Il y a des billets où je prends beaucoup plus de plaisir pour les mettre en ligne que d'autres. Cette nouvelle interview est un régal. Je manque certainement d'objectivité parce que mon invitée est avant tout une amie. Mais sincèrement, j'ai rarement pris autant de plaisir à réaliser la mise en page d'un article quel qu'il soit sur ce blog depuis sa création. Vous aurez peut-être un avis différent mais en attendant, installez-vous confortablement et déguster les réponses de Muriel à mes questions. Avant de vous laissez avec Muriel, et pour les fans des réseaux sociaux, merci de laisser vos commentaires à la suite de cet article sur ce blog. Sur les réseaux sociaux, ils sont éphémères et disparaissent très vite. Je trouve que c'est dommage.

Nicolas : Bonjour Muriel ! Bien que de nombreux lecteurs de ce blog te connaissent déjà au moins virtuellement, merci de nous faire une petite présentation s’il te plait.

Muriel : Salut super Nico. Faut que je dise mon âge ? …Pour de vrai, j’ai 43 ans et ça me fait de plus en plus drôle d’y penser car dans ma tête je ne suis même pas sûre d’être majeure. J’habite en Haute-Savoie. Je suis ouvrière dans une usine de décolletage et usinage. J’aime la nature et ne cesserai sans doute jamais de m’émerveiller devant sa beauté, sa diversité et ses mystères. J’aime aussi la photo bien que je ne maitrise pas le sujet. Il m’arrive de peindre sur des ardoises ou autres supports en bois mais je consacre beaucoup de temps à la pêche et ça fait un bail que je n’ai pas ressorti mes pinceaux. Je fuis les grandes villes et même la ville tout court, je n’aime pas la foule et plein d’autres trucs mais ça risque de devenir long comme petite présentation. J’ai peur des ours et des crocodiles mais ça va, y en pas trop par ici !

Mon invitée avec une belle truite du Tarn !

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Nicolas : Cette interview est aussi pour moi l’occasion de mieux te connaître. Car finalement, on s’est rencontré il y a peu de temps. J’aimerais que tu nous parles de tes débuts de pêcheuse. Comment es tu venue à te passionner d’eau et d’écailles ?

Muriel : Il n’y avait pas de pêcheur dans ma famille quand j’étais petite. Parfois, lorsque je lis tes récits sur Thibaut et la pêche, je regrette de ne pas avoir eu cette chance de partager cette belle passion avec mon père. Mais bon, lui, il était du Sud et son truc c’était plutôt la pétanque ! Mais j’ai grandi à jouer dehors, à faire des cabanes dans la forêt, à chasser les lézards et diverses bestioles.
Du coup ma rencontre avec la pêche est arrivée bien plus tard. Je devais avoir une vingtaine d’années. Lors d’une balade à vélo avec mon copain de l’époque nous nous sommes arrêtés près d’un petit lac. Je l’avais accompagné une ou deux fois auparavant à la pêche en étang mais bizarrement, je ne m’étais pas du tout intéressée à cette activité à la réputation ennuyeuse. Or, ce jour là, nous vîmes plusieurs poissons différents, et ma curiosité commença à se manifester. Peut-être le fait qu’il m’apprenne déjà à reconnaitre un chevesne d’un gardon, une truite...mon envie de voir ces « bestioles » de plus près l’incita à me proposer de revenir pêcher le lendemain. C’est ainsi que je me suis retrouvée avec une canne au toc télé-réglable, hyper lourde en train de fixer des yeux un bouchon toulousain. Je crois que dès l’instant ou celui-ci a coulé et que j’ai ramené mon premier gardon le mal était fait. Le soir même je voulais savoir comment monter un hameçon, apprendre le minimum afin que je puisse me débrouiller seule et le jour suivant dès l’aube, j’attachais la canne sur mon vélo car je ne n’avais pas encore le permis de conduire. Une bouteille d’eau, un paquet de biscuits, une bourriche et un sac d’amorce dans le sac à dos, je repartais déjà à la pêche. Le petit lac était à trois ou quatre kilomètres de chez moi. L’endroit n’avait rien d’enchanteur à vrai dire. Une ancienne gravière faite lors de la construction de l’autoroute. Deux trous (il y avait deux lacs) au milieu de la plaine avec trois arbres qui se courent après en hauteur. Mais le lieu est calme et on a tout de même une jolie vue sur les montagnes environnantes. La première année il n’apparaissait pas encore sur la carte de l’AAPPMA qui venait tout juste de récupérer les baux de pêche alors je profitais la plupart du temps d’une belle tranquillité. Un soir, je n’étais pas peu fière de ramener deux énormes chevesnes que j’avais réussi à prendre en bidouillant mon montage pour les leurrer avec une sauterelle en surface. J’étais tellement contente d’avoir réussi à m’adapter à la situation que mon copain se senti obligé de les cuisiner mais « pouah » c’est immangeable ces machins! Du coup, par la suite, je ne ramenais que les truites comme trophée. C’est dingue ce besoin de  ramener des preuves...Il faut dire qu’on n’avait pas encore d’appareil photo, pas de portable. Combien d’heures, combien de jours ai-je passé au bord de ce lac ? Tout ce temps à fixer ce bouchon toulousain dans l’espoir qu’il coule, et souvent perdue dans la contemplation. A ce moment là, je travaillais le soir et j’avais la possibilité de décaler mes horaires ce qui fait que je me retrouvais souvent au bord du lac au lever du jour jusqu’à la tombée de la nuit. Quand j’aime, je ne compte pas. Comme un album que je vais écouter en boucle pendant des mois, je me suis trouvée une passion dévorante pour la pêche et les poissons. C’était devenu une drogue ! J’ai fait quelques overdoses mais c’était sans compter la découverte de nouvelles techniques, de nouveaux poissons. Je n'oublierai jamais le jour où j’ai ferré ma première carpe. Je ne m'attendais pas à ce qu’une force invisible tire soudainement mon scion jusque dans l’eau. Le frein qui chante. Mais qu’est ce qui se passe ? Ça fonce droit devant ! Un tracteur ? Une Harley ? Wow !! C’est donc ça une carpe...Je découvrais par la suite la pêche au toc. La rivière était un nouveau terrain de jeu et j’alternais les plaisirs entre lacs et torrents. Mon copain aimait pêcher et cela devint vite notre loisir principal. Que ce soit en lacs de plaine, de montagne, en rivières, la pêche prenait déjà une place essentielle dans ma vie. 

Muriel avec une magnifique carpe prise à la mouche.

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Nicolas : Et la pêche à la mouche, c’est arrivé de quelle façon ?

Muriel : Je ne vais pas être originale sur ce coup là. Je crois que comme de nombreux « moucheurs », le déclic s’est esquissé lorsque j’ai vu « Et au milieu coule une rivière ». D’une part, vu d’une fille, Brad Pitt est juste irrésistible dans ce film mais en plus j’étais bien atteinte par le virus de la pêche donc j’ai adoré l’histoire. Le sujet, l’ambiance...La dernière scène avec Paul Maclean qui dévale la rivière avec ce poisson fabuleux m’a certainement fait briller les yeux. Suite à cela, j’ai dû rêver régulièrement à voix haute de pêcher à la mouche et à mon anniversaire suivant mon copain m’offrait un fouet, moulinet, soie, le tout prêt à l’emploi avec quelques mouches et des lunettes polarisantes. Je n’avais encore jamais vu de pêcheur à la mouche en vrai mais j’étais aux anges. Je m’exerçais maladroitement au bord de l’eau. Je me souviens de week-end où je fouettais pendant des heures sans rien prendre mais le geste, le sifflement de la soie m’enchantaient. Je ne connaissais personne dans mon entourage pour m’aider...Je me suis donc débrouillée toute seule, je me prenais bien la tête à faire des nœuds super chiants. Je m’étais achetée un petit étau ,un porte-bobine, le minimum pour m’exercer au montage. Pour les matériaux, j’utilisais du fil à coudre ( la belle excuse pour sortir la boîte de couture planquée au fond d’un tiroir). Je ramassais des plumes à droite à gauche. J’en prélevais même quelques fois sur les poules d’un copain hahaha! Je montais des mouches horribles qui avaient bien du mal à flotter mais bon avec beaucoup de graisse ça le faisait...Je ne pêchais à la mouche qu’en lac, qu’en sèche. Je réussis à prendre ma première truite avec une mouche toute pourrie, un truc vraiment moche, confectionnée avec des poils noirs de mon chien et un tag rouge qui n’était autre qu’un bout de laine que j’avais récupéré sur une cuillère à brochet. Ça n’imitait pas grand chose mais c’était efficace finalement. J’étais à mille lieux de savoir ce qu’est vraiment la pêche à la mouche mais la sensation de tenir un poisson avec un fouet m’avait dès la première fois, parue incomparable. 

En pleine observation. Ici sur la Vis.

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Nicolas : Aujourd’hui, je crois pouvoir dire que la pêche de façon globale est omniprésente dans ta vie non ?

Muriel : Je suis accroc...La pêche est pour moi une obsession, une drogue, un choix de vie. Et je pense que c’est surtout un prétexte pour s’évader et retrouver « dame nature ». Il ne se passe pas une journée sans que j’y pense, sans qu’on en parle. C’est marrant parce que gamine je séchais l’école pour des conneries et aujourd’hui il m’arrive encore parfois de sécher le boulot pour une journée de pêche. Mais chuuut ;-) Il m’est très difficile de faire des concessions quand j’ai prévu d’aller à la pêche. Je n’ai qu’à m’imaginer au bord de l’eau et mon choix est vite fait par rapport à ce qu’on me propose d’autre. Chez moi, il y a des poissons partout, en peluches, en peinture, en déco. Des cannes, des mouches, des fonds d’écrans, des magazines, des livres...Des pancartes « réserve de pêche » au dessus de l’évier et chaque différent point d’eau de l’appartement tels que les toilettes, la baignoire...l’aquarium. On ne sait jamais, des fois que me prenne une envie subite d’arbalèter un carassin ! Ouais ! Je sais...je suis folle !!  

Elle sait tout faire ! Même les belles lacustres.

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Nicolas : Tu t’arrêtes jamais en fait! Comment se déroule ta saison de pêche sur une année complète entre rivières et lacs, mouche et autres techniques…

Muriel : C’est de pire en pire à vrai dire. Avant, ma saison se limitait aux dates d’ouverture de la truite soit début mars à début octobre. En début de saison on essaie de profiter de la rivière (glacière) qui coule près de chez nous, l’Arve. Avant la fonte des neiges, l’eau est claire et l’on peut assister à de belles éclosions pour taquiner truites et ombres en sèche. C’est surtout l’occasion de se retrouver au bord de l’eau avec les copains et d'apprécier les prémices du printemps. Ensuite, mi-avril, l’appel de la nymphe à vue commence à retentir. J’aime alors retourner sur la Basse Rivière d’Ain où j’ai pris ma plus belle « zébrée » il y a quelques années. On peut taquiner diverses espèces de poissons et dans de bonnes conditions, l’espoir de prendre une très belle truite à vue reste à portée de canne. Encore faut-il être suffisamment doué pour le faire et ne pas tomber sur une zébrée qui connait la chanson. J’affectionne cette période où les rossignols s’égosillent et les loriots par leur chant particulier vous feraient presque croire que vous êtes dans la jungle. Vers la fin du mois de mai c’est enfin la Haute Rivière d’Ain qui m’appelle. Au mois de juin deux semaines de vacances nous portent vers d’autres destinations généralement plus lointaines mais toujours dans le but de pêcher. Pour le reste de la saison, je reste finalement ancrée sur les rivières de Franche-Comté jusqu’à la fermeture de la truite fin septembre. Puis enfin, n’ayant pas d’autre choix pour assouvir ma passion je pêche en Savoie ou Haute-Savoie, près de chez moi, où la truite ferme plus tard, c’est à dire début octobre.
Il y a quelques années on a délaissé les réservoirs pour aller taquiner les ombres en arrière saison sur le vieux Rhône. Super ambiance dans une nature sauvage qui nous laissait de la marge jusqu’au 31 décembre. Or, lorsque les ombres ne gobaient pas, j’ai fait comme les copains et munie d’un lancer, j’ai découvert les joies de la pêche aux leurres. Au début mes tentatives infructueuses faisaient que je me lassais assez vite et puis la prise d’un joli brochet m’a bien accrochée à cette nouvelle technique. Du coup, cela repousse encore la fermeture jusqu’à fin janvier avec une bonne excuse pour encore dormir au bord de l’eau le week-end. Même pas peur du froid! Et puis quoi...on n’est pas bien là, au bord du Rhône devant un bon feu avec quelques « Leffe » et pourquoi pas une petite fondue savoyarde? Le matin souvent brumeux, l’odeur du café n’a rien de comparable avec celui qu’on boit chez soi. Le jour se lève avec à nouveau l’espoir de prendre de beaux poissons.
Le pire dans tout ça, c’est que cette année, nous avons acheté un bateau. Un nouveau style de pêche s’offre à nous que ce soit sur le Léman, le Bourget, le Rhône...D’autres poissons...Et surtout une grande sensation de liberté ! Du coup, avec la pêche de la féra (corégone) qui ouvre dès la mi-janvier, je ne sais pas si désormais on va vraiment arriver à faire une pause dans l’année...

Les habitués reconnaitront...La Loue, chez Sanso !

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Nicolas : Tu as deux compagnons de pêche privilégiés. On va parler de celui qui a le plus de poils…Argo (tu as eu peur Marc hein ! ). C’est simple, je ne t’ai jamais vu au bord de l’eau sans lui. Qu’est ce que tu peux nous dire sur ton chien et ta relation avec lui ?

Muriel : S’il y a bien un endroit où on ne risque pas de nous voir l’un sans l’autre c’est bien au bord de l’eau. Ce serait un sacrilège, une trahison de ne pas l’emmener. Des copains m’ont surnommée « la folle au iench » et franchement je ne peux pas me vexer d’un tel surnom car oui, je suis sans doute un peu folle tout court, et je suis folle de mon chien. Il est tombé « amoureux » de moi alors qu’il avait neuf mois et ne m’appartenait pas encore. En fait, je l’emmenais parfois se promener et commençais à l’éduquer aux bases de l’obéissance. Pour finir, son ancien maître m’a proposé de me le donner pour diverses raisons et je n’ai même pas eu à réfléchir une seconde pour accepter ce nouveau compagnon dans ma vie. Je suis passionnée d’éducation canine et particulièrement du berger allemand depuis gamine. J’avais déjà eu plusieurs « BA » auparavant, donc cela n’a pas été compliqué pour lui donner de bonnes habitudes. Je l’ai toujours emmené partout, même à l’usine où il m’attend sagement à l’extérieur. Couché la tête calée contre une porte vitrée, je suis dans son angle de vue et il ne me quitte pas des yeux...Il est très calme, sans doute parce que je le suis moi aussi, ce qui en fait un super chien de pêche. Bon, les premières sorties en rivières furent assez drôles car il avait tout à apprendre. Je me souviens de Marc légèrement agacé, m’interpelant « tu ne veux pas rappeler ton chien !? » et là, je voyais Argo en train de descendre le courant que Marc était en train de pêcher.  Il avait aussi capté que le chemin le plus court pour nous rejoindre quand on s’éloignait l’un de l’autre c’était la rivière ce qui cassait tous les coups pour le pêcheur aval. Mais rapidement on lui a appris à ne pas aller dans l’eau sans qu’on l’y invite. Puis, quand j’ai commencé à pêcher à vue, je lui ai appris à rester derrière quand on fait les bordures. Il a fallu jouer sur notre discrétion et même s’il m’a fait partir quelques poissons, il s’est très bien adapté à cette pêche d’indien. D’ailleurs, aujourd’hui, lorsque je traque les truites, je n’ai même pas à m’occuper de lui. Il n’est jamais très loin et c’est lui qui me surveille. Au fur et à mesure que je progresse au bord de la rivière, à chaque arrêt, il se couche, jamais très loin et à force de faire souvent les mêmes parcours il connait déjà les postes et a ses emplacements de prédilection. En action de pêche je peux faire complètement abstraction de sa présence et parfois j’entends « heu.. y a quelqu’un ? », « il est gentil le chien ? ». C’est sûr que ça fait flipper un ours dans le Jura! Il y a une très grande complicité entre nous, je pense qu’on se connait par cœur l’un et l’autre...C’est du 24 heures sur 24 tous les deux, il est comme mon ombre. Il est toujours partant, il ne fait jamais la gueule et puisqu’on dit souvent des chiens qu’il ne leur manque que la parole, j’apprécie aussi le fait qu’il ne dise pas de « conneries » et qu’il ne répète pas les miennes non plus. De plus, il doit être dans la descendance de Rantanplan parce que des fois il est vraiment « bobet » mais ça me fait beaucoup rire et quand je ris il est tout content! J’adore plonger mes doigts dans sa fourrure et caresser ses oreilles. Ça me calme, me réconforte même et lui, il adore ça. D’ailleurs pour un chien qui ne parle pas il est sacrément bavard avec ses gémissements et grognements à lui et sait me faire comprendre qu’il apprécie ces moments privilégiés. En l’adoptant je me suis engagée à ce qu’il soit heureux et je crois que c’est plutôt réussi. Une bienveillance mutuelle nous unit...Argo, c’est vraiment mon meilleur pote. 

Argo et Muriel traversant l'Ain.

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La force tranquille.

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Nicolas : Ton amoureux n’est autre qu’un guide de pêche au doux prénom de Marc. Tu pêchais avant de le rencontrer, mais penses tu que tu aurais vécu la même vie de pêcheuse sans lui ?

Muriel : Certainement pas ! Je n’oublierai jamais la première fois où nous nous sommes rencontrés, « Guide de pêche ! Ha ouais, c’est un métier ça ? » Haha, j’étais tellement loin du monde de la pêche tel que je le connais aujourd’hui ! Le lendemain je me surprenais à penser « ‘tain, c’est un mec comme ça qu’il me faut ! » Mais nos vies ne se sont recroisées que bien plus tard avec le souvenir d’une petite étincelle et cette fois-ci ce fut pour de bon...Marc m’a presque tout appris de ce que je sais aujourd’hui. J’ai bien-sûr découvert des choses par moi-même ou grâce à des amis, mais c’est bien lui qui m’a fait découvrir toutes les facettes de la pêche à la mouche. Pour commencer j’apprenais qu’il y a donc des insectes dans l’eau. Wouah, j’étais vraiment passée à côté de quelque chose d’essentiel !! Il me montrait plein de petites astuces et autres « tours de main » pour monter des mouches dont je savais désormais ce qu’elles étaient censées imiter. J’hallucinais d’ailleurs devant tout son matériel de montage ! Il commença par me faire pêcher à la roulette dans un petit torrent de montagne. Je pris ainsi mes premières truites de rivière en nymphe et en sèche. Marc est d’une patience remarquable. C’est un excellent pédagogue et je crois qu’il a autant de plaisir à réussir à faire prendre un poisson à quelqu’un que s’il le prenait lui même. C’est déjà une immense chance de partager ma plus grande passion avec mon amoureux mais en plus celui-ci n’est autre que mon mentor. Bon, j’avoue que je ne suis pas forcément une très bonne élève. J’ai un sale caractère qui fait qu’il m’arrive parfois de l’envoyer balader parce que je n’arrive pas à faire ce qu’il m’explique. Je peux alors faire preuve d’une grande mauvaise foi mais après lui avoir dit de s’éloigner parfois même avec des noms d’oiseaux, je m’applique à suivre ses conseils qui se révèlent à chaque fois efficaces. Il est d’une gentillesse rare et même encore aujourd’hui il refait parfois mon bas de ligne parce que j’ai la flemme et que je prétexte qu’il le fait plus vite que moi. Hé oui, j’en profite et c’est vraiment classe d’avoir un guide personnel! Il est toujours motivé et jamais avare de conseils. J’étais déjà une acharnée avant de le connaître mais notre relation n’a fait qu’empirer les choses. Il m’a emmenée dans la plupart des rivières de notre département et même bien plus lointaines. Il m’a appris à observer, à m’adapter à diverses situations en changeant de technique. Il m’a initiée à la pêche aux leurres qui me plait beaucoup aussi et dont j’ai encore énormément à apprendre.. Nous aimons autant l’un que que l’autre être dans la nature et le camping sauvage est vite devenu une habitude. Dès le départ nos vacances ont été synonyme de séjours de pêche en France, en Corse ou à l’étranger (Slovénie, Bosnie, Italie...). Des semaines entières consacrées à notre passion au gré des rivières. Sans Marc, je n’aurais sans doute pas aussi vite progressé et peut-être même pas autant. Je ne pense pas que de toute façon, j’aurais pu vivre avec quelqu’un qui ne partage pas ma passion à moins qu’il accepte que je passe la plupart de mon temps libre à la pêche. J’aurais continué à « pêchouiller » dans mon coin mais aujourd’hui je remercie ma chance de vivre ma passion d’une façon aussi intense avec mon chéri. 

Super Marc en action sur la basse rivière d'Ain.

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Elle est belle cette photo !

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Nicolas : Tu es devenue ces dernières années une folle dingo de la nymphe à vue. Pourquoi est ce que cette technique de pêche te passionne tant ?

Muriel :  Pour commencer, il y a eu cette fois où Marc m’a demandé de ne pas faire de bruit et de me placer juste à côté de lui sur la berge. Il m’a dit qu’il allait poser sa nymphe au fond de l’eau, et qu’il ne fallait pas que je la quitte des yeux. Il m’a expliqué qu’il allait la décoller gentiment et qu’une truite allait peut-être sortir de sa cachette pour la prendre. Moqueuse et sceptique comme je suis, j’ai évidemment cru à une farce. « Mais bien-sûr, et la truite elle va mettre la nymphe dans du papier aluminium...» Hahaha la bonne blague ! Pendant que je remettais en doute sa stratégie, Marc souleva alors la nymphe que j’avais déjà perdu de vue mais je m’entends encore m’exclamer « Wouah c’délire !! » en voyant cette petite fario surgir de sous la berge pour prendre l’imitation. C’était la première fois que je voyais un poisson prendre une mouche de si près. Jusque là, je ne m’étais jamais posée la question et j’ignorais où se cachent les truites...Du coup, j’ai dû passer le reste de l’après-midi à dandiner des nymphes devant toutes les cachettes possibles et m’éclater comme une gamine à chaque fois qu’une truite sortait. Or, ce n’était que le début d’une grande aventure puisque par la suite Marc m’emmena sur une rivière jurassienne bien plus calme où la pratique de la nymphe à vue est reine. Nous commençâmes par de la pêche de bordure et dans un premier temps j’avais beaucoup de mal à repérer les poissons. Je devais apprendre à regarder sous l’eau, à observer, à être discrète et surtout patiente...Et naturellement je suis tombée amoureuse de la nymphe à vue parce que justement j’en prend plein les yeux. Je me retrouve spectatrice du Graal! Même si celui-ci ne finit pas dans l’épuisette, j’ai de belles images plein la tête. Il y a un mélange d’émotions qui varie du calme que l’image procure à l’excitation de prendre le poisson. On apprend beaucoup sur le comportement des poissons ainsi que tout ce qui vit dans et autour de la rivière. On assiste à des scènes incroyables. J’ai pu à maintes reprises constater que les truites sont bien plus malines que je ne l’aurais jamais supposé auparavant. Je ne me lasse pas de voir onduler les poissons dans une rivière. J’ai commencé par pêcher en nymphe à vue à l’arbalète pendant plusieurs saisons, puis la méfiance des truites les éloignant des bordures, il a fallu que j’apprenne à les attaquer à distance. Cela rajoute beaucoup de difficultés. Les choses se passent plus loin et aujourd’hui encore j’ai du mal à savoir si ma nymphe dérive de la bonne manière. Des fois je ne sais même pas où elle est comme ça c’est le suspens total...Je me contente de surveiller le poisson prête à ferrer au moindre décalage. Je ne recherche pas la perfection, comme je dis souvent, je pêche à l’intuition. Mais ce qu’il y a de sûr c’est que j’ai découvert qu’il n’y a rien de mieux que la vision d’un poisson à distance qui se décale pour prendre ma nymphe. Il y a généralement ce moment de doute où l’ on ignore si on a ferré au bon moment...et lorsqu’on voit le poisson qui se contorsionne et qu’on sent la ligne tendue, alors la montée d’adrénaline atteint son apogée. Depuis que j’ai découvert la nymphe à vue, il est très rare que je pêche autrement. Je prend beaucoup de plaisir à pêcher en sèche mais pêcher l’eau « en nymphe » avec une canne à mouche m’ennuie très vite. Il faut vraiment que je n’ai pas d’autre choix pour peigner l’eau, que les poissons soient très coopératifs et qu’il y ait régulièrement de l’action. Sinon, je préfère encore m’assoir et juste profiter d’être au bord de l’eau en rêvant à des eaux plus claires. Il semblerait que la nymphe à vue soit un virus très contagieux et qu’il n’y ait pas de vaccin connu à ce jour. Les premiers symptômes apparaissent lorsqu’on a l’impression d’avoir passé la journée la tête sous l’eau. Le mal est fait quand on ferme les yeux le soir pour s’endormir et qu’on voit des poissons...La dépendance est d’une croissance fulgurante alors faites gaffe quand-même !

Première truite en nymphe à vue !

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Nicolas : Quelle est ta rivière de cœur pour pratiquer ainsi et pourquoi ?

Muriel : Hahaha ! La même que toi ! La Haute Rivière d’Ain, HRA pour les initiés. Pourquoi ? Je mentirais si je disais que c’est la plus belle. J’ai pêché d’autres rivières qui n’ont rien à lui envier mais comment dire...Ce n’est pas facile d’exprimer ce qui nous attache à une rivière. Au contraire de toi, je n’ai pas grandi et je ne vis pas à ses côtés. Je le regrette et je t’envie...Je me souviens parfaitement de la première fois où Marc m’y a emmenée. Je découvrais le fameux parcours de La Roche et franchement, j’étais loin d’être subjuguée. Le ciel était gris, la rivière me paraissait « triste ». J’étais habituée à nos rivières de montagne, aux courants. Le fait de me retrouver devant cette eau calme m’inspirait quelque chose de monotone. J’ai d’ailleurs nettement préféré pêcher son petit affluent en amont le lendemain. J’avais tout de même énormément accroché sur les paysages alentours et il y avait déjà un gros coup de cœur pour le Jura, sa nature sauvage et ses grandes forêts d’épicéas. Dans ma vallée de Haute-Savoie, les montagnes ferment l’horizon, les humains grouillent un peu partout et il faut de plus en plus prendre de l’altitude pour ressentir la solitude. Du coup,à chaque fois que j’arrive là bas, au fur et à mesure que je descends la route de « la Billaude » le bonheur m’envahit et lorsque j’aperçois enfin le village de Syam, j’ai toujours cette impression d’arriver dans mon paradis. La rivière d’Ain m’avait rapidement amadouée avec ses truites fabuleuses. Je n’en revenais pas de voir des poissons si grands...Dans nos torrents de montagne une truite de 40 cm représente presque un trophée alors tu imagines un peu le délire! A cela tu rajoutes les ambiances brumeuses qui créent un décor féérique. J’adore  plus que tout lorsque la brume recouvre la rivière en fin de journée. Il règne alors une magie silencieuse qui m’inspire calme et volupté. Le lendemain, dès que le soleil chauffe, le voile blanchâtre s’évapore comme par enchantement. Le soleil transperce enfin l’eau et révèle alors les secrets de la rivière. Très rapidement, je n’ai juré que par la Haute Rivière d’Ain. A l’amont j’ai découvert une rivière aux profils variés, tantôt elle court dans la forêt, tantôt longée par les saules elle traverse les champs. Elle a par endroit creusé son lit à même le calcaire et se faufile dans la roche sculptée, par des passages étroits, profonds. J’aime la végétation qui l’entoure, la fraicheur de la mousse et de la prêle, par endroit les grandes feuilles de pétasites créent une profusion exubérante. J’aime ses eaux limpides, ses fonds au ton doré qui  donnent à cette rivière sa couleur particulière. Et bien sûr j’apprécie le calme qu’il règne au bord et alentours de la Belle.    
J’ai toujours tendance à retourner sur les mêmes secteurs d’autant plus si j’ai des comptes à rendre avec les poissons qui l’habitent ce qui fait que j’ai appris à en connaître certains par cœur. C’est marrant parce qu’une drôle de  familiarité s’est même créée avec certains poissons reconnaissables, dont je sais les postes ou les habitudes. Petit à petit, j’ai élargi mes lieux de prospection et chaque saison je découvre encore de nouveaux coins pour mon plus grand bonheur. La Haute Rivière d’Ain et ses environs est pour moi comme un poème...mon paradis.

Elle doit vraiment être folle cette fille pour aimer cette rivière !

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Oui...Une dingue !

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Nicolas : Racontes nous un souvenir plus fort qu’un autre, un poisson, un évènement dont tu te souviens comme si c’était hier.

Muriel : C’est pas simple de choisir parmi une multitude de souvenirs plus marquants les uns que les autres. Ma première truite prise en nymphe à vue, ma première carpe à la mouche, ma plus belle zébrée sur la Basse rivière d’Ain, les poissons extraordinaires des copains, les ambiances fabuleuses au bord de l’eau, des éclosions extraordinaires...Même certains échecs m’ont marquée à vie par les émotions qu’ils m’ont procurée. Ma mémoire n’a jamais été aussi bonne que pour ce qui concerne les moments passés à la pêche. Mais je vais vous raconter ce qu’il m’est arrivé il y a très peu de temps car je sais d’avance que je n’oublierai jamais cette prise formidable (au leurre pour changer un peu). Nous étions partis pêcher le sandre en bateau, plusieurs jours sur le lac de Vassivière (Limousin). Un petit séjour dans un gîte au bord du lac avec une bande de bons copains, quelques sandres chacun nous auraient déjà laissé un merveilleux souvenir. Or, le dernier soir, alors que nous n’avions pas eu une seule touche de l’après-midi, je proposais à Marc de changer de poste. Il me laissa prendre les commandes du bateau et suivre mon intuition. J’optais pour un endroit abrité du vent qui nous donnait de nouveaux espoirs de prendre un sandre sans trop se geler les mains. Après une bonne heure,une longue dérive, de nombreux lancers infructueux le dépit revenait à grands pas. Nous étions côte à côte à l’avant du bateau à ramener nos leurres en plaisantant malgré tout, lorsque je sentis une touche très discrète. Complètement déconcentrée je n’eus pas le réflexe de ferrer et me maudissais d’avoir loupé l’occasion. Je continuais cependant à animer lentement mon leurre jusque sous le bateau. C’est alors que cette fois la touche plus franche sans être extraordinaire me fit enfin réagir. Toute proche de Marc je manquais de lui mettre un coup de canne dans la tête, et lui s’excusait de peut-être m’avoir fait louper mon ferrage quand je sentis que le poisson était bien au bout et qu’en plus « il n’était pas vilain ». Bizarrement il ne mettait pas de coups de tête et commença à prendre du fil. Nous pensâmes tout de suite à un brochet et puisque je n’avais qu’un bas de ligne en fluoro 25/00 nous n’avions pas beaucoup d’espoir pour la suite. Le poisson faisait chanter le frein sans panique et je commençais à me rendre compte qu’il était plus que « pas vilain » mais j’étais encore loin d’imaginer ce que je tenais là. Maintenant, je pense qu’il ne me sentait même pas encore à l’autre bout de la ligne. Ma canne d’une puissance très légère ne me permettait pas de faire grand chose. Au fur et à mesure que le poisson se baladait je réalisais qu’il était vraiment lourd et que c’était loin d’être gagné. La pression montait de plus en plus. Marc avait alors reposé l’épuisette en rigolant et m’encourageait à garder mon sang froid en me disant de prendre mon temps. Lorsque cela fut préférable il s’occupa de suivre le poisson avec le moteur électrique et j’essayais tant bien que mal de reprendre du fil sur la bête. Les minutes s’allongeaient...Dès que l’occasion se présenta j’essayai de remonter le poisson vers la surface mais à chaque fois celui-ci me reprenait encore plus de fil. Nous ne l’avions toujours pas aperçu et craignant le pire à chaque rush, je pensais ne jamais le voir. C’est alors qu’il s’éloigna du bateau et remonta en surface nous dévoilant sa dorsale et sa queue énorme. Nous eûmes un seul et même cri « Wouaaah !! ». Nous étions sidérés! Il pivota légèrement  et nous vîmes alors son flanc d’une largeur stupéfiante. Il resta en surface à une quinzaine de mètres du bateau et le temps qu’on se remette de notre état de surprise je dis à Marc « vite,vite avance jusqu’à lui on va l’épuiser ». Mais cela aurait été bien trop facile et le brochet replongea aussitôt. Maintenant que je savais avec qui j’avais affaire, c’était encore plus la panique dans ma tête. Marc rigola en voyant ma canne pliée en deux qui tremblait comme une feuille. Le poisson qui avait repris le fond s’éloigna à nouveau du bateau et l'accélération qu’il mit pour monter me fit tout de suite comprendre qu’il partait pour une chandelle. Je suppose que la fatigue et son poids l’empêchèrent de sortir complètement de l’eau mais nous avons bien cru que ce serait là, la fin du combat. Il retomba lourdement avant de reprendre de la profondeur en me laissant soulagée de toujours l’avoir au bout de la ligne. J’avais cependant l’impression qu’on en finirait jamais. Les minutes défilaient et j’avoue que je commençais à avoir mal au bras. Petit à petit, je sentis quand-même que j’arrivais plus facilement à le tirer vers le haut et les vrais signes de fatigue du poisson me rassurèrent légèrement. Il continuait à faire chanter le frein mais moins longtemps. Je prenais enfin le dessus et réussis à le faire apparaître près du bateau mais à la vue de celui-ci, le monstre replongea sous la coque pour passer de l’autre côté. Je contournais le moteur avec le scion de la canne dans l’eau et la peur que tout se termine sur cette manœuvre. Je n’en revenais pas que tout se déroule à la perfection et je recommençais à hisser la bête vers moi. A sa deuxième apparition, il n’apprécia toujours pas la vue du bateau et Marc dû attendre la troisième fois pour pouvoir le piéger dans l’épuisette. Nous hurlâmes de joie et  le stress laissa enfin place à l’euphorie. Marc dépiqua le petit leurre de 8 cm du coin de l’énorme gueule du brochet et nous comprenions alors par quelle chance le bas de ligne n’avait pas été coupé. Le poisson courbé dans l’épuisette nous faisait l’estimer à guère plus d’un mètre et nous étions fous de joie. Mais nous étions loin de la vérité et ce n’est que lorsque Marc le posa sur « la maille à poutre » que la stupéfaction fut totale. Quelques temps auparavant lorsque nous avions acheté cet ustensile de mesure, nous avions plaisanté avec le vendeur sur le fait qu’elle s’arrête à 120 cm en disant que c’était juste pour les brochets du Léman, et en effet, c’était tout juste la longueur de celui-ci. Il était énorme et ce n’est pas sans difficulté que je l’ai soulevé pour finalement une fois assise, le poser sur moi pour quelques photo. J’éclatai de rire lorsque Marc me dit de le lever puisque j’étais incapable de le décoller de mes genoux. Le combat plus l’émotion m’avaient sèchée! Bien évidemment, nous avons pris le temps nécessaire pour ré-oxygéner ce beau poisson qui était, il faut le reconnaître bien fatigué. Je pense qu’il est bien reparti et j’espère qu’il donnera autant de plaisir que j’en ai eu, à un autre pêcheur. Quoique, je lui souhaite quand-même de ne jamais recroiser un leurre et encore moins de s’y laisser prendre. En tout cas, ce fut un grand moment inoubliable, riche en émotions intenses que je suis plus qu’heureuse d’avoir pu partager avec mon chéri. De retour au port en bons derniers comme d’habitude (mais là on avait une bonne excuse), les copains déjà informés de ma prise fabuleuse nous attendaient presque aussi joyeux que nous. Est-il besoin de vous préciser que j’ai gardé un sourire idiot tout le reste de la soirée ?

Elle aurait pu nous raconter cette truite de 70cm ! (Si vous cherchez bien, vous trouverez le récit sur ce blog).

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Mais elle a préféré cet alevin !

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Un truc de fou quand même. Trop beau ce borchet !

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Nicolas : Je sais que tu pratiques très souvent seule, planquée au milieu des saules. Tu as un réel besoin de te retrouver dans ta bulle de temps en temps à la pêche ?

Muriel : A vrai dire c’est plutôt l’inverse, j’ai besoin de partager la pêche avec les copains de temps en temps pour ne pas devenir complètement insociable. Lorsque je pêche en nymphe à vue, je suis une vraie « sauvage »  et mon plus grand bonheur est d’avoir l’impression de solitude totale au bord de l’eau. Je peux alors croire que la rivière m’appartient et qu’elle s’offre à moi seule comme un privilège. Si j’aime autant la pêche, c’est sans aucun doute que je suis une amoureuse de la nature et certainement parce qu’il n’y a pas meilleur endroit pour oublier le reste du monde et ses tracas. Je crois bien que c’est ma façon de fuir notre société qui me déplait tant. Bien-sûr, j’apprécie énormément les bons moments avec les copains, les éclats de rire,les bons casse-croûte...et c’est très enrichissant de partager nos diverses expériences. Il m’arrive parfois de pêcher en binôme ou de rester un certain temps avec des amis sur le même poste mais cela ne dure jamais très longtemps. Je garde toujours cette fâcheuse tendance à partir dans la direction opposée des pêcheurs qui m’accompagnent, ou tout au moins à rapidement m’éloigner pour me retrouver dans ma bulle. J’arrive ainsi mieux à me concentrer. J’adore particulièrement la pêche dite « à l’arbalète », qui demande une discrétion d’indien et qui oblige à approcher le poisson de tout près. La distance de pêche est très réduite mais pour le coup, l’action se déroule en « gros plan ». Et quand les poissons arrivent parfois à venir trop près pour tenter quoi que ce soit, j’ai alors le souffle coupé et reste admirative du spectacle qui s’offre à moi. Je me dit parfois qu’il est bien pénible de faire le sanglier dans les ronces ou les orties mais je ne peux m’empêcher de ramper sous les saules pour approcher une truite et je me surprend parfois par une patience que je n’aurais jamais soupçonnée. Sans compter que dans l’attente, on assiste parfois à d’autres scènes incroyables comme ce martin-pêcheur qui est venu se poser sur le scion de ma canne, cette bergeronnette sur ma chaussure, un renard qui traverse la rivière jusqu’à moi et j’en passe et des meilleures.
Dès le début de ma vie de pêcheuse, j’ai pris l’habitude d’exercer ma passion seule. Depuis  plusieurs années je prends beaucoup de plaisir à m’organiser mes sessions en solo. Je charge la voiture « fourgonnette » qui me sert de résidence secondaire et c’est parti pour un week-end et même une ou deux semaines pendant les vacances, consacrés à la pêche en solitaire. Il m’arrive parfois de ne croiser personne pendant plusieurs jours mais franchement cela ne me dérange pas, bien au contraire. J’ai mes « spots » pour dormir la nuit en toute tranquillité d’autant plus que j’ai mon fidèle berger allemand qui veille sur moi. Je peux alors rêvasser devant mon feu et profiter d’un ciel étoilé dans le meilleur des cas. Je fais le point sur ma journée en élaborant de nouvelles stratégies...J’aime cette solitude, l’ambiance où seul le crépitement du feu ou le hululement d’une chouette vient trahir le silence de la nuit. Et même si j’apprécie le même genre de situation avec Marc ou les amis l’impression de communion avec la nature n’est pas aussi parfaite que lorsque je suis seule.

Un feu sinon rien !

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Nicolas : Plutôt truite ou ombre, coup du matin ou coup du soir ?

Muriel : De manière générale, plutôt truite. D’une part parce que la pêche de l’ombre est interdite sur la rivière où je pratique le plus, mais aussi parce que les truites sont moins « frustrantes ». Elles ne restent pas là devant toi à te laisser essayer toutes les mouches de ta boîte et te narguer en les ignorant ou en les refusant systématiquement. J’aime cependant me prendre au jeu des ombres car c’est vraiment un poisson magnifique et peut-être même le plus beau à mon goût, avec sa belle dorsale rouge aux reflets bleutés et son œil de clown. Mais je dis parfois que ce sont des « hypocrites » comparé aux truites. Ces dernières te font tout de suite comprendre tes erreurs. Une approche manquée et elles s’enfuient, une mauvaise dérive et elles disparaissent. Les sanctions sont immédiates, elles ont en tout cas le mérite de ne pas te faire perdre ton temps ! C’est marrant parce que je m’amuse à leur prêter des qualités humaines et leur trouve une certaine malice. Et lorsqu’on me demande si je garde les truites que je pêche, je réponds qu’il est hors de question que je mange mes « copines ».

Coup du soir puisque bien souvent à part les éclairs d’un orage, il n’y a que la nuit qui m’oblige à arrêter de pêcher. Et forcément, quand les journées sont longues tu te couches tard et cela devient vite compliqué de se lever à l’aube le lendemain. Mais je n’ai pas de regret puisque le soir est souvent synonyme d’éclosions et que j’aime pêcher en sèche. Même si la nature s’endort et que les oiseaux deviennent discrets, j’apprécie le silence qui s’installe d’autant plus que je privilégie souvent les grands lisses pour mes coups du soir. Sur la Haute Rivière d’Ain, je retourne presque à chaque fois sur le même plat. C’est toujours le même plaisir de traverser ce grand champ avec le soleil qui se couche à l’horizon. Comme une sorte de rituel, mon chien s’amuse à me mordre les chaussures en marchant et c’est le moment de jouer avec lui. Je longe la rivière en descendant jusqu’à l’endroit où il y a un amas de sable parmi les saules. C’est la plage privée d’Argo où il m’attend sagement jusqu’à la nuit pendant que je « trempe » au milieu de l’eau. Mais n’importe où on se trouve c’est du bonheur de voir virevolter les éphémères dans la lumière tamisée, les ronds à la surface de l’eau qui trahissent la présence des poissons. J’aime entendre claquer les gobages des poissons qui prennent des sedges à la tombée de la nuit et j’ai bien du mal à me résoudre à plier la canne puisque je n’y vois plus rien. Il m’arrive parfois d’enfreindre le règlement et de dépasser un peu l’heure légale parce que finalement, poser sa mouche dans le noir et ferrer à l’aveugle avec réussite un poisson, juste au bruit de son gobage, procure une sensation bien particulière. 

Un champ que je connais bien...Photo prise en allant au coup du soir.

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Un bel ombre pris par Muriel.

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Nicolas : Pour pêcher à la mouche, il faut justement des mouches ! Tu es une fan de l’étau ou pas du tout ?

Muriel :  Je ne suis pas une fan. Non pas que je n’aime pas monter des mouches mais avec le boulot que je fais en usine, je travaille des journées entières à ébavurer des pièces sous binoculaire. Cela demande énormément de précision et de concentration et quand je rentre chez moi j’ai du mal à me coller devant l’étau. Quand je m’y met cela me gonfle assez vite et entre chaque mouche j’éprouve le besoin de relâcher mon attention et de faire autre chose. En plus je suis plutôt du genre perfectionniste et le manque de pratique fait que je me prend bien la tête dès que les modèles sont un peu compliqués. Le temps que je fasse une mouche, Marc en a fait trois ou quatre, ce qui a le don de m’agacer. Heureusement, il n’est pas radin et m’en donne régulièrement. De temps en temps, lorsque j’arrive à faire des séries supérieures à trois je suis heureuse de lui en donner aussi. J’ai fait des progrès parce qu’avant je faisais des séries de « une » hahaha !! Mais je me suis aperçue que trois est un minimum puisqu’il y a souvent une mouche pour tester si elle fonctionne, la deuxième et la troisième compensant la perte des deux autres dans la gueule d’un poisson (dans le meilleur des cas) ou dans les arbres. A côté de ça, pour parer à toute déconvenue lors des longues sessions loin de la maison, j’ai un « étau de genou » dans mon sac de pêche. L’étau est fixé dans une sorte de petite mallette en tissu, munie de nombreuses pochettes et systèmes astucieux pour ranger le matériel de montage. On peut comme son nom l’indique, s’assoir et la fixer sur son genou. Un accessoire inventé par un fou (Pascal Driss) et commercialisé par André Bidoz il y a quelques années. J’ai découvert un grand plaisir à monter quelques mouches à l’extérieur, avec le chant des oiseaux, dans la nature, d’autant plus que j’imagine alors qu’elles prendront du poisson dans l’heure. Une fois avec Marc on s’était installé au bord de la Loue pour monter des mouches au soleil. Il suffisait de tendre le cou pour voir quelques belles zébrées qui rôdaient le long de la bordure et je m’amusais à leur dire de patienter encore quelques minutes pour découvrir les jolies nymphes qu’on leur confectionnait.

Montage en bord de Loue.

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Nicolas : Tu as fait récemment un voyage à l’étranger. Tu es allée pêcher en Nouvelle –Zélande. Que retiens-tu de ce voyage, de ce pays, que cela soit pour la pêche et tout ce qu’il y a autour. 
Muriel : Un traumatisme cérébral, voilà ce que je retiens ! Pas un jour n’a passé sans que je repense à ce voyage. Je suis hantée par la beauté du ciel aux longs nuages, des paysages grandioses, des vallées et plaines immenses, une végétation luxuriante dans le bush, des rivières somptueuses d’une limpidité incroyable avec des truites « géantes » aux robes magnifiques. Nous avons privilégié l’île du Sud parce que moins peuplée et en effet nous croisions rarement d’autres pêcheurs. Et lorsque cela se produisait dans les endroits faciles d’accès, j’ai apprécié la politesse qu’ils avaient à venir nous saluer et nous demander dans quelle direction ils pouvaient aller pour ne pas nous gêner. On est bien loin du comportement des pêcheurs en France qui ne vous disent même pas bonjour et s’empressent de vous passer devant ou pire encore de se poster à quelques mètres seulement. Les rivières sont certes moins poissonneuses qu’on pourrait le croire et il faut parfois beaucoup marcher avant de voir un poisson, mais à chaque fois c’est du gros. La pêche a été bien plus difficile que ce que l’on peut voir dans certaines vidéo où les truites se jettent sur tout ce qui bouge et de préférence quand ça fait « ploc ». On était bien loin de ça et sur certaines rivières à forte pression de pêche, il a fallu rallonger les bas de ligne et affiner les pointes. On a quand-même réussi à prendre de beaux poissons ! J’ai adoré la nuit dans les « hut », refuges ou cabanes parfois très rustiques (dans ce cas gratuites), à disposition des randonneurs où des pêcheurs. Nous nous sommes fait déposer en hélico près d’une rivière réputée de la Côte Ouest. C’est un ami qui m’a conseillée et aidée à élaborer ce projet et je l’en remercie encore car ce fut une merveilleuse aventure. Nous avons remonté la rivière et ses affluents pendant cinq jours dans le « bush » avec cette sensation d’être complètement perdus au bout du monde. On s’était loupé sur le rationnement et on a un peu crevé la dalle mais c’était génial. Dès le début du voyage, on a compris que le pire ennemi du pêcheur est la fameuse « sandfly », une toute petite mouche qui adore particulièrement la chair des touristes et cause des démangeaisons terribles. En même temps, on découvrait aussi que le deuxième pire ennemi du pêcheur en Nouvelle Zélande c’est le vent à décorner les bœufs qui se lève tous les jours dès la fin de matinée. Et encore ça sous-entend qu’il s’est couché pendant la nuit ce qui n’est pas toujours le cas. Des moments, à la vision de ces grosses truites à quelques mètres et l’impossibilité de leur poser une mouche correctement, il y avait vraiment de quoi perdre son calme. Mais bon, ce n’est pas comme si on nous avait pas prévenus ! On a aussi croisé pas mal d’anguilles et je n’ai jamais réussi à ne pas sursauter quand une de ces bestioles noires et parfois énormes apparaissait par surprise tout près de moi. J’ai adoré la rencontre avec des oiseaux différents et peu farouches.
J’ai malgré tout des souvenirs fabuleux, quelques réserves sur certains points. En effet, si les immenses plaines aux montagnes pelées créent des paysages magnifiques c’est bien parce que l’île a subi une déforestation d’environ 70% et personnellement ça me gêne de penser à cette forêt primaire aux arbres millénaires qui ont disparu pour laisser place à des étendues de pâture pour les moutons, ou cultures (généralement dédiés à l’export) qu’il faut en plus irriguer en sachant qu’on assèche au passage quelques rivières. Et il y a aussi ce problème de « didymo », une algue envahissante qui prolifère de plus en plus avec tous les effets néfastes que cela comporte. Sur la Côte Ouest, on a aussi régulièrement croisé des panneaux signalant par le dessin d’une tête de mort la présence d’un poison, le 1080 que le « Department Of Conservation » largue par hélico pour éradiquer l’opossum (introduit en 1837 pour le commerce de sa fourrure) et autres rongeurs qui représentent une menace pour les plantes et espèces indigènes. Ça fait un peu flipper leur truc d’autant plus que chacun y va de sa version sur les conséquences que cela peut avoir sur d’autres espèces. Donc, la Nouvelle Zélande n’est pas que paradisiaque et pas aussi verte qu’on nous la vend dans les agences de voyages. Mais bon, je ne saurais vous déconseiller de vous envoler pour ce royaume de la pêche à la mouche parce que je ne rêve que d’une chose, c’est d’y retourner. Par contre, comme d’autres l’ont fait pour moi, je vous préviens, vous allez être « traumatisés » !    

Bof ! ^^

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Ok, là, je valide !

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Nicolas : Racontes nous une anecdote de ton voyage s’il te plait.

Muriel : Hé bien...Je ne sais trop quoi vous raconter puisque ce voyage était une anecdote, un conte dans sa totalité. C’était la première fois que je prenais l’avion et du coup, pour un baptême de l’air, j’ai eu la dose ! Idem pour l’hélicoptère, je n’avais jamais décollé à bord d’un tel engin et moi qui ai le vertige, j’avoue que j’ai vraiment eu la trouille. Mais bon, c’était tellement magique de se faire déposer loin de tout que je suis prête à recommencer sans hésitation. Nous avons parcouru l’île de long en large, et en travers. Le sac de voyage de Julien est arrivé une semaine après nous, nous avons pris une amende de stationnement dès le premier jour, nous avons crevé deux fois, nous avons cassé deux cannes, une paire de lunettes polarisantes et j’en passe, mais chaque mésaventure nous laisse le souvenir de bonnes parties de rigolades. Nous nous sommes aussi fait arrêter par la police puisque Marc zigzaguait à 50 km/h sur une grande ligne droite à la recherche d’un accès à la rivière. Le plus drôle c’est que le flic en question, très sympa d’ailleurs, était accompagné d’un caméraman qui filmait la scène pour une série genre « cops ». Chaque journée était pleine de surprises et j’avais l’impression de vivre un rêve éveillé. Les rivières étaient plus merveilleuses les unes que les autres et les truites m’ont mise dans tous mes états. Certaines m’ont fait rager et même regretter mes zébrées de la haute rivière d’Ain pourtant réputées difficiles. Pour les poissons, il y eut des jours sans...et autant vous dire qu’à quatre pêcheurs bredouilles, ça fait mal ! Mais il y eut heureusement des jours meilleurs et là, ça devient compliqué de choisir « La » truite qui m’a marquée. Je n’oublierai jamais celle du premier soir. Je la vois encore onduler sous la surface et se décaler pour prendre au ralenti, ma mouche sèche. C’est d’ailleurs surprenant comme les truites néozélandaises prennent les mouches avec lenteur. C’était comme dans un film...Je me souviens aussi particulièrement de ma plus grosse truite prise avec une nymphe lourde comme une enclume. Le coup de ligne n’avait rien de remarquable bien qu’il a vraiment fallu que je m’applique pour propulser ce missile à bonne distance. Quant à la truite, c’était une vraie guerrière et elle ne se rendit qu’après avoir visité tous les blocs aux alentours.
La plupart des poissons ont marqué ma mémoire mais bizarrement ce sont surtout les paysages, les grands espaces et ce ciel fabuleux qui hantent mes souvenirs. Et je repense très souvent à ces trop rares matins où je me réveillais bien avant les autres. Je me glissais discrètement hors de mon duvet pour aller admirer le lever du jour sur un immense lac silencieux. Je m’empressais de faire chauffer de l’eau pour déguster mon café, assise sur les galets, au ras de l’eau. Je contemplais alors toute la splendeur du monde qui s’éveille...Le cœur empli de sérénité je profitais d’un bonheur intense. Des moments de solitude sacrés avec une pensée émue pour les gens que j’aime, devant un ciel enflammé et le profond sentiment d’être une spectatrice privilégiée d’une nature merveilleuse. Et lorsque le ciel s’éteignait, les premiers rayons du soleil par dessus la montagne, donnaient le signal pour le commencement d’une nouvelle journée de pêche au paradis. Donc, désolée pour une anecdote mais quand je repense à ce voyage, une multitude de souvenirs se bousculent dans ma tête.

Paysage de fou.

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Doublé de truites avec un double de Galaxy JMC

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Nicolas : Les femmes restent minoritaires dans ce milieu de la pêche. Qu’est ce que tu as envie de leur dire par rapport à ton expérience pour les inciter à tenter l’aventure.

Muriel : Je trouve que la pêche à la mouche s’accorde tout à fait avec la féminité. Le geste devient encore plus gracieux lorsque c’est une femme qui manie le fouet et c’est aussi la technique qui permet le mieux de gracier les poissons. Finalement, tout est question de grâce...Pas de vers ou asticots à transpercer, les mouches artificielles sont de jolies créations qui ne risquent pas de repousser les âmes sensibles. Mais peu importe la technique, le plus important c’est de se prendre au jeu, cela ne se commande pas mais ça vaut le coup d’essayer parce que la pêche procure un réel plaisir. La pêche fait oublier tout le reste et particulièrement les problèmes. Elle ne les résout pas, mais elle permet de passer d’agréables moments avec le conjoint, les amis, les enfants...ou même seul(e). Elle demande de la persévérance, de la patience, de la concentration, la maîtrise de soi...Elle incite à l’observation, la curiosité et favorise l’émerveillement. Elle est souvent synonyme de convivialité, de partage. Elle procure toutes sortes d’émotions, du rire jusqu’aux larmes (de joie ou de colère), en passant par la surprise et bien d’autres. Elle apporte de la satisfaction dans la réussite et l’humilité (normalement) dans l’échec. Elle apprend énormément sur la nature qui nous entoure mais aussi sur soi-même. Elle nous pousse même parfois lorsqu’on est « acharné » à nous surpasser, à vaincre certaines peurs...Il n’y a pas d’âge pour tenter l’expérience. Il y en a pour tous les goûts. On peut très bien pêcher de façon statique mais aussi de manière plus sportive. Chacun trouve son plaisir en fonction de son caractère.
Je pense que la pêche n’est pas un sport ou un loisir où les hommes excellent forcément. Ça m’a toujours fait marrer voire agacée lorsque certains « mecs » disent des trucs du genre « elle pêche aussi bien qu’un homme » ou « voilà une femme qui nous égale ». Je ne vois pas en quoi le fait d’être un homme est un avantage pour la pratique de la pêche. D’ailleurs un guide (que je connais très bien pour ne pas le citer) m’a révélé que les femmes sont souvent de bien meilleures élèves que les hommes. Il faudrait peut-être sortir de notre bonne vieille France ou autres pays latins, parce qu’outre Atlantique par exemple, la pêche est vraiment dans la « parité ». C’est le mot à la mode chez nous, mais on arrive tout juste à le prononcer...
La pêche est à mon avis une passion saine qui permet de renouer le contact avec la nature et profiter de tous ses bienfaits.
Alors pour toutes les raisons que j’ai citées plus haut, mesdemoiselles, mesdames n’hésitez pas à vous lancer dans l’aventure. Et surtout, emmenez les petites filles à la pêche parce qu’il y a autant d’étoiles dans les yeux d’une fillette qui attrape son premier poisson que dans ceux d’un petit garçon.
Par ailleurs, la pêche n’empêche pas de rester féminine, coquette voire sexy ! Et si ce sont les pêcheurs qui vous effraient plus que les poissons, vous pouvez toujours les pousser à l’eau... :-)

Le fait d'être une femme n'empêche pas de bien lancer en tous les cas !

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Nicolas : Je te sais également très sensible à tout ce qui touche à l’environnement et aux maux qui maltraitent nos rivières au jour le jour. Comment vois-tu les choses à l’avenir ?
Muriel : J’ai un regard très pessimiste pour l’avenir. Comme je vous l’ai dit, j’ai une âme d’enfant et je suis une idéaliste. Je rêve du meilleur des mondes mais c’est un cauchemar de constater que l’Homme a oublié depuis longtemps que les arbres lui permettent de respirer et que l’eau, ben c’est la vie quoi...On a maltraité les rivières à coup de décharges sauvages, de déversements plus ou moins toxiques. C’est tellement facile de faire disparaître visuellement ce dont on veut se débarrasser, sans se soucier des conséquences. On a érigé des barrages pour subvenir à nos besoins grandissants en électricité, on a monté des digues pour se protéger des crues, on a asséché les marais pour construire des lotissements et éradiquer les moustiques. On pulvérise tout et n’importe quoi à proximité des cours d’eau. Pourvu que l’herbe soit verte, que le vin et que le fromage soient bons ! Nous sommes de plus en plus nombreux et les stations d’épurations sont inadaptées, défaillantes ou même inexistantes. Bien-sûr il y a quelques progrès qui vont dans le bon sens, on essaie de rattraper nos erreurs mais c’est laborieux et compliqué. Je suis impressionnée par la capacité qu’a parfois la nature à se remettre de tout ce qu’on lui fait endurer. Malheureusement, la plupart du temps, elle ne fait que tenter de survivre et il faudrait des années pour effacer nos méfaits.

A vrai dire ce n’est que depuis que je pêche en rivières et particulièrement celles de Franche-Comté que je suis sensible à la protection de celles-ci. Avant, j’étais comme la plupart des gens, j’ignorais toutes les misères de nos cours d’eau. Je ne savais même pas d’où venait l’eau qui coule de mon robinet. Aujourd’hui j’essaie de sensibiliser mon entourage sur l’aspect « précieux » de l’eau et ça me sidère de constater que beaucoup de gens n’ont aucunement envie de faire des efforts. Leur confort passe avant tout, et puisqu’ils paient la facture peu importe le gaspillage. Nous sommes dans un pays où l’eau ne manque pas finalement. Il n’y a que pendant quelques périodes de canicule où l’on demande à la population de réduire sa consommation d’eau mais on constate alors que peu de monde joue le jeu. Quand ce n’est pas « untel » qui continue à laver sa voiture toutes les semaines ce sont les élus municipaux qui continuent à faire arroser les pelouses et les fleurs de la commune parfois même en plein cagnard pour gagner une fleur sur le panneau de la ville. Et tout le monde s’en fout à part une poignée d'irréductibles qui savent que les rivières et leurs habitants souffrent. Malheureusement, les poissons ne geignent pas, ne crient pas et encore moins tous les invertébrés qui vivent dans nos eaux. Imaginez un peu les lamentations qui monteraient de nos rivières...Notre ministre de l’écologie pourrait aussi bien être ministre de la « tartiflette » on n’y verrait pas la différence. Le système législatif est d’une complexité effrayante. Franchement moi, je m’y perds dans toutes les actions juridiques que doivent engager les associations pour dénoncer les pollutions, pour établir de nouvelles règles. Je suis admirative devant le courage et la ténacité des gens, souvent bénévoles qui au travers de fondation telle que le collectif « SOS Loue et Rivières comtoises » mènent un combat bien compliqué pour protéger et sauver nos rivières. J’ai adhéré à quelques associations comme ANPER-TOS par exemple, afin d’apporter mon soutien. J’aimerais pouvoir faire beaucoup plus mais je regrette de ne pas avoir les compétences suffisantes pour m’impliquer davantage. Alors j’essaie au moins de sensibiliser les gens autour de moi et surtout d’avoir un comportement cohérent avec mes idées.

Marc et Muriel s'étaient déplacés pour le Dessoubre.

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Nicolas : Merci Muriel. C’est super gentil d’avoir accepté cette interview. Au plaisir de se retrouver tout plein de fois au bord de l’eau !
Muriel : C’est moi qui te remercie Nicolas. Si on m’avait dit qu’un jour on me proposerait une interview !!!  Bien-sûr ce sera un grand plaisir de te retrouver au bord de « ta » rivière, enfin... de « notre » rivière. Vivement le mois de mai...

Nicolas : Oui, vivement que je vous retrouve tous au bord de ma rivière ce printemps. Pour la petite histoire, Muriel a mis quelques semaines à répondre à mes questions et durant cette période, Argo a décidé malheureusement de rejoindre le paradis des chiens. Certainement au bord d'une rivière d'ailleurs. Avec Muriel, on a souhaité de ne pas changer le texte qui était déjà écrit à son sujet. Les personnes qui ont déjà subit la perte d'un chien comprendront aisément la douleur de Muriel lorsqu'Argo est parti.

Depuis, les semaines sont passées. Muriel ne voyant pas sa vie future sans compagnon tout poilu, elle s'est décidée à adopter un nouveau petit chien. L'heureux élu, car il vivra heureux, se nomme Loomis ! Préparez-vous à le croiser. Moi, il me tarde !

Le petit Loomis !

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Cette interview n'est pas terminée. Enfin si, pour Muriel. Enfin non ! Disons que ce qui va suivre est pour elle, rien que pour elle. Ce texte a été écrit par Simon qui se fait plus rare que les mecs les plus rares sur le Net. Je pense avoir fait un bon choix en demandant à Simon de nous parler de Muriel...C'est pour toi super Mumu...Et merci super Simon ! Je vous adore !

Simon : Muriel…On s’est rencontré pour la première fois il y a - je ne sais plus trop quand en fait-, un peu par hasard, à la remontée d’un coup du soir. C’était pour moi l’heure de choisir un spot pour installer ma voiture et y passer la nuit. Alors que pour Muriel…c’était l’heure de faire exactement la même chose. En somme, une bonne occasion pour poursuivre la discussion à côté d’un verre et surtout autour d’un feu. Comme elle ne parle pas beaucoup Muriel, on ne s’est pas couché très tard. De quoi être en pleine forme pour attaquer chacun sa partie de NAV sur le coup des midi quoi, parfait ( pour moi…). 
Par la suite on s’est recroisé, toujours un peu par hasard, toujours un peu sur la Haute, et toujours un peu pour nourrir les flammes du bois humide des forêts jurassiennes. Et toujours un peu pour commencer la matinée par le coup de midi. 

Muriel elle ne se prend pas la tête, pas de théories sur-sophistiquées, juste de la pêche et des histoires qui s’écrivent au bord de l’eau, et c’est simple ! 
Ce qui m’impressionne chez elle c’est sa motivation sans limite, son envie permanente, et sa capacité à s’émerveiller et s’émouvoir en toute circonstance, de l’Arve à l’Ain en passant par la NZ (c’est sur la route). Comme un(e) gosse de 12 ans qui découvrirait la pêche et toutes les possibilités à venir. Un truc rare et précieux. Elle vit sa passion comme un mode de vie dans lequel la pêche parait si peu importante…mais tellement indispensable.
Et si ce n’est pas une truite qui passe par là, un chevesne, un barbeau ou une carpe saura tout autant se faire apprécier. Ou même une zébrée de 70 ou un broc de 120 si c’est une sale journée…

Moi, une fille qui pêche et qui dort un peu à l’arrache toute seule dans sa voiture pour encore repêcher le lendemain, ben je ne savais pas que ça existait. Enfin toute seule…pas tout à fait. Mais je suis sûr qu’Argo est toujours aussi tranquille et observateur, et qu’il sera toujours prêt à tendre sa laisse aux gens qui en ont besoin :-) . Et puis de « là-haut » à « la Haute », il n’y a forcément pas plus de deux coups de pattes à donner pour une sieste dans la mousse. C’est la mini boule de poils qui a la pression maintenant !

Voilà pour être bref, Muriel (et Marc par la même occas’ ;-) ) fait partie des quelques belles rencontres que m’a apportées la pêche et qui me sortent de mon associabilité halieutique avec plaisir.

Bon, bien que la saison fut de qualité pour élaguer la forêt, nous n’aurons pas fait brûler les mêmes branches cette année…mais ce n’est pas très grave car il parait que l’année prochaine une nouvelle saison de pêche nous attend, alors à bientôt la Folle au iench !!!