Nicolas39 - Pêche à la mouche

La pêche à la mouche sur le blog de Nicolas Germain, un Jurassien amoureux de sa rivière, la Haute Rivière d'Ain.
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vendredi 4 décembre 2020

La mort pour donner la vie ?

Les fonds noirs d'une rivière francomtoise ne nous sont malheureusement pas inconnus. En règle générale, les pêcheurs alertent qui veut les entendre que le phénomène se déclenche au cours du mois d'avril après les grosses campagnes d'épandages de lisier. En cette année 2020, c'est la double lame ! Quelle p****n d'année quand même ! 

De mémoire, je n'ai jamais vu les fonds de la rivière d'Ain aussi noirs à cette époque de l'année. C'est d'autant plus terrible et traumatisant que les truites, enfin, les quelques individus adultes qui ont survécus aux épandages du printemps et à la sécheresse estivale, doivent tenter de se reproduire. Pour se faire, et vous le savez bien, ces poissons survivants doivent creuser dans les sédiments englués de merde noire un nid pour y déposer les œufs. En creusant ce nid ou même avant ça lors des combats entres mâles, les poissons dans certains cas en ressortiront avec des plaies souvent bénignes. Mais vous l'aurez compris, le contact de ces plaies avec ce dépôt noir sur les graviers leur sera le plus souvent fatal.

Les dernières truites sauvages de Franche-Comté en sont donc là. Donner la vie en trouvant la mort ! Il est certain que les populations devraient croître rapidement avec un tel procédé.

Je vous avoue que j'arrive de moins en moins à me rendre sur les berges de ma rivière. A chaque sortie, c'est le mal de ventre assuré. Je n'arrive plus à trouver un seul motif de satisfaction. Je dirais que j'ai fait une vingtaine de sorties depuis début octobre. Mon constat est sans appel. Par rapport à 2019, je vois 4 à 5 fois moins de truites. Tous les ans la population baisse, je le vois bien et j'en suis parfaitement conscient. Mais certainement dû au fait que notre parcours est 100% no kill, cette baisse était lente bien que réelle. Cette année, c'est juste hallucinant. Je ne vous ferais pas cet hiber de vidéo sur les frayères celles-ci étant dépourvues de poissons sur mes secteurs de promenade. Il y a bien ici et là un couple qui gratte dans les algues noires, mais c'est surtout le vide qui s'est installé.

L'Ain aval. Cette zone de frai (vide) montre à quel point la rivière est noire à côté.

Sur Champagnole ce n'est pas mieux. (photo : @alex)

Toute la rivière est touchée, ici, l'amont de Sirod. (photo : @dylan)

La Loue est tout aussi noire que les autres. (photo : @stéphane)

Comme un cri du cœur. (photo : @stéphane)

Les poissons sont toujours malades. (photo : @stéphane)

Donner la vie pour trouver la mort ! (photo : @stéphane)

Vidéo réalisée par Fred sur un petit affluent de la Loue.

lundi 23 novembre 2020

Pendant ce temps là...

Il y a des choses plus graves que d'autres dans la vie. Ceci est un fait. Si j'en crois la vague déferlante de mécontentements des pêcheurs sur les divers réseaux sociaux, c'est le fait de ne pas aller à la pêche durant ce deuxième confinement qui est tout en haut sur l'échelle de la gravité.

J'ai donné mon avis sur la question en étant surtout contrarié que l'on ne puisse pas pêcher dans les conditions du confinement (1 heure/1kilomètre). Après tout, on peut faire du vélo, se promener ou que sais-je encore en respectant ces règles, pourquoi ne pas pêcher si nous avons la chance d'avoir un lieu pour le faire ? Cela est restée un pensée personnelle, sans aller plus loin. En aucun cas je n'ai eu l'idée de faire des demandes particulières en tant que président d'AAPPMA pour que les pêcheurs aient des passe-droits. Il y a quand même une situation sanitaire inédite avec encore aujourd'hui de nombreuses inconnues quoi qu'on en dise. Par respect pour les personnes touchées et pour ceux qui donnent de leur temps pour les soigner, on pourrait pour une fois ne pas penser qu'à son petit confort. C'est mon avis.

Il faut croire qu'il n'est pas partagé. Nombre d'articles, de vidéos et autres supports dénoncent ce confinement pour les pêcheurs. Certains souhaitant même avoir le droit de pêcher au-delà des règles des 1 km/1heure. L'argument est que la pêche se pratique seule en plein air. Certains demandent des réductions de cartes pour 2021, d'autres appellent à ne pas en prendre du tout ! Et puis il y a ceux qui vomissent sur les actions des structures associatives avec en ligne de mire la fédération nationale.

Que d'énergie, que de volonté, que d'envie pour changer les choses. Les réseaux sociaux nous ont dévoilé en quelques jours des dizaines de leader voulant renverser des montagnes afin d'inverser la tendance actuelle. Quelle belle et bonne nouvelle ! Tout cela pour qu'on puisse pêcher en pleine pandémie. Quel beau combat à mener ! 

Sauf que pendant ce temps-là et ce depuis des décennies, les rivières et autres milieux aquatiques souffrent tellement qu'ils sont à l'agonie pour beaucoup. J'ai un doux rêve. Que toutes ces nouvelles énergies venues des leaders du Web viennent renforcer les rangs des quelques pêcheurs travaillant pour de vrai. Qui sont eux sur le terrain pour essayer de faire de bonnes choses dans la mesure de leurs moyens.

À vrai dire, je n'ai pas les compétences pour dire que notre système associatif national est bien ou pas. S'il est adapté ou pas. Non, je ne le sais pas. Je peux par contre faire le constat suivant : c'est un échec total dans presque tous les domaines ! Je sais aussi qu'il n'a pas du tout été exploité par les pêcheurs. Ignoré par ces mêmes personnes qui aujourd'hui se plaignent de tout. Qui se réveillent uniquement parce qu'elles n'ont plus le droit de pêcher. Quelle tragédie !

La vraie tragédie se répand depuis des années. La vraie tragédie c'est que confinement ou pas, nous ne pourront plus pêcher faute de rivières vivantes !

Les pêcheurs ont eu leur chance via le système en place. Je prends simplement l'exemple que je connais le mieux, ici, chez moi. Il est certainement duplicable ailleurs. Sur notre secteur de la haute rivière d'Ain, il y a 4 AAPPMA dont la nôtre où je suis président depuis 23 ans. Depuis tout ce temps et même avant, j'ai tenté de faire comprendre aux pêcheurs autour de moi qu'il fallait s'engager dans les AAPPMA pour ensuite aller en Fédération. Il n'y a rien de plus simple pour prendre "le pouvoir". En 23 ans, j'ai vu une légère amélioration des choses en termes d'idées et de volontés à Champagnole. Sur l'amont et l'aval, cela s'est empiré. Il y a toujours les mêmes personnes aux commandes, toujours les mêmes idées obsolètes. Si on veut avoir une chance de faire vaciller le sommet de la pyramide, soit notre président national si décrié, il faut au minimum que la base se bouge. Force est de constater que ce n'est pas le cas.

Je n'en veux même pas aux personnes qui crient leur colère aujourd'hui en demandant des remboursements de cartes ou autres, parce qu'au final, pas certain que les AAPPMA aient eu à y gagner avec de tels personnages. Non, j'en veux un peu à tous les pêcheurs et plus globalement à tous les acteurs du monde la pêche qui se taisent, qui se cachent. Ces personnes qui m'ont répondu un jour : "ce n'est pas pour moi une fonction d'élu" ou bien encore "je manque de temps pour m'investir", etc...Que des bonnes excuses. Le manque de temps par exemple, quelques réunions par an et personne ne peut se libérer. Par contre, pour faire des dizaines de sorties dans la saison, là, il y a du monde. Pour préparer ses voyages à l'étranger, il y a toujours foule aussi. J'ai tellement d'exemples à citer.

Je ne sais pas pour le système, mais je sais que je ne crois plus du tout à la bonne volonté des pêcheurs. Pour la plupart, ils aiment pêcher et critiquer, ça s'arrête là !

Pour chez nous, les choses sont claires, c'est trop tard. Nous pêchons les dernières truites sauvages. Alors ne nous plaignons plus, car nous avons pour la grande majorité été totalement passifs sur ce qui s'est passé ces dernières années. Aujourd'hui, j'ai surtout de la peine pour les pêcheurs débutants ou peu aguerris. Comment prendre du plaisir avec des populations si faibles.

Je vous joins une vidéo réalisée par mes soins en 2009. Je voyais des dizaines de truites rassemblées. 70 poissons adultes ce jour-là. C'était il y a 11 ans. Hier. Cet automne, j'ai fait également de nombreuses sorties. J'ai vu entre 1 et 6 poissons différents par sortie. Dites-moi ce que je verrais dans 11 ans ??

Vous avez vu le fond de la rivière sur la vidéo en 2009 ? Regardez-le maintenant sur cette photo prise hier. Il est noir comme du charbon. Cette rivière se meurent, comme des centaines d'autres en France, mais ce qui importe le plus, c'est que nous puissions pêcher !

vendredi 16 octobre 2020

Saison 2020, le bilan.

Une saison 2020 qui restera à coup sûr dans les mémoires. Nos raisons seront sans doute différentes, mais il est certain que nous ne l’oublierons pas.

Pour ma part, elle a pourtant débuté comme toutes les autres soit le deuxième samedi de mars. Comme chaque année, nous avons mangé les saucisses autour du feu avec les copains. Thibaut quant à lui a pris sa première truite aux leurres afin de sauver la bredouille comme tous les ans. La saison était donc lancée de la plus habituelle des manières. Tellement bien lancée, que l’après-midi de ce premier jour d’ouverture et ce sans trop y croire, j’ai eu la chance de capturer ce qui doit être un de mes plus beaux poisson de ma saison. Sans m’arrêter en si bon chemin, cette même réussite m’a permis de faire le doublé avec une truite un peu plus petite mais en sèche quelques minutes après. Je ne prends quasiment jamais rien le jour de l’ouverture, c’était donc forcément un signe que la suite allait être inédite.

Première truite de la saison en nymphe à vue.

Nous avons été confinés le lundi suivant à midi, soit le 16 mars. J’ai pêché jusqu’à 10 minutes du délai afin d’être à la maison à midi. J’ai d’ailleurs fait un joli capot le lundi matin. Puis, Il y a eu un flou les jours suivants. L’arrêté sur l’interdiction de pêcher est sorti le vendredi dans notre département. Je suis allé pêcher jusque cette date une heure par jour avec mon attestation sans trop savoir si j’en avais le droit. J’aurais d’ailleurs bien continué. Mais non, après le 20 mars, j’avais toujours le droit d’aller à la rivière une heure par jour, mais cette fois-ci sans canne à pêche. Mr le préfet ayant mis son véto sur cette activité dangereuse pour la transmission du virus en n’en point douter. Je ne vais pas revenir là-dessus, mais je n’en pense pas moins ! Heureusement que la Gouille était là pour m'occuper. J'espère que mes vidéos vous ont fait autant marré que lorsque je les ai réalisé. Je me souviens encore de ma grande fille qui me regardait faire en se demandant si son père ne devenait pas fou ! 

La seconde ouverture est intervenue le 11 mai. Ma situation personnelle de cette période de l'année m’a permis de pêcher énormément. J’étais la plupart du temps en chômage partiel ou en télétravail ce qui permet de s'organiser facilement pour être au bord de l'eau dans les bons horaires. Autant vous dire que j’ai eu vite fait de rattraper mes heures de pêche perdues en avril. Je pense qu’à la mi-juin, j’avais même plus pêché que lors d’une saison normale. Vraiment étrange comme situation.

Les premiers jours du déconfinement furent incroyables.

J'ai même profité de cette fin mai pour faire mes deux seules sorties hors du département. Deux virées sur la Loue dont une avec mon fils où l'on s'est régalé à Cademène. Le reste du temps s'est passé uniquement dans le Jura mais sur différentes rivières. Mon activité partielle m'a permis également d'accompagner un jeune pêcheur débutant sur une journée au bord de la Bienne. Près de 4 ans que je n'y était pas retourné. Nous avons passé une belle journée avec ce jeune pêcheur.

Kévin se souviendra de cette journée.

Puis, vers la fin juin, ce fut le début d’une dégradation généralisée des rivières du coin. Au fil des semaines, seuls quelques parcours bien situés permettaient une pêche sans contrarier la survie des truites. Mais logiquement, ils étaient tous très prisés. J’ai donc lâché un peu l’affaire durant une période. Je grogne parfois quand la pression est trop grande sur mes parcours privilégiés en fin de printemps, ce n’est pas pour en mettre une supplémentaire sur d’autres linéaires à une autre époque.

Quoi qu’il en soit, l’été a été dévastateur. Je pèse mes mots. Mise à part les parties amonts qui s’en sont sorties plus ou moins bien, les parties avals ont subi de plein fouet les faibles débits et des températures bien trop chaudes pour que les truites vivent dans de bonnes conditions. Bien au contraire, ces poissons qui forcent l’admiration se sont mis en mode survie durant de trop longues semaines. Beaucoup ont péri, cela ne fait aucun doute. En particulier les plus gros sujets.  À cela s’ajoute une quantité de baigneurs jamais vu pour moi depuis que je foule les berges de la rivière d’Ain. Il fallait le voir pour le croire. Certains habitués vont être malheureusement très surpris lorsqu’ils vont revenir pêcher leurs parcours favoris l’année prochaine. Il va manquer un grand nombre de poissons. J’ai déjà pu le constater ces derniers jours.

Photo prise par mes soins au début de l'été.

Il y a eu néanmoins quelques petites éclaircies dans l'été. J'ai participé à un nouveau tournage pour la chaîne Seasons avec les copains Pascal et Cyril. Au-delà des phases de tournage, on a vraiment bien rigolé. Merci à eux de continuer à me faire confiance et mettre en avant mon travail d'artisan. Le seul média français qui le fait, je leur en suis très reconnaissant. Nous avons aussi avec Thibaut fait un Week-end silure/truite sur 3 jours assez génial. Je reviendrais dessus dans de futurs articles.

Sur la fin de saison, j’ai retrouvé cette envie de pêcher qui s'était, il faut bien le dire, quelque peu dissipée. Je suis allé pratiquer sur des linéaires où je pensais que cela était possible. L’eau était toujours basse bien entendu, mais les températures tout à fait acceptables et même souvent froides. L'activité des poissons s'en ressentait. Il y a même eu de nouveau des éclosions avec des gobages. J’ai profité de ces conditions pour finir la saison sur une note un peu plus joyeuse, qui plus est avec des amis.

Au final, une saison de pêche, comme le reste finalement, remplie de contrastes et de phases totalement inédites.

Deux jolis souvenirs des derniers jours.

mercredi 9 septembre 2020

Interdiction de marcher dans l'eau.

L'information du jour. Interdit de rentrer dans l'eau jusqu'à la fermeture. Je vous fais un copier-coller du message de la Fédération de Pêche du Jura.

[⛔️ Interdiction de la pêche en marchant dans l'eau]

Malgré l'épisode pluvio-orageux de la fin du mois d'août, le niveau des cours d'eau du massif est à nouveau critique. La situation s'est même dégradée en Petite Montagne et sur les cours d'eau du Revermont.

Suite au durcissement des restrictions de l'usage de l'eau et conformément à l'interdiction de pratiquer des activités aquatiques susceptibles de perturber le fond des cours d'eau, notre fédération a demandé à ce que la pratique de la pêche en marchant dans l'eau sur l'ensemble des cours d'eau de 1ère catégorie piscicole du département soit également concernée par cette interdiction.

Cette mesure s'applique dès à présent sans modification de l'arrêté niveau crise pris le 02/09, considérant que la liste des activités aquatiques citées n'était pas restrictive. La pratique de la pêche restera autorisée en 1ère catégorie , uniquement du bord, jusqu'à la fermeture fixée au 20 septembre 2020.

dimanche 6 septembre 2020

Bill François.

Je vous propose aujourd'hui une nouvelle interview. L'homme que je reçois est réellement passionant. Vous l'avez déjà peut-être vu à travers l'écran de votre téléviseur. Quoi qu'il en soit, je vous invite à le découvrir de ce pas. De nombreux sujets sont abordés et les réponses de Bill sont des plus intéressantes. Bonne lecture.

Nicolas : Bonjour Bill. Très heureux de te recevoir sur mon blog. Peux-tu débuter par une petite présentation s’il te plait.

Bill : Bonjour Nicolas.  J’ai 27 ans, dont plus de 20 ans de pêche! Je suis passionné par le monde aquatique. J’ai fait des études de Physique et biophysique à l’ENS, et travaille actuellement sur une thèse en hydrodynamique, sur les bancs de poissons, à Paris. Par ailleurs, mon autre monde est celui des mots ; j’interviens comme orateur humoriste dans des spectacles et conférences, et j’aime beaucoup écrire.

Mon invité !

Nicolas : La passion des poissons que tu as en toi depuis tout gamin (lu dans ton livre) t-a emmené jusqu’à tes études. Incroyable cette fascination sur la durée pour la vie aquatique. Tu l’expliques comment ?

Bill : C’est un mystère, mais je pense que ça vient du côté invisible du monde aquatique. C’est tout un univers parallèle qui nous est en grande partie caché par la surface de l’eau (sauf parfois avec un masque de plongée ou de très bonnes lunettes polarisantes …). Du coup, ce monde apporte chaque fois des découvertes nouvelles !

Ils craignent le froid les gens de la capitale ;-)

Nicolas : On peut être passionné de vie aquatique sans forcément être pêcheur. Ce n’est pas ton cas. Tu es devenu pêcheur assez jeune également ?

Bill : Oui, pour moi c’était naturel. La pêche apporte un lien très fort avec la nature. Quand on pêche, on n’est plus un simple visiteur étranger ; on a une place dans l’écosystème. On interagit avec la nature et donc on prend conscience du lien qui nous y relie. Et c’est un moyen formidable de découvrir, observer et comprendre le milieu aquatique.
J’ai commencé par chercher des petites bêtes dans les rochers au bord de la mer… et la soif de la découverte m’a poussé toujours plus loin. Ensuite, ça a été la canne au coup, puis le brochet… j’ai commencé la mouche en vacances aux USA, c’est un ami américain qui m’a appris. Une des rencontres qui m’ont le plus marqué. Car la pêche, c’est aussi une formidable aventure humaine de convivialité, de partage et de découverte, qui fait se nouer de belles amitiés.

Magnifique truite à la mouche.

Nicolas : Est-ce que tes connaissances scientifiques peuvent t’aiguiller sur tes décisions durant la pêche pour être plus efficace par exemple ? 

Bill : La science est utile pour pêcher, bien sûr. Bien connaître la biologie du poisson (ce qui peut se faire par la science comme par la simple observation) est très important.
Ou dans des domaines inattendus… par exemple la mécanique nous apprend beaucoup sur le réglage du frein dans les combats. La violence des touches peut augmenter considérablement l’effet du frein, à cause de l’inertie d’accélération. Si on règle son frein au peson il faut donc le faire en tirant brusquement, sinon on le sous-estime. Aussi, plus un moulinet se vide plus l’effet du frein augmente. Un moulinet à moitié vidé double la force du frein. A méditer pendant les combats …

Superbe bec en plein Paris !

Nicolas : J’ai cru comprendre que tu pratiquais toutes sortes de lieux en variant les techniques. C’est important pour toi de te diversifier ?

Bill : La diversité des espèces est une des choses que j’adore à la pêche. Pouvoir vivre des sensations aussi différentes qu’une touche d’ombre à la nymphe, un départ de thon au broumé, une chasse de perches en pleine ville ou des gobages de fario en haute montagne. Le fait de pouvoir explorer autant de biotopes et paysages différents, de créatures variées…  Cela ajoute à l’émerveillement face au spectacle de la nature, et aide à devenir un meilleur pêcheur. Mais je comprends aussi les gens qui se spécialisent dans une pêche précisément ; c’est une façon de vivre sa passion et une philosophie que j’admire.

Magnifique brochet.

Nicolas : On a tous des préférences. Alors dis-moi, eau salée ou eau douce ? Merci d’argumenter ta réponse, je suis curieux de connaitre tes raisons.

Bill : Ah non c’est trop dur comme question ! La mer, c’est la liberté et la grandeur ; l’eau douce, c’est le calme et la poésie. Comment choisir entre les deux ?  Il y a plus de variété de types de pêches en mer, et les poissons sont plus combatifs ; en eau douce on se sent plus absorbé par le milieu aquatique, et celui-ci semble plus familier. Bref, j’adore les deux.

Complètement absorbé.

Nicolas : Une technique préférée ? Un poisson que tu aimes rechercher plus qu’un autre ?

Bill : Je les aime tous, mais si je ne dois choisir qu’une pêche… ce serait, en eau douce, la pêche à la mouche des salmonidés (truite et surtout ombre), qui pour moi a beaucoup de pureté et de poésie. Et en mer, la pêche « au gros » des grands poissons pélagiques au large, surtout le thon, et le marlin au switch bait… j’adore le grand large, qui procure une sensation de liberté immense et apporte toujours son lot de découvertes (mammifères marins, tortues etc). On y fait à chaque fois des observations incroyables.
On a de la chance car en France, nous avons de merveilleuses rivières très variées pour la pêche à la mouche, et de beaux passages de thons pour la pêche au large.

En eau salée.

Nicolas : Pour tes études, tu es basé dans la capitale. Il y a un phénomène anti-pêche qui prend de plus en plus d’ampleur à Paris. Comment juges-tu leur influence sur le reste de la population ? Sont-ils dangereux pour toi à moyen ou long terme ?

Bill : C’est un phénomène marginal, monté par une association végan d’une centaine d’adhérents extrémistes, qui veulent aussi interdire les zoos, la dératisation (en donnant aux rats des contraceptifs !).  Mais ils sont soutenus par des lobbys puissants et médiatisés, et font beaucoup de désinformation. Du coup ils ont une mauvaise influence sur l’image de notre loisir. Mais quand je pêche à Paris je peux vous dire que l’immense majorité des passants sont positifs avec les pêcheurs, et très intrigués et curieux de découvrir ce loisir.

Originale comme photo !



Ce qui m’inquiète c’est la façon dont ces théories « antispécistes » sont amalgamées avec l’écologie. Alors que ça n’a rien à voir ! Les antispécistes ne défendent pas les milieux naturels, les espèces ni les écosystèmes. Par exemple, ils veulent interdire le nokill, car l’idée de risquer de stresser un poisson pour le loisir les choque. Tandis qu’ils ne disent rien contre les pompages sauvages, les barrages, la pollution, la surpêche commerciale ... qui sont eux de vrais problèmes écologiques (et qui font faire souffrir bien plus de poissons... mais bon, les anti pêche ne sont ni écologiques, ni même logiques !).

Évidemment, le gouvernement et les décideurs profitent de cette confusion. Ils font passer pour écologistes des mesures qui sont en fait animalistes, pour se donner une image écolo qui masque leur inaction face aux vrais problèmes écologiques (pollution, pesticides, surpêche, climat...).

C’est tout notre rapport à la nature qui est menacé par les idées végan extrémistes. Pour eux, la nature devrait être une sorte de sanctuaire intouchable dont l’homme serait exclu. C’est utopique et dangereux. Dans un pays comme la France, de multiples écosystèmes ont besoin de l’activité humaine. Et comment des citoyens pourront-ils protéger la faune sauvage si celle-ci est un ailleurs inaccessible, qu’on voit seulement à la télé ? Les sentinelles de la nature sont avant tout ceux qui la vivent.

Nicolas : Quelle réponse le monde de la pêche doit apporter à ces gens ? Doit-on d’ailleurs leur répondre ?

Bill : On ne doit pas trop réagir aux provocations de ces gens; c’est déjà trop donner de place à leur mouvement.

Par contre, il est fondamental que le monde de la pêche fasse mieux connaître son rôle écologique auprès du grand public. Aujourd’hui les associations de pêche sont les seuls responsables de la protection du milieu aquatique, que les pêcheurs financent et assurent eux mêmes directement. Il faudrait que cela soit mieux connu du grand public.

Si le sujet vous préoccupe, avec Numa Marengo, on a organisé sur la chaîne YT Numa Fishing une grande réflexion avec des philosophes, des sociologues, des scientifiques, pour établir quelle est la meilleure réponse et notre positionnement éthique par rapport à l’animalisme.

Superbe poisson.

Nicolas : Plus globalement et dans les grandes lignes, quel  est ton sentiment sur la gestion de la pêche en France, sur ce que fait (ou ne fait pas) notre Fédération Nationale ?

Bill : Le système de gestion de la pêche en France est assez bancal. L’état s’est démis de ses responsabilités de gestion du domaine public aquatique, en laissant les associations de pêcheurs faire tout le travail, gratuitement. C’est un peu comme si l’entretien des routes du pays était confié aux associations de cyclistes.

En parallèle, le code de l’environnement est rempli de lois archaïques, dont certaines datent de l’ancien régime et n’ont jamais évolué ! Beaucoup des mailles en vigueur aujourd’hui datent du roi Charles X, et certaines lois sur la pêche des migrateurs aux engins datent de Colbert ! On devrait pouvoir changer plus facilement des lois qui n’ont plus aucun sens aujourd’hui, comme l’interdiction de la pêche de nuit.

Ce genre d’absurdités existe aussi en mer, où des poissons comme la sériole, les marlins, ou les coryphènes n’ont pas de maille car ils n’étaient pas connus des bureaucrates du 19eme siècle… et rien n’a changé depuis !

Je suis donc émerveillé par la passion et le travail bénévole incroyable de nombreuses AAPPMA qui, malgré toutes les difficultés du système, gèrent brillamment leurs parcours.

Pour ce qui est de la fédération, je suis, disons... plus mitigé. Il faut reconnaître que leur tâche n’est pas facile : ils doivent concilier toutes les différences de culture, de générations ou de mentalités entre les pêcheurs... et se financer en vendant des cartes. Certaines de leurs politiques vont dans le bon sens : mettre l’accent sur le tourisme pêche, sur le lien entre les générations, sur les femmes et les jeunes à la pêche, sur le rôle écologique engagé des pêcheurs...

Mais ils ont encore trop de prises de position lamentables et passéistes. Par exemple, leur proposition de retarder la fermeture de la truite pour compenser le confinement et « amortir le permis » est d’une bêtise inqualifiable.

Leur communication « grand public » reflète bien la vision de la pêche de la Fédé... ils présentent la pêche comme un loisir populaire un peu « beauf », pour se détendre sur une chaise pliante avec une bière en attendant que la truite de bassine fasse couler le bouchon. Ils tentent de faire du populisme pour vendre des cartes. A mon avis c’est une grave erreur, car ils s’aliènent ainsi les pêcheurs les plus passionnés, modernes et influents, toute la nouvelle génération, qui ne se sent pas du tout représentée par cette vision de la pêche. Ce sont pourtant ces pêcheurs passionnés qui sont nos meilleurs ambassadeurs.

A chacun de faire le maximum pour faire bouger cette fédération dans le bon sens !

Du lourd.

Nicolas : Es-tu impliqué dans une structure pêche ? Penses-tu que c’est indissociable avec le fait d’être pêcheur ?

Bill : Ce qui est indissociable avec le fait d’être pêcheur, c’est pour moi l’engagement pour la protection du milieu aquatique. Cela peut se faire via des AAPPMA traditionnelles, mais aussi des associations locales ou internationales, comme la Team River Clean, L’ADRM, l’IGFA, Trout Unlimited, etc.
Je suis impliqué dans diverses structures, qui vont du CA de l’Union des pêcheurs de Paris aux programmes de marquage des thons de la Fédération de pêche de Monaco.

Quand on pêche en eau douce, s’engager dans son AAPPMA est à mon avis important. Si on n’essaye pas de changer le système, il n’est pas légitime de s’en plaindre. La bataille se joue avant tout sur le terrain. Cependant, s’investir dans une AAPPMA exige souvent des horaires incompatibles avec une activité professionnelle… et beaucoup d’AAPPMA sont par conséquent la chasse gardée de retraités qui ont du temps. C’est regrettable, car cela crée parfois un conflit de générations. Il est important de faciliter l’engagement dans les AAPPMA pour les jeunes actifs.

Ombre à la mouche.

Nicolas : Passionné par les poissons, par la pêche, mais aussi par les mots. Tu as remporté sur France2 le grand oral, un concours TV d’éloquence. Cette passion des mots t’es venue de quelle façon ?

Bill : C’est comme la pêche, ça me passionne depuis très longtemps. Je trouve que les mots sont un moyen génial de transmettre des émotions, des idées, par le rire et le divertissement. Et c’est aussi un matériau artistique, comme la peinture, la musique ou la photo. Grâce à des mots, on peut fixer la beauté de la nature et la partager avec d’autres. C’est une manière de célébrer la vie ! On ressent tous cette joie du partage lorsqu’on raconte nos histoires de pêche.

Cherchez France2, le grand oral, Bill François, vous trouverez sa prestation.

Nicolas : Quand on aime les mots, on aime écrire. Ton livre dont j’ai déjà fait le retour ici-même est un régal. As-tu d’autres projets du même genre ou bien dans un domaine assez proche ?

Bill : Oui, beaucoup de projets ! Un deuxième livre bien sûr, mais  aussi dans le domaine des documentaires, et  un spectacle humoristique sur scène quand les théâtres rouvriront dans de bonnes conditions !
Je suis aussi en pleine adaptation de mon livre dans plusieurs langues, et j’aimerais en créer aussi une version illustrée, adaptée pour les enfants.

J'ai adoré !

Nicolas : Revenons à la pêche. Je suppose que tu suis ici et là les actualités parfois bien moroses de certains cours d’eau. Comment vois-tu l’évolution de la pêche de loisir en eau douce dans notre pays ?

Bill : Les problèmes de sécheresse et d’eutrophisation sont dramatiques, sans parler des pollutions…
C’est une tendance générale de perte de la biodiversité qui est catastrophique.
Pour la pêche de loisir, je vois des évolutions qui me rendent plus optimiste. Le no-kill s’est généralisé. Beaucoup d’activités de guidage se développent sur des pêches nouvelles et spectaculaires ! Thons au lancer ou à la mouche, migrateurs, truites sauvages deviennent de plus en plus accessibles et font de notre pays une vraie destination halieutique. La pêche à la mouche se démocratise avec des poissons comme la carpe ou le chevesne qui sont un premier pas vers l’ombre ou la truite.  Beaucoup d’enfants se mettent à la pêche, en particulier dans les villes, où le streetfishing fait émerger une génération nouvelle. C’est frais et positif.
J’espère que cette évolution rendra les pêcheurs encore plus engagés pour protéger la ressource halieutique et les milieux aquatiques.

Bill touche vraiment à tout.

Nicolas : Es-tu déjà venu voir nos zébrées ? Si oui, qu’en as-tu pensé ?

Bill : J’ai eu la chance de découvrir les zébrées avec l’ami Nikola Mandic, sur l’Albarine et la Valserine. C’était un moment génial. Il m’a fait découvrir des parcours splendides et admirablement bien gérés. Les rivières de votre région sont un trésor, largement dignes des plus célèbres rivières du monde entier.
Je n’imaginais pas voir de telles densités de truites sauvages, sur des parcours aussi beaux, ailleurs que dans un rêve. Je n’imaginais pas non plus qu’elles seraient si difficiles ! J’ai appris beaucoup de choses en loupant beaucoup de poissons…  Même les ombres « bleus » sont extrêmement éduqués là-bas. Rien à voir avec mes habituels poissons de Normandie, ou de Haute Seine, qui sont pourtant déjà très méfiants. J’ai hâte d’avoir ma revanche sur ces truites fabuleuses et insaisissables.
J’ai aussi rencontré des zébrées un peu différentes, de souche niçoise, sur la Gordolasque, que m’a fait découvrir l’ami Alex Meyer, de Catch my fly. Des poissons d’altitude de toute beauté !

Une ambiance qui me parle.

Nicolas : Voyageur ? Tu es prêt à aller loin pour pêcher ? A faire des sacrifices pour découvrir d’autres contrées ?

Bill : Ah oui, dès que j’en ai l’occasion, je pars découvrir de nouveaux poissons. Que ce soit dans nos régions de France, ou à l’étranger. J’adore le Maroc, où la pêche du marlin blanc en switch and bait, à vue, est extraordinaire. Pour la truite, j’ai eu l’occasion de pêcher dans le Wyoming et le Montana, régions exceptionnelles. J’aimerais beaucoup découvrir les gros ombres des Balkans et de Scandinavie. Il y a tellement de voyages dont je  rêve…
Mais ce n’est pas nécessaire de partir loin pour faire des pêches exotiques. A quelques heures de train, on peut être tout complètement dépaysé par les chasses de thon du Delta du Rhône, ou les fario de torrent des Alpes !

Outch !

Nicolas : Merci d’avoir répondu à mes questions Bill. Au plaisir de te croiser au bord de l’eau. Beaucoup de bonheur pour la suite.

Bill : Merci à toi Nicolas, et bravo pour tout ce que tu fais pour la pêche à la mouche et pour nos rivières. J’espère qu’on se croisera bientôt au bord de l’eau !

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