable cette efficacité dans la crasse et le poison !

Avant le coup d'eau, un fond de rivière comme il devrait être tout le temps !

C'était beau non ?

A partir de vendredi dernier, la transformation...radicale !

Mais pas surpris puisque c'est tous les ans. Puisque rien n'est fait pour que ça change. Bien au contraire, l'intensité augmente d'années en années. Maintenant, il suffit d'attendre les conséquences...Ha ben justement, dès le lendemain, soit samedi matin 11heures, j'ai filmé ma première truite mycosée sur Pont-du-Navoy. Quelle coïncidence non ??? Dingue quand même ! Moi, ça me rends fou furieux, j'ai le ventre qui se tord dans tous les sens bordel. Mais que font nos instances ? Celles de la pêche, des services de l'état, nos élus ??? Ho, on ne va pas laisser faire ça encore des lustres non ? En fait, vous attendez peinard que tout crève et comme ça, plus personne ne vous embêtera, c'est ça ? Mais il n'y a pas d'agriculteurs qui soient aussi amoureux de nos rivières et qui se rendent compte du massacre ? Ce n'est pas possible de laisser perdurer une telle situation...Il doit y avoir forcément des solutions pour faire autrement non ?

Pensez à mettre en HD pour apprécier ce triste spectacle.

Le constat de tout ça, c'est quoi dans le département du Jura ?

  • Échec total sur les pollutions domestiques avec des défaites récurrentes dans les tribunaux et une incapacité évidente à faire entendre raison aux instances dirigeantes.
  • Échec total sur les pollutions agricoles avec des poussées d'algues brunes de plus en plus virulentes tous les ans.
  • Chouette, zéro pointé sur toute la ligne. Il y en a qui doivent trouver le temps long durant leur journée de travail avec de tels résultats.

Par contre, on sait nous dire encore avec un sourire en coin que le No Kill ne sert à rien...On nous prends toujours pour des barjots nous qui nous battons pour que cela soit obligatoire sur toute la rivière d'Ain...On nous accuse même ici et là de créer des clivages entre pêcheurs à force d'être comme ça. Ben voyons, c'est qui les barjots dans cette histoire vous croyez ? Ceux qui pensent cela ou ceux qui prélèvent toujours dans cette ressource à la limite de l'extinction ? Il n'y a que ce paramètre sur lequel on peut influer aujourd'hui, tous les autres sont des échecs à répétitions, pire, ces nuisances augmentent et ne cesseront pas demain, on le sait tous ! Alors ce n'est pas compliqué, actionnez le seul bouton qui peut l'être ! Et vite !

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